‹ À travers le Canada en compagnie de l'Association Britannique pour l'Avancement des Sciences, 1884: notes du professeur J.P. Sheldon, du Collège de Wilts et Hants, à Downton, SalisburyChapitre 2 sur 9 · AGRICULTURE'ANGLAISE ET CANADIENNE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE'ANGLAISE ET CANADIENNE

LECTURE FAITE PAR LE PROF. J. F. SHELDON, DU COLLÈGE L'AGRICULTURE DE SALISBURY, A L’ASSEMBLÉE DE L'ASSOCIATION BRITANNIQUE

“Il se fait entre les cultivateurs de l’“Ancien Monde ” et ceux du “ Nouveau ” une concurrence qui-est intéressante et importante à un haut dégré, laquelle implique des problèmes fiscaux qui affectent déjà et qui affecteront davantase encore à l'avenir les conditions de l’agriculture dans les deux pays. Des caractères modernes et les plus frappants de cette rivalité, nos pères n'avaient aucune idée quelconque : nous n’en savions rien nous-mêmes il n’y a encore que quinze ans, bien que nous en connüssions les traits distinctifs de date plus reculée, sans pouvoir, toutefois, mesurer l'étendue précise de l'influence qu’ils exerceront à l'avenir. Que la compétion doive se faire plus vive et que la production doive augmenter dans le nouveau monde, cela se voit clairement; mais il est impossible de prévoir en quoi et comment se développera cette concurrencé, ni ce que seront les surprises qu’elle pourrait nous réserver. Dans ce siècle de vapeur, d'électricité, et d’inventions de tout genré, des agents nouveaux et inattendus sont mis en jeu, ce qui nécessite l'adoption de nombreux changements dans les exploitations agricoles. Le double principe du progrès et de l'assimilation prévaut aujourd'hui plus que jamais dans l’agriculture, et rien n’est aussi inévitable que l’imprévu, même dans cette industrie. Nous eu avons un exemple frappaut dans le commerce transatlantique des viandes fraiches, lequel s’est développé si récemment, et dans celui des adimaux vivants. -

“ Je vais m'eiforcor de signaler briovement quelques-unes des tendances qui se manifestent aujourd'hui, et d'indiquer ce qu'il faudra probablement exploiter à l'avenir. Îl est entendu que je n’entends soumettre ici que dos données approximatives ot'faire des suggestions: on ne saurait guère aller plus loin.

. En bornant, pour le présent du moins, mes observations au Canada, je citerai la statistique suivante concernant l'exportation des produits de la laiterie :

Années figcam Brunna, FROMAUE, lea exp. lo = - ——— + — —— 30 Juin. Quantité. Valour. Quantitô. Valeur.

en nas mem ee es

nn mue

1873 ms 15,208,689 lbs. S2,808,979 16,483,211 Ibe. S2,280,412 1883 ssssoomemns 8,106,447 1b8, 51,1705,817 68,041,387 lbs. $6,151,870

‘ Ces chiffres accusent pour le beurre une diminution considérable, mais par contre une augmentation beaucoup plus forte encore pour le fromage, ce qui sexpliquerait, dans une certaine mesure, par les avantages supérieurs qu'offre la facilité de transporter et de conserver le: fromage, vu la manière dont le beurre est maintenant fabriqué et empaqueté au Canada. Le Canada a démontré, depuis quelques années, qu'il était capable de produire du fromage de première qualité, son climat étant exceptionnellement propre à la production des laitages. Mais ia diflérence que je viens d'établir entre le beurre et le fromage, au double point de vue du transport et de la conservation n’a pas sa raison d’être: car rien n’em. pèche de fabriquer et empaqueter le beurre de mamière à ce qu’il puisse être expédié à l’autre bout dn monde, puis ré-expédié ici, en bonne condition.. L’an dernier, à l'Exposition Centenaire du Nouveau-Brunswick, j'ai exhibé, dans des boîtes en ferblanc hermétiquement fermées, du beurre déjà vieux de plus de six mois, et parfaitement conservé, bien que légèrement salé. Ce beurre avait été fabriqué au Danemark pour le commerce des Indes Occidentales, et je l'avais apporté d'Angleterre. Or, le Canada peut en produire de semblable, et s’attribuer ainsi une grande partie de ce commerce. S'il ne le fait pas, ce sera sa faute.

“ La valeur des exportations canadiennes représentant les animaux et leurs produits, pour l’année expirant le 20 juin 1883, s’est élevée à $20,284,343 ; et les autres produits agricoles à $22,818.519. Ces produits, pour la plupart, furent expédiés eu Angleterre où la demande tend a développer au Canada le commerce d'exportation des amimaux et des articles qui en proviennent Ilest certain que le Canada devra une grande partie de sa future prospérité agricole à ses exportations de bœuf, de mouton et de laitages.

