‹ A travers le GrönlandChapitre 66 sur 100 · CARTE · texte numérisé non relu

CARTE

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ENVIRONS D'UMIVIK,

point de départ de l'Expédition.

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nons parlons déjà de l'époque de notre arrivée sur la côte occidentale, si cette plaine s'étend loin.

La plaine de glace unie n'avait qu'une faible étendue; le soir même nous arrivâmes à son extrémité. L'inlandsis ne présente qu'en de rares localités une surface aussi plane.

Le 25 août, vers onze heures du matin mois dressons la lente. Le soleil est si ardent qu'il incommode l'un de nous; pour pouvoir dormir il va se coucher dehors à l'ombre de la tente sur un prélarl étendu sur la glace. A six heures et demie du soir nous sommes debout. Maintenant la marche est rendue pénible par une couche de fines particules neigeuses. En dépit d'une température de 7 à 8 degrés au-dessous de zéro, le halage des traîneaux est très fatigant sur ce névé pulvérulent. L'abaissement de la température ne rendant pas

la neige plus résistante, nous prenons le parti de marcher le jour. A dix heures du soir le campement est établi.

Pour alléger nos bagages je résolus d'abandonner les toiles imperméables qui protégeaient nos sacs de couchage. A la distance où nous nous trouvions de la côte, nous n'avions plus à craindre la pluie, lies prélarls sont inflammables, voilà du combustible tout trouvé, et bientôt la cuisine esl installée avec une boite à conserves vide placée sur un fragment de la quille des patins des traîneaux. La boîte est remplie d'eau, et le feu, entretenu à l'aide des imper-

LANlhlTSl'k t.T LtS KUXATAK JOUNSTRUP LT KORNERUP. [DESSLS DE F. (TASSES, D'APRÈS INL PBOTOGRAPHIE.)

méables découpés en petits morceaux, flambe très bien; la vue de ce pelil brasier t'ait plaisir à tous : mais en ce bas monde les joies durent peu. Bientôt la tente est complètement remplie de fumée, on ouvre la porte, et quoiqu'il en sorte an peu par cette ouverture, le nuage augmente rapidement d'épaisseur. La plupart de mes camarades s'enferment alors dans les sacs de couchage, un ou deux durent cependant rester debout pour entretenir le feu. Puis la neige fond, mais en môme temps la marmite commence à fuir. Il faut maintenant transvaser l'eau dans une autre boîte. Enfin le thé e^l prêt. Le lendemain, nous fîmes égalemenl la cuisine avec les imperméables i\r- traîneaux, mais le lover l'ut élabli hors de la (ente.

Outre une excellente soupe avec des peptones de viande, nous nous offrîmes le luxe d'une citronnade. Ce fut la dernière fois, jusqu'à notre arrivée à la côte, que nous pûmes boire à notre soif. Au réveil nous sommes noirs comme des charbonniers. Nos visages sont couverts d'amas de suie assez épais pour pouvoir être enlevés au couteau. Depuis noire départ du Jason jusqu'au jour où nous avons atteint la côte occidentale, jamais nous ne nous sommes lavés; mais pour que le lecteur ne nous prenne pas pour des malpropres je m'empresse d'ajouter qu'en temps ordinaire nous avons l'habitude de nous débarbouiller. Pour trois raisons il nous était impossible de procéder à noire toilette habituelle. D'abord nous manquions d'eau. Nous n'avions qu'une petite quantité de ce précieux liquide, péniblement obtenue le malin et le soir dans la lampe à alcool, et le jour par la fusion de la neige dans nos bouteilles de poche. Lorsqu'on a soif, inutile de dire qu'on préfère boire l'eau au lieu de l'employer à des ablutions. D'autre part il n'est pas précisément agréable de se laver par des températures aussi basses que celles que nous avons supportées. Cela est même impossible sans risquer de se geler les mains. Enfin la réverbération du soleil sur les neiges nous brûlait la peau du visage. Nous pelions et nous avions la ligure balafrée de crevasses. Dansées conditions, les ablutions eussent empiré le mal.

Le 24 août, neige très mauvaise, 1res fine et très profonde: l'épaisseur de celle couche superficielle n'est pas moins de 4 pouces. En outre, la pente est rapide. Pour entretenir les forces, tous les 7> kilomètres je distribue à chaque homme une tablette de chocolat à la viande. Pour le dîner nous préparons du chocolal ; comme combustible nous employons h' restant de nos imperméables, un

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pied de réserve pour le théodolite, et dos éclisses que nous avions emportées pour le cas où quelqu'un de non- aurait eu le malheur

de se casser un membre, ayant traversé sans accident la région crevassée, nous nous en servîmes comme combustible, conservant toutefois quelques-uns de ces appareils en cas d'accident aux approches de la côte occidentale.

