‹ A travers la vie (notes de littérature)Chapitre 22 sur 22 · PHILOCLÈS · texte numérisé non relu

PHILOCLÈS

sont assurément parmi les plus vrais qu'ait écrits Victor Hugo.

L'âge de Fauteur, dira-t-on, pas plus que le temps qu'il a consacré à son oeuvre, ne fait rien à l'affaire.

C'est très juste. Cependant si M. Mario de la Tour a écrit Thiloclès avant d'avoir vingt ans, je me demande s'il suffit, pour être tout à fait équitable, de constater la valeur de son drame, et si, en songeant à la disproportion qu'il y aurait alors entre la jeunesse du poète et la maturité du poème, la critique ne devrait pas saluer en lui l'aurore d'un grand talent.

Sur rÉcole Naturaliste

[ N appelle École^ en littérature, la réunion, le groupement d'un certain nombre d'individus autour d'une théorie mise en lumière par l'un d'eux. Toute école littéraire suppose donc : des lois auxquelles les adhérents jurent obéissance et fidélité; et un législateur, Maître révéré sur lequel tous les écoliers s'engagent, formellement ou non, à prendre modèle.

Pour se conformer à ces lois, pour ressembler à ce Maître, un chacun doit surveiller son inspiration, en refréner les caprices, niveler son tempérament et sa physionomie, en atténuer les

angles, les côtés saillants, en un mot détruire ou déformer son moi. Abstraction faite de ceux, extrêmement rares, qui sont doués d*une originalité d'esprit assez puissante pour imprimer à leurs productions, quand même, et bon gré mal gré, un tour spécial, une saveur sui generis^ l'homme qui s'enrôle dans une coterie s'abdique. Absorbé par le groupe, il n'est bientôt plus qu'une unité dans un total, qu'une partie dans un tout, et il disparait, il se confond, épi perdu dans une gerbe. Quelquefois même il lui arrive pis encore. Pendant que les formules et les procédés communs le rendent quelconque, ses efforts, ses contorsions pour ressembler le plus possible à son chef de file font peu à peu un singe de ce qui aurait pu être un homme. Il n'est plus une voix, mais un écho.

Pour l'artiste, l'indépendance est le premier des biens et le rôle de mouton de Panurge le plus dangereux de tous les rôles. Or, toute école (ceci est une règle qui ne souffre pas d'exception) exige de ses adeptes l'aliénation de leur liberté et les condamne à n'être que de serviles imitateurs. Rien que cela suffirait à me détourner du Naturalisme, car le Naturalisme est une école et une des plus despotiques qui soient. Mais cela

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n'est pas tout, et dans les préceptes édictés par M. Emile Zola et les Concourt, il y a pas mal d'enfantillages, beaucoup de parti pris et parfois un désir trop grand d'étonner les gens.

De certaines questions secondaires, celle par exemple de la mise en scène au théâtre, questions intéressantes, j'en conviens, mais secondaires, je le maintiens, les Naturalistes ont fait à plaisir des montagnes. On n'a pas oublié leurs cris de joie, lorsque, dans rc4mi Friti, un vrai cerisier, avec des vraies cerises, remplaça l'arbre traditionnel en papier peint. Certes, cela avait son importance, c'était une amélioration, une très heureuse amélioration, qui ne méritait pas pourtant des Te Veum et des oilleluia^ car l'art de la mise en scène n'est qu'un art accessoire qui ne peut rien sur la valeur intrinsèque des œuvres. Les Naturalistes le savent bien, mais turbulents de leur nature, ils ont toujours besoin de se battre contre quelque chose, fût-ce contre un moulin à vent.

N'est-ce pas un enfantillage encore que le bruit fait autour de cette fameuse écriture artiste, qui a passé pour une innovation, et qui, en fin de compte, était connue et avait été employée bien avant la venue des Concourt? L'écrivain doit prêtera ses personnages le langage qui leur sied,

il doit écrire dans une langue expressive, dans une langue en relief, soit. Le style uniforme, incolore, coulant, gnîan-gnian, fiiyant de certains maîtres que l'Académie a voués à l'immortalité et que leur mérite voue à tout autre chose, n'est pas un style, j'en demeure d'accord, et je reconnais volontiers que les paysans de George Sand avec leurs imparfaits du subjonctif sont prodigieusement ridicules. Tout franc, je leur préfère ceux de Molière qui patoisent et qui jargonnent à qui mieux mieux, mais, avouons-le donc, la forme n'est pas tout. S'il est bon qu'elle soit vraie, il est nécessaire que le fond le soit aussi et nous devons pardonner généreusement à Molière et à Racine d'avoir fait parler en vers Alceste et Phèdre, parce que, si le langage de Phèdre et d' Alceste est conventionnel, leurs sentiments ne le sont pas, et parce que, si la forme des œuvres est théâtrale et factice, le fond en est humain et réel. C'est là ce qui importe le plus. Pour faire œuvre d'observateur, œuvre humaine, il ne suffit pas de se promener dans les salons ou dans les bouges, l'oreille ouverte, l'œil aux aguets et le carnet à la main en photographiant des attitudes, en décalquant des conversations, en sténographiant des tournures de phrases.

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C'est à cela que se borne trop souvent Tambition des Naturalistes. Leur effort s'applique à reproduire le décor dans lequel nous nous agitons, nos allures, nos grimaces, la forme extérieure des gens et des choses, ce qu'on en voit, le mouvement et le ronronnement de la vie, mais non à découvrir et à expliquer la cause des événements et le pourquoi des apparences. Us regardent ce qui se passe autour de nous et ils le notent très habilement, mais ils ne s'inquiètent pas de la logique des faits, ils ne nous montrent pas par quels ressorts sont mus les personnages. Us voient, mais ils n'approfondissent pas. Leur observation s'arrête à la surface et, en thèse générale, ils ne descendent pas, ils ne fouillent pas assez avant dans le cœur humain. Ce n'est pas là ce qui les intéresse. Fidèles à la maxime édictée par M. É. Zola, ils s'en tiennent au fait se déroulant dans sa brutalité, c'est-à-dire qu'ils étudient et rapportent les faits pour eux-mêmes, les décrivant exactement, par le menu, tels qu'ils se sont passés, avec une fidélité scrupuleuse au point de ne reculer devant rien, pas même devant certaines grossièretés dont, pour ma part, je me passerais très volontiers, mais sans jamaischercher en ces faits autre chose que des réalités maté-

rielles, sans les envisager comme des causes premières de nos états d'âme, comme venant de nous et réagissant sur nous. Dans leurs livres, la première place n'appartient pas à l'homme, mais aux choses, à une série d'événements auxquels ils nous font assister avec une grande précision, avec une puissance d'évocadon parfois merveilleuse, mais sans ouvrir des horizons sur l'être humain.

