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diatement je me rendis à leur auberge. Au milieu de la chambre se tenait debout un grand jeune homme ressemblant plus à un Finnois qu'à un Lapon, et dans un coin était, accroupi sur une malle,
un petit bonhomme ;'i l'air vieillot, la lête couverte d'une longue chevelure qui lui pendait sur les épaules. Celui-là avait le type lapon beaucoup plus marqué que son camarade.
Lorsque j'entrai dans la chambre, le vieux inclina la tête et me sena la main; le jeune me salua comme ont coutume de le faire les gens du peuple Le premier ne parlant guère norvégien, je m'entretins surtout avec son camarade.
« Vous trouvez-vous bien ici? et dites-moi pourquoi vous avez pris le train de marchandises.
— (l'est que le voyage dan- le train de marchandises était moins coûteux que dans l'autre, répondit-il.
— Quel âge avez-vous? ajoûlai-je, continuant mon interrogatoire.
— Moi, Balto, j'ai vingt-six ans, cl mon compagnon, Ravna, quarante-cinq. »
J'avais pourtant demandé à mon correspondant deux hommes de trente à quarante ans.
« Vous clé- tous deux pasteurs de rennes?
— Non, Ravna seul est nomade, moi je suis colon à Karasjok. » Encore une déception !
« Vous n'êtes point effrayés de venir avec moi au Grônland? leur demandai-je alors.
— Ah si! répondit Ballo, nous avons au contraire très peur. En roule, des voyageurs non- ont afGrmé que nous n'avions aucune chance de revenir vivants. » Quelle sottise de n'avoir pas averti ces pauvres gens de- dangers que nous allions courir, avant de les mettre en route !
Je songeai alors à renvoyer les deux Lapons dans leur pays. Faute de temps pour engager d'autres compagnons, je dus les conserver. J'essayai ensuite de le- rassurer en leur affirmant que tout ce qu'on leur avait raconté était pure invention.
Si les Lapons ne paraissaient pas aussi vigoureux que je l'eusse désiré, en revanche il- avaient l'air de braves gens. Ils l'ont montré du reste pendant le voyage, et nuis ont prouvé également leur force de résistance. Sur l'inlandsis ils ne nous furent guère utiles pour reconnaître la roule et ne se distinguèrent en aucune circonstance par un flair particulier du terrain.
Balto a ccril en lapon une relation de l'expédition!. Après avoir
LE CAT1TAIYE U.-IJ. UILIUH II :-ll\
raconté son dépari de Pinraark, il rapporte qu'en voyage on lui dit
1. A h demande du professeur Friis, je priai, après le retour, Balto d'écrire en lapon
une relation du voyage, désir auquel il s'empressa de ré] Ire. M. Friis a eu l'obligeance
de traduire plusieurs luiss^rs de ce long récit, eu suivant le texte de liés près.
quéj'élais un homme Lerriblement exigeant, puis il continue ainsi sa relation :
« Le I i avril. Ravna et moi partons de Thnmdhjem el le 16 arrivons à Kristiania. Nansen avait envoyé un homme au-devant de nous à la gare; c'était Sverdrup. Lorsque nous descendîmes de wagon, il s'avança vers nous et nous demanda : « Êtes-vous les deux Lapons « qui doivent partir avec Nansen? >> Sur notre réponse affirmative, Sverdrup ajouta qu'il faisail également partie de l'expédition cl que Nansen l'avait envoyé au-devant de nous. « Suivez-moi », dit-il ensuite, et il nous conduisit dans un hôtel salué dans la Tolbodgade, au numéro 50.
« Peu de temps après notre arrivée, Nansen et Dietrichson vinrent nous voir. Nous fûmes très heureux de l'aire connaissance avec notre chef. La physionomie de Nansen était souriante comme l'aurait été celle des parents que nous avions laissés au pays, il avait une aussi bonne ligure qu'eux el il nous adressa un bonjour cordial comme ils l'auraient l'ait. Tous les gens de la ville furent très bons pour nous; à partir de ce moment notre sort nous parut meilleur. »
Voici maintenant quelque- renseignements biographiques sur mes camarades de voyage. A chaque page je parlerai d'eux, il est donc nécessaire que je les présente au lecteur. Je commencerai par les Norvégiens et par rang d'âge.
Otto Neumann Sverdi'up est né le 51 octobre 1855 au gaard' de Ilaarstad. dans le Bindal (Helgeland), dont son père était propriétaire. Accoutumé de- le plu- jeune âge à courir par tous les temps sur les montagne- et dan- les bois, il était habitué à se tirer seul d'affaire. Tout enfant, il avait appris à marcher sur les ski et, dans un pays aussi accidenté que le Bindal, était devenu promplement un excellent patineur. A l'âge de dix an-, il reçut de son père un fusil; à partir de ce moment, toujours accompagné de -on frère, d'un an plu- âgé que lui. il allait l'hiver à la chasse sur les ski. Au printemps, il poursuivait le coq de bruyère; en été et en automne, il ne craignait pas de -'attaquer à l'ours. Ses