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OMBRAGES A DAGB1T.
Musulmans de l'Asie Centrale, — la vision de ce bel Orient s'était cependant déjà évanouie comme un rêve.
Au delà des derniers bouquets d'arbres de la Boukharic; au delà de l immcnsc nappe jaunâtre et paresseuse de l'antique Oxus; loin des futaies ombragées et des hautes montagnes couronnées de neiges, les sables se
GRANDES FÊTES MUSULMANES
succédaient en déserts lamentables jusqu'aux bords de la Caspienne, où se devinait déjà, de loin, l'agitation affairée de l'autre rive.
En route, pourtant, un voyageur sartc au khalat flamboyant venait encore faire vibrer en moi un dernier souvenir de ces oasis verdoyantes et paisibles, qui, aux origines du monde, furent peut-être le berceau de l'humanité. Au déclin des journées monotones et tristes, et pendant les haltes prolongées, il se prosternait, sans souci de ceux qui l'entouraient, au pied même des « rapides véhicules de la civilisation moderne », et il récitait, digne et recueilli, la prière du soir en dirigeant sa face vers La Mecque, c'està-dire vers « l'Occident ».
Il ne songeait pas, sans doute, dans sa candeur fataliste, qu'il se tournait alors, en même temps, vers cette Europe chrétienne, dont il est devenu tributaire, ainsi que vers ce « Grand Tsar Blanc » qui le couvre dorénavant de sa toute-puissante protection —
NOTES
Notes
Dans les notes qui suivent, de métne que dans le texte de Touvrage, Tauteur a cru drnoir considérer comme termes francisés les mots étrangers qui sont d'un usage courant.
Les mots russes ont été déclinés d'après les régies de la grammaire russe. Quant aux mots orientaux, ils sont restés invariables, par raison de simplification.
AVANT-PROPOS
(*) Les cinq provinces ou gouvernements qui forment le Gouvernement général du Turkestan contiennent, d'après le tableau de recensement établi en 1897 pour tout l'Empire de Russie — le premier qui englobe aussi l'Asie Centrale, — un ensemble de population indigène, russe et étrangère de 5 260 406 habitants.
Le Gouvernement de la Transcaspie compte 372 193 habitants et 5 ouyezdi (districts) : Krasnovodsk, Askhabad, Manghichlak, Tédjend, Merv. — Le Gouvernement de Samarkand : 857 847 habitants et 4 ouyezdi : Samarkand, Katta-Kourgan, Djizak, Khodjent. — Le Gouvernement du Syr-Daria : 1 479 848 habitants et 6 ouyezdi : Tachkent, Tchimkcnt, Aouliè-Ata, Kazalinsk, Pérovsk, Amou-Daria. — Le Gouvernement du Ferghana (le plus peuplé) : 1 560 411 habitants et 6 ouyezdi : Kokan, Marghélan, Andijan, Namangan, Och, Pamir. — Le Gouvernement de la Sémiretchié (ou « pays des sept rivières ») : 990 107 habitants et 6 ouyezdi : Vcrnii, Djarkend, I.epsinsk, Kopal, Pichpek, Prjevalsk.
Les Russes n'étant pas comptés à part, il est difficile d'évaluer leur nombre.
Les indigènes des principautés de Boukhara et de Khiva n'ont pas encore été recensés; mais on estime la population de la Boukharie à plus de deux millions d'habitants.
NOTES
NOUVELLES VILLES RUSSES
(1) Le chemin de fer transcaspien et le chemin de 1er « Samarkand-Andijan >■, avec ses embranchements jusqu'au Nouveau-Marghélan et jusque Tachkent, portent depuis peu le nom général de « Chemin de fer de l'Asie Centrale ».
(2) Dans un avenir très prochain, les communications entre la vieille ville musulmane et la nouvelle ville russe de Boukhara seront entièrement modifiées par suite de l'établissement d une voie ferrée dépendant de la ligne principale.
(}) L'ère de la première occupation, purement militaire, étant close, une ère d'immigration a commencé depuis une vingtaine d'années. Dans les villes et dans les campagnes, des commerçants, des industriels, des artisans, et aussi des paysans slaves, se sont établis et continuent à s'établir.
Dans les villes, la population russe augmente sensiblement ; mais, dans les centres colonisés, l'immigration reste plutôt stationnaire, sauf peut-être dans la province de la Sémiretchié.
Le paysan russe ne semble pas, en effet, apte A cultiver la terre A la manière de l'indigène, qui lui sera sans doute toujours supérieur sous ce rapport, par l'habitude et les connaissances spéciales qu'il possède, quant à l'emploi raisonné des eaux d'irrigation.
(4) Le chef suprême du Gouvernement du Turkestan est revêtu du titre de « Gouverneur général et Commandant des troupes du Turkestan ».
Les Gouverneurs des cinq provinces sont des généraux. — Les chefs des ouyezdi de ces provinces s'intitulent : Natcbalnik ouye^da et ont rang de colonel.
La ville de Tachkent est administrée par un colonel ayant le titre de NatcMnik goroda. Les autres villes russes sont placées sous la surveillance de Maîtres de police, lieutenants-colonels ou capitaines, ayant sous leurs ordres des Pristava (commissaires de police).
Les ouyezdi se subdivisent en ouiclmstki (circonscriptions) et ceux-ci en volosli (communes), comprenant de deux mille à deux mille cinq cents habitations.
NOTES
A Boukhara et à Khiva résident des agents diplomatiques, délégués par le Ministère des Affaires Étrangères.
(5) L'arba, véhicule indigène par excellence, est une sorte de chariot ou plutôt de grande charrette, munie de brancards et de deux hautes roues extrêmement solides. Celles-ci sont destinées à résister aux cahots des profondes ornières des routes, et à faciliter le passage à gué des rivières.
VIEILLES VILLES INDIGÈNES
(6) L'Emir actuel de Boukhara, Saîd-Abd-oul-Akhad-Khan, qui a succédé à son père en 1885, semble ne pas aimer le séjour de sa capitale et réside de préférence dans son domaine de Kerminé, à mi-chemin entre Boukhara et Samarkand.
En été, il voyage volontiers, et se rend presque annuellement au Caucase et sur la côte de Crimée.
(7) Le dernier Khan de Kokan, Khoudoïar Khan, mort depuis 1876, a laissé plusieurs fils. L'aîné, Ibmiani-Beg, a un emploi dans les bureaux du Gouverneur général du Turkestan.
(8) Les villes indigènes sont divisées en quartiers, comprenant un nombre défini de maisons. Les chefs de ces quartiers s'appellent piatidàiatnik ou starchii (désignations russes signifiant « chef de cinquante » et « plus ancien »)• Ils dépendent des mim-bacha (mot indigène signifiant mille têtes) comme ceux-ci dépendent eux-mêmes des aksakal (littéralement a barbe blanche », c'est-à-dire ■< personnage vénérable »).
