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CHAPITRE IV

OUR gagner la rôle orientale du Grônland, je devais me rendre d'abord en Islande, puis là ni'embarquer sur tin baleinier

11 avait élé convenu avec le propriétaire du Jason, de Sandefjord, que ce navire prendrait l'expédition en Islande et essayerait ensuite de la débarquer sur la cote du Grônland, à condition qu'aucun préjudice pour l'armateur ne résultai de celle tentative.

Le capitaine du Jason, M. Maurilz Jacobsen, était un bon marin, habitué à la navigation dans l'océan Glacial.

Au commencement de juin, le navire, en se rendant de Jan Mayen dans le détroit de Danemark, devait venir nous chercher en Islande dans FIsafjord, ou, si les glaces interdisaient l'accès de celle baie, dans le Dyrafjord.

Le 2 mai, je quittai Krisliania pour me rendre par Copenhague et Londres à Leilb, où avaient rendez-vous les autres membres de l'expédition. Le lendemain mes camarades s'embarquèrent pour l'Ecosse. En nous faisant leurs adieux, beaucoup de gens hochaient

la lète d'un air de doute. On n'osait pas nous l'avouer, mais tout le monde pensait ne plus nous revoir.

Ballo raconte en ces termes le départ delà caravane : « Un grand nombre de messieurs et de dames nous suivirent au quai d'embarquement, pour nous souhaiter un heureux voyage. Lorsque le vapeur se mit en marche, tous poussèrent plusieurs hourras en noire honneur. Dans les petites villes situées entre Krisliania et Krislianssand, les habitants vinrent également nous saluer, pensant que nous ne reviendrions jamais. »

A Copenhague je m'entretins avec le commandant Holin, le chef de l'expédition danoise de 1885-1885 sur la côte orientale du Grônland.il eut la bonté de me donner d'importants renseignements sur la banquise de la côte. Je vis également M. Maigaard, fonctionnaire danois, qui avait accompagné l'Américain Peary dans son exploralion de l'inlandsis (188(3). C'était une des rares personnes qui auguraient bien du résultat de notre voyage, et qui ne doutaient pas de la possibilité de traverser le Grônland.

A Leitb je retrouvai mes compagnons, auxquels nos compatriotes résidant dans cette ville avaient fait un chaleureux accueil. Le consul de Norvège, raconte Balto, a été pour nous un second père. Au cours du voyage, notre Lapon a trouvé des « pères » dans beaucoup d'endroits.

Le 9 mai au soir nous nous embarquâmes à Granlon sur le vapeur danois Tliyra, appartenant à la Forenede dampskib Selskab de Copenhague. Ce navire entretient avec un autre vapeur le seul service régulier existant actuellement entre le Danemark et l'Islande.

Vers minuit, après avoir dit adieu aux derniers amis qui étaient venus nous conduire à bord, nous sortîmes du port pour faire roule vers le Nord.

Au milieu de l'Atlantique nord, est situé l'archipel des Ferô. 11 y a plus de mille ans, nos ancêtres découvraient ces îles et s'y établissaient. Longtemps ils possédèrent ce pays, et chaque année des navires norvégiens venaient le visiter. Ce temps-là est loin; aujourd'hui nos compatriotes abordent rarement aux Ferô. Actuellement les Ferôiens vivent au milieu de la mer, séparés pour ainsi dire du

DE NORVÈGE EN ISLANDE. — L'ECOSSE ET LES FERU. ï:>

monde; ils formenl là on plein océan une petite tribu isolée de la race Scandinave. Ils ont assez bien conservé le caractère des anciens Normands cl parlent encore la vieille langue de nos pères, que nous autres Norvégien s avons oubliée. Vivant dans l'isolement, ayant toujours présenl à la mémoire les exploits des anciens Scandinaves, ce petit peuple a une individualité marquée comme le pays qu'il habite. Les Ferô sont constituées par des roches volcaniques, principalement par du basalte sorti jadis de la terre à l'étal lluide comme

