‹ À travers le Canada en compagnie de l'Association Britannique pour l'Avancement des Sciences, 1884: notes du professeur J.P. Sheldon, du Collège de Wilts et Hants, à Downton, SalisburyChapitre 1 sur 9 · MINISTERE DE L'AGRICULTURE DU CANADA . À OTTAWA · texte numérisé non relu

MINISTERE DE L'AGRICULTURE DU CANADA . À OTTAWA

Ii y eut un moment d'anxiété et d'agitation, parmi un groupe*de passagers dont les amis se tenaient sur la berge, lorsque le Purisian, tout pimpant et coquet, s’eloïgna du quai, pour se frayer un chemin, prudemment et lentement, tantôt en faisant jaillir l’'écume du flot sombre, tantôt en effleurant de sa puissante proue quelque lourde muraille de granit, à travers un labyrinthe de docks et de navires, dans l'après-midi de la fameuse journée du seize août 1884, ayant à son bord un grand nombre de membres de l’association britannique, pour l'avancement des sciences.

Comment se peut-il qu’un vaisseau de si majestueuses proportions soit capable de contourner de pareils angles, de franchir les docks et les écluses, sans que ses Jarges flancs noirs portent même la trace d’une égratignure | Voilà ce que connaissaient seuls, sans doute, les hommes du métier. Pour tant, il en était ainsi, nous en avions été témoins, et c’est là tout ce que nombre d’entre nous, en savaient alors sur ce point. °

Plus tard, cependant, il nous fut donné d'admirer la facilité et la vitesse avec lesquelles on savait conduire ce navirr:;, à travers les vagues, et notre étonnement dut cesser avec la familiarité dr: spectacle. Pour certains d’entre nous, hommes de terre, l'aspect que présentaient les Docks Alexandra, de Liverpool, nous parût une scène d’ordre dans le désordre, car nous avions pu y voir bientôt la direction de cette activité qui sait commander, de ce calme presque philosophique qui distingue ceux que leur état habitue aux grands centres du commerce de la vielle Angleterre.

La compagnie de steamers Allan avait bien voulu, sans tenir compte des pertes et des inconvenients sérieux qu’entrainait cette haute marque de considération, mettre le Parisian, affecté d'ordinaire au service du transport des malles du Canada, à la disposition spéciale des “ membres actifs de l'association ” comme je Les entendis quahfier. Et le Parisian fit * la traversée de la Mersey au St Laurent, sans le plus léger accident, et juste à temps pour nous permettre de nous reposer un jour à Montréal avant l'ouverture des séances. Il paraissait aussi “ neuf” ce jour là que lorsqu’il fut livré aux propriétaires par les constructeurs, en mars 1881, et lorsqu'il quitta la Clyde pour la Mersey où il allait commencer le service du transport des mailles de £a Majesté entre l'Angleterre et le Canada: il semblait n'avoir aucunement souffert des assauts des vagues et des tempêtes du grand Océan Atlantique, depuis trois années. Tout bâti d'acier, pourvu des améliorations les plus modernes, il ne pouvait et ne saurait manquer d'être un fin marcheur, ce noble vaisseau, sous la direction d'officiers et d'ingénieurs qui s’en énorgueillissent à s1 juste titre.

La travorséo à Québec [ut promple, heureuse, et somme toute, agréable, Le navire sût fort bien soutenir la tempêle qui sévit durant un jour ou. deux, à l'approche des pâles côtes du Labrador et de Ferrencuve. Je r'exagèrerais rien on disant qu'il se balançait comme un cygne sur la crête des flots, car le roulis bien que ‘ort, parfois, élait n£anmoins facile, sans secousses violentes. La manicre dont il enfoncait, pour ainsi dire, ses épaules dans la mer pour en briser les énormes vagues écumantes. el- les relancer de chaque côté de lui, ne cessait d'exciter Pintérêt ot l'admiration de ceux que leurs jambes ne refusaient pas de porter ou dont l'estomac n’élait pas désorganisé. De temps à autre, une vague irritée venait, il est vrai, balayer le pont, mais elle y glissait comme l’eau sur Le dos du canard.