5 Le soleil disparu, la température de-

vient très froide et le traînage très difficile; nous prenons alors le parti de camper. Ce jour-là l'étape ne fut guère plus de 1 1 kilomètres. Lorsque nous faisons

1 halle, il y a seulement quelques heures

" que nous avons dîné; aussi le souper se compose- t-il simplement de quelques biscuits. Nous les mangeons avec de la neige imprégnée de citronnade, cela fait

1 une véritable granila, un dessert de gourmet, je vous assure. Celte glace esl excellente avec de la neige très fine, nouvellement tombée, nous la savourons à petite- bouchées pour faire durer le plaisir, assis devant la lente, et regardant la plaine blanche éclairée par la lune. Nos pensées s'envolent vers le pays où nous avons mangé de la granita pour la dernière fois. La lune luisait comme aujourd'hui, mais c'était sur la baie de Naples et non sur l'immensité froide de l'inlandsis.

La 25 août, la pente est toujours rapide et le traînage encore plus pénible, avec une couche de neige pulvérulente, épaisse de 6 à 8 pouces, el le vent se lève droit debout. Chaque jour la préparation du dîner nous faisait perdre beaucoup de temps dan- l'après-midi; pour y

remédier j'essayai de cuire notre repas sur un traîneau en marche. La tentative rëussil parfaitement. Une fois la soupe bouillante, la

tenle fut dressée ; mais au moment de déposer le fourneau, je fais un faux pas et renverse le contenu de la casserole sur le prélart servant de plancher. En un clin d'œil tous les camarades bondissent et saisissent la toile aux quatre coins. On fait couler la soupe dans un creux au milieu, puis on la transvase dans la casserole sans en perdre une goutte. En pareille circonstance il est utile que la toile soit imperméable. Balto après avoir raconté cet incident ajoute : « La soupe que nous mangeâmes n'était pas précisément très propre, car le prélart sur lequel elle avait coulé était sale, mais à cela nous ne fîmes pas attention ». Notre compagnon ne raconte point qu'à celte soupe était mélangée de l'esprit-de-vin tombé de la lampe : à son avis c'était un assaisonnement. Le dîner avalé, il fallut se remettre en marche, en dépit de la tourmente qui nous lançait la neige à la figure. A mesure que la journée avançait, le vent augmentait; avec une pareille brise une température de — 9° n'est pas précisément agréable. Malgré celle bourrasque, nous gravissons une pente escarpée la tète basse pour éviter d'èlre aveuglés. Ce n'est que tard que nous installons le campement. Un biscuit, un peu de chocolat à la viande et une granita au citron constituent notre souper, puis nous nous glissons dans les sacs pendant que la tempête fait rage dehors.

Le lendemain, lorsque je m'éveillai pour faire le café, quel ne fut pas mon étonnement de me trouver à moitié enfoui sous la neige, qui avait passé à travers les ouvertures de la tente et nous avait recouverts d'une épaisse couche de névé. Même mes souliers étaient remplis de neige. Dehors les traîneaux étaient à moitié ensevelis, et contre les parois de noire tente des tas épais étaient amoncelés. Néanmoins c'est avec un sentiment de bien-être que nous déjeunons au lit, c'est-à-dire dans nos sacs.

Toute la journée la tempête continue; à mesure que nous avançons, la neige devient plus pulvérulente et par suite le traînage plus laborieux. Je songe alors à amarrer les traîneaux deux par deux, et à essayer à l'aide d'un voile de tirer des bordées et de nous élever dans le vent. Si notre marche continue à être aussi lente, de long-

A TJUYERS LE GRÏ&'L.WD.

temps nous n'arriverons à Kristianshaab; espérons que le temps s'améliorera, mais cela ne sera pas pour aujourd'hui. Après avoir parcouru environ 10 kilomètres et demi nous arrivons au pied d'un mamelon très escarpé : trois hommes ne sont pas de trop pour halcr chaque traîneau sur cette pente. En redescendant, après avoir hissé un des véhicules, Kristiansen, qui n'ouvrait que rarement la bouche, dit à Dietrichson : « Il faut être fou pour venir bénévolement dans un pareil pays ».

la coislxe sir l'inlandsis, [d'après oke photographie.]

NU.NATAKS IIOI.JI ET G.UIlil.. 2f] AOUT. (dESSIS DE F. KAHSEÎt.

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