ESQUISSE D’HISTOIRE CONTEMPORAINE
J’ai essayé de retracer, il y a quelques années dans mon livre : le grand Combat contemporain , la période contemporaine de la lutte qui se poursuit entre l’Eglise^et la Révolution (1).
Mon tableau était forcément incomplet, la lutte qui s’y déroule n’ayant pas pris fin etn’ayant pas encore donné ses résultats à l’heure où mon livre paraissait.
Le conflit a continué avec une intensité croissante et il n’est pas encore terminé. Mais on voit maintenant plus distinctement quelle en doit être l’issue et qu’en dépit du mouvement en avant que font aujourd’hui les radicaux, les catholiques ont de nouveaux motifs d’espérer.
Oui, une rapide esquisse de ces dernières années doit, il nous a semblé, apporter un nouvel encouragement à ceux qui sont engagés dans le combat, et les aider à affronter les dures épreuves qui s’annoncent encore.
(I) Le grand Combat contemporain ou l’Eglise cl la Révolution de 1859 à 1885. Paris, chez V. Palmé. (Épuisé.) Réédité en 1S97 chez Victor Retaux.
Il en est des révolutions et des crises de l’histoire comme de celles dont Cuvier a présenté la série successive dans son discours sur les révolutions du globe; ces crises semblent la condition du développement et des progrès de l’œuvre divine.
A des intervalles plus ou moins longs, une puissance ennemie est déchaînée qui bouleverse, détruit, efface; et Dieu restaure, transforme ou écrit à nouveau et montre sa sagesse et sa toutepuissance en faisant sortir le bien, du mal.
Ce que prépare la crise actuelle, c’est une application plus complète des doctrines évangéliques au gouvernement des sociétés. — Une nouvelle infusion s’opère dans l’humanité de cette vie surnaturelle que la rédemption a apportée au monde. Dans l’ordre même temporel doit se réaliser la prophétie d’Isaïe : « Omnis vallis implebitur, et omms mons et collis liumiliabitur, et erunt prava in direeta et aspera in vias planas (Isaïe, XL-4).
Cette communication, cette irradiation nouvelle de la flamme de la charité parmi les hommes, le Christ lui-même est venu la préparer d’une manière merveilleuse dans les révélations dont son cœur sacré favorisa la bienheureuse Marguerite- Marie.
L’ancienne société était devenue un obstacle à l’accomplissement des desseins de la bonté et de l’amour divin. Les formes , les apparences en étaient encore chrétiennes. Mais, les principaux organes en étaient faussés et ne remplissaient plus leur fonction.
Janséniste, gallican ou régalien, le clergé était dans l’ensemble un instrument de règne, le soutien et comme le complice d’une royauté césarienne et d’une aristocratie de cour qui, pour participer aux pompes et aux grandeurs royales, avait déserté ses devoirs de patronage vis-à-vis des faibles.
Pour détruire l’ancien régime, Satan a été de nouveau déchaîné. Et la Révolution s’est accomplie.
Malheureusement, on a cru pouvoir rebâtir avec les doctrines dont on s’était servi pour renverser, avec ces principes prônés
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par l’esprit d’erreur comme des principes de civilisation et qui ne peuvent être efficaces que pour détruire.
Les expériences de la République et du premier Empire auraient dû suffire à faire reconnaître le vice radical et la portée pernicieuse de ces doctrines. Les faits avaient été assez éloquents qui démontraient l’impuissance de la raison humaine livrée à elle-même, ou obéissant à l’esprit de révolte, pour restaurer l’ordre social. Pour le restaurer en le perfectionnant, il y fallait le concours de l’esprit qui planait sur les eaux « ferebatur super aquas », qui organisa le chaos, qui aux âges apostoliques transforma le monde païen et dont l’action ne doit cesser de s’exercer par l’Eglise dans l’humanité pour, en la surnaturalisant, accroître son bonheur en ce monde et assurer son salut dans l’autre.