Les divers aksakal d'une ville indigène sont sous les ordres d'un Starchii- Ahaka] (ou Premier Aksakal). Celui-ci cumule en quelque sorte les fonctions de maire central et de chef de la police indigène. Il est sous les ordres directs du Maître de police russe, auquel il présente ses rapports quotidiens.
Dans les campagnes, le chef d'une commune, c'est-à-dire d'une whst, porte le titre russe de vobslnoi.
Tous ces dignitaires sont des Musulmans.
NOTES
(9) Parmi les bazars réservés aux fruits, ceux des melons ont un coloris extraordinaire. Les étalages s'y touchent de si prés que les melons forment, sur une centaine de mètres, une succession ininterrompue de boules oblongues, suspendues, les unes à côté et au-dessus des autres, comme d'énormes oeufs de Pâques, sur l'enveloppe desquels se jouent toutes les nuances imaginables du jaune.
Ainsi attachés, les melons se conservent très longtemps, et si parfaitement qu'on peut les manger comme frais presque un an après la récolte.
(10) La mosquée est spécialement un endroit où les Musulmans font la prière en commun. Toutefois, en dehors des heures de la prière, la mosquée peut être affectée à des cours d'enseignement sur la théologie, le droit et la grammaire arabes.
Le médressé, ou viadrassab, est avant tout une sorte de collège. Mais la chapelle, qu'il contient toujours, est ouverte au public et peut devenir ainsi une véritable mosquée.
(1 1) Pour plus de détails sur les Sartts, voir le chapitre « Types et Costumes ».
(12) De toutes les industries locales, celle du tissage de la soie est non seulement une des plus anciennes, mais certainement une des plus importantes, bien qu'elle se fasse sur des métiers assez primitifs, à domicile, et non dans des fabriques aménagées d'après les idées modernes. Les Sartes travaillent individuellement chez eux dans leurs maisons, comme travaillaient nos pères, ou bien ils sont employés chez des Sartes plu» riches possédant plusieurs métiers et occupant plusieurs tisserands.
Les soieries fabriquées comprennent diverses espèces. La plus chère est la soie dite « royale », ou cMn. Une autre espèce se fait moitié en soie, moitié en papier, et s'appelle adrass. Il y a encore la soie appelée kanaouss, le foulard de soie appelé ipavlik, eu...
Les plus beaux velours de soie (barklmt) se fabriquent à Boukhara et à Samarkand.
L'élevage du ver à soie est non moins primitif que la confection des tissus. La fécondation de la graine a lieu la plupart du temps dans des chiffons que portent sur elles les femmes, qui s'occupent seules de cet élevage.
Il y a vingt-cinq ans, les vers à soie eurent à souffrir d'une maladie qui diminua considérablement le rendement général. Depuis, le Gouvernement russe a pris des mesures radicales pour soutenir et faire revivre la sériciculture. Il a répandu l'ensei-
NOTES
gncment rationnel, indispensable a une meilleure production ; il a organisé des stations de graines; enfin, il a autorise l'importation de graines venant de l'étranger.
(13) Khakt est un mot persan employé dans tout l'Orient pour désigner un vêtement d'honneur, résultant du don d'un souverain ou d'un chef. Ce terme a été vulgarisé de façon à signifier d'une manière générale « vêtement supérieur ».
(14) En fait d'objets de maroquinerie on trouve, chez les bouquinistes des grands bazars, des reliures d'une très jolie ornementation, ainsi que des portefeuilles ou enveloppes de cuir très artistiquement gaufré. Ces portefeuilles sont devenus fort rares. Une des inscriptions, les plus souvent répétées dans leurs ornements, est la suivante : « Seigneur, je te souhaite de vivre mille années; que chacune de ces années soit de mille mois, chaque mois de mille jours, chaque jour de mille heures et chaque heure de mille secondes ». Suivent la signature de l'artisan et la date de son œuvre.
(15) Moullah est un mot provenant de l'arabe maîc/d.qui signifie « maître ». En Perse et au Turkestan on désigne ainsi tout individu ayant une certaine instruction et un caractère religieux.
(16) Le mot vakouf (ivaqf en arabe) signifie, d'après la loi, « donation de l'usufruit d'un bien à une œuvre charitable », créée en vue d'être agréable à Dieu.
Les donations de ce genre servent plus spécialement à la fondation et à l'entretien de médressés, mais elles peuvent aussi s'appliquer à d'autres créations de bienfaisance, telles que cimetières, karavan-saraï pour voyageurs, réservoirs, puits, ou fondations pour l'usage de tous. Les biens vakouf, étant inaliénables, ne peuvent être vendus ni échangés, sauf dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, prévues et indiquées par la loi musulmane.
Au Turkestan Russe, ils sont soumis, comme ailleurs, à l'impôt et n'ont plus le droit d'être agrandis. Tout en étant devenus propriété de l'État ils sont restés, comme les propriétés individuelles, « possessions reconnues » d'après le Cbariat ou commentaire du Coran, alors que les terres occupées par les nomades ont été déclarées terres domaniales, et que tous les territoires « disponibles » ont été mis sous le régime direct de la loi russe.
NOTES
GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND
( 1 7) Féridoun (en avcstiqucThraêtanna) est un héros de YAvesta. Avant lui, la terre ne formait qu'un seul empire, commandé par Azhi Dahâk, le tyran qui régna mille ans.
Le troisième millénium commença avec Féridoun, qui divisa la terre entre ses trois fils : Salm, Tûj et Iraj, représentant l'Occident barbare, l'Orient barbare (Touran), et l'Iran. Les deux aînés, jaloux de voir l'Iran, la plus belle partie de la terre, donnée à leur cadet, le tuèrent avec toute sa famille. Mais Manutchithra Aïryava, né d'un inceste, vengea Iraj, et alors commença la lutte entre Afràsiâb, descendant de Tûj, et l'Iran.
Car Afràsiâb est, dans l'épopée légendaire persane, le champion du Touran (c'est-àdire de la race non iranienne) dans la lutte héréditaire contre l'Iran. La forme avestique de son nom est Franhrasyan. Ce héros, étant tout à fait mythologique, ne peut avoir créé une ville qui porte son nom.
Voir l'Avesta et le Boundebfsb. Voir aussi le Cbàb-Natm, ou et Livre des Rois » de Firdousi (poète persan mort en 1020), t. I, chant 6e; traduction française de J. Mohl, 1876. Voir : James Darmcsteter, le Zend-Avesta, 1892, t. II, p. 399 et 400.
Rappelons ici que l'Avesta — almhï (« loi ») en vieux perse — est l'ensemble des textes sacrés de l'ancienne religion de la Perse, ou Zoroastrismc. Écrit en langue zend, (dialecte iranien comme le vieux perse des Achéménides) l'Avesta, que nous possédons aujourd'hui, n'est qu'un débris de l'Avesta primitif, tel qu'il existait au temps d'Alexandre.