LA FALAISE « KODI.EN » AVEC LES RÉCIFS « IIISEN II h.lM.I IM.I \ » -Ml LA '"TE SEPTEXTRIONALE DES FERÔ. (D'APRÈS USE PHOTOGRAPHIE.)

les laves émises par les volcans actuels. En s'écoulant, ces courants de basalte se sont entassés les uns par-dessus les autres. Ces différentes couches ont donné naissance à de grandioses escarpements, formant de gigantesques escaliers, balafrés de lignes de stratification d'une remarquable régularité. A l'origine, les Ferô formaient une grande terre comme aujourd'hui l'Islande. Dans le cours des âges, des érosions l'ont peu à peu morcelée en archipel. Ces îles, vestiges de celle terre disparue, présentent des paysages grandioses, surtout sur les entes nord et ouest, particulièrement découpées. Là les falaises s'élèvent à des centaines et même des milliers de pieds à

A TRAVERS LK (iRi'lSLAND.

pic au-dessus de la mer; en avant de ces escarpements, les vagues

furieuses de l'océan Glacial se brisent contre des rochers aux formes fantastiques; sans cesse la lame attaque ces récifs, et ses chocs répétés les entament lentement sans cependant pouvoir les faire disparaître.

Lorsque les hautes vagues se brisent en mugissant contre ces rochers crevassés, lorsque le flot jaillit en longs panaches d'écume blanche, ah oui! c'est un beau spectacle dont aucune description ne peut donner l'idée. Sans cesse l'océan bat les rochers en poursuivant son œuvre de destruction, et d'année en année les îles deviennent plus petites.

Dans cet archipel des Ferô vous ne voyez que des pierres et l'océan écumant, et à ce paysage extraordinaire un monde d'oiseaux donne une animation extraordinaire. Les terrasses des falaises offrent de nombreuses places de pontes aux palmipèdes très abondants dans la région. Partout les rochers, le ciel et la mer grouillent d'oiseaux; à voir tous ces corps blancs voleter dans l'air on dirait des flocons de neige.

C'est vers cet archipel pittoresque que nous nous dirigeons. Après une traversée de deux jours, favorisée par un temps magnifique, nous arrivons à Trangisvaag, hameau de Sudero, l'île la plus méridionale. Le village, situé sur les bords d'une petite baie, dans un cadre de collines de basalte, ne présente rien d'intéressant que je sache.

Aussitôt que le vapeur a mouillé, arrive vers nous un canot rainé par six jeunes et robustes indigènes en costume national. Ce costume se compose d'une culotte et d'une

MONTAGNE \ OISEAUX I>li FERO.

[ÏOTRE PILOTE FEROIEN EN COSTUME NATIONAL.

DE NORVÈGE EN ISLANDE. — L'ECOSSE ET LES FERÔ. 7a

jaquette brune, ainsi que d'un bonnet garni d'un petit ruban bleu, rouge ou brun. Les Fermons sont chausses d'un mince morceau de peau attaché au pied comme une sandale. L'embarcation amenait à bord le médecin et le maire du pays. Pendant qu'ils restèrent à bord, j'essayai de converser avec les indigènes. Je savais qu'ils parlaient un dialecte dérivé de l'ancien norvégien, présentant, m'avait-on dit, une grande affinité avec nos patois; toutefois au début je ne compris rien du tout à ce que me dirent les bateliers. Après une relâche de plusieurs heures, le vapeur poursuit sa roule. Au delà de Trangisvaag nous rencontrons de la brume et du gros temps; néanmoins nous pouvons apercevoir la Grande et la Petite Uimon, deux îlots basaltiques s'élevant à pic au milieu de la mer.

LA ï'hMTK IHMON.

