US MENDIANT ACCROUPI
GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND
On a fait au farouche conquérant un crime de ses hécatombes de vaincus et de ses cruautés de toutes sortes.
Peut-être sont-elles bien amplifiées par la légende. En tout cas, il faut songer que si Timour a fait couler tant de sang, ses guerres et ses conquêtes ont été plus terribles et plus étendues que toutes autres. D'ailleurs, Timour se croyait destiné à dominer le monde entier, et il ne recula jamais devant aucun moyen favorable à la poursuite de ce qu'il considérait comme sa vocation .
Son humilité devant le néant de la mort, ajoutée à son amour des lettres, des arts et des sciences, montre sous un jour plus humain ce caractère que l'histoire nous a surtout fait connaître par son orgueil et sa férocité.
D'après certains auteurs, le médressé de Biby-Khanirn aurait été construit par la princesse (chinoise selon les uns, tatare selon les autres), qui fut l'épouse favorite de Tamerlan, et dont la tombe devait prendre place au
BIBY-KHANIM
centre du sanctuaire de l'immense monument.
D'autres versions, au contraire, relatent que Timour lui-même, au retour de sa campagne de l'Inde et après en avoir rapporté les plus riches trésors, aurait décidé de construire un médressé assez vaste pour que son enceinte pût contenir tous les croyants
WE LATÉRALE DE DIBV-KIIANIM.
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BIBY-KHAKIM, VU DE LA ROUTE d'aFR ASIAB.
de la capitale. Cette donnée paraît la plus vraisemblable, puisque la femme de Tamerlan a été inhumée dans un autre monument, dont les ruines existent à deux cents mètres, à l'est, et qui est encore désigné par le nom de « tombeau de la reine ».
On peut regarder le médressé de Biby-Khanim comme la plus complète expression de la science architecturale et décorative de l'époque de Tamerlan, car c'est de Chiraz. de Kachan, d lspahan, de Damas et d'endroits plus reculés encore de son empire, que le monarque convoqua les meilleurs architectes et les artisans les plus habiles. Il surveilla lui-même les progrès de la construction, tandis que les plus nobles personnages de sa cour étaient chargés par lui de conduire les caravanes innombrables organisées pour apporter de tous côtés les matériaux nécessaires. Aussi le
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médressé, conçu par Timour. devint-il le monument le plus magnifique du monde oriental.
Les fragments qui en subsistent ne peuvent donner, de nos jours, qu'une idée générale des dimensions grandioses et de la sobre splendeur de Biby- Khanim qui. plus que tout autre édifice de Samarkand, a souffert de l'action désastreuse des tremblements de terre. Ses derniers vestiges ont failli recevoir le coup de grâce au mois de novembre 1897. et il suffira d'une ou deux catastrophes du même genre pour qu'il ne reste plus une trace de ce qui fut une des merveilles de l'univers.
L'énorme portail n'est plus accessible maintenant, ayant été particulière-
ment endommagé par ce récent tremblement de terre. Son minaret de gauche, strié de bandes de faïences bleues, est encore debout ; mais celui de droite est tombé avec tout un pan de muraille dont les morceaux encombrent le passage .
Un admirable petit por-
tique de marbre qui se
LA COI* 1LT LE QUAND PORTAIL DE BtlY-KHANIM. .
trouvait à 1 inteneur de
la cour, et dont les inscriptions sculptées ont été mentionnées par M. Edouard Blanc l26>, dans son étude détaillée sur les grands monuments de Samarkand, a croulé à la même époque.
Par une porte latérale on pénètre dans la cour, qui mesure à peu près quatre-vingt-dix mètres de long sur soixante-dix mètres de large, et qui est plantée d'arbres. En entrant on aperçoit : sur la droite, le grand portail en ruines ; en face, un dôme assez bien conserve sous lequel sont amoncelées des faïences de toutes sortes ; enfin, à gauche, les restes du portail qui précède immédiatement le sanctuaire de la mosquée.
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A quelque distance en avant de ce portail, et dans l'axe central de la cour, un colossal pupitre de marbre blanc attire aussitôt l'attention. 11 était placé autrefois dans le sanctuaire même du médressé, et on prétend que la reine avait l'habitude de lire, du haut d'une fenêtre réservée, le gigantesque Coran qu'il supportait. On l'a transporté au dehors afin de le préserver, car il n'existe plus qu'une moitié de la haute coupole du sanc-
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tuaire, et l'effondrement de l'autre moitié, déjà très ébranlée, est à craindre, puisqu'il est trop tard maintenant pour sauver quoi que ce soit.
Le sanctuaire, dont les dimensions représentent un carré d'environ dix-sept mètres de côté, est barré ; aussi semblet-il plus sage de ne pas s'y aventurer.
L'ogive bardie de l'arche qui le précède, si légère malgré son énorme hauteur, est d'une majesté inexprimable. Un minaret octogone la flanque à chaque extrémité ; et à travers la large brèche du pan de mur, auquel elle s'appuie, apparaissent les superbes inscriptions en faïences émaillées qui, ici encore, comme au tombeau de Tamerlan, contournent la base du dôme au-dessous de la calotte béante de la coupole. Il faut renoncer à décrire en détail la fantaisie infinie des dessins et de la disposition des faïences qui ornent l'arche et le portail tout entier. La plume la plus éloquente serait impuissante à le faire.
A l'extérieur, les parois de droite du sanctuaire sont relativement bien conservées. On y retrouve ces mêmes bandes brillantes dont l'émail bleu se détache avec tant d'éclat sur les murailles rosées. Plus loin encore, un minaret isolé et des murailles d'enceinte indiquent les limites extrêmes du vaste emplacement assigné au médressè par son fondateur.
Certains auteurs prétendent que Biby-Khanim, en cela moins heureux que le Taj-Mahal d'Agra, ne fut jamais complètement achevé. Mais, rien que d'après les ruines du monument, on peut dire sans hésitation que l'œuvre maîtresse du règne de Tamerlan a été le joyau de l'Islam, dépassant
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de beaucoup, par 1 ampleur de ses contours et par la variété de son décor, les beautés si blanches, et pour cela assez froides, du célèbre mausolée de l'Inde musulmane.
Celui-ci a été restauré avec sollicitude et continue à être jalousement entretenu par les Anglais. Aussi faut-il déplorer qu'il ait été impossible, non seulement d'en faire autant pour Biby-Khanim, mais même de soustraire à l'anéantissement infaillible les glorieux débris de ce monument incomparable.
CHAH-ZINDÉ
Très différent des autres monuments de Samarkand, par l'irrégularité de ses détails et par l'escarpement de son site, Châh-Zindé ne représente pas une mosquée ou un mausolée, construit d'après un plan d'ensemble, mais toute une suite de sanctuaires édifiés par Tamerlan sur la pente d'une colline, où ils forment une nécropole princière, au bord d'un plateau sablonneux occupé par d'immenses cimetières.
Considérés de tout près et individuellement, ces sanctuaires sont de proportions assez restreintes; mais, dans I eloignemcnt, ils prennent une importance bien supérieure à celle de leurs dimensions réelles, et leurs coupoles se profilent sur le fond bleuté des montagnes comme les silhouettes d'une autre ville surgissant à l'horizon.