Lorsque les Naturalistes daignent laisser de côté la vie physique pour s'occuper de notre vie morale, ils le font un peu à la façon de ce voyageur qui, ayant vu dans un village une femme aux cheveux roux, écrivait sur ses tablettes : ce Dans tel pays, toutes les femmes sont rousses. » En effet, les documents qu'ils nous apportent sont presque toujours des documents spéciaux, particuliers et contemporains beaucoup plus que généraux et humains. Si les Naturalistes analysent quelquefois, pas assez souvent à mon gré, ils ne synthétisent presque jamais. De même que tout renseignement leur paraît digne d'être consigné, de même tout tempérament leur semble bon à exploiter. Us ne choisissent pas parmi nos passions celles qui sont de tous les temps : ils n'observent pas ces passions chez plusieurs sujets

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de façon à en surprendre les traits conimuns et caractéristiques pour les concentrer dans un seul personnage, non, ils prennent un homme quelconque, mais détenniné, dans des circonstances quelconques, mais déterminées, elles aussi, et cela les contente et ils reproduisent cela sans se soucier d'autre chose que de le reproduire exactement. La préoccupation du détail leur interdit les vues d'ensemble. Us photographient des individus, ils ne burinent pas des types. Cela n'a l'air de rien, et cependant cela fera peut-être trébucher dans le rude chemin de la gloire plus d'un écrivain de talent, plus d'un de ceux que nous nonmions les maîtres.

Pour qu'une œuvre dure il ne suffit pas qu'elle soit vraie, il faut qu'elle le soit d'une vérité universelle et éternelle, d'une vérité qui ne se démode pas. Euripide et Plaute sont plus près de nous que Scribe et Paul de Kock. Or, ce quelque chose de toujours jeune, c'est seulement en choisissant, en répudiant le plus possible ce qui porte la marque d'une heure, en collectionnant sans relâche ce qui est inhérent à l'humanité même, qu'on parvient à s'en emparer. On ne construit pas alors une cabane que le premier coup de vent jettera par terre, on bâtit un monument plus durable que

l'airain, œreperennius, comme dit Horace, un de ces monuments qui s^appellent le éMisanthrope^ Tartufe, les Femmes savantes, Thèdre, le Tère Goriot, Eugénie Grandet, éMadame Bovary.

Les Naturalistes n'ont pas fait de ces larges synthèses,ils n'ont pas pétri de ces types dans lesquels, en dépit des siècles, les hommes retrouveront toujours quelque chose d'eux-mêmes ou de leurs voisins. Si on dit parfois un Velobelle, un Coupeau, une Germinie Lacerteux, parmi les milliers de personnages qu'ils ont mis en mou vement,il en es t très peu dont le nom soit devenu un mot de la langue courante, un qualificatif, une étiquette désignant tout un groupe d'êtres, car, parmi les centaines de volumes qu'ils ont mis au jour, il n'en est guère plus d'une demi-douzaine — somme toute, c'est déjà beaucoup — qui soient vrais de cette vérité inébranlable. Grâce à leur méthode qui réduit l'écrivain à n'être qu'un simple reporter, interviewant les individus, enregistrant les faits; grâce à leurs théories formelles qui permettent parfois d'analyser, mais jamais de synthétiser, les Naturalistes ont perdu en ampleur ce qu'ils gagnaient en précision. Exactes, mais contemporaines et sociales plutôt qu'humaines, la plupart de leurs études vieilliront vite, car elles portent sur les

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mœurs et les milieux qui se modifient et se transforment, non sur rhumanité qui demeure; sur les hommes qui passent, non sur l'homme qui reste. Il est problable que, dans une cinquantaine d'années, tels de leurs livres qui nous passionnent furieusement ne seront plus feuilletés que par les curieux des choses mortes, car ils ne présenteront plus qu'un intérêt archéologique, s'étant démantelés peu à peu, s'étant à tout jamais ruinés avec le monde et la vie qu'ils reflétaient.

Tout en admirant fort M. Emile Zola et les Concourt, M. Alphonse Daudet et Guy de Maupassant, et même quelques autres écrivains moins grands salpêtre petits pourcela, je n'ai pas une confiance sans borne en la formule naturaliste, je ne professe pas pour elle un amour illimité. Dans la bataille littéraire actuelle, l'école naturaliste n'en est pas moins de toutes les écoles celle qui me paraît mériter le plus nos sympathies.

En dépit des classes, des ordres, des genres et des espèces dans lesquels nous nous plaisons à cataloguer les gens de lettres ; en dépit des méthodes, des théories, des procédés et des formules qu'ils fabriquent; des cocardes et des drapeaux qu'ils arborent; des accoutrements et des livrées qu'ils revêtent afin de se distinguer de leurs con-

frères et de se signaler à rattention publique comme des gaillards sans pareils, des phénomènes, grands hommes ou demi-dieûx, il n'existe depuis que le monde est monde, et il y a longtemps de cela, que trois familles d'écrivains, autrement dit trois littératures : celle d'observation, celle d'imagination et puis une autre.

Laissons de côté la littérature d'imagination. On a été sévère pour elle. On a nié brutalement ses droits à l'existence. On a eu tort. L'imagination est une faculté, une qualité de notre esprit, — non la première, non la plus enviable des qualités, mais c'est une qualité quand même et ceux qui ont la chance d'en être doués seraient bien sots s'ils n'avaient pas le bon sens de s'en servir. Qu'elle soit puissante et endiablée comme avec Alexandre Dumas, fantastique comme avec Hoffmann, macabre comme avec Edgar Poe, chatoyante comme avec M. Pierre Loti, la littérature d'imagination a sa raison d'être. Elle est l'expression de nos rêves creux et de nos aspirations vaines, elle raconte nos velléités d'héroïsme, elle repaît notre besoin du plus beau que nature, elle donne corps à toutes nos chimères, à toutes nos folies, et, en nous transportant dans ces paradis inconnus après lesquels nous soupirons tous, elle

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nous distrait et parfois nous console du purgatoire dans lequel nous vivons.

Seulement, si la littérature d'imagination a, de toute évidence, le droit d'exister^ elle ne mérite notre attention, notre estime qu'à condition d'être loyale, à condition que l'écrivain charpente son œuvre sans arrière-pensée et nous la donne franchement pour ce qu'elle est et ce qu'elle vaut.

En face des Imaginatifs se dressent les Observateurs. N'ayant ni les même goûts, ni les mêmes convictions, ni le même but, ni les mêmes aptitudes,les deux familles, ennemies irréconciliables, ne témoignent l'une pour l'autre que du dédain et de l'exécration. Elles se raillent réciproquement, elles se méprisent, elles se combattent, elles se nient. Elles s'efforcent de se ridiculiser, de s'abaisser, de se tuer, de se supprimer avec une rage et une ténacité telles qu'à côté de cette vieille et implacable haine les inimitiés les plus fameuses, celle des Romains et des Carthaginois, les vendettas les plus acharnées, celle des Montaigu et des Capulet, ne sont que des caprices et des jeux d'enfants. Opposées l'une à l'autre et se faisant contrepoids comme les deux plateaux d'une balance dont le succès serait l'aiguille, elles sont à tout propos et perpétuellement en lutte.