Mais, en 1815, les préjugés et les passions contraires étaient encore vivaces, trop de préventions demeuraient dans les esprits contre lé clergé qui de son côté n’avait pas suffisamment séparé sa cause de celle des anciens partis et rejeté ce qui chez lui rappelait l’ancien régime. Pour exercer une action sociale efficace, le prêtre devait paraître animé d’un esprit nouveau, embrasé du feu de la charité et, tout en se montrant avant tout préoccupé du salut éternel de ses frères, ne pas se désintéresser de leur bonheur même temporel. Le zèle et le dévouement nécessaires, il devait les puiser dans une union plus étroite avec Rome, centre et foyer de la vie surnaturelle et catholique, organe ou canal épanchant sur la terre les eaux des sources du Sauveur.
D’illustres génies surent faire entendre ces vérités : Joseph de Maistre dans son livre du Pape et Félicité de La Mennais dans son ouvrage : De la religion considérée dans ses rapports avec l’ordre civil. »
L’action ardente du solitaire de la Chesnaie et de son école jeta dans le clergé d’heureux ferments que surent propager d’éminents disciples en se préservant des écarts du maître.
Mais pour la formation de ce clergé des temps nouveaux,
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pour que son magistère social fût accepté des gouvernements et des peuples, il fallait que l’on eût vu de nouveau à l’œuvre la Révolution. Le monde avait besoin de nouvelles leçons. L’opposition libérale et rationaliste sous la Restauration ayant procuré un regain de popularité aux idées révolutionnaires, il fallait qu’il fût de nouveau démontré que l'unique création de la Révolution sera toujours l'anarchie et le fruit de ses œuvres des pleurs et du sang, et que sans le secours de l’Eglise les gouvernements sont impuissants à combattre son œuvre destructive.
Les ébranlements passagers de 1830 et de 1848 ne suffirent pas à faire cette démonstration. Il y fallait de plus longs bouleversements et de plus violentes commotions. Cela était réservé à la crise que nous avons vue commencer avec la guerre d’Italie et qui dure encore. Malgré toute cette 'longue suite d’efforts, malgré la puissance du concours que lui ont prêté des hommes d’Etat et des chefs d’empire comme Napoléon III et Bismarck, nous pouvons déjà le déclarer, la Révolution n’aura encore fait qu’assurer l’exécution des plans divins et préparer un nouveau triomphe pour l’Eglise.
Nous avons montré quel adversaire la secte, fille de Satan, a rencontré dans Pie IX et par quels coups il a riposté aux coups de l’ennemi. La proclamation du dogme de l'immaculée conception et l’Encyclique Quanta Cura, accompagnée du Syllabus , ont frappé les erreurs modernes dans leurs principes et dans leurs manifestations. Et la proclamation de l’infaillibilité pontificale, rendant irréfragables les condamnations du vaillant pontife, a armé la Papauté d’une autorité et d’un prestige qui la placent désormais au-dessus des atteintes de toutes les puis sances soulevées contre Elle.
Il appartenait à Léon XIII d’achever l’œuvre si bien com mencée par son prédécesseur et de justifier par l’éclat de son action dogmatique et sociale les prérogatives de nouveau proclamées. C’est lui qui devait être sur le terrrain déblayé par le nouveau David, l’architecte de la reconstruction préparée par
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la bonté divine, le véritable Salomon des temps nouveaux.
Dès ses premiers enseignements on put augurer que le nouveau Pape serait sur le trône de saint Pierre la fidèle image de son maître, de Celui qui est la splendeur de ta lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu... qui tend à ses fins avec force et dispose tout avec douceur.'...
A la fin de 1885 le pontificat de Léon XIII était déjà assez haut sur l’horizon pour que l’on pût se faire une idée générale de la carrière qui lui restait à parcourir, de l'œuvre dont il poursuivait l’exécution.