Sur la Grande Dimon se trouve seulement une habitation, située dans la partie méridionale de File. Les rochers sont tellement escarpés que les ballots doivent être descendus à l'aide d'une corde et que, pour parvenir au sommet de l'île, les indigènes doivent entreprendre une véritable escalade par un sentier de chèvres. La côte étant partout accore, il est impossible d'y conserver, l'hiver, des canots. En cette saison, si les habitants viennent à manquer de quelque chose, ils doivent faire un signal aux indigènes des autres îles, et ceux-ci viennent à leur secours quand l'état de la mer le permet. Notez que du commencement de novembre à la fin de mars il est très difficile d'atterrir à la Grande Dimon. Pendant tout ce temps les habitants sont pour ainsi dire séparés du reste du monde. Il y a quelques années, au commencement de novembre, m'a-t-on raconté, ces pauvres gens avaient laissé leur feu s'éteindre, ils n'avaient point d'allumettes et pendant six mois ils durent rester sans feu et sans lumière.

C'est sur la Grande Dimon que le héros des Fèrô, le Norvégien Sigmund Bresteson, fui battu par son ennemi Trand, et c'est là qu'après sa défaite il sauta à la mer avec ses frères Thorer et Einar, pour gagner à la nage Suderô, située à un « mille » au sud. Si la légende est vraie, ce dont je doute, le héros aurait accompli un véritable exploit. Sigmund porta à la nage son frère Einar jusqu'au moment où ce dernier rendit le dernier soupir, puis son frère Thorer jusqu'au rivage, distant encore d'environ 2 kilomètres. Ce

dernier fut roulé par le ressac pendant que Sigmund prenait pied. Ce tour île force aurait été accompli en hiver dans un bras de mer où les courants sont particulièrement violents. Voilà des hommes vigoureux dignes de faire partie d'une expédition po-

aire

PORTE FAITE D IN MAXILLAIRE IIK l:\l.LI\h.

Dans l'après-midi nous arrivâmes à Thorshavn, la capitale des Ferô, résidence du préfet et des autres fonctionnaires de l'archipel. Dans celle ville importante se publie un journal, le Dimmalœtting, imprimé en ferôien et paraissant chaque samedi. Thorshavn est défendu par un fort renfermant trois canons. La garnison a un effectif de douze hommes, m'ont dit certains indigènes; suivant d'autres, il n'y aurait dans l'île aucune force armée. Ayant trouvé les portes de la forteresse fermées, nous pûmes pénétrer dans l'enceinte en sautant par-dessus les remparts. La ville est bâtie sur les bords de deux baies, sur un terrain très accidenté, dans un cirque de collines. Au loin apparaissent des montagnes qui lors de notre passage étaient couvertes de neige. De la mer, Thorshavn ressemble à une petite ville de la côte occidentale de Norvège. .

Les habitants de cette capitale, comme tous ceux de l'archipel, vivent principalement dos produits de la pêche et de l'élevage du mouton. Nulle pari ailleurs dans le monde, ces animaux ae sont aussi nombreux qu'ici : pour un habitant on compte dix-huit moulons.

Une tempête ayant retenu le vapeur à Thoishavn du samedi au lundi matin, nous eûmes l'occasion de voir danser les indigènes, Chaque dimanche soir, à dix heures, s'ouvre le bal. La danse fcroienne est fort curieuse. Hommes et femmes confondus tonnent un grand rond ou une chaîne. Le pas est celui d'une sorte de polka, rythmé par un air ancien chanté en chœur, presque tou-

MOXTAGNES DE BASALTE DU KVRALSUM), \ I. OIESI DU KI.AKSVIG.

jours en ferôien, quelquefois en danois, suc un ton tirs monotone.

Tout ce monde fait un bruit épouvantable, chacun crie comme s'il voulait couvrir la voix de son voisin. La ronde continue jusqu'à une heure ou deux heures du malin, quelquefois plus tard dans les grandes circonstances. A-l-on envie de danser, on rompt le cercle et l'on y prend place. C'est ce que firent plusieurs membres de l'expédition, en ayant soin de se mettre entre deux jolies tilles.

Celle ronde, la seule danse des Feioiens, provient des anciens Normands. Aux siècles [tassés, les Islandais en pratiquaient une du même genre, connue sous le nom de mkivaka. Rn Norvège, elle a disparu depuis longtemps. Les Ferôiens se réunissent chaque dimanche soir pour se livrer à cette danse, depuis longtemps tombée en désuétude dans les autres pays Scandinaves, et pour chanter des airs anciens.

