‹ A travers le monde romainChapitre 30 sur 30 · DE L AFRIQUE DU NORD · texte numérisé non relu

DE L AFRIQUE DU NORD

jours, il aurait porté le grand cordon delà Légion d'honneur à toutes les cérémonies.

Il se fit ensevelir sur le sommet d^une colline élevée de 260 mètres, dans un tombeau cylindrique, large de 64 mètres et haut de 33 mètres, le plusmajestueuxde ceux que l'Algérie nous aconservés;on le nommeaujourd'hui« le tombeau de la Chrétienne »;il s'aperçoit de tous les côtés de la Mitidja, des montagnes qui la bordent, de la mer.Jubaa voulu afficher sa royauté jusque dans la mort.

Sous l'impulsion de ce chef plus romain que numide, plus grec que romain, les Gétules et les Maures, ces bêtes sauvages des déserts africains, s'étaient peu à peu civilisés. Son successeur, Ptolémée, suivit son exemple et compléta leur éducation; et ainsi, deux règnes successifs de princes mariésàdes Romaines et aussi un certain nombre de colonies, civiles ou militaires, formées de Latins ou d'Italiens, avaient infiltré peu à peu dans le pays la langue, les usages, les vertus et mêmes les vices du peuple conquérant. 11 était mûr pour l'annexion. Les Romains pouvaient être assurés. maintenant que les profits qu'ils en tireraient seraient supérieurs aux dépenses.

Ptolémée est appelé à Rome-, au lieu derester au second plan, comme il convient à un protégé de l'empereur, surtout quand cet empereur est Caligula, il a l'imprudence d'afficher unluxe

insolent : son burnous de pourpre fait pâlir le manteau impérial. Par ordre de son protecteur il est étranglé. Les Maurétanies sont réunies à 1' [empire. Depuis les rives de T Atlantique jusqu'à la Grande Syrte, toute TAfrique du Nord était enfin terre romaine.

Rome avait donc mis plus de deux siècles à se décider. « Deux cent quarante-deux ans lui avait paru nécessaires pour opérer la fusion des peuples, pour cimenter leur union, pour bâtir le durable édifice de sa domination en Afrique. » Et pourtant elle ne se heurtait pas au fanatisme religieux, qui fut et est, pour nous, un des facteurs les plus puissants de la résistance arabe; elle n'avait à compter avec aucune nation rivale ; nulle puissance ennemie ou même amie ne se dressait en face d'elle pour lui chicaner le droit de conquête, s'opposer à ses ambitions, limiter son extension. C'est elle-même qui sut borner ses désirs et modérer ses appétits. Sa politique fut avant tout une politique de pénétration pacifique ; elle n'entendait s'établir que dans les régions déjà gagnées à son influence. Carthage prise, les Numides vaincus, elle se garda bien de se substituer subitement à ses victimes ; elle s'installa modestement dans un coin du pays, celui qui forme comme le prolongement de la Sicile et où ses vaisseaux pouvaient aborder librement ; de là, elle surveillait €l dirigeait les rois indigènes, qu'elle choisis-

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sait comme pionniers de sa civilisation ; elle envoyait en avant-garde ses vétérans et ses commerçants qui se mêlaient aux naturels et les familiarisaient avec ses mœurs. Point de témérités, point d^imprudences, point de forces éparpillées, ni d'argent gaspillé, ni de sang italien inutilement répandu. Et le jour où le fruit lui semblait mûr, mais ce jour-là seulement, elle le cueillait, sans hésitation cette fois et aux moindres risques.

Telle n'a point été notre méthode; nous avons brûlé les étapes, nous avons franchi en moins de quatre-vingts ans le chemin que Rome avait mis trois fois autant de temps à parcourir ; et cela, malgré nos divisions intérieures, malgré les jalousies de l'étranger, peut-être à cause de ces jalousies mêmes et pour les mettre en présence de faits accomplis. Les historiens de l'avenir diront si nous pouvions agir autrement. Ce qu'on ne saurait nier, c'est que, quelques fautes que l'on puisse nous reprocher, notre œuvre est actuellement comparable à celle des Romains, aussi riche en brillants faits d'armes, aussi féconde en résultats et pour la prospérité du pays et pour la cause de la civilisation. A nous de faire en sorte que, dans l'avenir, les caprices de la politique et le mépris de l'intérêt général en faveur des intérêts particuliers ne viennent pas compromettre des résultats si honorables et qu'on puisse dire de nous ce qu'un poète a écrit

de Rome : « De nations différentes tu as formé une même patrie. C'est pour leur bien que, brisant leur résistance, tu les as soumises à ta domination. »

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