‹ A travers le Turkestan russe (volume 2)Chapitre 39 sur 104 · LES MÉDRESSÉS DU RÉGHISTAN · texte numérisé non relu

LES MÉDRESSÉS DU RÉGHISTAN

Les larges frontons des trois médressés du Réghistan et les hautes colonnes de leurs minarets sont visibles de tous côtés; soit que, venant du nord, on les aperçoive de la colline à laquelle est adossée la nécropole de Châh-Zindé; soit que l'on porte ses regards vers la ville indigène, en se plaçant sur un point du plateau de la citadelle située à mi-chemin entre le vieux Samarkand et la ville russe ; soit qu'enfin on s'avance sous les ombrages des avenues de la ville russe, en se dirigeant vers la place du Réghistan.

Sur le coin de ciel bleu, encadré par les branches inclinées des grands arbres, les médressés profilent alors, comme un féerique décor de fond, leurs lointaines façades roses.

Plus rapprochées, leurs masses compactes se dressent aussi au bout de cette avenue de Tachkent, déjà citée, qui mène au Réghistan et qui, vers le milieu de son parcours de deux kilomètres, franchit, sur un pont, un ravin dont la courbe descend à gauche en large fossé, creusé entre la

citadelle russe et la ville indigène.

La citadelle occupe le même emplacement que celle qui existait aux temps d'Alexandre (34) et que celle qui fut depuis la forteresse musulmane.

C'est ici qu'en 1868, peu de semaines après l'entrée des Russes à Samarkand , une poignée l'avenue de tachkent, a Samarkand. de soldats se défendit hé-

PERSPECTIVE DES MEDRESSES DU REGHISTAN.

roïquement contre les indigènes qui avaient trahi la foi du traité, tandis que le général Kauffmann livrait bataille, à mi-chemin de Boukhara, aux troupes de l'Émir.

Les assiégés furent secourus à temps par le gros de l'armée russe, et les insurgés châtiés de manière exemplaire. Pendant trois jours, la ville indigène fut livrée à la merci des soldats ; on détruisit tous les quartiers des bazars jusqu'aux abords de la forteresse elle-même. Et c'est ainsi que les habitants de Samarkand doivent à leur mauvaise foi l'anéantissement de la plus grande partie de leur vieille ville.

Il va sans dire que, depuis cet événement, la citadelle a été remaniée et transformée de façon à répondre à tous les besoins de la défense moderne. Elle ne présenterait donc qu'un intérêt très relatif si on

GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND

ne pouvait y voir une curiosité historique : le kok-tach, qui fut le trône de Tamerlan.

C'est un énorme monolithe, couvert d'ornements, et pour lequel les Musulmans de l'Asie Centrale ont une profonde vénération ; car, s'il a vu couler à sa base le sang de bien des prétendants illégitimes, il a toujours servi au couronnement des descendants directs de Timour, ainsi qu'à celui de tous les Émirs de Boukhara, depuis l'époque où Samarkand entra en leur pouvoir (35).

Seul l'Émir actuel ne s'est pas assis sur la pierre de ses ancêtres, puisque son avènement est postérieur à la conquête russe. Cependant, afin de lui procurer une satisfaction relative, on l'autorisa à envoyer à Samarkand un coussin qui fut posé sur le kok-tach et reporté ensuite à Boukhara, après avoir tout au moins bénéficié d'un attouchement avec le trône de Tamerlan.

Ce kok-tach était placé autrefois dans un magnifique palais, construit au même endroit par Timour et appelé kok-saraï ou « palais vert ». Le mot de kok-tach signifie d'ailleurs « pierre verte ».

Naguère encore on pouvait, en parcourant l'avenue de Tachkent, apercevoir, — à défaut du « palais vert » depuis longtemps disparu, —

les talus jaunâtres et les bâtiments de briques de la citadelle ; maintenant, au contraire, le nombre des petits magasins qui bordent les deux côtés de l'avenue augmente de jour en jour, cachant aux yeux du promeneur la citadelle, avec ses remparts, et même l'horizon des montagnes.

Page 1