Dans la matinée du lundi nous arrivâmes à Klaksvig, le porl. le plus septentrional (pie le vapeur visite aux Ferô. Il est entouré par de hautes montagnes de basalte qui s'élèvent en terrasses, disposition topographique qu'on observe rarement sur ces îles.

Après une relâche de plusieurs heures, le paquebot continue sa route vers le nord; après avoir admiré les pittoresques falaises de la rôle septentrionale de l'archipel, nous faisons roule vers la pleine mer.

Au delà des Ferô baisse le thermomètre. Enveloppés dans leurs piisk en fourrure, nos deux Lapons ne s'apercevaient pas de ce rafraîchissement de la température; quelques-uns d'entre nous, au contraire, commençaient à trouver l'air un peu froid. Cela fil faire à Ravna de sérieuses réflexions, qu'il s'empressa de confier à son ami Ballo, et l'autre à son tour n'eut rien de plus pressé que de nous faire part de ces confidences. « Ravna, nous raconla-t-il, vient de me dire : « Pourquoi diable sommes-nous partis avec ces gens-là, qui « sont si peu vêtus? Je le vois bien, ils grelottent maintenant et ccr- « lainement ils trouveront tous la mort au Grônland, où il fait si » froid. Mais alors, nous aussi, nous mourrons, dans l'impossibilité « où nous serons de trouver notre chemin vers les lieux habités. » Ajoutons que la vie maritime ne convenait pas très bien à Ravna. Au début il avait été malade, et, d'autre part, il ne pouvait reposer dans l'entrepont, où il faisait trop chaud pour lui. Il alla alors s'installer dans un coin sur le pont; après avoir tiré son pàsk par-dessus la tète, il y dormit aussi bien que nous dans les cabines.

Pendant la traversée d'Ecosse en Islande et durant le voyage d'Islande au Grônland je pris tous les jours des échantillons d'air pour pouvoir déterminer la quantité d'acide carbonique qu'il contient. Ces échantillons furent pris dans des tubes spéciaux, dont j'ai donné la description dans le chapitre n.

Aux Ferô nous avions appris l'état défavorable des glaces autour de l'Islande. De mémoire d'homme, la banquise; disait-on, n'était jamais descendue aussi loin vers le sud que cette année, et l'accès de la côte orientale de l'île était barré par les glaces. Ces prédictions étaient vraies; après vingt-quatre heures de route nous rencontrâmes la glace à 120 milles au large de la côte est. Pensant trouver

DE NORVEGE EN ISLANDE. — L'ECOSSE ET LES KRIiu. 79

<l;ms la banquise une ouverture qui nous permettrai! d'atteindre la côte, nous poursuivîmes notre route vers le nord. Cette lentalive demeura sans résultai : partoul nous nous heurtâmes à une nappe de glace impénétrable. Les équipages de plusieurs voiliers rencontrés

dans ces parages nous racontèrent que la banquise s'étendait 1res loin vers le nord.

Le 16 mai au matin, la Thyra essaye de nouveau d'atteindre la coteau large du Berufjord; à 20 milles de terre, la roule lui est fermée par les glaces. Dans ces conditions il ne nous reste qu'à faire route au sud et à suivre la cote d'Islande. Vers le soir nous passons devant l'Oraefajôkull, la plus haute montagne de l'Islande; elle s'élève à pic à environ 2 000 mètres, paysage particulièrement grandiose avec les neiges empourprées par les rayons du soleil descendant, dans la mer.

