‹ A travers le DanemarkChapitre 45 sur 59 · PO = CO · texte numérisé non relu

PO = CO

LA L1TTEKATURE DANOISE 165

« Tout a coup 1'onde ecume, se souleve et le trolle de mer apparait.

'■< II porte une cuirasse d'ecaille qui reluit au soldi comme de l'argent.

« II a pour lance une rame, et son bouclier est fait avec une ecaille de tortue.

« Une coquille d'escargot lui sert de casque. Ses cheveux sont verts comme les roseaux, et sa voix ressemble au chant de la mouette.

« — Oh! dis-moi, s'ecrie la jeune fille, dis-moi, homme de mer, quand viendra le beau jeune homme qui doit me prendre pour fiancee.

« — Ecoute,Agnete,repond le trolle de mer,c'est moi qu'il faut prendre pour ton fiance, j'ai dans la mer un grand palais dont les murailles sont de cristal. A mon service, j'ai sept cents jeunes filles moitie femme, moitie poisson. Je te donnerai un traineau en nacre de perles, et le phoque t'emportera avec la rapidite du renne sur l'espace des eaux. Dans ma retraite tapissee de verdure, de grandes fleurs s'elevent au milieu de l'onde, comme celles de la terre sous le ciel bleu.

« — Si ce que tu dis est vrai,repond Agnete,sice que tu dis est vrai, je te prends pour mon fiance.

« Agnete s'elance dans les vagues ; l'homme de mer lui attache unlien de roseau au pied et l'emmene avec lui.

« Elle vecut huit annees et enfanta sept fits.

« Un jour, elle etait assise sous sa tente de verdure; elle entend la vibration des cloches qui sonnent sur la terre.

« Elle s'approche de son mari, et lui dit: — Permets-moi d'aller a l'eglise, et de coramunier.

« -— Oui, lui dit-il, Agnete, j'y consens. Dans vingt-quatre heures, tu peux partir.

« Agnete embrasse cordialement ses fits, et leur souhaite mille fois bonne nuit.

« Mais les aines pleurent en la voyant partir, et les petits pleurent dans leur berceau.

« Agnete monte a la surface de l'onde. Depuis huit ans elle n'avait pas vu le soleil.

« Elle s'cn va aupres de ses amies ; mais ses amies lui disent: — Yilain trolle, nous ne te reconnaissons plus.

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« Elle entre dans l'eglise au moment ou les cloches

sonnent; mais toutes les images des saints se tour-

nent contre la muraille.

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« Le soir, quand l'obscurit6 enveloppe la terre

elle retourne sur le rivage.

« Elle joint les mains, la malheureuse, et s'ewie :

— Que Dieu ait piti6 de moi et me rappelle bientot a

lui!

« Elle tombe sur le gazon, au milieu des tiges de

violettes. Le pinson chante sur les rameaux verts,

et dit : — Tuvas mourir, Agnele, je le sais.

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« A l'heure ou le soleil abandonne l'horizon, elle

sent son cceur fremir, elle ferme sa paupiere.

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« Les vagues s'approchent en gemissant, et em-

portent son corps au fond de l'abimc.

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« Elle resla trois jours au fond de la mer, puis

elle reparut a la surface de l'eau.

« Un enfant qui gardait les chevres trouva un

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matin le corps d'Agnete au bord de la greve.

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« Elle fut enterreedans le sable, derriere un roc

convert de mousse, qui la protege.

« Cliaque matin et chaque soir, ce roc est liumide,

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