Le mal de mer fit quelques victimes, naturellement, mas il ne sévit pas avrc violence, et une couple de jours après le départ, 1l s’en trouvait peu qui fussent empêchés de prendre port aux amusements, Le président de l'association, Lord Rayleigh, s'était mis de Ja partie, et les dames nous firent de la délicieuse musique. Quelques banquises, dont l’une ébait très grosse, d’après les calculs des savants à bord, des voiles, apparaissant ici et là, servaient aussi à nous intéresser et à nous égayer, de mème que les oiseaux et les poissons de la mer profonde. Les divertissements des soirées contribuaient à distraire ceux qui ne se sentaient pas le goût de lite ou d'écrire, et pendant le jour, l’on s'amusait à spéculer sur la course du navire. l’un des incidents les plus plaisants du voyage fut la présentation d’une bourse,—pour l'achat d'une chairie d'or massif—au captaine Wylie, que tout le monde estime et qui a la réputation d’être l’un des plus habiles capitaines sur l'Atlantique ou ailleurs. C'était là un hommage, et un souvenir, en même temps, de cette traversée désormais historique, que voulaient lui donner les membres de l'associatiôn.

Le détroit de Belle-Ile fut franchi durant la nuit, de sorie que le territoire canadien se révéla à notre vue pour la première fois, à travers les lueurs incertaines de la lune et des étoiles, et nous pouvions à peine distinguer les quelques grosses banquises échouées sur la côte nord de Terreneuve,

Notre premier arrêt fut à Rimouski, à l'embouchure du grand St Laurent, où Sir Leonard ‘Tilley, ministre des finances du Canada, et les membres de sa famille mirent pied à terre. [l nous fût ensuite loisible d'admirer les rives bien. boisées, et si belles d’ailleurs du feuve, ainsi que les îles qui se voient au passage. Nombre de johes fermes et habitations s'offrirent également à notre vue, des deux côtes, à mesure que le fleuve se retrécissait en approchant de Québes, et l'herbe verte, les épis jaunes reposaient agréablement nos yeux fatigués de contempler les flots bleus de la mer.

De bonne heure, dans la matinée du 25 août, nous arpentions les rues escarpées de l'étrange vi'ie de Québec, dont la citadelle présente un superbe coup d'œil, vue du fleuve, et quelques uns allèrent admirer de plus près les superbes chutes de Monimorenci, que nous avions observées du navire. Deux reporters d’un entreprenant journal s'étaient embarqués à Rimouski, et en arrivant à Montréal, dans la soirée, nous pouvions lire. avec quelque . amusement, le compte-rendu des entrevues qui avaient eu lieu à bord du - Parisian. .

La cité de Montréal dont le site n’a pas d’égal en Amérique, fut en liesse durant.le séjour de l'Association Britannique, et le beau temps ne contribua pas peu au succès de la convention. Les différentes sections eurent des logements convenables, la plupart dansles salles du beau collège McGill ; tandis qu’au superbe Queen’s Hall, eurent lieu la cérémonie d’ou-

verturo, lo discours du Présidont, ot différentes conférences le soir. Plusieurs des membres de l'Association recnrent l'hospitalité chez des parliculiors, et nos anis canadiens ne nôgligèrent rie pour nous prouver qu'ils savaicoi apprécier l'honneur que leur faisait l'As sociation en tenant ses séances de 1884 dans celte noble possession de la Couronne Auglaise. Jusqu'ici l'Association avait pas dépassé les limites dos Iles Britanniques, mais le succès de ce voyage à Gt si complet que nous pouvons espérer de visiter d'autres parlics éloignées de l'Empire, comme par exemple, les Indes, l'Australie, la Nouvelle-Z6lande et plus tara encore, le Canada.

Cette première excursion dans un pays éloigné restera fameuse dans les annales de l'Association, et ne saurait manquer de profiter beaucoup au Canada, ainsi qu’à l'Empire d nt il constitue une partie si considérable. À l'avenir le Canada sera connu du monde scientifique de la Grande Bretagne, comme il n'avait pu l’ètre auparavant: et je puis dire que cette connaissance produira plus de respect et d'admiration pour ce nouveau pays. IL importe que les liens de l’Union soient resserrês davantage, et il est impossible qu’un grand élan n'ait été donné à la noble idée d'établir de plus étroites relations politiques entre les différents pays qui sont des perles dans le collier, et des diamants dans la Couronne d'Angleterre.

IL serait trop long, et j'en serais au reste incapable, de donner l'analyse des conférences et des discussions de l'Association Anglaise à Montréal. J'ai pour but de discuter les mérités du Canada comme pays où pourait avantageusement se reporter le trop-plein de la population britannique. Or, comme je me place surtout au poiut de vue agricole, il ne sera pas mal à propos d’intercaler ici la substance de la lecture que j'ai eu l'honneur de faire devant la Section ‘ F ” de l’Association.

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