Cette première partie de son règne avait été surtout dogmatique ou théorique. D’après les plans tracés on pouvait juger la beauté des proportions et la grandeur de l’édifice projeté. Léon XIII en avait déjà (théoriquement) posé les fondements, dressé les colonnes principales et même dessiné le couronnement. La base, on l’avait dans son Encyclique sur l’enseignement de la philosophie de saint Thomas qui est comme la préface de tout son pontificat et donne en ses principes généraux toute sa doctrine. Les colonnes principales, c’est l’Encyclique sur le Mariage relevant la société domestique à la hauteur que lui a faite l’Evangile, et celle touchant le pouvoir civil qui rend à l’autorité sociale son origine divine et son caractère sacré ; c’est ajissi la lettre sur l’enseignement de l’histoire disant ce qu’est la Papauté dans le monde, en rappelant son rôle et les services qu’elle a rendus au cours des siècles.
L’Encyclique sur la Constitution chrétienne des Etals en formait le couronnement.
Elle marquait la place qui doit être faite à l’Eglise et les relations qui doivent exister entre la société religieuse et la société civile. Entre temps l’Encyclique Humanum genus avait frappé la franc-maçonnerie qui dirigeait la guerre et dont les assauts étaient incessants contre l’Eglise et la vérité surnaturelle. Léon XIII comme Esdras édifiait en combattant.
Voilà où en étaient les choses à la fin de 1885. Les grandes lignes de la reconstruction sociale étaient fixées et le corps
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principal dessiné. Mais à ce beau plan bien des additions restaient à faire, restait à eu effectuer la construction, et restait à y faire entrer l’humanité.
La place des différents pouvoirs et leurs relations entre eux y étaient bien marquées. Mais dans une société chrétienne il ne suffit pas d’assurer les droits et l’exercice de l’autorité. Le commandement ne s’adresse pas à des automates ou à des esclaves. Manquait encore la place à faire à la liberté et les conditions dans lesquelles elle doit s’exercer.
De nouvelles encycliques allaient y pourvoir. Les notions de la liberté n’avaient pas été moins faussées que toutes les autres notions du droit public dans les doctrines franc-maçonniques qui, ne fondant que la licence et l’omnipotence de l’Etat, préparent les voies au hideux socialisme. Il importait de rétablir la vraie doctrine sur ce point important avec la notion des secours que la religion procure à notre faiblesse pour la pratique des vertus. Ce fut l’objet de deux Encycliques qui parurent au cours de l’année jubilaire 1888, de l’Encyclique sur la liberté et de celle sur les devoirs de la vie chrétienne.
Il ne restait plus qu’à marquer ce que devaient être les relations entre elles des différentes classes de citoyens, qu’à résoudre les questions sociales et ouvrières pour compléter le programmedevantdiriger l’actiondes catholiques. Unenouvelle Encyclique, qui devait traiter à fond ces questions (l’Encyclique Novarumrerum), ne devait pas se faire longtemps attendre.
La grande préoccupation de Léon XIII à partir de son année jubilaire est d’amener les sociétés à l’acceptation et à l'application de ses enseignements. Et son pontificat, sans cesser d’être doctrinal, devient plus particulièrement pratique.
Pour atteindre à ses fins, ses efforts portent sur un triple terrain, sur le terrain diplomatique, politique et social, et s’exercent avec une suite, une constance et un accord admirables [suaviter et fortiter ) ; les relations internationales, l’ordre politique et social, tout est à réformer. Il n’oublie pas non plus dans ses plans le relèvement de la Papauté dans ses droits de
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souveraineté temporelle. Mais ce but qu'il ne perd pas de vue, il ne le vise pas directement et immédiatement. Ce sera la conséquence. le couronnement de la grande reconstruction générale qui est l’objet de ses soins immédiats. Léon XIII ne néglige pas non plus les devoirs que lui impose sa mission apostolique.
En même temps qu’au salut de la société européenne, il travaille à la conversion des hérétiques, des schismatiques et des infidèles. Il entend faire entrer l’univers entier, même la race de Cham, dans sa grande reconstruction.
