‹ A travers la Saxe: souvenirs et étudesChapitre 11 sur 11 · DE DRESDE A HAGDEBI7RO. 44I · texte numérisé non relu

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secondé par l'ennui qui se dégageait de toute cette grande plaine de Magdeburg. Il fallut que mon ange, gardien au collet brodé vint me prévenir amicalement que nous étions arrivés. En effet, je mis pied à terre le long d'une sorte de hangar situé au-dessus d'une cave. C'était le débarcadère de Magdeburg, chef-lieu de la Saxe prussienne, résidence du premier président, lisez du gouverneur, et de toutes les autorités civiles et militaires de la province. Des employés de l'octroi en tunique verte attendaient au passage les garçons bouchers et les marchands de vin; mais aucun ne m'arrêta brusquement pour étreindre dans ses bras mon sac de nuit et le presser sur son cœur , tout en le flairant d'une narine soupçonneuse.

Une fois hors de ce long corridor en bois qui rappelle l'âge antédiluvien des chemins de fer, je me trouvai sur une espèce de place, entouré d'omnibus. Il est d'usage en Allemagne que tout hôtel qui se respecte ait son omnibus et l'envoie au chemin de fer à l'arrivée de chaque train. Les voitures, ouvertes par derrière , se rangent en bataille le plus près possible de la porte de sortie, comme des nasses qui attendent le banc de voyageurs signalé par le télégraphe. Un racoleur â casquette emblématique se tient à côté, engageant par de douces paroles et des yeux en coulisse le poisson qui passe à se faire prendre de préférence dans ses filets. Faites un signe, et aussitôt l'estaficr du Brochet bleu ou de VEm^ereur romain vous aidera à entrer dans son piège à quatre roues, et, muni de votre bulletin de bagages, se chargera de

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tout réclamer et de tout faire placer sur la plate-foime de l'omnibus. Je n'eus donc que la peine d'attendre quelques minutes sur les coussins poudreux du char banal où le Hasard m'avait fait entrer, et la lourde machine se mit en mouvement à travers les rues de Magdeburg. Un personnage en uniforme vert et coiffé d'un képi à bande d'or, insignes évidents de quelque haut grade dans l'armée, attendait à la porte de l'hôtel l'arrivée de l'omnibus. Sa lai^e barbe en éventail , sa haute stature , ses joues florissantes de santé annonçaient un Hercule pour lequel les travaux de Mars n'avaient été que des jeux. Le désir, sans doute, d'embrasser plus vite l'un de ses amis Jui fit oublier les chamarrures et les épauleltes indiquées sur ses épaules par un peu de passementerie, à ce point qu'il vint lui-même ouvrir la portière de notre coche. Mais jugez de ma surprise ! Au lieu de recevoir dans ses bras quelqu'un de mes voisins ou de mes voisines, il eut l'obligeance de nous soutenir l'un après l'autre par l'épaule pour nous aider à descendre, puis nous laissant tous en proie à la juste confusion d'un accueil si flatteur, d'un pas ferme il alla agiter violemment une sorte de cloche d'alarme. Aussitôt un effroyable branle-bas commença du haut en bas de la maison. Cinq ou six portes s'ouvrirent sur le vestibule ob nous étions, et à chacune parut un élégant gentleman, petit ou grand, blond ou brun, colosse ou pygmée, mais invariablement, inexorablement en haWt noir et en cravate blanche. 11 en sortit deux de la salle à manger, quatre de la cuisine, trois del'ofHce. L'un se

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laissa glisser le long de la rampe de Fescalier, plusieurs sortirent de la cave, quelques-uns durent tomber du ciel par les tuyaux de cheminée ou descendre du grenier par les cordons de sonnette. Ce qu'il y a de positîfj c'est qu'en un clin d'œil nous fûmes assiégés par une nuée de sommeliers habillés d'après les meilleurs modèles du feu coMte d'Orsay. Quand chacun fiit à sa place par ordre de taille, Voberkelbter, qui se trouvait naturellement en tête de cette sorte de flûte de Pan aux tubes très inégaux, daigna s'avancer vers moi, majestueux comme un ministre un soir de réception, et laissa choir à miHi intention, en même temps qu'un sourire de sdn visage, un numéro de ses lèvres. L'ofBcier général en petite tenue entra aussitôt dans la loge du portier, qui, à ce que j'ai appris depuis, était en réalité la sienne, et, après avoir détaché une clef d'un tableau à crochets, il la remit à un jeune gandin aux mains rouges comme des pattes de homard cuit, sous la conduite duquel |e pris le chemin de la chambre qu'on m'avait destinée. Un kausknechty habillé d'un tricot bleu et portant mon bagage, suivait immédiatement. Puis venaient, en manière d'escorte, deux simples kellnersy bouclés et frisés, mais ne portant rien. Une demi-heure après, un nouveau dandy, toujours bouclé et frisé, m'apporta en grande cérémonie \t Jremdenbuch, en me priant, suivant l'usage, d'y vouloir bien inscrire mon nom. Cette formalité remplie, la police allc- . mande dort tranquille et ne déAiande plus rien au voyageur.