Le Boundehcsh (« la création ») est un ouvrage très important pour l'histoire de la religion avestique. Il a été écrit en pebhi, et se compose de fragments de diverses époques. La dernière rédaction parait avoir été faite en Perse au XIe siècle de notre ère.
(18) Maralcanda et Samarkand étant la même ville (ainsi que l'admettent aujourd'hui tous les savants), l'étymologie de Hamarakanda, indiquée par M. E. Drouin, semble la plus sérieuse. Haviara signifie en vieux perse : « marché ».
Si Marakanda est le nom donné par les auteurs anciens déjà mentionnés, la forme « Samarkand » n'apparaît qu'avec les historiens arabes Tabari et Masoudi (morts en 922 et 956), forme que les historiens chinois du vic siècle rendaient cependant déjà par Samo-kian. On trouve aussi en turk la forme Simiskand, que les Chinois ont transcrite par Si-mi-si-ki-an. Au Moyen Age, Marco Polo, Rubruquis et Clavijo ont écrit Semiskant.
NOTES
Quant à la prétendue expédition d'un chef arabe, Chamar, qui, vers l'an 5 10, serait venu en Sogdiane et aurait été le fondateur de la ville (v. Tabari), c'est une légende fantaisiste comme on en trouve chez les auteurs orientaux. (Voir : Tomaschek, « Central-Asiatische Studien. Sogdiana «.Vienne, 1877.)
(19) La première mention graphique de la Sogdiane se trouve dans l'inscription de Bisoutoun ou Bchistoun (Baghistan), Perse.
Cette inscription, tracée sur un rocher en caractères assyriens, persans et susiens, date du vic siècle avant J.-C. et range la Sogdiane, de même que la Bactriane (la région située entre les monts Paropamisades et l'Oxus), au nombre des satrapies de l'empire perse de Darius Hystaspés, qui régna de 521 a 492. Cyrus I", fondateur de la monarchie, avait subjugué ces deux contrées ainsi que la Margiane et la Khorazmie. Sur les bords du Iaxartès et près de la ville actuelle de Khodjent, il avait fondé une cité qui s'appelait Cyropolis.
Le puissant empire de Perse ayant croulé devant Alexandre le Grand, la marche victorieuse du Macédonien se poursuivit jusqu'à ces mêmes rives du Iaxartès (333 a 328). Il est probable qu'en descendant vers l'Inde, Alexandre se rendit aussi à l'Iskander-Koul, lac qui porte encore son nom, car l'Asie Centrale est restée remplie de la mémoire d'Alexandre et du souvenir de ses conquêtes.
Mentionné par divers commentateurs du Coran, qui l'appellent Sakandar, roi de Perse et de Grèce, etc., Alexandre est, d'ailleurs, pour tous les Musulmans « le héros aux deux cornes » (Zo\i- L-Qunabi), dont il est question dans le Coran.
(20) La mort prématurée d'Alexandre ayant fait passer la Bactriane et la Sogdiane (appelée aussi Transoxianc avec tous les pays au delà de l'Oxus) entre les mains de Sélcucus et de ses descendants, Diodote, gouverneur à la solde des Séleucides, se révolta, vers 256 avant J.-C, et fonda le royaume, dit royaume macédonien, de Bactriane. Arsacès établissait en même temps en Perse le pouvoir des Parthes, ou Arsacides. Ce fut le signal de luttes et de rivalités qui se compliquèrent ensuite de l'irruption de tribus errantes, venues du nord-est de l'Asie Centrale.
Les envahisseurs étaient les Yué-Tchi (Thibétains suivant les uns, Turks suivant les autres), qui représentaient une branche des Toung-Nou ou Tatars orientaux. Chassés de leurs territoires par les Tatars occidentaux (les Hioung-Nou ou Huns), les Yué-
NOTES
Tchi descendirent d'abord sur Kachgar, Yarkand et Khotan, puis, vers 120 avant J.-C, ils pénétrèrent jusqu'en Bactriane.
En raison de cet important déplacement de population, l'empire gréco-bactrien sombra. Il était parvenu i un haut degré de civilisation et de culture artistique, ainsi que le prouve la beauté des monnaies de cette époque.
Pendant plus de cinq cents ans, les Yué-Tchi se maintinrent dans les pays voisins de l'Oxiis, mais ils furent vaincus par de nouveaux envahisseurs, les Ephthalites ou Huns blancs. Ceux-ci étaient probablement de la même origine que les Yué-Tchi; cependant ils sont appelés Yétha par les Chinois, qui les distinguent nettement des Yué-Tchi.
Les Ephthalites arrivèrent en Transoxiane vers l'année 42 j de notre ère, tandis qu'Attila envahissait l'Europe. Ils dominèrent sur la Sogdianc et la Bactriane durant cent cinquante ans environ, et furent pendant ce temps, comme avant eux les Yué- Tchi, en rapports belliqueux ou pacifiques avec les Sassanidcs qui, disciples de Zoroastre et adorateurs du feu, avaient remplacé les Arsacides en Perse dés le commencement du 111e siècle. Au milieu du vic siècle, les Ephthalites se trouvèrent, d'un autre côté, aux prises avec les Turks proprement dits.
(21) Les Turks, qui envahirent la Transoxiane vers 560, étaient les Turks occidentaux appelés Tiou-Kioué par les Chinois. Ils venaient des régions situées entre l'Altaï et le Iaxartès, c'est-à-dire du nord-est du Turkcstan Russe actuel.
Par contre, les Turks orientaux occupaient alors la partie de la Mongolie située entre le haut Iénisséi et la Sélcnga, ainsi qu'il appert des découvertes récentes (1889- 1890) d'inscriptions en vieux turk sibérien. Ils formèrent un vaste empire et guerroyèrent avec les Chinois jusqu'en 745, époque à laquelle ils furent vaincus par un autre peuple de race turke, celui des Ouïgour. Les Turks orientaux se dispersèrent alors dans les provinces chinoises de Chen-Si, de Ho-Nan et de Kiang-Sou.
Les Ouïgour formèrent à leur tour un puissant royaume, gagné peu à peu à l'Islamisme, mentionné parles auteurs arabes sous le nom de royaume de Togouz-Ouïgour, et dont les capitales furent successivement Karakoroum, Kao-Tchang et Bélasagoun.
On voit par ce qui précède que, tandis que la branche orientale des Turks disparait de l'histoire à la fin du vmc siècle, les Turks occidentaux, au contraire, commencent, dès le vie siècle, à jouer le rôle considérable auquel ils étaient destinés.
