‹ A travers le Turkestan russeChapitre 31 sur 92 · tuJ'.'IIc · texte numérisé non relu

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PERSPECTIVE DES MÉDRKSSLS DU RfcGHLSTAN.

roïquement contre les indigènes qui avaient trahi la foi du traité, tandis que le général Kauffmann livrait bataille, à mi-chemin de Boukhara, aux troupes de l'Émir.

Les assiégés furent secourus à temps par le gros de l'armée russe, et les insurgés châtiés de manière exemplaire. Pendant trois jours, la ville indigène fut livrée à la merci des soldats ; on détruisit tous les quartiers des bazars jusqu'aux abords de la forteresse elle-même. Et c'est ainsi que les habitants de Samarkand doivent à leur mauvaise foi l'anéantissement de la plus grande partie de leur vieille ville.

11 va sans dire que, depuis cet événement, la citadelle a été remaniée et transformée de façon à répondre à tous les besoins de la défense moderne. Elle ne présenterait donc qu'un intérêt très relatif si on

GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND

ne pouvait y voir une curiosité historique : le kok-tach, qui fut le trône de Tamerlan.

C'est un énorme monolithe, couvert d'ornements, et pour lequel les Musulmans de l'Asie Centrale ont une profonde vénération ; car, s'il a vu couler à sa base le sang de bien des prétendants illégitimes, il a toujours servi au couronnement des descendants directs de Timour, ainsi qu'à celui de tous les Émirs de Boukhara, depuis l'époque où Samarkand entra en leur pouvoir (Wî.

Seul l'Émir actuel ne s'est pas assis sur la pierre de ses ancêtres, puisque son avènement est postérieur à la conquête russe. Cependant, afin de lui procurer une satisfaction relative, on l'autorisa à envoyer à Samarkand un coussin qui fut posé sur le kok-tach et reporté ensuite à Boukhara, après avoir tout au moins bénéficié d'un attouchement avec le trône de Tamerlan .

Ce kok-tach était placé autrefois dans un magnifique palais, construit au même endroit par Timour et appelé kok-saraï ou « palais vert ». Le mot de kok-tach signifie d'ailleurs « pierre verte ».

Naguère encore on pouvait, en parcourant l'avenue de Tachkent, apercevoir, — à défaut du « palais vert » depuis longtemps disparu, —

les talus jaunâtres et les bâtiments de briques de la citadelle ; maintenant, au contraire, le nombre des petits magasins qui bordent les deux côtés de l'avenue augmente de jour en jour, cachant aux yeux du promeneur la citadelle, avec ses remparts, et même l'horizon des le bassin du rkchistan. montagnes.

UN TCHAÏ-KIMNE DE LAVEKUE DE TACHKEHT-

A partir du pont commence la ville indigène ; les boutiques, les débits de thé se succèdent presque sans interruption, le long d une légère montée, jusqu'au bassin qui précède immédiatement le Réghistan.

On est ici au cœur môme du « vieux Samarkand », au centre de tous les bazars, et au milieu du mouvement le plus intense de la population, mouvement qui bat son plein chaque mercredi et surtout chaque dimanche, jour de bazar par excellence. C'est alors que se traitent les affaires les plus importantes entre indigènes et qu'afflue de tous les kichlak des environs le plus grand nombre de Musulmans.

Je vivrais cent ans que je garderais toujours le souvenir extraordinaire que m'a laissé la première vision du Réghistan, avec ses médressés et son encombrement multicolore, le jour même de mon arrivée à Samarkand

GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND

— un dimanche froid de janvier — alors que le Colonel Levchine m'emmena avec lui à travers la ville, au cours de sa tournée habituelle.

Au galop endiablé des chevaux du léger phaélon, nous filions au milieu de la foule asiate qui se rangeait immobile de chaque côté de

LE RÉGlllSTAN. .

la chaussée, parmi des

piétons et des cavaliers que les agents échelonnés faisaient écarter de leur mieux. Sur tout le parcours, les Sartcs, les mains réunies sur la poitrine, se courbaient et se prosternaient les uns après les autres; et j'aurais pu me croire un souverain oriental, passant devant ses sujets, si je n'avais su que ces humbles salutations s'adressaient uniquement à mon aimable compagnon.

Ce fut ainsi un aperçu rapide du Réghistan rempli de boutiques volantes et de Musulmans; des portiques et des minarets, rutilants de faïences étincelantes, qui miroitaient au soleil. Ce fut, plus loin, le premier coup d'œil sur les majestueuses murailles de Biby-Khanim, sur la multitude innombrable qui grouillait à l'cntour ; puis, plus loin encore, la vue merveilleuse qui domine le plateau d'Afràsiâb et les pentes de sable occupées par les mosquées de Châh-Zindé.

L'impression que je ressentis de cette succession de spectacles féeriques fut si forte que je pus à peine proférer une parole, pris tout entier par une émotion extraordinaire, que ne devinait pas mon compagnon, blasé depuis longtemps sans doute sur tant de splendeurs. Que de fois encore j'ai revu ces monuments scintillants, cette foule bigarrée, sans jamais me lasser de les regarder ! . . .

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CHANGEURS DU RÉGHISTAN.

Le Réghistan est véritablement un des endroits les plus étonnants du monde. Sans être très grande, cette place a de belles proportions, bien en harmonie avec les façades des médressés qui bordent trois de ses côtés à angle droit ; le quatrième côté est limité par une rangée d'échoppes et de petites barrières de bois, que franchissent seuls les piétons.

Comme la place de San Marco à Venise, et dallé comme elle, le Réghistan sert de rendez-vous et de promenoir à tous les flâneurs. De petits marchands de toutes sortes y établissent leurs étalages volants à côté des vendeurs de melons et des restaurateurs populaires, à côté des barbiers et des changeurs <3fi). Les conteurs d'histoires, les escamoteurs, les joueurs de guitare, etc., y attirent la foule, les jours de bazar, tandis que, sur la terrasse du grand portail du médressé de Chir-Dar, des auditeurs sartes

GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND

RESTAURATEURS DU RÊGHISTAN.

forment cercle autour des moullah et des philosophes ambulants qui pérorent ou qui lisent à haute voix.

Les deux médressés qui se font face — Ouloug-Beg et Chir-Dar — ont été conçus sur un plan à peu près analogue.

Au centre de chacune de leurs larges façades se dresse le haut fronton carré habituel à toutes les grandes mosquées de ces régions, et qui s'appelle pich-thdq. Chacun de ces frontons, dans lequel se découpe une vaste arche ogivale servant de portail, est flanqué de deux minarets bien conserves. Outre ces minarets le médressé de droite comporte deux dômes à coupoles, placés en retrait de l'alignement de la façade. Leurs calottes se voûtent en épaisses cannelures comme celle du

dôme du Goûr-i-Mir.

Au-dessous régnent également de grandes inscriptions de faïences.

Les minarets, dont la hauteur correspond à peu près à la partie supérieure des pich-thâq, présentent tous une particularité qui ne semble pas avoir reçu encore son explication définitive.

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