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11 y a peu de chose à voir à Magdeburg. Ce n'est qu'une place forte de plus, sur- la ligne de l'Elbe. Comme à Torgau, comme à Wittenberg, on. a profité du voisinage du Beuve pour rendre la ville aussi inexpugnable que possible. Quelques coups de pioche suffiraient pour transformer les fossés en au^nt de marécages profonds , et l'armée assiégée attendrait ainsi derrière une double ceinture d'ouvrages de terre et d'inondations artificielles les progrès ou le découragement de l'ennemi. La citadelle est même située tout entière sur une ile, au beau milieu du tleuve : c'est à l'abordage qu'il faudrait la prendre. Où que le regard se promène au-dessus de la feu i liée argentée qui frissonne au bord de l'eau, un canon est toujours là, qui fait semblant de dormir au soleil la gueule ouverte, comme un caïman de bronze. A l'intérieur de la citadelle, ce ne sont que jardins de boulets, ainsi que les écriteaux allemands appellent agréablement ces plates-bandes de ferraille oti chaque Eeur est numérotée avec soin d'après son calibre. Dans les cours, sous-officiers et lieutenants initient sans relâche les recrues aux mystères théoriques et pratiques du maniement des armes et de la gymnastique militaire. Il y a la section des bras levés, la classe du changement de pied, le peloton du cheval de bois, la division du pas accéléré, l'école du feu de file, l'escouade de la charge à la baïonnette, etc. Tous ces mouvements s'exécutent avec une promptitude et une précision telles que la parole du commandant ressemble véritablement à une étincelle électrique £ai-

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sant mouvoir une série de soldats entièrement métalliques. Av.o;. ce système de fortes études et de fortes défenses, la Pra«se aura bien du malheur si le duc de Meiningen ou le prince de Waldcck réussit à lui enlever Magdeburg.

Au point de vue gastronomique, Magdeburg est aussi une ville célèbre. Les fins gourmets de la Prusse et de l'Allemagne lui envient de longue date la recette merveilleuse dont elle paraît avoir le secret poUr la préparation des choux fermentes. Mais Magdeburg, outre ses beautés de l'ordre militaire et sa spécialité en fait de comestibles, possède encore par surcroît des trésors d'architecture. C'est là vraiment ce qu'il faut y venir admirer. Sa cathédrale, qui la domine du côté de l'ouest, est sans contredit l'un des plus beaux monuments gothiques de l'Allemagne septentrionale. Je serais assez disposé pour ma part à lui préférer, au moins comme ensemble, celle de Halberstadt, que le gouvernement prussien a fait récemment restaurer et qui peut passer pour la perfection même. On ne saurait toutefois refuser au Dom de Magdeburg l'avantage de dimensions beaucoup plus imposantes et le charme d'une infinité de détails, d'ornements sculpturaux du style le plus pur ou de la plus charmante fantaisie. Ce Dom, il est vrai, a été condamné à l'intérieur à l'austère nudité du culte luthérien. Mais ce serait une injustice coupable de mettre sur le compte du protestantisme et de la Prusse la dévaslation barbare de la partie inférieure des murs de l'église et de la plupart des monuments qui en ornaient

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iN. bu oâtôfr. A l'épajoe de l'occupation françuse. Les autorités militaires avaient converti en écurie et en ma^isia & ibucrage ce sanctuaire qui é^aît aussi un musée. Un «cbàDlagMetrQav«ra encore daax, bonnes heures â passer à Magdeburg dans la Breitestrasse, qui coupe la ville en deux moitiés presque égales. Cette large voie, à peu près droite, malgré bien des sinuosités dans l'alignement des maisons qui la bordent, rappelle exactement le Zetl de Francfort, ou plutôt en efiace le souvenir, car elle est à la fois beaucoup plus longue et beaucoup plus originale. Chaque façade y est, comme uneétagëre, encombrée de statues de grandeur naturelle et d'attributs de toute espèce, urnes, grenades, chevaux, bouquets. Sur l'arête supérieure de la muraille décroissante toute une population aérienne de blanches et tranquilles figures vous contemple en silence. Ici, c'est Mercure, ici, Cérés, U, Mars, là, Pomonc, plus loin, Amphitrite, plus loin, Neptune. Tout l'Olympe semble s'être abattu, comme une bande de pigeons, sur cette rue de Magdeburg. Au rez-de-chaussée, le long du trottoir sont les demi-dieux, les colosses de pierre, les Atlas aux épaules énormes, les haUebardiers i l'ossature monstrueuse, les portefaix titanesques qui, sur la large eaverguce de leur dos tendu, et le visage péniblement abaissé vers le sol, soutiennent à eux seuls tout le poids d'une maison à quatre fois douze fenêtres. Ces beautés archéologiques consolent un peu le touriste de Taspect d'ailleurs sombre et presque désagréable de cène grande ville de guerre et de com-

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merce, qui, à l'heure qu'il est, paraît trop absorbée par la double passion de repousser set ennemis et de remplir ses coffres-forts pour qu'il lui reste le loisir de sacrifier beaucoup encore aus grâces.

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