CHAPITRE XII
QuaKtes morales et chant guerrier du peuple danois
Les Danois presentent un specimen assez pur du type germanique. lis ont une taille elevee, la peau blanche, les yeux d'un bleu pale, les cheveux tres clairs, et l'on rencontre encore parfois sur les cfites des pecheurs aux formes athletiques, qui rappellent les faroucbes Vikings du moyen age. lis sont alertes, courageux, patients, pleins de bon sens ; mais sous une physionomie froide, ilscachent une ame ardente : fls ont montre, en se battant contre la Prusse et l'Autriche, qu'ils sont aussi braves a la defense que leurs ancetres le fureni a
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l'attaque, et leur hymne guerrier n'est pas celui
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d'un peuple qui consentirait a mourir.
« Flotte fierement sur les eaux de la Baltique, Danebrog l , rouge comme le sang! La nuit ne ca-
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ehera pas ton eclat; la foudre ne t'a pas abattu; tu as flotte sur des heros qui sont tombes au sein
de la mort; ta croix blanche a eleve jusqu'aux
cieux le nom de Danemark. Tombee du ciel, 6 sainte relique, tu yks conduit des heros, tels quele monde
en voit rarement. Tant que la Renommee parcourra
les terres et les mers, tant que resonnera la harpe
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scandinave, ta gloire ne mourra pas. Fremis vail-
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lamment au bruit du combat, fremis en l'honneur de Juel. Quand le tonnerre gronde et t'enveloppe
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dans ses roulements, chante le brave Tordenskjold,
et, si tu voles vers le ciel, embrase par la foudre,
parle devantles etoiles du brave Hvitfeld. A chaque
etoile qui brille, tu peux nommer un heros, mais
pas un qui efface ton grand Christian IV. 11 se
tient, en habits de victoire, a l'entree des regions
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de la lumiere et regoit les heros qui viennent visi-
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* Drapeau national des Danois.
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ter Otto Rud et Absalon... Deploie fierement tes couleurs sur les cotes danoises, sur la cote indienne et dans les pays barbares. Ecoute la voix des flots; elle celebre tes louanges et la gloire de tes defenseurs. Ceux qui te restent se gonflent d'orgueil a ton nom et veulent aller au-devant de la mer en ton honneur. Marche done sur les mers. Jusqu'a ce que les cuirasses du Nord volent en eclats, jusqu'a ce que s'eteignent tons les cceurs danois, tu n'iras pas seul ». »
La qualite maitresse des Danois, e'est le calme ; non le calme flegmatique des Anglais (aucun peuple ne sent plus vivement que le peuple danois), mais un calme fait de douceur bienveillante. Tous ceux qui visitant Gopenlmgue sont frappes de cette atmosphere detranquillite que rien ne vientassombrir. « Une dispute, ecrivait dernierement un touriste, une discussion, un echange de termes vifs sont chose tenement rares, qu'on n'en citerait pas dixexemples dans toute une annee. Un mot, d'ail-
• V sur lepalrlottamedesDanoU i le Danemark (1814-1861), par le colonel Mazier (Paris, in-8% 1862, Dentu).
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leurs, un mot que Ton enteod partout, dans les
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quartiers les plus riches comme les plus pauvres, qui donne a lui seul la mesure non seulement de
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ce sentiment de paix, mais encore d'un sentiment
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plus eleve, celui de la courtoisie, est le mot : Veer
saa god, locution dont on se sert en toute occa-
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sion, a tout propos. Que ce soit un passant qui
vous derange, que ee soit un maitre donnant un
ordre a son domestique ou le domestique deman-
dant une instruction a son maitre, l'appel fait en
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pleine rue a un cocher de tramway ou l'intcrpella-
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tion d'un cocher de fiacre a un gamin, e'est tou-
jours le meme mot qui revient : Veer saa god, ce
qui veut dire : Soyez assez bon. Soyez assez bon
pour vous deranger, soyez assez bon pour obeir
a tel ordre, soyez assez bon pour payer votre
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place, soyez assez bon pour ne pas vous faire ecra-
ser. Cette locution preliminaire etablit dans les mceurs l'egalite de la politesse, et, si Ton passe de
la rue aun interieur danois, ce sentiment de cour-
toisie devient un sentiment exquis de bienvenue et
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d'hospitalite. » Qu'on interroge sur ce point les me-
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decins frangais qui ont assiste au dernier congres
international tenu a Copenhague! lis repondront
que les Danois ne sont pas seulement des gens polis
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et bien eleves, mais qu'ils brillent aussi par leur
honnetete scrupuleuse : la race des pick-pockets
n'a pas encore pousse de rejetons dans les rues de
la grande cite Sjallandaise.
Un peuple n'est pas en decadence lorsqu'il est
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^ doue de qualites aussi solideset lorsqu'il developpe •
sa moralite par l'instruction. Peu de nations sont
aussi eclairees que cette petite mais brave nation,
dont certaines puissances voudraientse partager le
territoire, comrae si le Danemark etait une nouvelle
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Pologne : a la campagne, comme dans les villes, tout
le raonde sait l'histoire nationale, et le rideau du
theatre royal de Copenhague porte cette inscription
significative : « Pas seulement pour le plaisir. »
C'est grace a cette culture intellectuelle que le Da-
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nemark a toujours eu profond6ment le sentiment
de son devoir autant que celuideson droit; il repre-
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sente bien la cause doublement sacree de la jus-
tice dans la faiblesse, et, loin d'avoir decruavec sa
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puissance, son patriotisme a puise de nouvelles forces dans la diminution du pays. « Plus on lui a enleve d'hommes, plus on lui a donne de coeurs, et il a raieux encore prouve sa grandeur morale dans ses revers que dans ses succes. » M. Victor Fournel ecrivait, au retour d'un voyage en Danemark (1868), les lignes suivantes que nul voyageur n'a contredites et que toutes les relations, au contraire, se plaisent a confirmer :
« J'emporte un souvenir imperissable de cette bonne, honnete et loyale nation, qui nousaime, qui croit en la puissance de la presse, qui, dans sa defaite, vaincue mais non abaissee, garde obstine^ ment l'ardent espoir de la revanche; qui reste grande, malgre sa petitesse, par ses vertus politiques et civiles, par sa dignite, son esprit national et la fagon dont elle comprend 1'aliiance du respect de l'autorite avec le culte de la liberie. Cette race est, comme la poesie de ses anciens bardes, simple et forte, chaste et guerriere. Elle unit la reflexion a la persistance ; elle execute avec decision ce qu'elle a muri avec calme ; rien n'est plus
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Stranger a son temperament que la mobiliteinquiete,
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les elans superticiels, vagabonds et desordonnes
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des races meridionales. Fidele, jusqu'au sein du
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progres, a toutes les traditions du passe, elleaime
d'un egal amour le sol natal etle foyer domestique,
et porte dans le patriotisme ses vertus de famille.
Fiere et naive a la fois, alliant un reste de rudesse
scandinave a une bonhomie affectueuse et cor-
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diale, hospitaliere comme aux ages heroiques, et
courtoise comme aux temps de la chevalerie, voi-
lant un grand fonds detendresse et d'enthousiasme
sous l'apparente froideur du Nord, comme la ver-
dure du sol natal se cache sous la neige, pour s'epa-
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nouir aux premiers rayons du soleil printanier, elle
a l'instinct des choses nobles, qui respire en tous
ses poemes la seve et la fraicheur a demi-sauvages
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de sa nature sans eclat, mais vigoureuse et sa-
lubre *. »
C'est dans lesplaisirs, dans les amusements sur-
tout, qu'il fautetudier les peuples, si l'on veut ap-