UN BATCHA DE SAMARKAND
y reçoit de nombreuses visites. Bien souvent je me suis rendu dans cette tente, allant de là regarder les courses, ou circulant au milieu de la foule en fête. J'y étais généralement le seul Européen.
A la fin de la journée, commençaient les danses exécutées par les batcha (75)} ces jeunes garçons qui, dans un pays où les femmes ne dansent jamais en public ("6), remplacent les aimées ou les bayadères d'autres contrées.
GRANDES FETES MUSULMANES
La plupart des villes du Turkestan, de simples bourgades et même des villages possèdent leurs troupes de batcha, et il n'est pas de réjouissances privées ou publiques, il n'est pas de fêtes organisées en l'honneur d'étrangers qui puissent se passer de danses.
Les batcha ont en moyenne de huit à seize ans ; quand leur barbe commence à pousser, ils quittent leur profession « artistique » pour embrasser une autre profession quelconque, à moins qu'ils ne restent chanteurs et musiciens. Souvent ils sont déjà mariés à ce moment.
Leur métier étant assez lucratif, ils portent en général de riches costumes. A cela près, ils ressemblent à tous les garçons de leur âge et, comme tout le monde, ils sont coiffés du turban ; ils ne le déroulent qu'au moment de commencer la danse, et en faisant tomber alors, sur leurs épaules, leurs longs cheveux de fille.
Leurs exercices, toujours accompagnés de musique et de chants, sont un mélange de danses féminines et de fantaisies acrobatiques, au cours desquelles ils fixent volontiers sur leur front, et sans les laisser choir, les pièces de monnaie qu'ils quémandent des assistants.
S'il est extrêmement curieux d'assister une ou deux fois à ces exercices, on s'en lasse dans la suite, car ils ne présentent pas de grandes variantes, et
UN TCHAl-KHANE A AFRASIAB.
LES DANSES DES BATCHA PENDANT LE SALI-NAOU A AFRASIAB.
ne sauraient enthousiasmer les Européens au même titre que les Asiates.
A Samarkand, pendant le Sâli-Naou, les danses des batcha prennent un caractère de réjouissances publiques et gratuites. Le spectacle en est d'autant plus curieux qu'il diffère de celui des danses que l'on peut voir chez un particulier, dans un appartement ou dans la cour d'une maison.
Chacune des journées de la semaine du Sâli-Naou se termine par un divertissement de ce genre, et par des feux d'artifice.
La police fait évacuer la partie centrale des deux avenues, et la foule se trouve ainsi rangée et accroupie le long des tchaï-khané et des boutiques, l'espace devenu libre formant une double arène à angle droit, dont la tente de l'Aksakal occupe le milieu. Une dizaine de batcha, choisis parmi les meilleurs de la ville, et répartis en trois groupes, se postent au centre et aux
GRANDES FETES MUSULMANES
deux extrémités de l'arène. Les orchestres musulmans commencent leur musique monotone de tambours et de clarinettes, et les batcha, à tour de rôle ou conjointement, pirouettent dans l'arène, leurs cheveux épars et leurs brillants khalat s'étalant horizontalement autour d'eux.
La foule, passive, admire le spectacle comme en extase. Elle ne souligne par des murmures que son mécontentement, quand un des batcha ne lui semble pas mériter le silence de son approbation.
De temps à autre, les danseurs rentrent dans le rang et se livrent avec les musiciens à des mélopées nasillardes, dépourvues de charme pour nos oreilles occidentales (77).
La nuit venue, commencent les feux d'artifice, et c'est alors, pendant plus d'une heure, un enthousiasme aussi extraordinaire qu'inattendu. Par groupes éparpillés au milieu de la foule, des Sartes, arrivés en bandes distinctes de divers quartiers de Samarkand, lancent tour à tour leurs raquettes et leurs fusées, tandis que les clameurs et les applaudissements des specta-
LA TENTE DU STARCHII-AKSAKAL DE SAMARKAND, A AFRASIAB.