LES MEMBRES DE 1. EXPEDITION ES KAYAKS DANS LK PORT DE GODTHAAB
(D'ArRÈS USE PHOTOGRAPHIE DE >!. C. RVUERC.)
lui montrer que les deux exercices ne se ressemblent guère, mais ce fut peine perdue. Un kayak fut apporté, et Balto s'y glissa avec un air d'assurance hautaine. Mais, aussitôt l'embarcation à l'eau, sa mine changea; le bonhomme donne quelques coups de rame, et patatras le kayak se retourne la quille en l'air. Heureusement l'eau était peu profonde el Balto eu lui quitte pour un bain froid: de longtemps il ne recommença pas l'expérience.
Dietrichson se lit également construire un kayak et devint bientôt un fort habile kayakman. Témoins de nos succès, Kristiansen et Balto ne voulurent pas rester en arrière, et eux aussi voulurent avoir
ôlifi A TRAVERS LE GRÔNLA1VD.
leur embarcation. Ils se mirent au travail, aidés par quelques Groniandais el Grônlandaises. Le payement de ees ouvrières consiste, soit dit en passant, en rations de café, dont le nombre varie d'après la fortune du kayakman. Pour un pareil travail, les pauvres ne pavent souvent que 55 centimes. Balto fui plus prudent la seconde fois qu'il se hasarda en kayak. Il n'eut garde d'attacher des flotteurs à son embarcation et put ainsi éviter tout accident. Kristiansen se montra au contraire téméraire : le premier jour il se risqua en pleine uni -au-- l'aide d'aucun flotteur et se tira merveilleusement d'affaires.
Peu à peu tous les membres île l'expédition devinrent des kayak-
KfhlMO EN KAÏAK. M:*>IX D*A. ELOCII.)
men.à l'exception, bien entendu, du vieux Ravna, et au printemps nous passions souvent nos journées à chasser les oiseaux dans ces embarcations.
En hiver, les phoques sont rares sur la côte occidentale du Gronland. et la chasse de cet animal n'est guère rémunératrice à celte époque de l'année. Nous poursuivîmes surtout les oiseaux, principalement les eiders. Au commencement de l'hiver ces palmipèdes passent en bandes plus ou moins nombreuses le long des rives des fjords. Embusqué derrière un promontoire, il est alors facile d'en tuer un certain nombre au passage. Dans cette chasse les Eskimos font preuve d'une merveilleuse adresse : à chaque coup ils abattent l'oiseau qu'ils visent, el manient leur embarcation avec une dextérité étonnante.
NOËL A GODTHAAB.
Un mois avant Noël commencent les préparatifs de la fête. Les femmes sonl affairées à la confection de vêtements neufs, toutes préparent îles kamikkes, des pantalons finement brodés pour le grand jour. Dans chaque famille, du petit au grand, on travaille en vue de la fêle. Comme dans tous les pays de la terre, les Gronlandaises polinenl entre elles de leurs chiffons. Dans son vêlement de fête, la Gronlandaise a un air de coquette élégance absolument étonnant; à côté d'elle, les Européens paraissent empruntés, et, dans bien des cas, une comparaison entre les beautés
GODTHAAB. (b'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE DE M. C. RYAERG.J
de nos pays et celles du Grônland ne tournerait pas à l'avantage des premières.
En même temps on fait des provisions pour pouvoir se régaler le jour de Noél. A cette époque, les Gronlandais économisent autant qu'un Eskimo peut le faire, et, pour se procurer quelque argent, ne reculent même pas à vendre quelques-uns de leurs effets ou de leurs engins. Ils achètent principalement du café, boisson pour laquelle ils ont un goût tout particulier, et pendant la fête ils en absorbent des quantités absolument extraordinaires. Celte fêle religieuse devient une source de ruine pour les pères de famille et pour tous l'origine d'indispositions.
Chez le directeur de la colonie, les préparatifs n'étaient pas moins grands. Longtemps avant la Noël, Sverdrup, Dietrichson et notre
aimable hôtesse furent occupés à orner la pièce où devait avoir lieu la fête; de son côté, le directeur était affairé à préparer l'arbre.
