V. — A mesure que la noblesse etait devenue
plus isolee, autant par sa rupture avec le clerge catholique que par lahaine qu'elle inspirait aux or-
dres inferieurs, elle s'etait montree plus bravache
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et plus audacieuse. Les masses lui attribuerentdonc
les desastres de 1658 et s'enthousiasmerent pour
le roi, qui s'etait courageusement conduit l'annee suivante ; les esprits s'emurent contre les seigneurs,
tandis que Frederik gagna l'entiere affection du peuple. Une diete fut convoquee a Copenhague ; le
grand maitre Gersdorf en fit l'ouverture le 10 sep-
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tembre 1660 et demontra « qu'il fallait, dans le plus
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bref delai, payer etlicencier les mercenaires, loges
chez les bourgeois et les paysans,et devenus d'au-
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. tant plus iusupportables qu'ils etaient inutiles ; qu'il fallait reconstruire ou reparer les forteresses qui
etaient endommagees ou demolfes, reorganiserl'ar-
mee et recomposer une flotte, a moins de voir se
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renouveler les tristes scenes des deux annees pre-
cedentes. On ne pouvait remedier a rien sans ar-
gent, et comment en demander al'agriculture etau
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QUELQDES PAGES D'HISTOIRE 77
commerce, egalement epuises ? » Le discours du grand maitre etait assurement juste et sense; mais la noblesse fut convaincue des lors que le roi avait pris la resolution de s'appuyer sur les roturiers. Elle defendit done rigoureusement ses privileges et ne consentit que par exception a l'etablissement provisoire d'unetaxe sur les consommations, dont elle ne serait passible qu'en ville, en dehors de ses manoirs ; puis elle attaqua violemment la cour. Les pretres et les bourgeois, comptant sur l'appui de la royaute, declarerent categoriquement qu'ils ne se soumettraient jamais a une obligation ou aun impot qui ne frapperaient pas egalement t'aristocratie. II etait evident qu'une evolution importante s'etait tacitement operee dans l'opinion publique. Le premier ordre, abandonne parle trone, futsurtout cxaspere lorsque Jean Svane et Jean Nansen proposerent « que les biens de la couronne, au lieu d'etre donnes a la noblesse pour des redevanccsinsignifiantes, fusscntaffcrmesau plus ofirant ctdcrnicr encherisseur » ; ils soutenaient « que, dans l'espnt des donateurs, lesrevenus decesdomaines,
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destines a augmenter les ressources de UEtat, de-
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vaient dirainuer d'autantles sacrifices imposes aux
contribuables ». La noblesse eut beau crier a la spoliation, les orate urs maintinrent leur motion
avec hauteur. Bien plus, Svane reunit chezlui les
hommes les plus passionnes et les plus influents de la bourgeoisie et du clerge pour les exciter a la revolte, et il se mitavecNansen a la tete d'une de-
putation qui alia supplier le roi de tenir tete aux
injustes pretentions des aristocrates. Quant toutfut
prepare, les clercset les bourgeois proposerent aux