L'Oraefajôkull est situé dans la partie méridionale du Vatnajôkull, le plus vaste glacier de l'Islande et même des terres arctiques après l'inlandsis du Grônland. (Test un ancien volcan. Depuis l'arrivée des Normands en Islande il n'a eu qu'un petit nombre d'éruptions, néanmoins il a causé d'importants dégâts'. Au milieu du xiv" siècle il dévasta deux paroisses; d'après l'ouvrage de Thorvaldur Thoroddsen, Lysing Islands, il détruisit tout le Litlabérad. Quarante fermes furent anéanties et un grand nombre d'indigènes périrent dans le désastre. Le volcan rejeta une telle quantité de pierres cl de sables, qu'une grève se forma à un endroit où la mer était profonde de trente brasses. La dernière éruption de l'Oraefajôkull date de 1727; elle détruisit également un grand nombre d'habitations et beaucoup de bétail.

A l'ouest de l'Oraefajôkull, mais plus loin dans l'intérieur du pays, est situé le Kakis, une série de cratères, qui produisirent en 17(S,"i la plus formidable éruption donl l'Islande ait été le théâtre depuis l'époque de l'occupation normande. Aucun autre volcan de la

1. Dans les éruptions de volcans recouverts de glaciers, la lave est transformée en poussière. En même temps une certaine étendue du glacier fond, et de grands blocs s'en détachent en roulant sur les pentes. Toute une niasse épaisse de glace, de grosses pierres et de boue s'écoule vers les régions inférieures, en renversant tout sur son passage. C'est le phénomène appelé Jôkulhlaup. La rapidité avec laquelle ils se meuvent rend 1rs Jokulh'.aup beaucoup plus redoutables que les courants de lave.

terre n';i rejeté, écrit Thoroddsen, autant de lave que le Lakis lors de cette éruption. Le cube de tous ces matériaux est. dit-on, égal à celui ilu muni Blanc1.

Les régions sud-ouesl et centrale de l'Islande sonl particulièrement volcaniques. Les agents qui ont formé jadis les Ferô el l'Islande sont encore en activité dans ce dernier pays. Depuis les temps historiques les laves ont recouvert dans celte dernière île une surface de 1.1 000 kilomètres carré-, s'étendant sur îles lufs, des basalte- et des lave- dont l'émission est antérieure à la période glaciaire. Taudis que les Ferô ne sont plus qu'une ruine. l'Islande esl encore intarte.

En Islande les couches inclinent vers le centre de l'île, dessinant une sorte de coupe: la même disposition se retrouve au Ferô, mais il n'y a plus là que les débris de la coupe. Si l'on admet que la terre se soulève par suite delà dilatation subie par les couches inférieure- au fur et à mesure de la disparition des masses superficielles, la théorie proposée par M. Andréas Hansen dans un article sur les ancienne- lignesde rivage (Slrandlinier) (Nylarchic for mathemalik <>g naturvidenskab, Kristiania) me parait exacte5. Lorsque la mer érode une terre comme aux Ferô et eu Islande, les couches supérieure- des côtes disparaissent peu à peu. la pression supportée par les couches inférieure- devient par suite moins forte, et le sol éprouve un mouvement d'exhaussement. Aux Ferô, les côtes septentrionale et occidentale sonl particulièrement soumises à l'éro-

COTE XORD DES ILK< vi:-TMA\\\.

1. Voir A. Rolland, Lakis Kratere. Univ. proyram., Kristiania, 18SG.

i. D'après certains géologues, le soulèvement survenu depuis l'époque glaciaire serait dû à la dilatation des couches supérieures du sol, qui s'est produite après la disparition de la carapace de glace dont elles étaient recouvertes.

DE NORVÈGE EN ISLANDE. - L'ECOSSE ET LES FERiï. 81

sion, cl c'est là précisément qu'a eu lieu le soulèvement le plus marqué. En Islande, l'océan agissanl avec une grande énergie sur le littoral, les côtes se sont exhaussées tandis que le centre du pays est resté en place.

Le lendemain matin, 17 mai, les îles Vestmanna sont en vue. Par un soleil étincelant et sur une mer unie comme un miroir, le navire glisse entre des escarpements de basalte pour atteindre le port de.Heimaey, la plus grande des îles de l'archipel et la seule habitée. En attendant le canot qui doit venir de terre, nous avons le temps de contempler le paysage et de le photographier.