Axant la fête, les Grônlandais dous donnèrent une nouvelle preuve de leur ingéniosité par les différents objets qu'ils fabriquèrent en vue de la solennité. Les femmes exécutaient, par exemple, de fines broderies, et les hommes de curieux objets sculptés en os, en pierre ou en bois. Ils savent modeler très adroitement; les figurines reproduite ci-dessous donnent une excellente idée de la sculpture indi-
Enlin arriva le
:ranu joui'.
Toute la matinée fut consacrée à . - ' ' ' -■•
SCULPTURES CBÔNLASDMSES (gOBTUAAb). (iiCîSIN d'à. BLOC1I, d'«PBKS NAIlItt.)
préparer l'arbre, puisa deux heures eut lieu une grande cérémonie religieuse. Après, tous les enfants indigènes se rendirent chez le directeur de la colonie pour recevoir leur cadeau, consistant en paquets de figues; nous eûmes ensuite la visite de tous ces marmots et chacun de nous leur fit également pareil présent. A cinq heures de l'après-midi, ôouvelle cérémonie religieuse accompagnée de musique. Un chœur formé de Grônlandais et de Grônlandaises exécuta une série de chants avec une expression profonde.
Le soir, il y eut grand dîner chez le directeur de la colonie, et après la cérémonie la distribution des cadeaux.
Le lendemain malin je fus réveillé entre six et sept heures du matin par un chœur d'enfants qui venaient ainsi me souhaiter le
NOEI, A GODTHAÀB.
bonjour. Les indigènes avaient passé loule la nuil à chanler, el
avaient attendu la matinée pour se faire entendre des Européens.
De ma vie je n'ai eu un réveil aussi poétique ; peu à peu les
chants s'éloignèrent, el je me rendormis avec l'illusion d'avoir eu
En descendant le malin à la cuisine, je trouvai lîalto en grande conversation avec les lionnes. Les Grônlandais célébraient la Noël fort à son goût. Toute la nuit noire camarade avait été debout et s'était promené de maison en maison. Il n'était pas dix heures du malin et le bonhomme avait déjà avalé vingt-
ile thé. Jamais l'ami n'avait été à pareille fête.
Dans l'après-midi, tous les Grônlandais, hommes el femmes, viennent souhaiter aux . Européens un heureux Noél ; à ces vœux j-,on répond simplement par le mol wdltllu moi aussi). Une cérémonie assez en n u ye u se epic ce défilé de cent cinquante personnes.
À trois heures de l'après-midi, les notables de la colonie, c'est-à-dire les catéchistes, l'imprimeur, les employés du gouvernement et les harponneurs, furent invités à prendre le café avec leurs femmes chez le directeur de la colonie. Ils vinrent revêtus de leurs plus beaux babils, se présentèrent avec aisance et se rangèrent en ligne le long des murs. Bientôt l'entrain devint général. Un Grônlandais qui avait séjourné en Danemark voulut montrer à ses compatriotes les manières du grand monde el alla offrir son bras à une des beautés de la société, niais celle-ci, ne comprenant pas la politesse, refusa de se laisser ainsi conduire à la salle à manger. Le bonhomme vint alors se plaindre à moi de l'infériorité de ses congénères qui étaient incapables de suivre les usages du inonde. Le sire avait
UV FUTUR CHASSI'Xît. li\l!ll> l\l l'Uni 'ni.it U'IIIF lli: M. ■:. UYBEUG.J
du reste lui plus que de raison. Celai t un des raies Grônlandais auxquels le gouvernement danois accorde le droit de boire de l'eaude-vie les jours de fêle, et il avait abusé de celle permission.
Le troisième jour oui lieu à l'hôpital un grand festin donné par le directeur aux employés indigènes el aux: meilleurs chasseurs de la colonie. Le menu consistait en légumes, lard, viande de renne salée et mendiants; à chaque assistant fut offert ensuite un petit verre d'eau-de-vie, du punch, du café el des cigares. Chacun arrive à la salle du feslin muni d'une assiette, d'une tasse, d'une cuiller et d'un bol. Toul ce qui leur reste de leur ration, les convives l'emportent, pour permettre à leur famille d'apprécier la cuisine européenne.
Le soir la fêle se termina par un bal.
JEO.NE I,I1Ï«UMJI1; lit CODTIIA.1B. (d'àPAÈS CNL I IIOTUURAI'IIIL DE M. C. RÏBEBC.
l'M-, HUTTE GRÔ.VL.VND.MSB EN HIVER. (DESSIN DE W. N.VXSES.)