Pendant que les Imaginatifs travaillent dans la fiction et le rêve, les Observateurs travaillent d'après le réel et le vrai. Ceux-ci demandent Tintérêt de leurs livres à Fétude de Thomme et de la vie; ceux-là se flattent de nous attirer et de nous retenir en combinant des aventures, en multipliant les péripéties d'une intrigue. Les uns se plaisent dans ^impossible, les autres ne se contentent pas même du vraisemblable. D'un côté, nous trouvons des événements extraordinaires, des héros plus forts qu'Hercule, plus séduisants qu'Apollon, plus riches que Plutus, des héroïnes plus belles que Vénus, plus terribles que Méduse, Euryale et Sthéno, plus malheureuses qu'Ariane; de l'autre, nous trouvons des faits de la vie courante, des hommes et des femmes comme nous, avec un peu de bon et beaucoup de mauvais, auxprises avec des difficultés comme nous en rencontrons chaque jour etguidés dans leur conduite, comme nous dans la nôtre, par des mobiles le plus souvent mesquins et par des passions de moyenne intensité.

Enfin, les premiers, considérant la littérature comme une distraction qui doit nous aider à passer le temps le plus agréablement possible, ressemblent un peu, quand ils écrivent, à des

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clowns qui cabriolent, tandis que les seconds, tenant l'art littéraire pour une sorte de sacerdoce, pour une science utile et sérieuse, destinée à nous instruire sur nous-mêmes, ressemblent à des prêtres qui officient.

Comme la littérature d'imagination, la littérature d'observation doit être franche et loyale. En outre, elle doit être inexorable.

Plus l'observateur dira sincèrement ce qu'il a vu et ce qu'il a surpris, sans avoir peur des mots, sans adoucir ou entortiller la constatation audacieuse, plus son œuvre sera claire et par conséquent meilleure elle sera. Il lui faut beaucoup de sincérité dans l'expression, il ne lui en faut pas moins dans la pensée, et cette sincérité dont il a un rigoureux besoin, ce n'est pas une sincérité pudibonde et timide, mais une sincérité audacieuse et impitoyable, à toute épreuve, qui ne craigne de bousculer ni nos préjugés, ni nos habitudes, ni nos illusions, ni nos désirs; c'est la sincérité qui ose tout voir, tout savoir et tout dire, le bien comme le mal et le mal comme le bien ; c'est la sincérité de La Rochefoucauld ciselant ses Maximes, de Molière ricanant son œuvre désespérément gaie, de La Fontaine racontant la petitesse humaine et nous flagellant sous le

masque des animaux, de Schopenhauer émaillant ses livres de pensées aussi orgueilleuses que désolées, de Flaubert analysant le tempérament d'Emma Bovary, àe M. Zola inventoriant la vie d'un Coupeau ou d'une Renée, des Concourt suivant jusqu'au bout de son calvaire, étape à étape, obstinément, Germinie Lacerteux, la Phèdre moderne.

L'observateur doit nous donner le résultat de ses observations et de ses études sans ménagement et sans complaisance. Son devoir n'est pas de nous montrer l'humanité et la vie tels que notre optimisme et notre vanité veulent les voir, mais tels qu'ils sont, sans pitié pour nos chimères qu'il détruit, sans indulgence pour nos bassesses qu'il étale au grand soleil.

Malheureusement, l'homme, en général, n'a guère de sympathie pour la vérité vraie, qui le blesse, partant il n'aime guère ceux qui la cherchent et qui la disent vigoureusement, sans respect pour sa quiétude. Ce qui lui plaît, c'est une vérité douce, gentille, une vérité habillée, arrangée, pomponnée, maquillée; une vérité qui est presque, pour ne pas dire tout à fait un mensonge, une vérité en un mot qui flatte sa bonne opinion de lui-même en faisant des sourires de

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ses grimaces, des dévouements de ses égoïsmes et de nobles actions de ses petites turpitudes. Aussi la littérature qui a ses faveurs n'est-elle ni la littérature d'imagination, qu[*il juge trop enfantine, ni la littérature d'observation, dont l'austérité l'ennuie, c'est l'autre, la troisième.

Qu'est-ce que c'est que cette troisième littérature?

La caractériser d'un mot est impossible, car elle est immense et multiple. N'étant ni la littérature d'imagination pure, ni la littérature d'observation implacable, mais tenant un peu de celle-ci et un peu de celle-là, elle a pour représentants tous ceux qui, désireux d'un succès rapide, prennent à tâche non de s'imposer au public, mais de le servir selon son goût, tous les esclaves de la mode, tous les courtisans de la vogue, tous les Tartuffes, tous les caméléons littéraires qui écrivent sur leurs livres : éMœurs parisiennes, ou T^oman d'aventures, suivant que la foule va vers Balzac ou vers Dumas. Cette famille est florissante et les œuvres qu'elle lance dans la circulation sont innombrables comme les étoiles du ciel ou plutôt comme les lampions d'une fête nationale, car elles n'ont ni l'éclat, ni l'éternité des astres, mais la lueur incertaine et la durée

éphémère de ces chandelles allumées le soir et le lendemain matin éteintes depuis longtemps déjà. Elle a affiché des prétentions socialistes et politiques,

Délayant de grands mots en phrases insipides,

pleurnichant sur le peuple et les prolétaires, se parant d'un humanitarisme charlatanesque et verbeux avec Eugène Sue; elle a voulu paraître terrible avec Frédéric Soulié et toute sa descendance, d'Emile Gaboriau et Jules Mary à Xavier de Montépin et Emile Richebourg; elle a pratiqué le dilettantisme scientifique et le patriotisme à tant le couplet; elle a cultivé le prêchiprêcha moralisateur; elle a été séditieuse aux heures de révolte et servile devant le despotisme vainqueur. En moins d'un siècle, on l'a vue évoluer de tous les côtés, orienter dans toutes les directions suivant que le vent soufflait du nord ou du midi, de l'est ou de l'ouest. Enfin, par une récente métamorphose, lorsqu'il a été bien démontré que la vogue n'appartenait plus aux Romantiques ni aux Romanesques, elle s'est targuée d'être vraie, d'étudier l'homme, et les plus adroits de ses membres se sont conquis un renom d'observateurs sans avoir jamais observé, rien qu'en

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rhabillant à la mode nouvelle des personnages connus et las de traîner partout.

Telles sont, dans leurs lignes principales, les trois grandes écoles qui se disputent la supré» matie littéraire. Il ne nous reste plus qu'à déterminer quelles étaient leurs situations respectives lorsque les Naturalistes prirent part au conflit, quelle influence ils ont exercée sur nos lettres, et à examiner si cette influence a été salutaire ou nuisible.