Ajoutons encore que de la Transoxiane les Turks occidentaux s'étendirent petit à petit sur l'ancienne Bactriane, sur la Perse, et qu'à partir du xie siècle, sous les Seldjou-
NOTES
cides, ils envahirent encore l'Asie Mineure, l'Arménie et la Géorgie. Un Seldjoucide fameux fut le Sultan Sandjar, pendant le règne duquel (1117-1157) Merv se trouva au faîte de la puissance et de la richesse. Les ruines de la grande mosquée, dans laquelle Sandjar est inhumé, comptent parmi les vestiges de la vieille cité, à tout jamais détruite.
En 1453, enfin, la prise de Constantinople ouvrit l'Europe aux Turks et leur permit de fonder l'empire des Osmanlis.
(22) Devenus maîtres de la Perse, de Merv, de Balkh (l'ancienne Bactra) et de tout le pays au sud de l'Oxus, les Arabes se répandirent rapidement en Transoxiane et bientôt même jusqu'aux confins du Thibet.
Au début du ixe siècle, la ville de Merv fut temporairement choisie comme siège du pouvoir de Mamoun (l'un des deux fils de Haroun-ar-Rachid). Dans la suite, cependant, la domination des Khalifes prit un caractère plutôt religieux que politique, car les gouverneurs locaux devinrent de plus en plus indépendants et fondèrent des dynasties individuelles. Parmi ces princes, il faut citer les Samanides, sous lesquels Boukhara prit le grand essor de prospérité et de culture intellectuelle qui lui assura le titre de a Noble » dont elle s'enorgueillit encore.
(23) Les Turks s'étaient fixés aussi dans le Kharizm (l'ancienne Khorazmie, le pays de Khiva actuel) et, du XIe au xmc siècle, ils firent de l'Asie Centrale entière le théâtre des luttes et des compétitions auxquelles se livrèrent les chefs de leurs diverses peuplades.
Ces guerres ne furent arrêtées, au commencement du xmc siècle, que par l'invasion de Djinghis-Khan ; mais il faut compter celle-ci au nombre des invasions turkes, car, si Djinghis était lui-même un Mongol, les hordes qu'il conduisait se composaient, pour la plus grande partie, de populations turkes.
(24) Les caractères koufiques (de Koufah, capitale du premier Khalife Abbaside en 750, ville qui se trouvait sur l'Euphrate) sont, dit-on, les caractères les plus anciens de l'écriture arabe. Ils ont, en tout cas, servi pour les premières copies du Coran. Les caractères neskhi sont les caractères arabes que l'on emploie encore actuellement et qui forment, ainsi que les caractères koufiques, toutes les inscriptions ornementales des monuments de Samarkand.
NOTES
(25) Le nom de Tamcrlan est une corruption de la réunion des deux mots : Timour -Le nh, c'cst-a-dire Timour le Boiteux. Le grand Émir boitait, en effet, par suite dune infirmité qui lui était restée d'une blessure reçue dans une de ses premières campagnes.
Né en 1533 à Kéch (ville située entre Samarkand et Karchi), Timour était fils de Amir Tourghaï, qui gouvernait la région.
De bonne heure, Timour se révéla dominateur et conquérant. Dés 1360, il avait soumis les tribus révoltées des régions limitrophes, et, en 1370, il était seul maître de tout le royaume du Djaghataï, après avoir mis fin à la guerre civile, qui rongeait le pays. Il choisit Samarkand comme capitale, et entreprit ses rapides conquêtes, en envahissant la Perse, le Caucase (1390) et en pénétrant dans le sud-est de la Russie d'Europe (1 395). Rentré à Samarkand, il dirigea ses pas vers les plaines de l'Hindoustan et revint en 1 398, chargé des plus riches dépouilles.
Bagdad détruit, et Damas pris par lui au cours d'une nouvelle expédition vers l'Asie Mineure, il vainquit, en 1402, à Ancyre, le sultan Bajazet Ier. Constantinople et tout l'Empire d'Orient se trouvèrent alors à sa merci. Peu s'en fallut qu'il n'envahit à ce moment le reste de l'Europe. Mais il retourna encore une fois à Samarkand, pour y continuer les pieuses fondations et les admirables constructions qu'il avait commencées.
Il mourut trois ans après à Othrar, alors qu'il méditait une expédition grandiose, qui devait mettre la Chine à ses pieds.
D'après ses biographes, Timour parlait le turk, le persan et le mongol ; il aimait à s'entourer d'hommes de science et de lettres, tels que physiciens, astronomes, législa teurs et théologiens. Il était sobre, actif et intrépide, mais d'un abord sévère et sombre. Il avait une grande égalité d'àmc, un jugement sain des hommes et des choses. Aussi préférait-il la franchise à tout faux-fuyant, et même une vérité cruelle à un mensonge agréable. Sûr de lui-même, il ne revenait jamais sur une décision prise ou un ordre donné. Jamais il ne regrettait le passé ; jamais, non plus, il n'escomptait des satisfactions à venir.
S'il aspirait personnellement à la monarchie universelle, ses successeurs ne surent pas conserver, intact, même le noyau de l'empire qu'il avait créé, et qui se démembra bientôt dans la suite.
(26) Revue des Deux Mondes : 15 février 1893.
NOTES
(27) D'après l'archéologue russe Simakoff, auteur de « l'Art en Asie Centrale », l'ornementation des faïences émaillées de Samarkand serait une imitation de modèles décoratifs, introduits par les Mongols en Asie Centrale.
Cette question, cependant, reste ouverte comme bien d'autres relatives au passé d'un pays encore mystérieux sous tant de rapports.
(28) Les inscriptions de Chah-Zindé, traduites par l'Orientaliste Albrecht, sont mentionnées dans la brochure : « Die Baudcnkmale von Samarkand ». Prof. Zdenko, Ritter Schubert von Soldern. Vienne, 1898.
(29) Le Kourban-Nama\ est une des plus importantes fêtes religieuses de l'Islam. Il en sera question en détail au chapitre « Grandes Fêtes Musulmanes ».
(30) El-Khi^r est le nom que donne le Coran (S. XVIII, v. 62) à un personnage qui se rencontra avec Moïse et qui, suivant la légende, est encore vivant. 11 peut se montrer de temps à autre à La Mecque, par exemple, ou à Jérusalem. D'après l'opinion, généralement admise, il serait un des prophètes d'Israël.
On sait que l'Islam admet la naissance miraculeuse de Jésus (Jsa-tl- Masih) et que les Musulmans donnent au Christ le surnom d' « Esprit de Dieu » comme ils ont donné à Abraham celui d' « Ami de Dieu », et à Moïse celui d' « Interlocuteur de Dieu». Ils considèrent Jésus, avec Moïse et Mahomet, comme les Prophètes chargés par Dieu de révéler une religion nouvelle. Suivant les commentateurs du Coran, Jésus-Christ (« le Fils de Marie », « le Messie, » etc..) réapparaîtra sur la terre et y revivra pendant quarante-cinq ans.
(52) La légende du « Roi- Vivant » a été récemment publiée en Russie, avec tous les détails prolifiques que comporte la version musulmane.