Les îles Vestmanna présentent de magnifiques escarpements de basalte découpés de grottes et de portes.

Avec la belle lumière qui luit aujourd'hui, le paysage volcanique a un aspect tout méridional:

il rappelle les sites pittoresques de Gapri. Le navire passe au pied de hautes murailles de basalte, contre lesquelles la mer se brise en panaches d'écume. Tout autour tourbillonnent des nuées de palmipèdes dont les cris produisent un vacarme étourdissant. Le soleil est étincelant, la mer transparente comme un beau cristal, et tout là-bas, sur la côte d'Islande, brillent dans la radieuse lumière d'une belle journée d'été les neiges de l'Eyafjallajôkull (1700 mètres). Plus loin, dans l'intérieur du pays, on voit d'autres glaciers; la coupole blanche de l'IIekla attire surtout les regards.

Nous continuons à longer la côte, et bientôt ce beau panorama disparaît dans la mer. Seuls l'Hekla, le Tinnljallajokull et l'Eyafjallajôkull sont encore visibles au-dessus de l'horizon. Dans l'après-midi le vapeur double le Reykjantes. Sur ce cap se trouve le seul phare de l'Islande, bâti sur un escarpement dominant à pic la mer. Dans ces dernières années, plusieurs tremblements de terre se sont pro-

I.E REYKMttfS ET I.E SEUL PHARE 1PE l'iSLASDE. [DESSIN lil, TH. IIOI.MBOE, Ii'aPRÈS UN CROQUIS RE M. NASSES.)

doits sur ce poinl ; lors du dernier, la tour du phare s'est écroulée, en même temps qu'une masse énorme de rochers s'éboulait dans la mer. Un jour prochain, tout ce morceau de terre sera englouti. Le phare est situé sur un sol essentiellement volca-

lUÏKJAVIh. d'aFRÈS USE PHOTOGRAPHIE.

nique

11 y a six ans. j'ai visité ce promontoire. De ma vie je n'ai vu paysage aussi triste. Rien que des rochers de lave nus, ici rouges, là jaunes, au milieu la maison du gardien du phare perdue dans celte solitude. Seuls plusieurs moutons, en quête de nourriture, animaient ce désert. Audessus de sources sulfureuses éparses sur la presqu'île s'élevaient des fumerolles, bleuâtres comme celles des fours à chaux.

Devant le Reykjanaes se trouvent plusieurs récifs.. Le plus curieux est le Melsœk (Sac de Farine), dont la silhouette rappelle en effet vaguement celle d'un sac placé sur la mer. Ces rochers étaient fréquentés jadis par le grand pingouin (AIca impennis).

Après avoir lutté contre le vent et la mer, qui parfois arrêtaient complètement sa marche, la Thyra arriva dans la nuit à Reykjavik. Notre relâche devant être courte dans la capitale de l'Islande, nous nous levâmes le lendemain de grand matin pour la visiter.

Trois ou quatre cents baraques en bois disséminées sur une plaine, voilà tout Reykjavik. On y voit seulement quelques constructions en pierres, YAlting — le Parlement islandais — et la cathédrale, tous deux en lave du pays. 11 est curieux qu'on ne bâtisse pas davantage avec ces matériaux, alors qu'on doit faire venir les bois de construction de l'étranger, principalement de Norvège. Devant l'Àlting se trouve une place couverte de gazon, l'Austarvollur.

\. Le Reykjanaes est une plaine de lave située au milieu de la mer.

orfd'-;^tue en bronze de Thorvaldsen, né, paraît-il, de parents islandais. '

, ^ ^^^ Glande est nne petite ,111e de trois à quatre mille

;n^nn' "Tbr ' !0mPte P- -oins de garante

'" °naireS : UM ' !tl°nnaire P°ur «"« habitants! Pi ,s

slandals, on pourvu croire qne votre pays est riche, e ant qu'il

peut donner des rentes à tant de gens inutiles1

Dans l'après-midi nous quittons Reykjavik après avoir salué I,. "".«•:,■■. du croiseur danois Fylla qui entrait dans I, ,„„, juste ,„ moment où nous en sortions.

