‹ À travers le Canada en compagnie de l'Association Britannique pour l'Avancement des Sciences, 1884: notes du professeur J.P. Sheldon, du Collège de Wilts et Hants, à Downton, SalisburyChapitre 9 sur 9 · PROVINCE DU NOUVEAU-BRUNSWICK · texte numérisé non relu

PROVINCE DU NOUVEAU-BRUNSWICK

Je me trouvai seul ici, le 27 septembre, le reste du parti des excursionnisles #’'étuit divisé co jour [à ; les uns s’embarquèront sur Je Sarmatian, à destination d'Angleterre, et les autres 80 dirigèrent vers les Etats Unis pour y visiter corlaines villes Le chemin de fer Putercolonial qui pénètre dans la province à Wosimoreland Point touche à Sackvihte, puis à Dorchester et de là à Moucton, ville florissante située à la jonction qui conduit à St Jean et à l'Île du Prince Edouard. 1 y a à Moncton, du côlé de St Jean, une excellente étendue de terre agricole, défrichée à plusieurs endroits et qui offre an bean coup d'œil. Le sol +e compose pour La plus grande parte d'une sorte de glaise gravelcuse recouverte d'à peu près un pied de bon terrcau, et apparemment fort propre à la culture et au pâturage. Cette région est coupée de petites collines dont les versants s'étendent agréablement vers les rivières qui eu sont pour ainsi dire les sillons et qui ser nt à les arroser et à les drainer. Une vasle étendue de ce pays qui pet avoir de faciles communicalions par voies ferrées avec les ports d' or, Halifax et St Jean, est encore ouverte aux co'ons et aux immigra :! On y fait aisément de bons chemins sur le sous-sol graveleux, aussitôt que les arbres ont été abattus. Les variétés d'arbres les plus nombreuses sont l’épinette, le mélèze, l’érable, le frène, l'arbre de vie, le peupher et le saule; il y a différentes sortes d’arbrisseaux. On y récolte du

lé, de l'avoine, de l'orge, du seigle, du sarrazin, des betteraves, des carrottes et autres racines des jardins. Il va sans dire qu’un sol qui produit les trèfles est favorable à la culture : or, ils poussent à merveille sur les terrains cultivés, et même le long des grandes routes et des chemins de fer, partout enfin, où ils ont chance de percer.

La Vallée de Sussex est une région agricole, semée de collines et pittoresque ; 1l s’y trouve aussi d'excellents côteaux et de très belles plaines. Dans une forte glaise sablonneuse se creusent de riches sillons, et le fertile sol rouge, les herbes nutritives, les racines abondantes, les troupeaux de bétail et de moutons, ainsi que le confort des établissements, nous offrent la preuve de l’aisance et de la prospérité. L bétail est passablement bon, mais pas suffisamment amélioré ; il est inférieur aux moutons

Les prairies sont grasscs, et les rabioles poussent fort bien: le rende. ment des grains —dont on ne devrait pas semer autant, pour leur substituer le vert—est assez abondant, quelle que soit la qualité. A Sussex, les plaines peuvent produire en quantité presque tout ce qui se cultive sur la ferme ou dans le jardin, y compris le maïs vert que l'on sert aux animaux, ou que l’on met dans les silos : elles sont aussi très propres ‘à l’éevage du meilleur bétail. J’ai vu sur une ferme de bons spécimens de Ayrshires, et sur une autre, un excellent taureau Aberdeen s«ns cornes. Des Ayrshires je n’ai a dire que du bien, car ils répondent parfaitement aux besoins de la laiterie: mais il ne me parait pas probable que le croisement du bétail indigène avec Le bétail Aberdeen sans cornes puisse réussir. Les cultivateurs devraient élever des Ayrshires, et les conserver purs, ou bien des Nordfolks rouges sans cornes, ou des Courtes Cornes, ou des Herefords, ou des animaux de quelque autre race. Je crois que le bétail indigène serait grandement amélioré par de bonset fort taureaux à courtes cornes, Il n’est ni néçessaire ni même à propos de choisir des taureaux.