(55) Elie (en arabe Ilyas) est un des grands prophètes reconnus par l'Islam. Son nom est mentionné plusieurs fois dans le Coran.
(34) La citadelle de Samarkand est, croit-on, l'endroit où Alexandre tua Clitus dans un moment de fureur, et pendant une orgie.
NOTES
(35) A la suite de sa décadence graduelle, qui s'accentua sous la domination de plus en plus affaiblie des derniers Timourides, assaillis par les Turks-Ouzbeg, Samarkand ne compta plus que comme deuxième capitale des états des Khans de Boukhara. (Voir note 64.)
(36) Les changeurs font des affaires importantes, car ils sont les intermédiaires indispensables pour toute transaction de détail entre indigènes, comme entre Russes et indigènes. La monnaie et le papier russes ont bien cours dans tout le Turkcstan, mais leur acceptation nécessite toujours un calcul assez laborieux, puisque les marchands sartes ne comptent que d'après leurs vieilles monnaies d'or, d'argent ou de cuivre, c'est-à-dire la tilla de Kokan qui représente dix-neuf tenga (soit neuf a dix francs), la tenga de Boukhara et le pou} qui valent respectivement cinquante centimes et un centime environ.
(37) Le vendredi, sabbat des Musulmans, est appelé par eux « Jour de l'Assemblée ».
D'après la « Tradition » (Hadis) rapportée par les disciples de Mahomet, le Prophète a désigné ce jour de prières communes suivant l'ordre de Dieu, et parce que le vendredi serait le jour de la création d'Adam, celui de son expulsion du Paradis, de son repentir et de sa mort. Le vendredi serait aussi le jour de la Résurrection des morts.
Au cours de cette journée bénie, il est une heure, connue seulement de Dieu, pendant laquelle chaque Musulman repentant est certain d'être exaucé.
Les prières récitées en assemblée ayant pour les Musulmans une valeur bien plus grande que celles dites par eux dans la solitude, on conçoit l'importance qu'ils donnent à toutes les prières faites en commun, et surtout à celles du vendredi.
On sait que partout où ils se trouvent, seuls ou en congrégation, les Musulmans doivent dire au moins cinq prières quotidiennes : avant le lever du jour, à midi, au milieu de l'après-midi, aussitôt après le coucher du soleil, enfin au commencement de la nuit.
(38) Situé au centre du mur de fond d'une mosquée, le mibrab représente une niche haute, plus ou moins ornée, devant laquelle Ylmam (voir note 60) se place pour diriger les prières communes.
NOTES
(39) On connaît le rôle considérable que les ablutions jouent dans la vie des Musulmans. Usuelles avant et après chaque repas, elles deviennent indispensables avant chacune des prières quotidiennes, et visent alors toutes les parties du corps plus spécialement soumises aux souillures extérieures ou naturelles. Les ablutions totales sont nécessaires après certains moments et après certaines périodes d'impureté.
(40) Ce tombeau, érigé en pleine place publique, est particulièrement vénéré par les indigènes des campagnes et par les nomades. Ils amènent ici leurs chevaux malades, afin d'obtenir leur guérison au moyen de ce pèlerinage.
(41) Anzob est un hameau perdu sur les flancs abrupts des montagnes de la région du Fan-Daria. L'épidémie violente qui y éclata, et que l'on considéra comme la peste, enleva la moitié des habitants. Des mesures extrêmement rigoureuses, et couronnées de plein succès, furent prises aussitôt pour éviter toute propagation.
S. A. le Prince Alexandre Pétrovitch d'Oldenbourg vint en personne de Saint- Pétersbourg pour diriger les opérations. La commission, amenée par lui, garda son quartier général à Samarkand jusqu'au printemps de 1899.
CAMPAGNE ET PAYSAGES
(42) Le Zcrafchan, ou Sogd, et le Syr-Daria, ou Sihoun, sont le Polytimetus et le Iaxartés des Anciens. L'Amou-Daria, ou Djihoun, qui limite la Boukharie du côté de la Transcaspie, est l'ancien Oxus. Aucun de ces fleuves ne se jette dans une mer proprement dite, puisque le Syr-Daria et l'Amou-Daria déversent leurs eaux dans l'Aral, qui est plutôt un immense lac. Quant au Zerafchan, qui était autrefois un affluent de l'Amou-Daria, il se perd maintenant dans les sables à quelque distance de Boukhara.
(43) L'élevage des moutons est très considérable dans toutes les régions occupées par les nomades. Aussi la production de la laine atteint-elle de très gTands chiffres, prés de trente millions de kilogrammes. La race ovine porte le nom de kourdiouk, et se distingue par un gros dépôt de graisse placé au bas des reins de l'animal. En Boukharie on élève aussi les moutons kara-kotd. Les peaux des agneaux de cette race sont très recherchées et bien connues en Occident.
NOTES
Dans les montagnes existe à l'état sauvage l'énorme mouton à cornes puissantes, appelé « Ovis Poli », gibier qui a déjà tenté divers chasseurs entreprenants venus d'Europe ou d'Amérique uniquement pour sacrifier à ce sport.
A propos de gibier, mentionnons que l'on trouve au Turkestan des lièvres, des antilopes, des cerfs, des renards, des sangliers, des panthères. Parmi les oiseaux, la tourterelle, la perdrix, le héron, le faisan, le canard et l'oie sauvages existent en grand nombre. Les indigènes fournissent ce gibier (le faisan surtout) à des prix dérisoires de bon marché.
(44) Dans toute l'Asie Centrale, même dans les régions les plus abritées, il n'existe ni orangers, ni citronniers, ni même des oliviers.
(45) Le sol des régions cultivées, formé de hrss et de glaises lcessoïdes, remarquables par leur extraordinaire fécondité, dés que l'arrosage y est suffisant, se dessèche rapidement pendant les chaleurs de l'été. Sa croûte supérieure, très friable, se change alors en une fine poussière qui tourbillonne en véritables nuages,' troublant l'atmosphère au point de la rendre opaque à certains moments.
(46) La production agricole du Turkestan est, d'après les statistiques les plus récentes, d'environ 19 millions d'hectolitres de blé, de riz, d'orge et d'autres grains.
Le blé, principale céréale du pays, se cultive surtout dans les régions irriguées; tandis que le blé de printemps, ou petit blé, peut se cultiver également sur les terres non irriguées, simplement fertilisées par l'humidité atmosphérique, et appelées boghara. L'orge est aussi une céréale très importante. Elle sert à l'alimentation des chevaux, avec la luzerne (principale plante fourragère de l'Asie Centrale) et le djougar, plante qui atteint jusqu'à trois mètres de haut et dont les tiges, une fois séchées, sont utilisées comme combustible. Le riz se cultive surtout dans les régions chaudes et bien irriguées. Les indigènes produisent encore du millet, du mais, du safran, du chanvre et, en fait de plantes oléagineuses, le sésame, le lin et le coton.