“ Les Provinces Orientales et Maritimes du Canada commencent à modifier leur système agricole, et finiront par se livrer à l'élevage des animaux et à la production des laitages, bien que cela puisse prendre du temps. Il n’y à aucun doute, toutefois, que cette tendance ne soit sage : d’abord, parce que ces provinces sont mieux adaptées à ce genre d’exploitation qu’à la culture du blé ; et ensuite, parce que le territoire du Nord- Ouest, devra devenir, dans un avenir peu éloigné, le grenier principal du Canada, et, dans une grande mesure celui de l'Angleterre, et probablement

. même, des Etats-Unis. Ii est évident, depuis plusieurs années, que les cultivateurs Anglais ne peuvent plus compter sur le blé comme culture payante, sauf de rures exceptions, et avec de fort légers profits qui menacent même de disparaître bientôt. Cette observation s'applique au

Canada Oriental, comme le prouve la statistique rolalive à l'exportation du blé. Ainsi, la quantité importée on Angleterre de l'Amérique Britannique du Nord fut de 3,893,544 quintaux, on 1880, ot de 2,860,854 quintaux, en 1881, tandis que lo total des exportations dir Canada dans les différents pays, s’est élevé pour l'année expirant le 30 juin 1883, à 5,867,458 minots, soit 3,250,000 quintaux.

‘ De ce qui précède, il appert donc que le volume des exportations de blé du Canada à diminué durant les dernières années, bien qu'il soit probable que l'ouverture du Nord-Ouest par 1e Chemin de fer Canadien du Pacifique doive bientôt permettre au pays d'accroître ce commerce, s'il le jugeait à propos. En ce qui concerne la production du blé dans les possessions anglaises du dehors, nous savons qu'un nouveau concurrent, dangereux, parca qu’il est très puissant, vient d'entrer en lice. Il est possible, en elfet, que le Canada soit avant longtemps sérieusement menacé par les Indes. Les exportations de blé, des Indes en Angleterre, augmentent rapidement, ‘sans provoquer de hausse appréciable dans le prix de l’article du pays” On croit même que le prix du blé sera relativement plus bas que jamais, et l’on sait que le climat et le sol de l'Inde sont éminemment propres à la culture du blé de bonne qualité. Le développement du réseau de chemins de fer dans notre vaste Empire Oriental, combiné avec le bon marché de la main-d'œnvre qui est abondante, et Le très bas prix des articles nécessaires à la vie, des vêtements et des logements, nous fait croire que la baisse des céréales s’accentuera davantage encore.

‘“ La question est d’une suprême importance pour la grande masse des habitants de ce pays: car l’agriculture a été dans le passé et doit continuer d'être la principale gloire du Canada. Je puis, en conséquence, appeler l'attention des cultivateurs canadiens, ceux des provinces de l'Est particulièrement, sur l'urgence d'étendre leurs opérations à l'élevage des animaux et à la production des laitages. Ils feraient bien, je crois, de suivre les vieilles pratiques de l’ancien monde, et de subordonner la rotation des récoltes à l'élevage et l’engraissement des animaux, ainsi qu’à la production du lait. Ponr cela, il leur faudrait s'occuper davantage du soin à apporter à l'élève et à la nourriture des animaux, à l'amélioration des races, à la conservation des engrais, à l’ameublissement du sol, et à l'achat de bons fertihsants et de sains aliments.

“ J'ai pu constater moi-même que les Provinces Orientales et Maritimes sont en plusieurs endroits, fort propres, par leur sol et leur climat, à la production des racines et des récoltes en vert, ainsi que du foin et de’la paille comme fourrage. Or, ces produits sont la base du succès dans l'élevage des animaux et la produrtion des laitages: et je n’entends pas seulement ici l’élesage du bétail, maïs de toute espèce d'animaux qui complètent l’organisation d’uns ferme.

* Dans les Provinces Mamiimes surtout, il faut un changement prochain dans les habitudes de la population agricole, car l’industrie de la construction des navires en bois s’en va, et la production du bois diminue en conséquence. Ces provinces jouissent de grands avantages que leur donnent leur position sur la mer et un climat propre aux exploitations que j'ai indiquées Où trouverons-nous, en effet, sur le vaste continent de l'Amérique, de meilleurs terrains pour l'élevage des animaux que la belle vallée de la rivière St Jean, les Marais de Sackville, de vallon d’Anuapolis, les Cantons de l'Est de Québec et maints autres endroits? D'un autre côté, où trouverions-nous pour la culture économique, un meilleur sol que la marne sèche et friable de l'Ile du Prince-Edovard ?

“ Maintenant, quelle est la position des cultivateurs dans la Grande Bretagne, et quelles sont les perspectives de leur avenir ?

“ Durant les dix années expirées au mois de juin 1883, l'étendue des paturages permanents dans l'Angleterre seule s’est accrue de 10,237,814 acres à 12,008,079 acres, ce qui représente plus d’un tiers de son territoire cultivable. Et la tendance à convertir les terres arables en paturages ne cesse de se manifester, vu que la culture d’un sol lourd n’est plus proftable. Comme corollaire, nous devions espérer une augmentation relative du nombre des animaux vivants: autrement, nons aurions été menacés de la décadence de l’agriculture de la vieille Angleterre. Fort heureusement, la production est à la hausse, ainsi que le démontrent Les chiffres suivants :

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