‹ A travers le GrönlandChapitre 74 sur 100 · TEMPÊTE DANS L'INTÉRIEUR DU GRÔNLAND · texte numérisé non relu

TEMPÊTE DANS L'INTÉRIEUR DU GRÔNLAND

couche en avait été amoncelée contre notre lente cl la protégeait contre l'ouragan. Tout à coup, vers midi, calme plat. La tempête n'est pas encore terminée, nous le savons par expérience, une saule de vent se prépare; dans quelque temps le veut soufflera plus terrible qu'auparavant. Nous attendons la tourmente. Elle ne vient pas vite, et quelques-uns proposent déjà de partir. Subitement un léger souffle se fait sentir du nord-ouest, puis bientôt arrivent des rafales plus violentes encore qu'auparavant. Maintenant la tempête souffle juste devant la porte de la lente et chasse sur nous des tourbillons de neige. Ballo avait profilé de l'embellie pour remplir de névé le bidon de la lampe ; surpris par l'ouragan, il ne put retrouver son chemin qu'à grand'peine.

11 faut s'occuper encore une fois de consolider notre abri. Le côté exposé actuellement au vent est la partie faible de la tente : aussi agitons-nous la question de la changer déplace.

Avec les ski, les bâtons, les raquettes, nous renforçons la toile, et avec des sacs, des vêtements, nous bouchons la porte aussi bien que possible. Toutes les ouvertures sont maintenant fermées, et il serait impossible de sortir si cela devenait nécessaire.

Nous préparons du café, et après l'avoir pris nous nous blottissons dans les sacs de couchage. Pour [tasser le temps, les fumeurs ont aujourd'hui la permission de fumer une pipe.

Seul Ilavna est triste et ne cesse de répéter, lorsque j'essaye de le rassurer : « J'ai vécu sur les montagnes et je sais bien que les tempêtes d'automne durent longtemps ». Rien ne peut faire démordre le bonhomme de son idée fixe.

Le lendemain matin le vent a molli et nous pouvons poursuivre notre route. Avant de sortir de la (ente, il faut déblayer la couche de neige qui l'ensevelit presque jusqu'au sommet. Les traîneaux sont également enfouis sous des monceaux de névé. Les préparatifs du départ sont assez longs et le traînage particulièrement pénible.

Le journal de Ballo contient le passage suivant, qu'il me paraît intéressant de reproduire ici :

« Le temps est affreux, écrit-il. Pendant toute la journée, tourmente et chasse-neige. Nous n'en continuons pas moins la marche jusqu'au

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soir. Au début le vent souffle du nord (Ballo commet ici une erreur, l;i tempête venait alors du sud), bientôt il saule à l'est. Le lendemain matin, après avoir bu le café, un homme veut sortir; à peine a-t-il ouvert la porte de la tente, qu'il rentre bien vite. Un vent terrible empêche pour ainsi dire de marcher.

« Je prends alors un vêlement, m'en enveloppe la tête en ne laissant qu'un petit jour pour les yeux, et me hasarde dehors. Je cherche en vain les traîneaux, ils sont tout enfouis sous la neige. Lorsque je veux retourner dans la tente, impossible de retrouver mon chemin ; je ne vois rien à quelques pas devant moi et dois me guider sur les cris de mes compagnons. La tente est à moitié enterrée sous d'épais monceaux déneige. Le lendemain le temps était beau. Avant de nous mettre en marche il fallut travailler longtemps pour arriver à dégager nos bagages. »

Durant celle partie du voyage notre vie est très monotone; aucun incident particulier h signaler.

Très peu agréable est la fonction de cuisinier : celui qui a cette charge doit se lever une heure avant les autres. Nous nous réveillons la tête couverte de glace et de givre, produit de la congélation de la vapeur d'eau contenue dans l'haleine. Une fois hors. du « lit», on se trouve dans une pièce où la température est d'environ 40 degrés au-dessous de zéro, et où tous les murs, excepté celui exposé au vent, sont couverts de givre. Maintenant il s'agit d'allumer le réchaud. La manipulation d'un objet en métal par une pareille température n'est ni agréable ni aisée; il est non moins difficile de remplir la lampe et d'arranger les mèches. Pour qu'elles brûlent, il est nécessaire qu'elles soient convenablement imbibées d'alcool, et dans ces préparatifs il vous coule de l'esprit-de-vin sur les doigts : par un pareil froid, vous risquez ainsi de vous faire de graves brûlures. Afin que les mèches fussent toujours sèches, j'avais l'habitude de les porter dans la poche de mon pantalon.

Lorsque la lampe est allumée, il faut surveiller la flamme et l'empêcher de monter trop haut. Sans cette précaution, le réservoir s'échaufferait rapidement et pourrait faire explosion. Nous évitons un tel accident en jetant de la neige sur la lampe. D'autre part, la flamme doit cependant être assez ardente, afin que la cuisson ne soit

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