La culture de cette dernière plante a existé de tout temps au Turkestan, mais sous une variété herbacée. A la suite d'essais d'acclimatation de coton américain, celui-ci a fini par supplanter presque entièrement le coton indigène. Les plantations les plus importantes se trouvent dans le Ferghana, dans la partie sud de la province du Syr- Daria et dans la province de Samarkand. Leur ensemble représente 250000 hectares
NOTES
de cultures, dont le rendement moyen serait d'environ 70 millions de kilogrammes de fibres. A la production du Turkestan s'ajoutent celles de la Boukharie et de Khivaqui représentent, de leur côté, une vingtaine de millions de kilogrammes de coton indigène.
Décortiqué sur place, dans des fabriques « ad hoc », tout le coton qui n'est pas nécessaire aux indigènes est envoyé en Russie, formant ainsi une des exportations les plus considérables du pays.
(47) Les graines de ver à soie d'importation étrangère viennent en partie de Turquie, mais surtout de France, et sont vérifiées, au moment de leur livraison, par un contrôle sévère.
Afin de donner une idée du développement extraordinaire de l'importation des graines de ver à soie, nous citerons le nom de M. Aloisi, un Corse établi depuis delongues années au Ferghana, et qui, après avoir commencé il y a dix ans environ par une importation de 500 boîtes de graines, en fournit actuellement aux sériciculteurs plus de 100000, contenant chacune entre 25 000 et 30000 œufs de gTaincs. Fncore son commerce lutte-t-il avec une concurrence considérable faite par d'autres importateurs. M. Aloisi a publié un travail intéressant, intitulé « Instruction Populaire de Sériciculture » (Bourg, imprimerie Villefranche, 1897).
(48) Certains jardins contiennent souvent, dans une de leurs parties réservées ou en rideaux de bordure, de vastes plantations de peupliers et de saules, destinées à l'exploitation. Ces arbres, une fois débités, servent de bois de construction ou de bois de combustible.
(49) Il y a peu de fleurs dans les jardins sartes. A part l'iris, on n'y trouve guère que la violette, la rose simple, la balsamine (employée pour faire une couleur jaune qui remplace le henné), le basilic, la mauve et quelques autres espèces agrestes.
(50) Le mot oulama est un titre donné aux docteurs en théologie et en droit musulman, dont les avis et les décisions réglementent les questions d'ordre privé et public.
(51) Faits de solide et d'épais parchemin, les trois centein quante feuillets du Coran d'Othman mesurent de soixante à soixante-dix centimètres, et le texte occupe
NOTES
la plus grande partie de chaque feuillet. Ça et là des motifs d'ornementation, dessinés sous forme de bandes, de médaillons, et coloriés en vert, jaune, bleu, blanc et rouge, se mélangent aux énormes et superbes caractères koufiques qui se suivent, sans points diacritiques, en traits larges et puissants.
Les rapports relatant l'acquisition et la transmission du manuscrit (rapports conservés également à la Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg), sont fort intéressants à consulter. On y lit aussi plusieurs versions sur la façon dont Khodja-Akhrar serait devenu possesseur du Coran d'Othman.
L'une dit que quelques-uns de ses disciples, revenant du pèlerinage de I.a Mecque, et après avoir été les hôtes du Sultan de Constantinople, rapportèrent à leur maître ce Coran sous forme de présent offert par le Khalife.
Une autre version, très prolixe, relate l'événement comme suit: un mouride (disciple) d'Akhrar était à Roum (Constantinople) lorsque le Khalife, malade et en danger de mort, ne pouvait obtenir de secours auprès d'aucun médecin du pays. Le mouride, approvisionné de remèdes et d'amulettes qui lui avaient permis de faire déjà des guérisons retentissantes, fut appelé auprès du Khalife, et réussit à lui rendre la santé. En récompense de ce service, le Khalife promit au mouride de lui donner ce qu'il voudrait, et celui-ci, connaissant l'existence du Coran vénéré, demanda ce livre.
La légende musulmane fournit de minutieux détails sur le courroux que ressentit le Khalife à cette demande inattendue, et sur les moyens qu'il employa pour revenir sur sa parole. En tout cas le mouride entra en possession du document sacré et l'envoya aussitôt à Samarkand, où la gloire de Khodja-Akhrar augmenta encore, dés que la nouvelle de ce précieux don fut connue.
A sa mort, Akhrar légua le Coran au médressé qu'il avait construit.
(52) Quand les Russes s'installèrent au Turkestan, le pays était beaucoup moins riche en irrigations qu'il ne l'avait été autrefois. Le Zcrafchan, par exemple, fournissait beaucoup moins d'eau vers le point le plus bas de son cours, où son ensablement continue d'ailleurs de plus en plus. Pour des raisons analogues, comme pour d'autres causes encore, les canaux d'irrigation avaient diminué en nombre, ou avaient même disparu dans maintes régions du territoire.
Tel était le cas de la golodnaia-step (« steppe de la faim »), située au nord de la province de Samarkand, sur la rive gauche du Syr-Daria, et qui fut, dit-on, irriguée et cultivée dans les siècles passés. On s'occupe maintenant de la sillonner de nouveaux arik, les travaux
NOTES
de nivellement exécutés d'après les ordres du Ministère de l'Agriculture et des Domaines de l'Iuat (travaux commencés depuis 1895), ayant démontré que les eaux du Syr-Daria peuvent être employées avec succès pour l'irriguer. Elles pourront servir aussi à arroser la volost d'Ouralsk, au district de Khodjent, sur la rive droite du Syr-Daria.
Dans les vallées des rivières Khodja-Bakirkhan et Ak-Sou, qui sont du même district, les irrigations pourraient être étendues également ; de sorte que, si on réussit à réaliser entièrement le projet qui a été conçu, cette région seule aurait deux fois plus de terres fertilisées que la région de Samarkand, qui est de 400 000 déciatines environ, soit à peu prés de 582 680 hectares.
D'autres territoires, encore, pourraient être mieux fécondés par une plus grande ramification des eaux. Même les régions déjà traversées par les canaux qui dérivent du Zerafchan pourraient être augmentées d'un tiers supplémentaire.
L'amélioration et l'extension du système irrigatcur seront de la plus grande importance pour le pays entier, puisque les terres actuellement cultivées, tout en formant un ensemble de deux millions et demi d'hectares (en chiffres ronds), ne représentent que 1,3 p. 100 de la superficie totale du Turkestan Russe.
(55) En dehors des régions où le lœss n'est plus humecté par les irrigations, et là où commencent les sables et les glaises (souvent mélangés de sel) ; là, en un mot, où, loin des montagnes, existaient autrefois des mers, régnent les vastes steppes et les déserts. Leurs plateaux incultes prennent souvent naissance au milieu des régions fertiles qu'ils traversent ou qu'ils séparent entre elles.