Remontons de quelque vingt ou vingt-cinq ans en arrière. Pendant que la littérature d'imagination achevait d'ennuyer ses derniers fidèles, la littérature d'observation se débattait au milieu de ficelles grosses comme des câbles et de conventions exigeantes comme des lois, sans parvenir à se dépêtrer des unes et à s'affranchir des autres. La troisième littérature était alors au pinacle. Elle tenait toute la place. Elle accaparait les éditeurs, elle encombrait les théâtres, elle se faufilait dans les bibliothèques. La succession de Balzac restait vacante, son œuvre demeurait inachevée. Champfleury, Stendhal, Flaubert tentaient bien de pousser nos lettres dans la large voie que le puissant aïeul leur avait ouverte à coups de génie, mais le public ne prêtait aucune

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attention ni aux rudes procès-verbaux de Tun, ni aux analyses finement nuancées de l'autre, ni à la robuste sobriété du dernier. Aiangui par les litanies et par les homélies qu'on lui servait, il se plaisait aux œuvres écrites à Tencre rose sur du papier parfumé. Il se laissait prendre aux grandes phrases toutes faites célébrant l'amour, le devoir, la nature, et dans le ronronnement des mots sonores, dans réblouissement des points d'exclamation, dans l'étalage des beaux sentiments, il ne s'apercevait pas que sur dix apôtres il y en a neuf qui ressemblent à Judas et que les trois quarts des livres qui affectent de moraliser sont un peu plus immoraux que les autres.

Réfléchissez, vous verrez qu'il n'y a pas d'écrivains plus dissolvants que tous les embellisseurs systématiques de l'homme et de la vie, que tous les pseudo-poètes qui ne regardent en face nos instincts que pour découvrir le moyen de les transformer en passions nobles qu'ils exaltent ou en passions viles qu'ils flétrissent. Ce qui est immoral, ce n'est pas la vérité, c'est l'erreur; ce n'est pas de savoir, c'est d'ignorer, et, lorsqu'on a la prétention de vouloir instruire les autres, c'est de leur susciter des idées fausses et inexactes. Ouvrons les romans en vogue sous le second

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Empire, et lisons avec notre raison et notre expérience : nous verrons que, dans ces prétendues études, tout est imaginaire et mensonger, depuis l'action romanesque jusqu'au style artificiel et voulu ; depuis la société, qui fait le fond du tableau, jusqu'aux personnages qui en occupent le premier plan. Ce n'étaient pas des hommes que les dramaturges et les romanciers d'il y a vingt ans mettaient en scène, mais des pantins plus ou moins bien articulés et habillés, plus ou moins savamment manœuvres, n'ayant ni sang, ni muscles, et toujours les mêmes sous tous les habits. Il y avait le personnage sympathique, le personnage spirituel, le millionnaire taré, la jeune fille charmante, le jeune premier impeccable, le gentilhomme pauvre. Tous ces fantoches se promenaient dans les clairs de lune argentés ou dans des salons Louis XV, se nourrissaient d'ambroisie, se grisaient avec de pompeuses déclamations, fredonnaient de gentilles sérénades et mouraient d'un rayon de soleil ou d'un flocon de neige. Le public, qui est un grand naïf, et ^eut-être — qui sait? — un grand philosophe, laissait aller les choses à l'aventure. Soit indifférence, soit bêtise, soit résignation, il accueillait complaisamment toutes les fadeurs. Peu à peu, grâce à sa bienveil-

knte complicité, des conventions et des habitudes s'établissaient, diminuant l'art, lui enlevant toute portée et nous faisant une littérature petite, mesquine et ridicule. Quelques esprits solides et vigoureux tentaient de réagir, mais leurs efforts isolés étaient perdus, inaperçus au milieu de la fiévreuse production moderne. Dans le roman, niChampfleury, ni Stendhal, ni même Flaubert n'avaient la place qu'ils méritaient. Au théâtre, ni Labiche, qui, à certaines heures, retrouvait pourtant le rire et la verve de Molière, ni Augier, qui parfois en possédait la vigueur et la précision, ne se décidaient à rompre définitivement avec la formule de Scribe. Souvent la bonne humeur imperturbable du premier empêchait le rieur de se transformer en railleur. Quant au second, en pleine audace, il s'arrêtait parfois comme paralysé par la crainte d'effaroucher les spectateurs et de contrarier la critique.

Pour ramener à Balzac et à Musset le goût égaré par les déclamations convulsionnaires des Romantiques et la phraséologie bêlante des Romanesques, il a fallu la venue des Naturalistes. Rêvant une littérature libre et virile, voulant un art osant tout voir et pouvant tout dire, ambitieux de « coucher l'humanité entière sur une

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page blanche », ils ont eu pour premier soin de battre en brèche toutes les conventions, tous les usages adoptés, toutes lesr entraves et tous les liens apportés à la liberté de penser et de parler. Ils ont excité contre eux tout le monde, ceux dont ils secouaient les statues, ceux qui avaient contribué à élever ces statues et ceux enfin qui étaient accoutumés à se prosterner devant ces statues et dont un changement de religion troublait la quiétude. Auteurs, critiques et public, tous furent d'accord pour huer les nouveaux venus. Mais, baste! quand la charge sonne et qu'on fonce sur Tennemi, s'arrête-t-on pour une injure ou une plaisanterie? Les Naturalistes ont donc poursuivi leur chemin. Us ont démoli livre à livre, page à page, phrase à phrase, un tas d'écrivassiers qu'un hasard avait mis à la mode. En cela leur œuvre a été bonne.

S'ils ont eu la puérilité de s'entourer de théories et de formules, ils ont du moins eu le bon sens d'appuyer ces théories et ces formules sur un grand principe, celui de l'observation humaine. Ne nous y trompons pas, les Naturalistes, quoi qu'on en dise, sont dans la tradition de la littérature française et, à prendre les choses d'un peu haut, nous les voyons tendre la main à Mo-

lière et à Racine, ces deux curieux du genre humain. Si leur art diffère sensiblement de Tart classique, il en diffère surtout par la mise en œuvre, par la forme.

Au fond, ce que les Concourt et M. Zola ont cherché, c'est ce que Molière et Racine avaient cherché de leur temps, c'est l'homme. Les routes sont autres, mais le but poursuivi est le même. Les procédés que les Naturalistes ont mis en avant, qu'ils ont chantés et qu'ils ont employés ne sont pas tous excellents, d'accord; mais ceux qu'ils ont décriés et combattus sont exécrables. Ayant une haute opinion de l'art et des lettres, ils se sont acharnés de toutes leurs forces à rajeunir l'un et à régénérer les autres. Ils n'ont pas détruit les G. Ohnet, les Albert Delpit, mais ils les ont diminués. C'est toujours ça. Us ont ramené le public peu à peu aux œuvres qui signifient quelque chose, lui faisant comprendre qu'à côté de la littérature marchande il y a la littérature littéraire, l'éloignant de ceux à qui il avait abandonné sa confiance et qui s'étaient moqués de lui, le faisant rire des idoles qu'il avait prises pour des dieux, et, à force d'audaces intempérantes, l'accoutumant, presque malgré lui, à tout entendre et à tout voir, même ce qui n'est pas

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folâtre. C'est grâce à eux que les petits-fils de Stendhal, les subtils et raffinés analystes, les psychologues à la Paul Bourget ont pu écrire et faire comprendre leur œuvre. C'est grâce à eux, à leur large et souverain mépris, hautement affirmé, de tout ce qui n'est pas humain que nous devons cette poésie moderne, dont M. François Coppée est et restera probablement le plus hardi représentant, cette poésie qui a quitté la nue, les nuages, pour redescendre sur la terre et nous raconter, non les malheurs officiels d'un rajah ou d'un sultan, mais les secrètes tristesses d'un apprenti soldat, pour recueillir la larme furtive qui tombe sur la blouse de l'épicier ou le frac noir du gentleman et pour en faire une de ces petites œuvres immenses où tous ceux qui ont pleuré reconnaissent quelque chose de la souffrance humaine.

