‹ A travers le Turkestan russeChapitre 88 sur 92 · LE PARC DE XAMAZ-G A · texte numérisé non relu

LE PARC DE XAMAZ-G A

occupaient les dessous des arbres, à travers le feuillage desquels se jouait la lumière matinale. Sur la large terrasse et sous les arcades de la mosquée elle-même, d'autres Sartes innombrables garnissaient les nattes, étalées à leur intention.

Sur la gauche, au premier rang, on voyait une civière recouverte de linges blancs et portée par des Sartes. Elle contenait la dépouille d un vieux Musulman, mort le matin même dans une modeste maison du quartier voisin. Depuis longtemps malade et sentant sa fin prochaine, il avait supplié Allah de lui permettre de mourir à l'aube de cette belle journée, significative pour tout Mahométan. Dieu ayant exaucé son désir, la famille du défunt, avant de le conduire à sa dernière demeure, l'avait apporté au seuil de la mosquée.

GRANDES FÊTES MUSULMANES

Quand, au cours de la prière générale qui fut suivie d'une prière spéciale pour l'âme de ce vieillard, si favorisé par la grâce du « Très-Haut », toute cette assemblée se prosterna face à terre, et que pendant quelques minutes, aucun bruit ne vint troubler le recueillement suprême, j'éprouvai un sentiment de véritable émotion, émotion que la plus belle nef de pierre ne m'aurait pas donnée plus profonde que ces voûtes de verdure ensoleillée.

En voyant abîmée dans la méditation cette foule, où se confondaient les représentants de toutes les classes sociales du pays, je ne pus m'empêcher de penser aux tristesses de l'indifférence, voire môme de l'athéisme, qui envahissent nos empires occidentaux appelés « pays civilisés », et je me demandai quels étaient les plus heureux : nous, les Chrétiens enclins à discuter et à douter, ou ces Musulmans pétris d'une foi si entière et si forte?

En voyant l'existence sobre et patriarcale de ces populations, je me demandai si nos progrès matériels sont aussi enviables que nous le pensons ; et je crois que je les estimais plus « fortunés » que nous, ces Asiates au cœur simple qui vivent pleins de respect pour les traditions de leur passé, et dont les croyances immuables se perpétueront à travers les générations à venir, aussi sûrement qu'elles ont été transmises aux générations actuelles, comme un gage de bonheur terrestre et comme une promesse de félicité future...

Je quittai le Turkestan bientôt après cette imposante assemblée du Kourban-Namaz, et je regrettai de partir.

Le cœur et l'esprit s'habituent aux vastes espaces, à une vie large et libre dans laquelle nos petites préoccupations occidentales ne tiennent plus de place, et on finit par aimer cette existence, pour l'apaisement qu'elle met dans l'âme rajeunie.

Avant de retrouver la Russie et la France, même avant de retrouver le Caucase. — dont les aspects enchanteurs devaient sembler ternes après tant de spectacles colorés et lumineux ; dont les habitants, aux allures vives et légères, ne pouvaient que surprendre après les calmes et graves

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