35 me d'origine fashionable ; on pourrait on acheter autant quo le bssoin l'exigerait, de ces formicors laitiers qui 6ldvont dn bon bétail, sans trop s'inquiéter cependant de lui infuser le blue blond des animaux de haute race. On peut acheter nombre de taureurx d'un an de cette espèce, À des prix variant de 850 à #100, soit de LI0 à L20, par Lôto ; ct une cargaison distribuéo parmi les coltivateurs laitiers du Nouvoau-Brunswiek rt do la Nouvelle-Ecosse, améliorerait jo ponse, d’uno façon durable, le bétail de ces provinces.

Uno vieille fabrique de fromags opère encore dans la Valléo de Sussex, et ses produits qui sont bons so vendent onze centins la livre. Les cultivateurs devraiont en construire uno autre, car celle-là est en très mauvais état et ravagé : par l'âge. [la 6t6 aussi érigé une nouvelle crèmerie où 8e trouvent l'instrument Laval pour séparer la crème, ainsi que les meilleures barattes et le meilleur outillage anglais en général. Le lait y est livré à raison de J0 cents par 100 livres, soit un peu plus de 4x d. par gallon impérial, Ce prix est meilleur que celui que plusieurs cultivateurs anglais qui convertissent leur lait en fromage ont pu réaliser ces dernières années, meilleur aussi que celui que certaines fabriques an laises pouvaient payer il y a quelques années. [l équivaut, de fait, à 55 8. et 65 s. par quintal de fromage, le quintal anglais de 120 livres. Le beurre que fabrique cette crêémerie est de qualité supérieure, ct est préparé d’après des principes sains et éclairés. 'outefois, il perd selon beaucoup de sa valeur, par le fait qu’il est fortement salé, salé à raison d’un once pir livre, soit plus de six pour cent. Comme le pubhe du Nouveau Brunswick le veut ainsi, j'en conclus qu’il lui reste à connaître les beautés de la fabrication scientifique du beurre. Un peu de sel, disons dans la proportion d’un pour cent améliore le meilleur beurre, le plus frais, mais je pense que la proportion de six pour cent ne convient qu'à du beurre mis en tinettes, et encore de la plus commune qualité. On fabrique à la crêmerie avec du lait écrémé d’excellent fromage qui vendu à six centins la livre rapporterait des bénéfices ; ce fromage seut bon, il est bien fait, nutritif, agréable au goût, et murissait snperbement lorsque je l'ai vu, le premier d'octobre.

Les domestiques des deux sexes sont en grande demande. Ainsi, les femmes gagnent de 370 à 890 par année, etsont pourvues de tout, soit, de £l4 à £18, plus le coucher et la pension. D'un autre côté les hommes gagnent de $15 à $16 par mois, et sont pourvus de tout, ou bien de $25 à $25.50 et se nourrissent, se logent, s’entretiennent enfin. Ceux de ces domestiques qui émigrent d'Angleterre deviennent bientôt cultivateurs eux-mêmes. J'apprends, en outre, de bonne source, que des hommes qui entendraient le drainage des terres trouveraient un empioi très lucratif durant Ja plus grande partie de l'année, Ge qui embarrasse le plus les ouvriers agricoles surnuméraires c’est de trouver de l'ouvrage pendant l'hiver. Jusqu'ici les opérations forestières ont été leur occupation principale à cette saison, et le seront encore quelque temps, bien que l’exploitation des forêts doive diminuer. En élevant plus d'animaux, l’on pourrait occuper plus de bras durant l'hiver, ce qui aiderait à résoudre un problème dont la solution se fait attendre nou seulement dans ces provinces, mais dans une grande partie de l'Amérique du Nord, non seulement au Canada, mais dans plu sieurs Etats du Nord de l'Union.

M. Geo. H. Wallace, magistrat stiprndiaire du comté de King a bien voulu me fournir des renseignements, sous forme de questions et de ré. ponses, au sujet de fermes que les propriétaires seraient disposés à vendre aux pr x indiqués. Les questions furent posées par M. Wallace, et les réponses fournies par les propriétaires des fermes. J'en ai choisi quelques

unes pour montrer les avantages que le Nouveau-Brunswick offre aux cultivateurs du vieux monde.