Les Naturalistes ont élargi Tart. Le fait est incontestable. Ils nous ont débarrassés de beaucoup de préjugés saugrenus. Us nous ont à peu près guéris de la littérature artificielle. En nous obligeant à regarder en nous et autour de nous, en nous ramenant aux œuvres d'observation vraie, ils nous ont rendu un signalé service, car l'homme n'est pas sur la terre pour rire et la littérature n'a pas mission de Tégayer. 11 ont eu des torts et

des travers, c'est juste; seulement ils ont des mérites qui compensent largement leurs torts et leurs travers. Il faut les saluer, quelques-uns comme les petits-fils, quelques autres comme les petitsneveux des profonds penseurs d'autrefois, comme les continuateurs de notre littérature nationale et, s'il faut tout dire, comme les exécuteurs des bâtards de Beaumarchais et d'Hugo.

Le Théâtre Poétique

N amour, les malentendus sont souvent plus à redouter que les grosses querelles.

Valère et Mariane sont faits l'un pour l'autre. Us s'aiment. Ils s'adorent et néanmoins, à propos de rien, ils se séparent. Un mot, un geste, un sourire suffirait pour dissiper le nuage, mais Valère est irrité, Mariane est nerveuse et, avec tous les regrets du monde de se fâcher, ils se fâchent. Heureusement Dorine est là. Dorine, excellente fille! brave servante! comme Molière les aimait et dont la famille est éteinte depuis longtemps. EUe rappelle Valère, elle ramène Ma*

riane; elle remet la main de celle-ci dans la main de celui-là et un regard fait le reste.

La scène est délicieuse et très vraie, si vraie que Molière, qui se connaissait en choses humaines, n'a pas hésité, après l'avoir traitée deux fois dans le Vépit amoureux, k la reprendre pour la faire figurer, à peine modifiée, dans la plus sombre de ses comédies, dans Tartuffe. Que les personnages s'appellent Ergaste et Lucile, ou Marinette et Gros-René, ou Valère et Mariane, elle n'en contient pas moins, en quelques pagifB, l'histoire toujours la même des brouilleries d'amants. On marche côte à côte, on se sourit, on s'aime, on est heureux; un soupçon survient, on s'aigrit, on se querelle, on se quitte; mais les yeux rencontrent les yeux, les mains Sfp ^retrouvent et les cœurs se souviennent. A quoi bon se fâcher alors? A quoi cela sert-il? A goûter le plaisir de se remettre. C'est puéril peut-être, mais les hommes sont ainsi faits. Ils ne se séparent que pour mieux se réunir, ou inversement, et tout ce qui dépend d'eux est soumis comme eux à cette loi invariable.

Voici, par exemple, le théâtre et la poésie. Il leur plaisait souvent jadis d'unir leurs destinées, de suivre la même route. Un jour tout fut abîmé

sur on ne sait quel racontar. Comme Valère et Mariane, chacun tira de son côté, mais Dorine n'était point là pour arrêter ces fous. Le théâtre perdit sa fraîcheur, sa grâce, sa jeunesse ; la poésie se réfugia dans les livres, sombres couvents, cloîtres austèrçs où -se hasardent seuls les vrais et rares amis. Valère courut les aventures, traîna sa perruque blonde dans les mauvais lieux, prit pour maîtresses des filles perdues et chercha dans la fange le ciel d'où il était tombé et dont il se soWreîiait. Mariane seguinda dans ses regrets; le chagrin la rendit morose, le mécontentement la fit maussade et sa réserve hautaine transforma peu à peu sa retraite en désert.

Voilà longtemps que cette fâcherie dure, trop loBgtempés Après en avoir ri, on commence à s'en inquiéter. Tout le monde en pâtit, personne n'y gagne et Dorine peut intervenir. — Dorine, en cette matière, c'est la critique dramatique.

De fait, la langue lui démange singulièrement. Dans les journaux, les revues, les livres, on sent que cette querelle la préoccupe, oc Pour, quoi sont-ils brouillés? Se remettront-ils? Où? Quand? Comment? Le doivent-ils? Le peuventils? » Telles sont les questions qu'elle se pose et cent autres eticore. Chacun indique son moyen

de dénouer la crise, mais tous sont d'accord sur ce point qu'il faut que la folie des hommes s'efforce de réconcilier ce que leur haute sagesse a désuni.

Entre toutes ces pages, écrites presque à la même heure, à peu près sur le même sujet, il n'y a peut-être qu'une simple coïncidence, effet du hasard. Peut-être aussi sont-elles dues à cette mystérieuse influence qui parfois nous inspire à tous, au même moment, les mêmes pensées, les mêmes pressentiments. Lues aujourd'hui, elles peuvent demain, comme tant d'autres, ne plus être que des feuilles mortes. Mais peut-être aussi sont-elles le premier symptôme d'un rapprochement ardemment souhaité par beaucoup de gens, et que l'on peut espérer prochain.

S'il ne faut pas se fier à son espérance, — on ne croit toujours que trop à la réalisation du rêve qui vous plaît, — il faut toujours espérer, ne fût-ce que pour s'aider à vivre. Il est évident d'ailleurs qu'il y aura une renaissance de la poésie au théâtre. Sera-ce aujourd'hui? demain?

plus tard? Le plus tôt serait le mieux, car cette renaissance mettrait de la variété dans le théâtre contemporain, qui en manque considérablement.

Que les auteurs dramatiques y songent. Le

public se lasse d'entendre toujours les mêmes phrases, de revoir toujours les mêmes bonshommes, de retrouver toujours la même pièce, faite et refaite cent fois sous des noms différents. La critique s'ennuie, et si, pour se distraire, il prenait à un Jules Lemaître quelconque la fantaisie de jouer un peu au jeu de massacre, beaucoup de réputations qu'on croit bien assises culbuteraient de leur piédestal ou de leur socle; beaucoup de gloires bruyantes, beaucoup d'étoiles étincelantes s'éteindraient dans la nuit sans éveiller plus d'échos, sans laisser plus de traces qu'un ballon rouge qui crève ou un feu de Bengale qui expire.

