TEMPÊTE DANS L'INTÉRIEUR DU GRÔ.VLAND
Le soir, avec cet ouragan, jugez s'il esl facile de dresser la tente! Plusieurs d'entre nous, qui le matin ne s'étaient pas très chaudement vêtus, doivent se déshabiller pour prendre sur eux tous les vêtements; je vous laisse à penser si par un temps pareil celte toilette esl agréable! En me livrant à celle opération, j'ai la main gauche à moitié gelée et c'est avec les plus grandes peines que je réussis à boutonner mes vêtements. Chassées par le Tent, de fines
l,E SOCTER DANS LA TENTE. DESSIN I> E. NIEI.SEN".
particules pénètrent par tous les interstices des habits; nous avons la sensation de marcher nus au milieu de l'ouragan.
En dépit de la tempête, la tente est dressée. La neige tombe dans notre abri en (elle quantité qu'il est impossible d'allumer la lampe : il faut se contenter d'un souper froid, composé de biscuit, de pàlé de foie et de pemmican. Nous nous enfouissons dans nos sacs de couchage pour manger; aussitôt après, nous nous endormons profondément pendant que la tourmente fait rage au dehors. L'étape de la journée avait été longue : nous l'estimions à environ 45 kilomètres (en réalité nous n'en avions parcouru que 28).
Toute la nuit, ouragan; le veut moule vers l'est. Le lendeinair
7 septembre, je suis réveillé par un bruit insolite, produit par une des cordes de la tente, secouée par le vent. Le vent souffle avec une violence extraordinaire, à chaque moment je m'attends à voir notre abri enlevé et mis en pièces. Avec quelques sacs je consolide le côté exposé à la tempête; cela est bien insuffisant : d'un moment à l'antre cette partie de la tente peut céder. Que ferons-nous si celte catastrophe se produit? Pour le moment, le mieux est de se blottir au chaud dans les sacs.
Espérons que le vent tombera : en attendant le calme, j'allume la lampe et prépare le déjeuner.
La tempête diminue; nous songeons alors à nous mettre en roule. Nous nous habillons en conséquence et préparons le gréemcnl du traîneau. Ballo, qui est le premier prêt, sort de la lente, ce qui, soit dit en passant, n'est pas précisément facile, à cause des monceaux de neige accumulés parle vent contre la porte. Il n'est pas longtemps dehors; quelques secondes après être parti, il rentre tout blanc. c< Pour aujourd'hui c'est impossihle », nous dit-il dès qu'il peut parler. Je passe à mon tour la tête hors de notre abri : « Oui, Balto a raison ». Les tourbillons de neige fument au-dessus de l'inlandsis comme l'embrun chassé par une grosse tempête sur la mer.
On consolide la lente, puis on va chercher des vivres dans les traîneaux, avant qu'ils soient ensevelis profondément sous la neige. Chargés d'aller aux provisions, Dalto et Kristiansen s'habillent chaudement, en ayant soin de fermer toutes les ouvertures des vêtements pouvant donner passage à la neige. A peine l'un d'eux a-t-il fait quelques pas qu'il disparait dans des tourbillons. Les traîneaux sont recouverts d'une couche épaisse et ce n'est pas une petite besogne de les dégager.
Kristiansen s'occupe ensuite d'assujettir la lente à l'aide de cordes. Pendant qu'il se livre à ce travail, le vent devient encore [dus violent : pour ne pas être enlevé, notre compagnon doit s'accroupir. \ l'intérieur nous soutenons par ^]i~< ski le coté de la lente battu par la tempête, el consolidons le bâton de faîtage: grâce à ces précautions, nous sommes relativement en sécurité. Nous bouchons ensuite tous les interstices el toutes les ouvertures; néanmoins peu à peu des monceaux de neige s'amassent dans notre intérieur. I ne épaisse