CHAPITRE TROISIÈME
Le crépuscule venu, les Anglais, voyant l'impossibilité de s'emparer pour le moment de nous, dans la position que nous occupions, orientèrent enfin pour gagner le large.
Cette retraite, qui pouvait cacher un piège, — car, la côte n'étant pas armée, nous nous attendions presque à une descente nocturne, — ne nous fit négliger aucune précaution de sûreté.
Le lendemain, au point du jour, nos deux navires installèrent leurs embossures de manière à recevoir dignement l'ennemi, s'il se présentait pour entreprendre une attaque sérieuse. Bloqués comme nous l'étions, et assez semblables à une souris guettée par un chat, notre position était toujours extrêmement critique : personne n'entrevoyait la façon donc nous parviendrions à en sortir.
Seulement, les équipages, avec cet instinct exquis, et, pour ainsi dire, infaillible, que l'habitude du danger donne aux marins, avaient tout de suite apprécié et jugé l'Hermite, et se reposaient pleins de confiance en lui, persuadés que, tant qu'il serait vivant, ils n'avaient pas à craindre de tomber entre les mains des Anglais.
En effet, l'Hermite confirma cette opinion en prenant une précaution à laquelle personne n'avait songé et qui nous mit complètement en sûreté en triplant nos moyens de défense. Il mit les équipages à terre, fit creuser les récifs de la pointe de la baie la plus avancée, et y plaça une batterie composée de quatorze canons de 18 de la Preneuse et de dix de 12 de la Brûle-Gueule. A ces canons, qui n'étaient d'aucune utilité à bord des deux navires, car leur position ne leur permettait de se servir que d'une batterie, il joignit la moitié des équipages.
— A présent, dit-il, lorsque ces préparatifs furent terminés, nous pouvons attendre la visite de messieurs les Anglais sans la moindre crainte.
L'inquiétude, parmi nous, avait été remplacée par l'ennui, et nous ne souhaitions rien tant que le retour de l'ennemi, pour en finir enfin avec lui et pouvoir entrer dans le port Maurice. Pendant huit jours, il se fit attendre ; mais le huitième jour, s'étant préparé de longue main, il se présenta, se croyant tout à fait assuré du succès. Une triste désillusion l'attendait.
A son attaque brusque et formidable nous répondîmes d'abord par
un tel feu de nos deux navires, qu'un moment il s'arrêta presque surpris et humilié, ne pouvant se figurer qu'une seule frégate et une seule corvette osassent soutenir sérieusement un combat dans lequel les forces étaient si disproportionnées ; puis, lorsque tout à coup notre batterie de terre construite à fleur d'eau, c'est-à-dire à l'abri des coups de l'ennemi, joignit au nôtre son feu, dont pas un coup n'était perdu, la stupéfaction des Anglais se changea en fureur, et ils redoublèrent d'efforts.
Fureur impuissante et efforts inutiles ! Leur acharnement ne contribua, en les tenant plus longtemps sous notre feu, qu'à doubler leurs pertes et à augmenter leur honte. A la fin du jour, l'Anglais était obligé d'abandonner le combat et de lever, par suite de l'état déplorable dans lequel il se trouvait, le blocus de la colonie et sa croisière.
Quelques jours après, nos deux navires entraient triomphalement au port Maurice au milieu des acclamations de la population entière. Ce beau fait d'armes de l'Hermite est connu sous le nom de combat de la rivière Noire.
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§§apitxe quatrième.
Séjour à terre. — Nouveaux amis. — Génie de l'Hermite. — Dernière croisière de la Preneuse. — Je passe sur son bord. — Savantes manoeuvres et escarmouches multipliées. — Situation dramatique. — Le moment solennel : feu partout ! — Une pluie de projectiles, une averse de sang. — Les péripéties des combats sur mer. — La tempête.
E passai les premiers jours que je restai à terre à travailler, avec un acharnement qui tenait presque de l'inspiration, à un dessin qui représentait ce combat. Mon œuvre terminée, je m'empressai d'aller l'offrir à M. Bruneau de la
Souchais, dont la conduite, dans cette mémorable circonstance, avait
été à la hauteur de celle de l'Hermite.
Pour bevenfc matin, il faut mettre la main à toutes les sauces (P. 20.)