‹ A travers le Maroc; notes et croquis d'un artisteChapitre 23 sur 23 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

J'ai accompli co charmant voyage, avec d'aimables compagnons : Ingram, do 1' « Illnstratcd London News <>. A. Forestier, mon collègue; W.-B. llarris, un ce globe ti'otter » mâtiné d'un iillérateur à velléités artistiques; Marshall, un sympathique « well to do » ; Carllon, malheureusement tombé malade dès le début de l'expédition; et j'ai à remercier nos hôtes d(> Fez, à qui nous sommes redevables d'une hospitalité si affable.

J'ai noté les accents hardis de la corne phénoménale d'Uarris ; je lui ai fait chasser un lion fantastique et supposé des prétentions aussi déshonnètes que problématiques au parasol du sultan du Maghreb.

Ceci a été pour me venger de ce que, dans un livre fort spirituel sur le Maroc («), il a, très irrévérencieusement, laissé entrevoir que Tartarin, au lieu d'être de Tarascon, pourrait bien venir de la Bourgogne, mon pays natal, et mis le comble à cette allusion entièrement gratuite, je vous pi'ie de le croire, en décrivant un combat homérique que j'aurais livré à certain lièvre farouche, au cou orné d'une faveur de soie rose, la terreur des environs, la Tarasque bourguignonne.

J'ai à faire amende honorable à Ingi'am, pour avoir, déçu par de trompeuses apparences, annoncé prématurément le trépas de V « lUustrated London News », ce réceptacle complaisant, depuis un quart de siècle, de toutes les élucubrations de mon crayon.

Croyant perdu à jamais ce célèbre journal, mordu par le veau d'or de la réclame, contaminé par l'infection photographique, cette sorte de pourriture d'hôpital qui ronge tous ses pareils, j'ai pris le deuil, chanté son «De Profundis », et fait dire des messes à son intention, racontant

(il) The Laiid o/' an African SiMan, par Waller B. Harris. F. R. G. S. (.M-Aïssoui), édité pai' Sampson Low, Mai'sloii et C'", à Londres.

sur un rythme plainlii' la tlouli'ur (ringrani. le « crack » du " leader » des journaux à dessins, sinistré avec ses congénères dans le chaos des positives et des négatives.

Oiseau de mauvais augure, je m'étais, Allah en soil loué! ti'ompé dans mes prévisions pessimistes : le vieux lutteur, Ihonorable ancêtre des feuilles illustrées, a les reins encore solides, ses coffres regorgent, et Ingram eu liesse se baigne dans les flots d'or de ce Pactole.

Il faut vraiment que ce vétéran hebdomadaire ait lame chevillée dans le corps, car, non seulement il a supporté sans broncher cette mortelle injection sous-cutanée de collodion, mais il semble à peine s'en ressentir, et, sous I (j'il IViilniicl du » Penny Illustrated Paper », il s'épanouit plantureuseuienl entre ses deux cadets, le « Sketch d et r c< English Illustrated Magazine ». auprès du ■■ Lady's Pictorial », sa sœur élégante et coquelle.

Est-ce le résultat d'une iiioculalion préalable de Pasteur, laquelle aurail neutralisé les funestes ell'ets du virus? Serait-ce. au contraire, ce redoutable mieux qui ]U'écr'de l'agonie?... J'aime mioix croire à l'efficacité du « bouillon >i administré par l'illustre savant.

J'ai bien vilainement taquiné Marshall sur sa voix d'or, sur son timbre d'archange. C'est uniquement par jalousie de ne pas posséder un organe aussi délicat que le sien ; par dépit de ne pouvoir, malgré mes efTorts répétés, hier des sons aussi parfaits que ceux qui s'échappaient, aériens, de son gosier de rossignol.

Je me suis bien gardé, dans ce livre, de malmener Forestier. Si je l'eusse fait, l'irascible fils de la Calabre... normande m'eut certainement fait assassiner au coin d'un bois. Comme je le tiens en haute estime et ne lui veux que du bien, la lâche m'a éli' aisée, et j'ai pu échapper à cette vendetta en perspective.

Ou me saura gré, je n'eu doule pas. d'avoir payé à nos hôtes de Fez le tribut de reconnaissance (|ue je leur devais, tellement il est d'habitude de se hâter d'oublier le service rendu, et de médire de ceux qui vous obligent.

J'ai déploré la maladie de Cariluii. qui nous a jirivés d'un excellent garçon et d'un guide inappréciable.

J'ai plaint le pauvre Brooks, qui. dans toutes ses tribulalioiis, n'a jamais songé à le faire.

J'ai constaté la justesse du tir d'Antonio, le pourvoyeur attitré de notre garde-manger, moins par admiration pour son adresse que par reconnaissance de l'estomac.

Si j'ai dessiné les lignes macabres de la tète de notre chère vieille

KI'Il.OflLR 319

caiiailk' ilo kuïd, cl nie suis L'ieudu sur ses uiéiilcs variés, c'csl pour que les personnes de goûts tranquilles, (|iii pr(''f(''rcnt ôtre volées par des gens de connaissance plutùl ([iic ynr des inconnus, puissent le reconnaître au portrait quej"en ;ii t';iil, ci lui coulier le uiMuieuieul de leurs fonds de voyage.

Quant à nos muletiers, ce sou! de liia\es srivilcurs, i|ue je i-ecouimande, en bloc, eux et leui's hèles (les liarnaciicnieuts exceptés), h tous ceux qui auraient des velléités d'aller présenler leurs devoirs au sullaii du Maghreb-el-Acksa.

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