La Ferme Provinciale pour l'élevage des animaux est située dans le comté de King, à quelques milles de Rothesay. 1l y a là différentes races de bétail, y compris les Courtes Cornes, les Devons, les Norfolks sans cornes, les Ayrshires, et les Aberdeen sans cornes. Les Ayrshirès semblent mieux se développer que les autres, et il n’y a rien là de surprenant,

. puisque le sol n’est pas assez bon pour entretenir le lourd bétail de race supérieure. La l'erme aurait été plus convenablement située à Sussex où l'on songea tout d’abord à la placer, ou encore dans la belle Vallée de la Rivière St Jean, sur l’une des excellerites terres de la plaine. L'un des principaux éléments du succès en agriculture, est de concilier pour ainsi dire, la valeur des animaux avec celle de la terre: c’est-à-dire que l’on devrait mettre sur une terre de première classe des races de bétail pesant, et sur terre inférieure, d’autres races dont l'origine et les habitudes y assureraient la vie. Les Ayrshires, par ‘exemple, engraisseraient là où les Courtes Cornes crèveraient de faim, de mème qu’ils résisteraient à un climat qui tuerait tout simplement les-Jerseys. Des races commo celles des Ayrshires, des Kerrys, des Angleseys, sont donc les meilleures pour les terres inférieures; mais elles méritent, cependant qu’on leur donne de bons paturages, vù qu’elles sy développent mieux. On a l'intention de transférer ailleurs la ferme en question, et je suis d'avis que la chose devrait se faire sans délai. :

La cité de Saint-Jean est située dans un district fameux pour la variété : et la beauté de ses paysages. Je n’ai rien vu de plus bean en Amérique que le pittoresque des rives de la rivière St Jean. sur une étendue de plus de cinquante milles en remontant le cours de l’eau. La ville elle mème est très agréablement située sur des collines qui dominent un port splendide, et couvertes d'arbres à quelque distance, en arrière. À certains endroits le sol est rocailleux, mais il se compose ailleurs d’une terre fertile et fort propre à la culture. Cest, de fait, l’une des plus belles localités du Canada, et qui offre beaucoup d’attrait pour le touriste, le colon. Des rangées de collines, un sol sablonneux ou graveleux, et des vallées composées de glaise dure où de forte marne s’étendent de la cité à l'intérieur, et l'on y a taillé de petites fermes sur lesquelles s’élèven. de jolies maisons d'habitation. J'ai vu sur plusieurs de ces fermes d'excellentes récoltes de racines et de grains, en 1880, en 1883 et en 1884.

Mes excellents amis, MM. Thompson et Manchester, tous deux marchands de la ville, et anglais de naissance mais Canadiens d’adoption, résident sur le chemin Manawagonies, dans le canton de Lancaster,à environ quatre milles de la cité. [ls ont de belles maisons et de superbes bâtiments érigés sur des fermes-modèles M. Thompson pourrait être appelé le Mechi du Canada, car il a démontré ce que l’on peut faire avec la forte terre glaise des vallées, dont une si grande partie reste encore inexploitée, sauf le bois qui s’y trouve—la forêt primitive. Ainsi, il en choisit huit . âcres, la plunart marécageux, les débarrassa des arbres et des arbrisseaux, les draina, les fouilla et les transforma finalement en terrain de première qualité. L'opération fut naturellement couteuse, mais elle rapporla néanmoins sept pour cent par année, tout en créant un fonds d'amortis:ement qui remboursa en neuf ans le capital dépensé pour défricher, drainer, cultiver, labourer, engraisser le sol. Les principaux ‘tuyaux de drainage. avaient quatre pouces de diamètre, et furent placés à une profondeur de quatre pieds; les plus petits mesuraient. deux pieds de diamètre et furent. enfouis à une profondeur de trois pieds six pouces et à une distance de