Au premier printemps, ces steppes sablonneuses se couvrent d'une végétation éphémère d'herbes et de fleurs, rapidement séchées aux rayons du soleil.
Quant aux déserts de sable, ils ne sont pas uniformément plats ni entièrement arides. Par endroits, ils ondulent en mamelons, piqués çà et là de végétation clairsemée. Ailleurs, ils sont tracés en sillons garnis d'une végétation assez fournie, et isolés les uns des autres par des collines peu élevées.
C'est dans la province de la Transcaspie que s'étendent les déserts de dunes fixes, et aussi de dunes mouvantes. Celles-ci se déplacent quelquefois quand les vents du nord soufflent violemment.
(54) Les hautes futaies d'Ourgout sont peut-être les derniers restes des forêts qui couvraient les versants des montagnes voisines. Dans ce cas, elles ont disparu ici
NOTES
comme dans beaucoup d'autres régions montagneuses du Turkestan, où elles furent exploitées sans merci depuis des siècles.
Les forêts les plus vastes se trouvaient autrefois sur les versants des monts Thian- Chan (Monts Célestes) et du Pamiro-Alaïsk ; elles descendaient jusqu'aux cultures des plaines. Aujourd'hui il n'y a plus de forêts que dans les régions très difficiles d'accès. Les plus belles et les plus précieuses sont les immenses forets de noyers qui occupent 200 ooo hectares dans les montagnes du h'erghana oriental. Ces noyers, et en particulier les énormes loupes qu'ils portent, ont une très grande valeur, à peine encore mise à profit.
Les raisons d'éloignement, qui sauvegardent les forêts, sont aussi celles qui empêchent jusqu'à présent l'exploitation des énormes richesses minières du Turkestan. A ces causes de distance s'ajoutent les difficultés de communications directes, le manque d'initiative privée et aussi le manque de capitaux, de sorte qu'un petit nombre seulement de mines est exploité, bien que de tous cotés on ait découvert des gisements de houille, de naphte.de cuivre.de fer, de manganèse, de plomb.de soufre, de graphite, etc.. et même du minerai d'or. Ainsi le Zerafchan tire son nom des paillettes d'or que les indigènes recherchent encore dans son lit.
Les exploitations de sel gemme et de sel minéral sont actuellement les seules importantes.
HABITATIONS ET MŒURS
(> 5 ) Il est à remarquer que les agglomérations citadines et rurales du Turkestan sont toujours fort proprement tenues. On n'y voit jamais de ces amoncellements d'immondices et de détritus repoussants, si ordinaires en Orient, et qui entachent les centres les plus populeux, comme les sites les plus pittoresques.
()6) Les bains ressemblent à tous les bains d'autres pays musulmans.
(57) Le tabac que mâchent les Sartcs est du tabac vert, tandis que le tabac qu'ils fument dans les tcbillim est du tabac blanc. Ils cultivent eux-mêmes ces deux espèces de tabac.
Quant aux courges, avec lesquelles ils fabriquent leurs pipes et leurs tabatières, elles servent aussi à la confection de récipients d'eau, d'huile, etc..
NOTES
(58) Le vin appelé nwussallas est une boisson conforme à la loi, du moins d'après Abou Hanifah. Ce maître est regardé comme un des grands oracles de la jurisprudence sounnite ; il vécut au vme siècle, et ses doctrines, qui créèrent le rite kmfiie, sont acceptées par tous les Turks.
On peut rappeler ici que les divers Musulmans Sounnites (v. note 65) observent quatre rites différents : battéjite, inalikile, cbciféiitc, hinbaUtc. Les Turks sont Hanéfites; les iMusulmans de l'Afrique sont Malékites ; les Égyptiens sont Chaféiites pour la plupart, et les Hanbalites, peu nombreux, ne se rencontrent qu'en Mésopotamie et en Syrie.
(59) Les Sartes mangent très rarement du bœuf et de la vache, puisqu'ils ont du mouton en abondance. Aussi n'élèvent-ils les bêtes à cornes que comme bêtes de travail et bêtes à lait. Les nomades mangent du mouton et du cheval.
(60) Le mot Imam veut dire exactement « le bélier qui porte la clochette et dirige le troupeau ». Les Musulmans se servent de ce terme dans plusieurs sens. Ils désignent sous ce nom le ministre responsable de l'administration et du culte d'une mosquée. Mais, dans une congrégation ou assemblée quelconque, ils accordent aussi ce titre au personnage le plus vénérable d'entre eux, et qui est chargé de faire office d'Imam en dirigeant les prières communes.
(61) Nous ne prétendons pas ériger en usages invariables les détails résumes à propos des mariages. Ceux que nous citons représentent plutôt une moyenne, résultant des diverses informations recueillies auprès de plusieurs Musulmans du Turkestan.
(62) En principe, il n'existe de monuments durables que sur les tombes de personnages particulièrement vénérés. Dans certains endroits, cependant, comme à Boukhara par exemple, il y a des cimetières uniquement composés de sépultures oblongues, faites de briques et recouvertes de plâtre.
TYPES ET COSTUMES
(63) Nestorius, prêtre syrien, fut patriarche de Constantinople au v« siècle ; mais le Concile général d'Éphése de 431 le déclara déchu de cette dignité, considérant
NOTES
comme hérétique l'opinion qu'il avait de la personnalité du Christ. A cette époque, tous ses adeptes furent chassés d'Europe; ils se réfugièrent sur le continent d'Asie et se fixèrent même en Chine. Les Nestoriens curent des évêchés a Merv, Hérat et Samarkand et ils furent tolérés en Asie Centrale jusqu'au régne de Tamerlan.
Dans les terrains déserts d'Afrâsiâb, prés de Samarkand, on trouve des vases ornementés de croix chrétiennes, qui datent certainement de leur séjour au Turkestan. L'auteur a rapporté de ces poteries, ainsi que des fragments de poteries musulmanes du Moyen Age, et les a offerts, avec des faïences émaillées de différentes époques musulmanes, au Musée de la Manufacture Nationale de Sèvres et au Musée de l'Union Centrale des Arts Décoratifs.
(64) Tandis que les successeurs de Timour gouvernaient encore dans l'ancienne Transoxiane dont le nom était devenu Mawa-en-nahar (« entre les fleuves ») en arabe, les Turks-Ouzbeg occupaient toute la contrée des steppes au nord de la mer d'Aral. C'est de là qu'ils vinrent s'établir au centre de l'Asie, et pour ne plus le quitter.
Les Chéïbanides furent les premiers chefs Ouzbcg qui régnèrent à Boukhara, après en avoir fait leur capitale. De cette époque date le Khanat dit de Boukhara. Aux Chéîbanides succédèrent les Achtarkhanides, et à ceux-ci les Manghites, dont la dynastie est encore représentée par l'Émir actuel.
A partir du xvmc siècle, les souverains de Boukhara furent en guerres presque constantes avec les Khans de Kokan, jusqu'au jour où la question de la suprématie en Asie Centrale fut résolue en faveur de la Russie.