A notre époque, rien n'est plus beau, tout est fort. Sous prétexte d'observation et d'analyse, de physiologie et de psychologie, on a étudié l'homme à tour de bras. Profond comme un puits et savant comme une bûche, de médecin qu'il était Sganarelle s'est fait écrivain! Quelle bonne besogne que la sienne! Tenant à prouver sa perspicacité, il s'est emparé de notre corps, de ses sensations, de ses appétits, de ses besoins, de ses instincts, de ses turpitudes, de ses vices, de ses maladies. Il a photographié avec amour toutes nos laideurs, il les a souvent grossies, il

nous a prêté parfois des difformités. Les plaies et les ulcères ont mis des sourires sur sa bouche. Il a étudié à la loupe et au scalpel tout ce qu'il a deviné de bas et de répugnant dans le monde ; puis, fier de ses études, il a pétri pêle-mêle ses observations et ses inventions pour en tirer un monstre à face humaine qu'il nous jeta un jour au nez en s'écriant : Ecce homoICe monstre, il l'a pris par la main et traîné dans tous les milieux. Il l'a promené dans tous les bouges. Il l'a fait patauger dans tous les cloaques. Il s'est roulé avec lui dans tous les ruisseaux. Ils sont descendus ensemble, bras dessus, bras dessous, jusque dans les derniers bas-fonds de la société, sans remarquer que souvent plus on descend, plus on s'enfonce. Certes, il n'y a pas d'œuvre belle et durable sans quelque chose d'humain ; certes l'écrivain doit avant tout observer l'homme et la vie; certes l'ambition de M. Emile Zola : (( Tout voir, tout savoir, tout dire... Coucher l'humanité entière sur une page blanche » est une noble et louable ambition, mais pourquoi n'insiste-t-on pas aussi bien sur ce qu'il y a de bon en nous que sur ce qu'il y a de mauvais? A force de ne nous montrer jamais que des gens vicieux et des vices, on finira par nous rendre

encore pires que nous ne sommes si c'est possible. L'homme n'est pas tellement grand qu'on puisse impunément le rabaisser sans cesse dans sa propre estime.

Un jour, à l'Académie française, M. Edouard Pailleron parlait de la vertu : ce Messieurs, disaitil, c'est un singulier peuple que le nôtre ! Il est aussi richement doué que pas un au monde.

Comme le prince de ces contes charmants au récit desquels La Fontaine prenait un plaisir extrême, il semble que toutes les fées aient été conviées à son baptême et que toutes l'aient comblé de leurs dons.

ce Eh bien, Messieurs, il faut qu'on en ait oublié une, comme d'habitude, car tout ce que ces marraines ont fait pour leur filleul tourne contre lui. n y a une fée qui n'a pas été invitée, tenez-le pour certain. Elle a voulu se venger de cette injure, et, la cérémonie terminée, elle est apparue grotesque et redoutable, puis, s'avançant vers le berceau, elle a dit à l'enfant : « Je suis la fée Ric< dicule, et, parce que les autres n'ont pas pensé « à moi, tu y penseras toujours, tu cacheras soi- (( gneusement les qualités que tu as, pour mon- « trer les défauts que tu n'as pas. Tu es doux, et « l'idée d'avoir l'air soumis fera de toi un rc-

<( volté ; gai, et dans la crainte de paraître léger, « tu deviendras lourd; fin, et Fambition d'être « fort te rendra grossier; tu aimes ce qui est beau « et tu seras impressionniste; tu aimes ce qui est « délicat et tu seras naturaliste; tu aimes ce qui a est honnête et tu feras de la politique. Tu appelce leras ta sensibilité névrose et ta fierté patrioc( tique chauvinisme. Pour ne pas être dupe des ce sentiments, tu le seras des mots. Croyant, tu (( joueras le sceptique et tu resteras crédule; tu oc trouveras au-dessous de ta raison d'adorer le c( Dieu qui t'a fait, parce que tu ne le vois pas, ce et tu adoreras des hommes que tu verras trop <( et dont tu feras des dieux, quitte à les défaire c( pour en refaire d'autres à leur place.

ce Aimant, tu nieras l'amour; tout haut, tu le « traiteras de nécessité physiologique; tout bas, <( tu l'honoreras et le serviras dans ton cœur, car (( l'amour sera la vraie religion de la majorité ce des Français avec plus de pratiquants que de ce croyants peut-être. Enfin, tu donneras chez toi c( à la femme une place qu'elle n'aura chez aucun « autre peuple; tu aimeras les enfants plus qu'au- « cun ne les aime; tu paieras les impôts mieux ce qu'aucun ne les paie, — tu en paieras même ce davantage, et tu regarderas comme une insulte

LE THÉÂTRE POÉTIQUE IÇf

« qu'on t'appelle bon citoyen et bon père, fût-ce c( sur ta tombe. »

Sous son apparence paradoxale, cette tirade contient des vérités qui, pour être agréablement dites, n'en sont pas moins dures. En nous caressant de la main, M. Edouard Pailleron nous égratigne quelque peu. C'est bien fait pour nous. Enclins à l'honnêteté par nature, nous voulons être pervers par vanité et aussi fous qu'Argan, nous crions sur les toits comme lui : ce Je ne suis pas bon et je suis méchant quand je veux. » Sur nos vilains penchants, qui nous flatte a toujours raison. La littérature contemporaine le sait bien et ne s'en fait pas faute, elle qui ne veut voir — à de rares exceptions près — dans l'homme qu'un mâle ; dans la femme qu'une femelle; dans l'enfant qu'un petit, et dans la société qu'un troupeau... mettons de moutons, pour être corrects.

Que, dominé par sa nature, l'homme doive écouter pour satisfaire son corps certains besoins tout matériels, qu'il est convenu de ne pas trouver très nobles, et s'abandonner à certains actes comme manger, boire, dormir et le reste, c'est un fait. Mais ne sommes-nous que matière? N'y a-t-il que le corps? Et faut-il toujours laisser dans

Toubli ce Dieu dont parle le poète, ce Dieu tombé qui se souvient des deux et qui ne demande qu'à y remonter de temps en temps?

A côté de Fhomme matériel, il y a Fhomme moral, et dans cet homme, à côté des sentiments et des passions qui aboutissent à des désirs physiques^ et qui trouvent leur contentement dans des réalités, il y a des enthousiasmes latents, des^ aspirations secrètes, des élans mystérieux, des tendresses indicibles, des fraîcheurs qui ne se flétrissent pas et pour tout dire enfin une voix inconnue que nous entendons chanter en nous à certaines heures. A côté de l'homme qui vit, il y a l'homme qui rêve. A côté du malheureux qui marche péniblement, rivé à la terre, les pieds dans la poussière ou la boue, préoccupé du pain quotidien, accablé par les soucis, tourmenté par les maladies, laissant un peu de lui-même à tous les buissons de la route aride et défoncée où il chemine ; à côté de ce condamné à mort qui gravit douloureusement son Golgotha, entouré d'ennemis, la croix aux épaules, tombant à chaque station et un peu plus rudement à chaque chute sans rencontrer jamais ni Simon pour l'aider à traîner son gibet, ni Véronique pour essuyer la sueur de son visage; à côté de ce forçat de la

souffrance, de ce damné de la vie, il y a le rêveur qui sur les ailes de son rêve s'en va comme un petit oiseau, loin, très loin des rêalités matérielles, dans un monde où les lèvres ne se désunissent pas, où les mains tendues le sont pour donner et non pour prendre, où les cœurs ne sont pas éternellement s^ls; monde charmant, monde délicieux, monde idéal où l'on ignore Fadieu, où les roses n'ont point d'épines et les médailles point de revers, où les amours durent toute la vie, où les amitiés ne finissent pas, où il n'y a que des printemps et jamais d'automnes!