Ul,,;.f:,is en mer' '" -I' es< ™» -"• I, Snelellsmes, d'où no,.

soe,l, nous doublons le grandiose Snefellsjôkull, ancien volcan situé al extrémité même du promontoire. S'élevant à pic à 1500 mètres ZZL ,amer'ilC0QSti -excellent point de repaire r

Dans la matinée du 19, lorsque^nous montons sur I, ponl I, lemps a change. Aujourd'hui soufflent du nord de violentes rafales accompagnées de grains de neige et de grêle. De la base au somme! "« montagnes sont toutes blanches, et en mer apparaissent quelques

gaçonsLa banquise ne doit pas être loin. Le-Jempsg, it toujours,

bientôt le vent souffle '•" tempête : dans ces conditions le capitaine juge prudent d'aller mouiller dans l'Ônundarfjord. I.a brise fraîchi! toujours! <|nelli'

violence elle ;i dans ces

régions du Nord! Sur le

ponl personne ne se

hasardée moins d'j être

forcé : à peine peut-on

y tenir debout. Le

mouillage est bon et,

comme c'est |(. jour (i(, u ■ ™ïnv » «m» « -mmi,.,,.,,

J DESSIM EXÉCUTE D'APRÈS HXE ESQOISSE DE „. v>v-f v

^^t^piÊ^^i

l'extrémité sdpérieune do dyrafjord et le gi.âmujôkct.l. (dessin exécuté d'après ex croquis de m. nansex.)

la Pentecôte, nous prenons nos mesures pour passer gaiement le temps. La neige qui tombe masque la plus grande partie du paysage environnant. Toute la légion semble constituée par le basalte et est encore revêtue du linceul blanc de l'hiver.

Le lendemain, au réveil, nous sommes dans l'Isafjord, où nous devons débarquer. Ici comme dans I'Onundarfjord une épaisse couche de neige recouvre le sol. Le hameau, construit sur les bords de la haie entre de hautes montagnes, est la seconde ville d'Islande.

La banquise se trouve, nous dit-on, au sud du cap Nord. Sous la poussée de tempêtes du nord elle peut dériver plus loin et bloquer l'entrée du fjord. En pareil cas, L'embarquement à bord du Jason serait très difficile. Pour ne pas être exposé à pareille éventualité je pris le parti d'aller attendre le baleinier dans le Dyrafjord qui, lui, n'est jamais barré par les glaces. Je laissai à Isafjord une lettre pour le capitaine du Jason l'avertissant de cet itinéraire.

Le lendemain nous entrons par un temps magnifique dans le Dyrafjord et bientôt arrivons à Thingeyre. Autour de celte haie la neige a en partie disparu ; dans ce district le printemps commence à faire sentir sa douce inlluence. Nous disons adieu au capitaine de la Tliijra, le remercions de son aimable accueil à bord, et bientôt après le navire s'éloigne au bruit des acclamations poussées en notre honneur par l'équipage.

Le négociant de Thingeyre, M. Gram, nous offrit la plus cordiale hospitalité pendant notre relâche. Le nom de Thingeyre est composé de deux mots, Thing et eyre. Ils rappellent qu'autrefois le tribunal (Thing) se réunissait sur un banc situé au milieu du fjord qui découvre à basse mer (eyre en islandais). Ce banc est une ancienne

LA PARTIE MÉRIDIONALE DD VESTFIBDIR, VIE PRISE Dl GLAMDJÛ

(DESSIN EXÉCUTE D'APRÈS l> CROQUIS I>l M. ÎÇANSEN.l

moraine de l'époque glaciaire. En arrière se sont échelonnées d'autres

moraines, les unes émergées, les aulres recouvertes d'eau. Tous les matériaux qui en ont été arrachés encombrent le fjord et eu rendent la navigation difficile pour les embarcations. Le Dyrafjord est entouré d'escarpements de basalte aussi abrupts que ceux des Fen'i, et barré à son extrémité supérieure par le puissant Glàmujôkull. Celle montagne, dont l'altitude ne dépasse pas, d'après mes observations, 1*10 mètres, est le point culminant du Yestiirdir, la grande presqu'île du nord-est île l'Islande que réunit au reste de l'île un isthme large de 10 kilomètres. Le Glamujôkull est constitué par des basaltes comme toute la région environnante.

