‹ A travers le Turkestan russe (volume 2)Chapitre 40 sur 104 · UN TCHAÏ-KHANE DE L AVENUE DE TACHKENT · texte numérisé non relu

UN TCHAÏ-KHANE DE L AVENUE DE TACHKENT

A partir du pont commence la ville indigène ; les boutiques, les débits de thé se succèdent presque sans interruption, le long d'une légère montée, jusqu'au bassin qui précède immédiatement le Réghistan.

On est ici au cœur même du « vieux Samarkand », au centre de tous les bazars, et au milieu du mouvement le plus intense de la population, mouvement qui bat son plein chaque mercredi et surtout chaque dimanche, jour de bazar par excellence. C'est alors que se traitent les affaires les plus importantes entre indigènes et qu'afflue de tous les kichlak des environs le plus grand nombre de Musulmans.

Je vivrais cent ans que je garderais toujours le souvenir extraordinaire que m'a laissé la première vision du Réghistan, avec ses médressés et son encombrement multicolore, le jour même de mon arrivée à Samarkand

GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND

LE REGHISTAN.

— un dimanche froid de janvier — alors que le Colonel Levchine m'emmena avec lui à travers la ville, au cours de sa tournée habituelle.

Au galop endiablé des chevaux du léger phaéton, nous filions au milieu de la foule asiate qui se rangeait immobile de chaque côté de la chaussée, parmi des piétons et des cavaliers que les agents échelonnés faisaient écarter de leur mieux. Sur tout le parcours, les Sartes, les mains réunies sur la poitrine, se courbaient et se prosternaient les uns après les autres; et j'aurais pu me croire un souverain oriental, passant devant ses sujets, si je n'avais su que ces humbles salutations s'adressaient uniquement à mon aimable compagnon.

Ce fut ainsi un aperçu rapide du Réghistan rempli de boutiques volantes et de Musulmans ; des portiques et des minarets, rutilants de faïences étincelantes, qui miroitaient au soleil. Ce fut, plus loin, le premier coup d'œil sur les majestueuses murailles de Biby-Khanim, sur la multitude innombrable qui grouillait à l'entour ; puis, plus loin encore, la vue merveilleuse qui domine le plateau d'Afrâsiâb et les pentes de sable occupées par les mosquées de Châh-Zindé.

L'impression que je ressentis de cette succession de spectacles féeriques fut si forte que je pus à peine proférer une parole, pris tout entier par une émotion extraordinaire, que ne devinait pas mon compagnon, blasé depuis longtemps sans doute sur tant de splendeurs. Que de fois encore j'ai revu ces monuments scintillants, cette foule bigarrée, sans jamais me lasser de les regarder ! . . .

CHANGEURS DU REGHISTAN.

Le Réghistan est véritablement un des endroits les plus étonnants du monde. Sans être très grande, cette place a de belles proportions, bien en harmonie avec les façades des médressés qui bordent trois de ses côtés à angle droit ; le quatrième côté est limité par une rangée d'échoppes et de petites barrières de bois, que franchissent seuls les piétons.

Comme la place de San Marco à Venise, et dallé comme elle, le Réghistan sert de rendez-vous et de promenoir à tous les flâneurs. De petits marchands de toutes sortes y établissent leurs étalages volants à côté des vendeurs de melons et des restaurateurs populaires, à côté des barbiers et des changeurs (36). Les conteurs d'histoires, les escamoteurs, les joueurs de guitare, etc., y attirent la foule, les jours de bazar, tandis que, sur la terrasse du grand portail du médressé de Chir-Dar, des auditeurs sartes

GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND

RESTAURATEURS DU REGHISTAN.

forment cercle autour des moullah et des philosophes ambulants qui pérorent ou qui lisent à haute voix.

Les deux médressés qui se font face — Ouloug-Beg et Chir-Dar — ont été conçus sur un plan à peu près analogue.

Au centre de chacune de leurs larges façades se dresse le haut fronton carré habituel à toutes les grandes mosquées de ces régions, et qui s'appelle pich-thâq. Chacun de ces frontons, dans lequel se découpe une vaste arche ogivale servant de portail, est flanqué de deux minarets bien conservés. Outre ces minarets le médressé de droite comporte deux dômes à coupoles, placés en retrait de l'alignement de la façade. Leurs calottes se voûtent en épaisses cannelures comme celle du

dôme du Goûr-i-Mir.

Au-dessous régnent également de grandes inscriptions de faïences.

Les minarets, dont la hauteur correspond à peu près à la partie supérieure des pich-thâq, présentent tous une particularité qui ne semble pas avoir reçu encore son explication définitive.

un chanteur et son auditoire. Ils sont inclinés assez for-

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