Qui s'occupe de cet homme aujourd'hui? Qui songe à Y étranger sublime dont parle M. Sully Prudhomme? Qui saisit au passage les chansons fugitives et éphémères qu'il fredonne lorsque l'autre, son frère, ne hurle pas dans la douleur et l'angoisse? Personne, hors les poètes. Seuls, ils savent encore reconnaître dans le charivari de la vie moderne les mélodies du cœur humain; seuls, ils savent les noter et s'en inspirer pour bercer dans ses intimités et ses au-delà ce cœur inassouvi. Aussi, est-ce toujours à eux qu'on revient. Romanciers, auteurs dramatiques, philosophes, les autres se font admirer ; eux, on les aime. Leur part est la meilleure. N'est-ce pas vers la poésie qu'on

se tourne quand Tâme souffre? N'est-ce pas elle qui le mieux nous comprend et le mieux nous apaise, car elle répercute toute la mélancolie delà terre et les douleurs profondes ont moins besoin d'être consolées que d'être plaintes! Elle naquit d'une larme et d'un sourire, et la joie et la peine nous ramènent inévitablement à elle. Si l'homme, dans sa hâte stupide et son activité inutile, l'oublie ou la dédaignç parfois, elle peut attendre sans impatience et sans colère le retour de l'enfant pro-digue. La vie et ses désillusions le lui garantissent. L'avenir est à elle et, comme la mer qui creuse le rocher,

Elle épargne la force, ayant V éternité*.

Ces aspirations douces, ces tendresses vagues qui sont en nous, le théâtre contemporain les ignore. Les poètes eux-mêmes, lorsqu'ils se hasardent à écrire quelque pièce, s'appliquent beaucoup plus à faire œuvre de dramaturges qu'œuvre de poètes et les laissent de côté pour aller chercher dans l'histoire ou la légende un sujet propice aux situations empoignantes et aux vers sonores. M. Coppée lui-même, François Coppée, l'auteur

* Louis Legendre, Beaucoup de bruit pour rien,

du Tassant, le fidèle défenseur de la poésie au théâtre, se plaît surtout depuis ces dernières années à ranimer de son souffle puissant des héros épiques qu'on croyait morts à jamais.

On a déjà discuté souvent et longuement sur les avantages et les inconvénients du théâtre en vers. Je ne reprendrai pas les arguments invoqués pour ou contre lui; on me permettra seulement de dire que les vers ne sont pas la poésie, mais simplement son costume le plus habituel, et qu'à côté du drame historique aux tirades superbes, de la comédie de mœurs aux alexandrins malicieux, j'entrevois un autre théâtre plus doux, où la rêverie tiendrait plus de place et dans lequel le poète, restant poète avant tout, donnerait moins d'importance à ce la scène à faire » et mettrait plus de poésie. Bref, à côté des pièces en vers, je voudrais des pièces poétiques.

Qu'est-ce que c'est qu'une pièce poétique?

En toute matière, une bonne définition — juste, complète, courte, précise et claire — est toujours diflScile à trouver. En la nôtre, elle est impossible, car pour donner la formule du théâtre poétique, il faudrait connaître avant toute celle du théâtre et celle de la poésie.

. Or, si d'une part le théâtre est en quelque sorte

un livre en relief, en action ; il est d'autre part multiple et changeant. Chacun le comprend à sa façon, s'en sert suivant son tempérament propre et ses goûts particuliers. Nous avons le théâtre de Racine et le théâtre de Victor Hugo, le théâtre de Molière et le théâtre de Beaumarchais, le théâtre de Dumas père et celui de Dumas fils, le théâtre de M. Victorien Sardou et celui de M. Henry Becque, etc.. On peut préférer celui-ci à celui-là, mettre le Cid au-dessus d^Hernani et le tMisanthrope au-dessus de T^bagas, mais ce n'est là qu'une affaire de sympathies personnelles qui n'empêche pas 7{abagas d'être du théâtre et le éMisanthrope d'en être aussi. Il n'y a pas ici de lois inéluctables. La forme dramatique n'est pas un moule déterminé, obligatoire et inflexible dans lequel l'écricain doit quand même et malgré tout couler sa pensée. Elle n'est qu'une étoffe dont cet écrivain se sert pour vêtir son idée, et dans cette étoffe il peut couper et tailler à sa guise, sous sa responsabilité, le vêtement qui lui plaît, en tenant ou en ne tenant pas compte des modes d'hier et d'aujourd'hui. Le théâtre est un genre comme le roman, aussi variable et aussi varié, car une pièce de Scribe ne ressemble pas plus à une pièce de Musset qu'un roman de M. Paul Bourget à un ro-

man d'Eugène Sue. C'est un genre qui accueille les œuvres les plus diverses, des conceptions qui différent du tout au tout ; un genre qui se transforme sans cesse, où chacun apporte et impose sa personnalité. J'ai beau écarquiller les yeux, je vois des théâtres, je ne vois pas le théâtre.

Il en est de même pour la poésie. Elle n'est nulle part et il y a de la poésie en tout, en tous, partout. Elle n'est ni ceci ni cela, mais elle est un peu ceci et un peu cela et un peu autre chose encore. Ce mot poésie a des centaines de significations relatives et pas un sens absolu. L'idée qu'il veut exprimer nous échappe, parce qu'elle est trop vaste pour nous. Nous ne le concevons pas dans son ensemble, nous ne le comprenons pas tout entier. Au cours de cette promenade qui a nom la vie, nous sentons de la poésie en nous, nous en devinons dans l'air qui nous entoure, ^ais où est la poésie? Quelle est-elle? Quelle est son essence? En a-t-elle une? Quel est son but? En a-t-elle un? Autant de mystères que nous ne pouvons pas pénétrer. Les poètes passent. Chacun d'eux dit sa chanson qui ne ressemble point à celle de son voisin parce que chacun d'eux a son tempérament, son âme ; mais la poésie, la poésie absolue, qui s'en est jamais fait une idée?

Si on prenait des miroirs et qu'on les disposât sur une montagne par exemple, les uns dans un sens, les autres dans un autre, aucun d'eux ne reproduirait l'image de la nature entière et cependant chacun d'eux réfléchirait un peu delà nature. Il en est ainsi des poètes. Tous nous donnent de la poésie, nul n'a personnifié en soi la poésie et c'est là ce qui fait l'originalité, la raison d'être de leurs livres. Si la poésie n'était pas variée à l'infini, si elle était d'une façon déterminée et spéciale, si on connaissait ses éléments constitutifs, il n'y aurait eu qu'un poète, un seul. Ce poète aurait fait une oeuvre et cette oeuvre aurait été la Poésie. Alors, on aurait pu la définir; mais puisque, comme Protée, la poésie se métamorphose sans cesse sans jamais cesser d'être, puisqu'elle se modifie continuellement et ne demeure jamais semblable à elle-même, comment pourrait-on l'emprisonner dans une définition qui serait fatalement ou trop précise ou trop vague? Au reste, qu'on ne puisse analyser la poésie, ni la spécifier, qu'elle soit ceci ou cela, qu'elle ait une formule ou non, l'important n'est pas qu'elle soit telle ou telle, qu'on puisse la définir, — c'est qu'elle soit.

