CHAPITRE XVIII
NOUS NOUS DIRIGEONS VERS GODTHAAB - CLIMAT DE L'INLANDSIS STRUCTURE DU GLACIER
rvvNS la soirée du 26 août nous faisons halle à l'altitude d'envi- 1 / ron 1 990 mètres. Instruits par l'expérience, nous essayons de nous protéger contre la fine poussière de neige. Pour cela nous installons le campement dans un trou, élevons un rempart du côté de la luise, e! protégeons celle partie de la lente à l'aide d'un traîneau retourné et couvert d'un prélart. Après cela nous nous glissons dans notre petite habitation; la lampe à alcool chante joyeusement et répand une pâle lumière dans noire intérieur, où, en dépit de toutes nos précautions, la neige pénètre en fins tourbillons. Le thé servi, on allume une des cinq bougies que j'ai apportées pour m 'éclairer lorsque je change les pellicules dans les châssis de l'appareil photographique. Cette lumière rend notre habitation plus agréable. La tempête peut souffler dehors, nous sommes maintenant bien tranquilles dans notre tente.
Le lendemain la tourmente durait toujours. Grâce aux travaux de défense, la neige avait pénétré en moins grande quantité dans l'intérieur de la tenle que la nuit précédente. Je prends alors la résolution d'établir une voilure sur les traîneaux; naturellement les Lapons ne sont pas de mon avis. « A-t-on jamais eu une pareille idée, de marcher à la voile sur la neige! s'écrie Balto. Vous pouvez nous apprendre à naviguer sur la grande mer, mais avez-vous la préten-
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lion de nous montrer, à nous aulres Lapons, la manière de marcher sur la neige? Non, jamais on n'a eu une aussi sotte idée et une telle prétention. « Ballo ne mâchait pas ses expressions, qui n'eurent, bien entendu, aucun effet sur moi. Les traîneaux furent divisés en deux groupes, deux furent solidement attachés côte à côte, les trois autres formèrent pareillement un seul tout. Pour les premiers, le plancher de la lente servit de voile: au-dessus des trois aulres, où devaient prendre place Dietrichson, Balto et Ravna. on hissa deux prélarls.
Nous essayons de nous élever dans le vent ; mais l'entreprise échoue, nous ne pouvons même pas maintenir le vent sur l'avant du travers.
Devant cet insuccès, je pris une grave détermination. Avec cette tempête et celte neige pulvérulente nous ne pouvions atteindre Kristianshaah vers le 15 septembre, à l'époque où le dernier navire devait quitter le Gronland à destination de Copenhague, je résolus de me diriger vers Godthaab. 11 me paraissait très fâcheux de nous exposer à hiverner au Gronland. D'autre part, ignorant l'itinéraire des navires le long de la côte occidentale, je pensais que le bâtiment qui devait partir de Kristianshaah au milieu de septembre relâcherait dans les ports de la cèle sud-ouest : il me semblait donc nécessaire, pour revenir avant l'hiver en Norvège, de nous diriger vers un des ports du sud, vers Godthaab par exemple.
Plusieurs autres raisons m'engageaient à modifier notre itinéraire. La partie de l'inlandsis avoisinant Godthaab était encore complètement inconnue, tandis qu'aux environs de Kristianshaah Nordenskiôld avait dirigé précédemment deux expéditions et recueilli de très importantes observations sur celle partie du glacier. Enfin la saison avançait cl Godthaab était beaucoup moins loin que Kristianshaah. Je n'avais guère étudié, il est vrai, la possibilité d'une descente du côté de la première de ces deux colonies, et en second lieu Godthaab él lit plus éloigné que Kristianshaah de l'inlandsis.
Entre le glacier el Godthaab s'étend une région accidentée dépouillée de glaciers, qui peut-être serait très difficile, même impossible à traverser. En tout cas nous pourrions toujours atteindre le poil par un îles fjords au fond desquels débouche l'inlandsis.