Un jour nous finies l'ascension de ce glacier. Nous primes les ski et en outre des raquettes, pensant trouver là-haut une neige épaisse et détrempée. La neige était au contraire sèche et glissante, beaucoup trop glissante même, comme l'un de nous put en faire l'expérience à ses dépens. Favorisés par un temps magnifique, nous eûmes du sommet une vue magnifique. A perte de vue s'étendait un immense plateau couvert de neige tombant de tous côtés à pic sur la mer. Dans le lointain apparaissait au sud leSnefellsjôkull, reconnaissable à son sommet en forme de dôme.

A la vue de ce paysage on comprend comment le pays s'est formé. Les courants de basalte se sont épanchés dans toutes 1rs directions les uns par-dessus les autres et ont finalement constitué un plateau. Puis les agents météoriques, ensuite les glaciers pendant la période quaternaire ont érodé les bords de celte surface, et y ont creusé les fjords et les vallées. Le travail île délitemenl ne s'est guère exercé que sur la lisière de la formation; depuis l'époque de sa constitution le sommet du plateau a subi peu de modifications.

86 A TRAVERS LE GROKLÀND.

Après avoir contemplé cet intéressant panorama, nous descendons à toute vitesse les pentes du Glâmujôkull sur nos ski. La neige vèrglassée est glissante comme une nappe de verre. Tout à coup Balto, qui s'était lancé imprudemment, culbute par-dessus un petit rocher, et dans sa chute se donne une entorse. Pendant l'ascension il s'était vanté tout le temps d'être un bon patineur; nous autres Lapons, racontait-il, nous passons partout, nous mettons notre bâton entre les jambes et jamais il ne nous arrive aucun accident. Ce fut précisément en voulant nous montrer celte manœuvre que Balto tomba.

Pendant quelque temps notre compagnon resta invalide et nous craignîmes de ne pouvoir l'emmener avec nous. Je songeai même à engager un Islandais pour le remplacer. Grâce à des massages quotidiens, un mieux sensible s'étant produit, nous pûmes espérer son rétablissement. Lui n'v comptait guère et ne cessait de se lamenter.

Pendant notre séjour à Thingeyre nous passâmes notre temps à gravir des montagnes, à chasser, à faire des excursions à cheval, et à visiter les habitations du voisinage. Les promenades sur les poneys nous amusaient particulièrement. Aux premiers pas sur ces petits chevaux vous éprouvez un sentiment de méfiance, vos jambes touchent presque terre et vous vous demandez si l'animal pourra longtemps vous porter. Mais, lorsque vous le voyez galoper au milieu de pierres roulantes, traverser des marais où il enfonce profondément, gravir des pentes escarpées et lisses, passer sans broncher partout où un autre cheval se casserait les jambes au premier pas, votre sentiment change et vous reconnaissez que le poney islandais est le meilleur cheval de montagne qui existe au monde. Avez-vous à traverser une rivière, votre monture la passe à gué ou à la nage pendant que le cavalier s'arrange de son mieux pour ne pas être trempé. Si le cours d'eau n'est pas profond, on place les jambes sur le cou du cheval : mais eu pareil cas il faut se garder de tout mouvement brusque pour ne pas prendre un bain complet dans la rivière. En Islande, il n'existe ni roule, ni pont : tous les voyages se font à cheval ou à pied.

J'achetai un poney chez un fermier habitant près du Dyrafjord. c< J'avais l'intention, écrivais-je en Norvège, de m'en servir pour traîner nos canots et nos bagages sur la banquise de la côte orientale du Gionland et ensuite de l'employer comme bêle de bât pour

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