Je ne me flatte donc pas de dire exactement ce que c'est que le théâtre poétique, puisque le

caractère principal de ce théâtre est justement de ne pas avoir de caractères, de n'avoir que des tendances. Plus humain avec Musset, plus sémillant avec Banville, plus intime avec M. Coppée, il deviendra plus sentimental avec M. Dorchain et M. Louis Legendre, plus souriant avec le premier, plus mélancolique avec le second.

Tout à l'heure, en parlant des vagues tendresses et des aspirations intimes qui sont au fond de tout cœur humain, j'ai dit à demi-mots, indiqué à grands traits ce que je voudrais voir mettre à la scène par les poètes : l'âme humaine dans ce qu'elle a de tendre, d'azuré, déjeune, de délicat, nos rêves dans ce qu'ils ont d'inassouvi. Qu'on ne m'objecte pas l'inutilité ou l'impossibilité d'un pareil théâtre. Rien ne mérite plus qu'on l'étudié et n'est plus intéressant à étudier que l'âme humaine, non seulement dans ce qu'elle est, mais dans ce qu'elle voudrait être; non seulement dans les sentiments et les passions qu'elle a, mais encore dans les délicatesses et les bontés qu'elle voudrait avoir.

Ainsi entendu, le théâtre poétique ne serait pas un théâtre sans humanité. A coup sûr, la réalité matérielle, la réalité des faits se déroulant comme dans la vie lui ferait défaut, mais non la

vérité morale, la vérité psychologique. Il nous transporterait dans des Êdens inconnus, il ferait passer sous nos yeux des hommes et des femmes meilleurs que nature; mais, pour idéaliser et embellir, il n'en répondrait pas moins à quelque chose d'humain, car, si ses personnages n'étaient pas conçus à notre ressemblance, son monde conçu à l'image du nôtre, nous n'en reconnaîtrions pas moins dans ce monde la patrie merveilleuse où nous serions heureux de vivre, dans ces personnages des sentiments que nous voudrions avoir. Ce théâtre ne manquerait pas d'humanité. Il serait la mise en œuvre et la réalisation des aspirations de l'homme, des chimères qui le hantent.

Malheureusement, pour écrire comme il convient des pièces poétiques, il faut des qualités dont les littérateurs contemporains se piquent assez peu. D'abord, il faut mettre l'art au-dessus de l'argent et ne pas avoir un comptoir pour table de travail. Ensuite, il faut posséder une finesse d'observation et une sensibilité extrêmes. Découvrir dans l'homme ce que chacun y connaît, c'est aussi facile que de marcher sur ses pieds ou de parler avec sa bouche. Tout le monde aujourd'hui peut aller en Amérique. Mais sur-

prendre notre âme dans ce qu'elle a de supérieur à elle-même, c'est ce que peuvent seuls les délicats, les raffinés, les poètes, et encore, parmi ceux-ci, en est-il peu dont le cœur soit asssez actif pour deviner et la plume assez habile pour exprimer des choses presque inexprimables.

Ces difficultés ne sont pas les seules, hélas ! Voici l'œuvre édifiée. Le poète a trouvé un sujet, un cadre, des personnages. Sa pièce est remplie de vers délicieux; la poésie y coule à flots. Il lui faut maintenant la faire représenter et trouver un théâtre.

La chose est malaisée. Les directeurs d'aujourd'hui parlent volontiers de la littérature et de l'art littéraire, mais au demeurant, en dépit de leurs belles et platoniques protestations, ils s'en soucient comme le mont Blanc se soucie du cap de Bonne-Espérance.

Montrez-leur des chefs-d'œuvre, offrez-leur des merveilles, Pour aller à la Bourse, ils vous tournent le dos.

Parmi tous ceux qu'on a appelés plaisamment des a entrepreneurs de spectacle », il s'agit donc de découvrir un homme assez artiste et assez fou pour s'engager financièrement dans une tentative qui, même en admettant un très honnête succès,

3o6 A TRAVERS LA VIE

ne sera jamais qu'une spéculation pécuniaire médiocre puisqu'elle échouera infailliblement auprès de la foule. Le théâtre poétique aura pour lui les délicats, les lettrés, quelques gens du monde par goût, beaucoup d'autres par genre, il n'aura jamais le peuple. En art en effet, le peuple n'existe pas. Il ne comprend que ce qui est ordinaire et brutal, bruyant et médiocre. Aussi ses suffrages ne donnent-ils pas la gloire, mais la popularité, — le mot a été forgé pour la chose, — qui en est l'opposé à peu près comme la réclame est l'opposé du talent.

Eh bien! ce directeur, c'est la perle rare qu'il faut dénicher. Et, on le sait de reste, dans certaines circonstances, lorsqu'il s'agit par exemple de mettre sa richesse à l'abri, le mollusque le plus impotent trouve soudain des jambes ou même des ailes. On peut tout prendre à un homme civilisé, sa réputation, ses amis, sa femme; il ne faut pas toucher à sa caisse.

Le poète touche immédiatement à la caisse.

Pour représenter une pièce poétique, il faut en soigner avec un soin jaloux la mise en scène. Il faut des décors, des costumes, des accessoires aussi beaux que possible. Il faut, dans cette oeuvre de séduction, que le spectateur soit pris et gtisé

par les yeux coinme par les oreilles. Il faut que l'ensemble soit excellent. La moindre chose qui détonne suffit pour rompre le charme et alors tout est perdu, car le Français, lorsqu'il n'est pas ému, passe son temps à se moquer des émotions qu'on a voulu lui causer et qu'il ne ressent pas.

Voilà certes bien des difficultés à surmonter et on comprend que les plus entreprenants hésitent à tenter le sort. Nous sommes cependant à une heure où les poètes trouvent pour les soutenir de nombreuses sympathies. Bavardages politiques et tripotages financiers, syncopes de la foi et faillites de la science, étude de l'homme et observation de la société, tout s'est uni pour nous désenchanter, pour nous écœurer, pour nous décourager de vivre.

Le siècle est las, à bout de forces et d'espérance, fatigué de tout et dégoûté de lui-même. « Autre chose! Autre chose! » Ce cri s'échappe de toutes les poitrines et toutes les lèvres répètent le vœu de M. François Coppée :

Des vers! Des vers encori Dites-nous de beaux vers!

Que les poètes secouent donc leur torpeur et le public sortira de son indifférence, plus apparente que réelle. A côté du théâtre qui nous re-

présente tels que nature, ou même pires, nous aurons, le jour où ils le voudront bien, un théâtre où ce qu'il y a de noble et de beau en nous sera mis en lumière. Nous serons embellis, tant mieux ; nous serons idéalisés, c'est parfait! Peut-être qu'à nous croire excellents, nous deviendrons bons, et peut-être qu'à vivre pendant quelques heures de temps et temps au pays bleu de la fiction, nous parviendrons à nous consoler des mesquineries de l'humanité et à trouver plus supportable un monde qui n'est pas une fiction, lui, et qui n'en est pas meilleur.

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