vingt-quatre picdsiles uns des’ autres. Le sol fut labouré plusieurs fois à une: profondeur de six pouces, et fouillé jusqu'à uue profondeur de quatorze pouces. Il y fut ensuite enfoui vingt charretées par âcre, de fumier de cour de ferme, et cent minots de chaux furent aussi déposés à Ja surface de chaque âcre. ‘Trois minots et demi d'avoine, un quart de minot de mil et quatre livres de trèfle furent mis en terre sur chaque âcre en ÿ promenant la herse pour étendre la chaux. De cette semence, l’on recueillit 10 minots d'avoine par âcre, pesant 39 livres par minot, et l'on vendit 4,200 livres de paille par âcre. L'année suivante, l’on vendit trois tonnes canadiennes, soit 6,000 livres de foin par âcre, de ce champ dont l’exacte étendue est de 8 âcres et un quart, de 14 perches et 17 verges, sans lenir compte de deux charretées de ratelées. Pendant huit années, ce champ parut produire autant la première année, bien qu’il ne fut pas rasé à la surface. M. Thompson pense que ce terrain est plus propre à la production des avoines et des herbes qu'à celle des racines et du vert, et qu’il vaut mieux le laisser en prairie. Situé dans une profonde vallée, ce champ est entouré sur trois de ses côtés par La forêt primitive qui, elle aussi, disparaîtra avec e temps.

La terre de M. Manchester est une argile forte, graveleuse ou sablonneuse, et J'y ai vu d'excellentes récoltes de betteraves, de panels, de carroltes et d’avoines. Ces deux messieurs s'occupent à démontrer, de la man ère la plus digne et La plis recommandable, dans les loisirs que leur laissent leurs a‘faires à la ville, ce dont est capable le sl de cette partie du Nouveau-Brunswick. Ilest clair, cependant, qu’il faut des capitaux pour faire ainsi de la grande culture, et que bien peu de cultivateurs s'y livrerant, tant qu’ils auront des récoltes qui les paieront sans entrainer de ces dépenses. Toutefois, cet exemple a une grande valeur et sera suivi plus ou moins à l'avenir. Les deux hommes que je viens de nommer sont en avant de’ leur temps, et peuvent être considérés comme les apôtres de la culture scientifique au Nouveau-Brunswick. '

J'extrais ce qui suit de mon rapport de 1880:

“ La province du Nouveau-Brunswick, outre ses richesses minérales qui ne font que commencer à se développer, et ses richesses forestières, est fort propre à l’agriculture. Il s’y trouve à plusieurs endroits des terres qui possèdent des propriétés vraiment remarquables, tandis que dans d’autres, le sol qui se cultive facilement, après avoir été débarrassé du bois, est riche de l'accumulation de matières fertilisantes depuis plusieurs siècles. Nombre de coteaux qui avoisinent la belle vallée de la rivière St Jean paraissent ti ès propres à l'élevage des animaux, du bétail surtout. On y trouve en grande partie de l'argile sablonneuse ou graveleuse, parfois un peu dure, mais généralement friable, et dont la profondeur et la qualité varient, bien qu’elle soit bonne à peu près partout. Sauf l'Ile du Prince Edouard, il est probable que le Nouveau-Brunswick renferme comparativement plus de terre cultivable que les antres provinces du Canada. Jusqu'ici, les principaux établissements sont situés dans le voisinage ou: le long des rivières qui arrosent le pays: mais il y a encore des millions d’ac:es . en. disponibilité, et tout.aussi bons, probablement, pour la culture, à l'exception des terres des vallées ou protégées par des chaussées. Toutefois, ces parties inhalitées sont pour la: plnpart couvertes d'une épaisse forêt, et je doute que les cultivateurs anglais, fussent disnosés à les dfricher. C’est là un-travail herculéen, mais l’on pense que le bois suffiraît à payer les dépenses. Il est possible de défricher:le:sol à raison de 812'à $20-l'acre;et l’on dit qu'un bucheron canadien peut abatire un acre de gros bois en