Pour abattre le règne de la franc-maçonnerie, qui est le grand obstacle, surtout pour la partie européenne de son programme, Léon XIII a compris qu’il devait porter la lutte plus spécialement sur leterrain social. C’est au peuple que le clergé et l’Eglise doivent aller plus directement. C’est le peuple (surtout le peuple français, qui exerce toujours cette magistrature morale dont parle Joseph de Maistre), qu’il faut enlever à la domination de la secte en lui montrant où sont ses vrais amis’ et d’où peut lui venir le salut.
A ce moment la franc-maçonnerie était encore à l’apogée de sa puissance. Toutes les expériences, toutes les ruines accumulées depuis la guerre d’Italie n’avaient pas suffi à désabuser les peuples sur ses doctrines.
Le gouvernement de la France était retombé dans ses mains et, même après 1870 et l’horrible Commune, la secte y pouvait célébrer le centenaire de 1789 quelle faisait coïncider avec les pompes babyloniennes d’une exposition universelle.
A Rome, elle prenait sa revanche des fêtes jubilaires et croyait proclamer la déchéance même spirituelle de la papauté en érigeant une statue à un moine apostat.
Le gouvernement de Humbert était à son service. Guillaume II, en visitant dans Rome le roi d’Italie, venait de donner aux faits accomplis par la secte une solennelle consécration. Le faisceau de la triple, alliance que Bismarck était parvenu à lier semblait assurer l’achèvement de l’œuvre maçonnique en Europe.
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Sans s’émouvoir de ces bruyantes et triomphales démonstrations de ses ônnemis, Léon XIII n’a cessé de marchera son but. Il est plein de confiance dans l’appui de Celui dont il est . le représentant et l’instrument. Cet appui, il n’a cessé de le demander par l’intercession de la Vierge immaculée qu’il sait toute-puissante sur le cœur de son fils.
Comme son prédécesseur, à la veille de ses grands combats, Léon XIII a- intéressé à sa cause la gloire de Marie. Il l’a honorée du titre de reine du Saint-Rosaire. Une nouvelle basilique a été érigée et consacrée à Lourdes sous ce vocable là où la belle Vierge à la robe blanche et à la ceinture bleue était apparue à l’humble Bernadette, le rosaire à la main. Et Léon XIII n’a pas craint de déclarer solennellement que c’est d’elle qu’il attend le salut, par un miracle qui sera le couronnement de tant de miracles qu’elle est venue opérer parmi nous.
Depuis que la voix du Pontife a été entendue et que l’Eglise, à son appel, a invoqué Notre-Dame du Saint-Rosaire par des prières périodiques, solennelles et persévérantes, la collaboration de la Providence avec le Pape est devenue de plus en plus marquée.
Tous les rois ou gouvernants qui se sont faits les instruments de l’action anticatholique ou maçonnique, tous les principaux chefs de l’armée des enfants de ténèbres, marqués du sceau de la bête, ont senti ia main de Dieu.
Beaucoup sont morts d’une mort étrange. La plupart sont tombés frappés moralement. Et les autres sont 9 la veille de périr victimes des conséquences de leurs principes, submergés par le flot vengeur du socialisme et de l’anarchie qu’ils ont déchaîné.
Qui habitat in cœlis irridebit eos et Dominas subsannabit eos.
Tune loquetur ad eos in ira sua et in furore suo conturbabit eos (ps. 2).
Guillaume Ier, le redoutable empereur, l’heureux fondateur de l’empire allemand {a Jove principium), a connu l’épreuve aux derniers jours de sa vie. Le potentat qui avait fait couler
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tant de sang* qui avait banni ou emprisonné des prêtres et des évêques.et voulu faire échec aux décisions du concile du Vatican, a été frappé dans soti fils unique. Il a été témoin, avant de mourir, de la longue agonie du prince héritier.
Frédéric III ne lui a survécu que trois mois, et l’élève chéri de Bismarck, Guillaume II, est devenu l’empereur des Allemands, après avoir laissé voir son impatience de régner auprès du lit de son père mourant.
L’Allemagne n’a plus le vent en poupe. Elle a été dans les mains de Dieu, comme autrefois les Assyriens, le bâton, la verge dont il s’est servi pour châtier son peuple. Et dans son orgueil elle s’est retournée contre Celui dont elle n’a été que l’instrument. Cette autre Babylone aura aussi son tour.