(65) Parmi les diverses sectes qui divisent l'Islam, celle des Sommités est de beaucoup la plus importante. Sa totalité, répartie sur les différents pays mahométans, serait de 150 millions au moins, tandis que celle des Chiites ne se chiffrerait qu'à 15 millions d'individus, dont plus de la moitié peuplent la Perse.
La différence fondamentale entre Sounnites et Chiites est la suivante : Les Sounnites reconnaissent les trois Khalifes Abou-Bakr, Omar et Othman comme successeurs légaux de Mahomet, alors que les Chiites regardent ces Khalifes comme des usurpateurs et n'acceptent pour premier Imam, ou Khalife légitime, que Ali, cousin de Mahomet, mari de sa fille Fatimah ; ils le croient égal en sainteté à Mahomet.
En outre, tandis que les Sounnites regardent la Sounnab (textuellement « voie, ligne de conduite », terme appliqué à la « Tradition » relative aux actions et aux pré-
NOTES
ceptes de Mahomet, ainsi qu'à tout ce qui a été fait et dit en sa présence), comme un corps de doctrine, voire même comme une autorité canonique, les Chiites attachent moins d'importance à la Sounnah et l'envisagent seulement comme le résultat d'un travail secondaire, qui ne mérite qu'une confiance limitée.
Si les Chiites, se considérant comme Musulmans orthodoxes, s'arrogent le titre de vrais croyants, les Sounnites ont naturellement la même prétention.
Il existe d'autres causes de désaccord et même d'animosité entre Sounnites et Chiites, mais il serait trop long de les énumérer. Disons seulement encore que, chez les Chiites, les extrêmes se touchent en matière de croyance. Cependant, s'il y a beaucoup à craindre comme à espérer d'eux, leur avenir, ainsi que le constate Hughes dans son « Dictionary of Islam », ne touche qu'indirectement celui du monde musulman en général.
(66) Un khan célèbre de ces derniers temps fut Mohamed-Ali, le fomentateur de la révolte à main armée qui eut lieu, au printemps de 1898, à Andijan. Les Kirghiz de la région étaient ses principaux adeptes.
(67) Le dialecte farsi est aussi la langue des Parsis, qui perpétuent dans l'Inde le culte de Zoroastre, disparu en Asie Centrale sous la pression de l'Islam.
(68) Les kay, juges indigènes établis dans chaque volost, sont chargés des litiges ordinaires entre indigènes, et les règlent d'après la loi musulmane. Les litiges entre indigènes et Russes, indigènes et étrangers, ainsi que toutes les questions criminelles, dépendent de la juridiction des juges russes, délégués par le Ministère de la Justice.
(69) On compte dans le Turkestan plus de deux cents médressés et prés de quatre mille cinq cents tnaklab ou écoles élémentaires.
(70) L'élevage du cheval est encore aujourd'hui une des industries principales des indigènes nomades de l'Asie Centrale. Ceux-ci élèvent les chevaux avant tout comme bêtes de selle et de somme; mais ils utilisent aussi leur chair comme aliment, et ils en vendent les peaux, qui sont converties en cuirs d'une certaine valeur. Avec le lait de leurs juments, les nomades font, comme les Tatars, une boisson fermentée appelée koumiss, boisson qu'ils consomment de préférence à toute autre.
NOTES
Les races chevalines de l'Asie Centrale sont depuis longtemps célèbres. Elles comprennent la race kirghiz et la race turkomane. l^s produits résultant des croisements de ces deux races portent le nom de chevaux kara-batr. Le cheval kirghiz est très résistant à la fatigue et très rapide; le cheval turkoman, dont le sang est cependant mélangé de sang arabe, est moins endurant. Quant au cheval kara-baïr, il tient le milieu entre les deux. C'est en Boukharie qu'on l'élève avec le plus de soin, et qu'on obtient les meilleurs produits de cette race mixte. Les chevaux de selle marchent tous à l'amble.
(71) On peut se former une idée exacte du travail patient qu'exige la confection des selles sartes, en examinant, dans une des salles du musée de Tachkent, l'exposition très intéressante de tous les outils, des couleurs, etc., qui servent à cette fabrication. On y voit, disposés dans un ordre méthodique, les gabarits qui représentent les phases successives du travail, depuis la carcasse rudimentaire de bois blanc jusqu'à la selle terminée, inemstée de minces lamelles de corne de cerf et peinte d'ornements de couleur.
Le prix moyen d'une selle aussi minutieusement travaillée ne dépasse pas dix roubles, soit environ vingt-sept francs.
GRANDES FÊTES MUSULMANES
(72) En Perse et en Asie Centrale, on prononce les « d » comme les « z ». C'est ainsi que l'on dit ramadan au lieu de ramadan; cl-Khi\r au lieu de cl-Khidr, etc.. Les « a » se prononcent souvent plutôt comme les « o », et les autres voyelles, en particulier les « i », les « e », ont aussi des résonances assez indistinctes, de sorte qu'il est difficile de noter exactement certaines particularités de prononciation.
(73) L'année musulmane a onze jours de moins que l'année chrétienne. Cette différence représente donc un an sur une durée de trente-trois ans, ou environ trois ans par siècle. Pour convertir une date musulmane en date chrétienne, il faut retrancher de cette date trois années pour chaque siècle de l'Hégire. En ajoutant le nombre de 622 au chiffre ainsi obtenu, on trouve approximativement la date correspondante de notre ère. En supposant qu'il s'agisse de l'an 1200 de l'Hégire et en retranchant 36 (soit 3 fois 12) de 1200, il reste 11 64 à augmenter de 622, ce qui donne 1786.
NOTES
En supposant une conversion inverse, soit pour l'année 1900 de notre ère, et en retranchant de ce chiffre 622, il convient d'y ajouter 39 (soit 3 fois 13), et on obtient ainsi le chiffre de 13 17, comme date correspondante de l'Hégire.
(74) Chaîk-Ayandi-Taour, émigré de Stamboul au xivc ou xv* siècle, était un homme savant, riche et charitable. Mort en odeur de sainteté, il laissa son nom à un vaste quartier de Tachkent, de même qu'au cimetière où il est inhumé. Un de ses descendants fut Khodja-Akhrar, particulièrement vénéré en Asie Centrale, et dont il a été question à propos de Samarkand et du Coran d'Othman.
(75) Le mot batclxt signifie littéralement : petit garçon.
(76) Les femmes, ou du moins les courtisanes, savent aussi danser et chanter; mais leurs exercices sont d'un ordre absolument privé. On ne peut s'en rendre compte que chez elles, dans leurs habitations.
(77) Les chants d'origine turkc, persane ou autre, abondent. Un des plus populaires est le suivant, qui a été traduit sur ma demande, et qui ne manque pas de poésie. C'est un chant ouzbeg.