trois ou quatre jours, Citons, par exemple, la nouvelle colonie du Nouveau-Danemark, comme exemple de ce qui se peut faire. Il y a quelques annéos la localité était couverte d’une épaisse forôt, ot les Danois qui y 6migrèrent étaient très pauvres. Aujourd'hui des centaines d’âcres sont défrichés, et produisent d’abondantes récoltes de grains et de légumes, dont quelques unes sont de qualité snpérieure. En somme, la colonie est heureuse, prospère, et deviendra rich avec le temps. Je n° x1gère pas en affirmant que la condition de cette population est beaucoup meilleure que celle où elle se trouvait dans son propre pays. Citons encore Li colonie Ecossaise de Napan, sur la Miramichi. laquelle nous offre une autre excellente preuve de, ce dont sont capables l'énergie et le travail. Cet établissement se compose surtout d'Hcossais; on y compteun petit nombre d’Irlandais dont quelques-uns sont prospères. L'un de ces derniers s'étant enrichi, on l'appelle “ Barney Rothschi'd” nous disait l’un de ses compatriotes. {l est agréable et instructif de voir ces nouvelles colonies, qui finiront par se répandre sur toute l’étendue de la province.

. I semble qu’un certain nombre d'ouvriers agricoles anglais pourraient en faire autant, c’est-à-dire prendre une terre en bois debout et la défricher à mesure que leurs moyens le ieur permettraient. Ils seraient certains de l'appui du gouvernement ainsi que de la population de la province, et le succès récompenser ‘it sans doute leur travail.

“ Les terres dont j'ai parlé comme possèdant des propriétés remarquab'es sont celles que protègent des chaussées ou qui sont renfermées dans des vallées. Les premières sont fameuses à la Nouvelle-Ecosse et au Nouveau Brunswick, tandis que les dernières se trouvent surtout au Nouveau Brunswick, dans la belle vallée de la Rivière St Jean. Les terres que protègent des chaussées dans les deux provinces sont situées dans les anses de Ja Baie de Fundy, et comprennent environ 65,000 âcies, dont une grande partie attend encore des acheteurs. Les travaux de ces chaussées ont été faits sur une étendue considérable par les Français avant la conquête du Fort Beauséjour en 1775. Aussitôt après, les colons anglais s'en emparèrent et obtinrent des titres de la Couronne Îl en coûte de $8 à 520 l’âcre pour construire ces chaussées et il est digne de remarque que le Système de construction de chaussées et d’aboiteaux, adopté par les pre- Mers habitants Français est encore suivi de nos jours.

‘“ Les terres renfermées dans les vallées du Nouveau - Brunswick seraient appelées en Angleterre des terres de fonds ou d’alluvion, lesquelles sont encore en voie de formation. Plusieurs de ces terres sont des îles des rivières et il s’en trouve un certain nombre dans la magnifique rivière St Jean ; mais la plupart sont formées des rives des deux côtés de la rivière, et se développent sur une largeur de plusieurs milles jusqu'au p'ed des collines, remparts naturels des vallées qu’elles enserrent. Ces terres des vallées sont très fertiles et les herbes qu’etles produisent, très bonnes. De même que les terres protégées par les chaussées, elles n'exigent aucun engrais artificiel. En fait, les terres que protègent des chaussées sont tellement engraissées par ce que la mer y dépose, que la fumure est inutile, et les terres des vallées sont enrichies à chaque printemps par les dépôts qu'y laisse la crue des eaux. A cette époque ces terres sont submergées durant plusieurs semaines, et les matières qu'y déposent les-eaux en se retirant ajoutent à la fertilité et à la profandeur d'un sol déjà riche. Chaque année, un pouce ou deux de rich: terre d’alluvion déposés sur ces terres les soustraient à l’influence de la crue des eaux, et les rangent au nombre des meilleures terres de la province.

