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A travers la Saxe: souvenirs et études

Permets-moi (Pinscrire ton nom en tête de ce petit volume dont une partie a été écrite auprès de toi, à l'époque déjà bien éloignée oit nous faisions ensemble nos premiers pas dans les dpres sentiers de la grammaire et du dictionnaire germaniques. Tandis que tu commentais à faire le siège en règle de la littérature de Gœthe, afin de mieux pénétrer jusqu'au cœur de son génie, je me contentais de laisser ma curiosité se promener librement, au risque de faire parfois l'école buissonnière, à travers tout ce que l'Allemagne nous offrait alors

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d'original et de nouveau. C'est de cette attention quotidienne et soutenue, quoique bien éparse et trop discursive, je le crains, qu'est né au jour le jour ce modaste recueil de causeries familières sur les mœurs contemporaines d'outre-Rhin et sur quelques-unes des beautés pittoresques de la vieille Saxe. Peut-être eût-il été plus sage et plus habile de livrer immédiatement au souffle de la publicité ces pages légères, détachées toutes fraîches encore de mon carnet de voyage. Je me console toutefois du retard qu'elles aurontmis à se présenter au public, en songeant que j'ai pu, grâce à ce retard, améliorer sur bien des points mes premières et trop rapides esquisses. Pendant les séjours réitérés quej'aifaits en A llemagne à la suite de notre commun et fraternel hivernage à Weimar, l'horizon de mes études s'est peu à peu élargi devant moi, et il était tout naturel que mon premier travail profitât de cet éclaircissement continu, de cette vision plus précise et glus générale dont je goûtais chaque jour davantage l'attrait. Je reconnais même, pour être tout à fait sincère, que mon lecteur aura le droit de s'étonner plus d'une fois en m'entendant parler de Berlin ou de Francfort, alors que je me suis engagé

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tout simplement à le conduire d'Iéna à Magdeburg. Aussi lui demandé-je pardon d'avance, ainsi qu'à Aristote, des libertés coupables que je me suis permises avec les unités de lieu et de temps. Mais ce qui me console plus que tout le reste de la paresse avec laquelle Je me suis décidé à faire à ces essais leur toilette définitive — la toilette du condamné sans doute — avant de les lancer dans l'insondable peut-être de l'appréciation publique, c'est qu'ils vont précisément en affronter les périls au moment où un ministre, qui paraît ne point connaître d'obstacles, mais qui en rencontrera pourtant quelque jour, se prépare à effacer de la carte de l'Europe l'Allemagne confédérée que j'ai pris tant déplaisir à étudier, pour lui substituer une Allemagne uniformémentet exclusivement prussienne . Personne ne peut dire encore de quel côté le stock d'ignorance et de naïveté populaires, dans lequel M. de Bismark cherche depuis une semaine un contre-poids au bon sens libéral des classes moyennes et éclairées, Jera finalement pencher la balance. Il tfest pas tout à fait impossitle cependant que je me trouve avoir esquissé, sans le savoir, une Allemagne à l'agonie et que ma photographie avec retouches prenne inopi-

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nément l'intérêt d'un portrait avant décès. Quoi qu'il en soit, et que l'A Uemagne revienne ou non en masse vers la douce églogue du n.oyen âge, duce et auspice Bismark, on en trouvera ici une portion décrite sincèrement, telle que je l'ai vue et telle qu'elle était, entre les années i858 et i865. Assurément, j'aurais pu, dans ce long téte-à-téte , songer à dérider plus souvent le lecteur aux dépens de nos voisins. Hélas! poveretto,^'^ ne suis pas même bien certain qu'il y ait dans ces quatre cent.i pages une seule anecdote scandaleuse. Décidément, ce n'est pas un livre d'actualité, et nos Athéniens du boulevard n'y trouveront pas ie moindre grain de mil. Puisse du moins cet humble album d'un touriste lui valoir quelques amitiés excellentes comme la tienne. C'est toute la grâce que je lui souhaite.

A. L. Taris, ce 25 avril iSfifi.

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