CHAPITRE XII
UN CAMPEMENT ESKIMO
Arrivés près du cap Bille, situé au nord du glacier de Puisorlok, nous entendons du côté de terre un brouhaha de voix humaines et d'aboiements. Faisant immédiatement roule dans la direction d'où vient ce bruit, nous apercevons bientôt plusieurs points noirs en mouvement. En les examinant attentivement, nous reconnaissons des hommes disséminés sur la rive. Tous crient et agitent les bras. Plus haut, sur les roches, apparaissent des tentes en peau, et, en approchant, il nous arrive une odeur d'huile très caractéristique. Ballo décrit cet incident en ces termes dans sa relation de voyage : « Après avoir dormi, nous continuons notre roule vers le nord. Sur ces entrefaites, nous sentons une puanteur de lard de
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phoque, et quelque temps après apercevons des indigènes et des Lentes. »
Ni mis ne savons pas résister à la tentation de rendre visite à ces naturels. Au moment oii ils voient que nous nous dirigeons de leur côté, le bruit redouble et tous gesticulent de plus belle. Les uns dégringolent vers la rive, tandis que d'autres grimpent sur les rochers pour pouvoir mieux voir. Sommes-nous arrêtés par un gros glaçon et prenons-nous les galles pour nous frayer un passage, le tumulte devient assourdissant, ce sont des hurlements frénétiques. Quand nous approchons du rivage, plusieurs indigènes viennent en kayaks à notre rencontre. Parmi eux se trouve un des Eskimos rencontrés le matin. Ils sont tout heureux de nous voir. Pour nous souhaiter la bienvenue, ils nous sourient el font manœuvrer leurs embarcations autour de nous. Ils nous indiquent la roule, que, du reste, nous trouvons facilement, el manifestent leur étonnement de voir nos solides canots briser des morceaux de glace qui perceraient leurs kayaks. Le dernier glaçon dépassé, une scène absolument extraordinaire s'offre à nos yeux dans la demi-obscurité du soir. Sur les rochers se pressent de longues files d'hommes, de femmes et d'enfants à la mine sauvage, tous aussi peu vêtus les uns que les autres. Tout ce monde gesticule et pousse le grogneent sourd que nous avons entendu ce matin. Il semble que nous ayons à nos trousses un troupeau de vaches beuglant en chœur, comme lorsqu'on ouvre le matin la porte de l'étable pour donner à manger au bétail. Sur la rive, un groupe d'hommes agitent les bras pour nous indiquer le meilleur point d'atterrissement'. Plus haut, sur les rochers, se trouvent plusieurs tentes