39 ‘ np

“JL ya dans cett2 province des millions d'ârr s de te”re encore inoccupés, et recouverts d'arbres qui représentent la forèt priwilive. l'abattage du bois entraine de grandes dépenses et les cultivateurs anglais ne sont gudre propres à ce geure de travail. Mais lon peut acheter nombre de terres défrichées avec de bonnes maisons d'habitation et de bons bâtiments, au prix de £3 à £8 Pâcre ; et il me semble qu'un cultivateur pratique du vieux monde, üe saurait manquer de réussir, surtout s'il a une famille pour lui aider. Lu ce qui concerne la population, un cultivateur anglais se sentirait là tout aussi à l'aise que chez lui, et rien daus le sol ou le climat n'est de nature à lui causer de pénibles déceptions. La position géographique de ces provinces maritimes les recommande fortem nt aux culuvateurs du vieux monde qui sont en quête de neuf, de même que la distance comparativement court: qui les sépare de la Grande-Bretagne et la facilité des communications qui ne sont jamais interrompues offrent de vifs attraits aux colons Anglais. Le nouveau commerce de bestiaux et de moutons qui se développe rapidement entre l'anc.en et le nouveau monde sera à coup sûr une source de profits pour les cultivateurs qui voudront et qui sauront élever les espèces d'animaux que demande le marché anglais.”

La Vallée de Ja rivière St Jean, l'une des plus riches du Canada, renferme une grande étendue d'excellents paturages pour les animaux, et des deux côtés se trouve aussi uac excellente région propre à l’agricultnre, Oa peut oblenir à p:u près pour rien des terres à l’état primitif, et l’on peut achstcr des fermes cultivées, avec maisons, dépendunces et clôtures, pour un montant que représent -rait un ou deux ans de loyer de ferme en Angleterre. La rivière St Jean offre un grand débouché pour le transport des produits de la terre, et quantuté de ces produits s’'écoulent dans l'Etat du Maine dont la frontière touche celles du Nouveau Brunswick sur une grande étendue à l’ouest. Des voies ferrées traversent déjà plusieurs sections du pays et le prolongement du chemin de fer du Pacifique Canadien, en voie de construction, devra hâter le progrès de la province et la vente de ce qui reste de terrain disponible. La prospérité de la cité de St Jean, qui sera le port d'hiver et le terminus ariental de la ligne, recevra ut élan dont la force s’accroitra sans cesse, de même que la population, et la richesse de ces Provi. ces Maritimes ne pourraient manquer d'augmenter.

Ceux qui vont au Canada doivent être bien décidés à travailler et à être sobres. Ce m'est pas un Eldorado pour les paresseux et les ivrognes. I] leur faut s'attendre à mener une vie plus ou moins difficile jusqu’à ce qu'ils aient assez d'argent pour tout mettre en bon état; il leur faut aussi s'attendre à des hivers rigoureux, lesquels, cependant, sont plus supportables que ceux a’Angleterre et d'Ecosse. 1l y a de l'argent à faire avec la culture au Cänada, si l'on sait s’y prendre et choisir un endroit convenable. Des milliers d’Anglais qui ont eu de la misère des années durant, dans le vieux monde, sans améliorer beaucoup leur position, auraient meilleure chance au Canada.

Le 4 d'octobre, je m'embarquai de nouveau sur le Parisian, à destina. tion de Liverpool, après avoir fait un magnifique voyage. Plusieurs de nos anciens compagnons étaient à bord, outre que'ques connaissances que nous avions fuites en Canada. Tout le monde s'accorda à dire que les réunions de l'Association, ainsi que le voyage que nous avions fait, avaient pleinement réussi. Nous disculâmes un Jour au salon, sous la présidence de Lord George Hamilton, l’intéressante question de savoir si le Canada offrait des avantages aux émigrants, et l'opinion commune se prononça dans laffirmative; à peine s'éleva-til une voix discordante. M. Leach déclara que parmi Les émigrauts à bord qui retournaient en Angleterre,

nombre d’entre eux m’avaient pu réussir nulle part. Le Dr Edmunds affirma qu'il ne connaissait personne digne de réussir, qui n'eut pas eu de succès en Canada. les jeunes freluquts, les paresseux et les gens blasés ne valent rien, dit-il, pour le Canada, et c’est une erreur que d'y envoyer de ces gens là et de les y entr lenir: mieux vaut leur faire comprendre qu’il faut travailler De bons hommes réussiront au Canada comme partout ailleurs. M. May exposa qu'il y avait en Angleterre un excédant le population qui pourrait trouver place au Canada, et que l'on y réussirait mieux qu’en Angleterre, dans certaines circonstances.

Page 1