Les circonstances ont bien changé depuis 1870. La Russie, alors favorable à l’Allemagne, est devenue un redoutable adversaire. Elle n’a pas pardonné au cabinet de Berlin de l’avoir arrêtée sur la route de Constantinople (1877).
L’année 1888 était le moment psychologique, où s’il ne pouvait amener cette puissance à entrer dans ses combinaisons, Bismarck devait la mettre aux prises avec l’Autriche et ses alliés. Sans quoi le tsar aurait le temps de lever et d’organiser des forces immenses.
La patience de la France et de la Russie, le calme imperturbable du tsar Alexandre III et les événements qui survinrent alors à la cour de Prusse déjouèrent les combinaisons du grand diplomate. La mort du vieux Guillaume précédant celle du Kronprinz malade qu’il aurait voulu écarter du trône, deux changements de règne se succédant à Berlin en cette même année 1888 dérangèrent le jeu du grand ministre. Le moment psychologique fut manqué. 1889 suivit avec l’Exposition universelle... Il fallut ajourner encore la guerre. Puis sont venus les embarras intérieurs, la discorde qui n’a pas tardé à se mettre entre l’élève et le maître, ies progrès du socialisme de plus en plus menaçant et le réveil du particularisme dans les Etats du Sud.
Congédié à la suite des élections du 20 février 1890, Bismarck est, sous certains rapports, devenu pour Guilaume II ce que
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M. Thiersa été pour Napoléon 111 à la fin du second empire. Faut-il faire grand cas des réconciliations qui ont suivi?
Les autres gouvernements alliés de la Prusse ont eu aussi leurs épreuves. Le principal de ces États est l’Autriche, qui est devenue dans la Tripliez l’alliée de ses adversaires et de ses vainqueurs de 1866/ François-Joseph a mis ses mains dans celles des larrons qui se sont promis ses dépouilles et qui le tiennent préalablement sous la domination de leurs complices, les Juifs et les Madgyars révolutionnaires.
Il en a été récompensé dans son fils. La conduite de l’archiduc Rodolphe, de l’unique héritier direct de sa couronne, a montré que le jeune prince avait profité des leçons de ses maîtres juifs et libres-penseurs et qu’il était sans préjugés... Le drame de Meyerling est encore dans toutes les mémoires. L’empereur n’a guère profité de la leçon. Il n’a cessé de collaborer avec ceux qui travaillentà là destruction de l’Eglise et au renversement deson trône, comme delà plupart des trônes del’Europe.
Parmi les nations qui sont au service de la Révolution ou de la franc-maçonnerie contre le Christ et son Eglise, l’Italie tient la tête. A elle d’en finir avec la papauté. Pauvre Humbert ! Croit-il sincèrement que la Révolution dont il s’est fait l’agent travaille pour lui et lui destine la couronne laurée? Que l’exemple de tant de rois renversés l’instruise.
Humbert se croit garanti contre tous les périls par son alliance avec Guillaume II. Mais le Kaiser allemand a eu beau visiter et acclamer le roi d’Italie dans son palais, dans sa capitale déclarée intangible. Il n’a pu lui apporter une sécurité qu’il n’a pas lui-même. Les efforts dirigés contre le Vatican ont ébranlé tous les trônes. Partout le socialisme prépare le châtiment des royautés prévaricatrices et des bourgeoisies révolutionnaires (1). 0
(l) Nous rappelons que cet article était écrit avant les désastres des Italiens en Abyssinie. Notre collaborateur voyait bien que le royaume d’Italie allait recevoir un terrible avertissement. Il ne prévoyait pas qu’il viendrait de là (Note de l'Univers.)
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La triple-alliance a beau augmenter ses armées, chercher à s’assurer encore le concours de l’Angleterre. Elle est travaillée de maladies internes qui la rendront impuissante. Et elle doit compter avec une contre-alliance qui se fortifie chaque jour. C’est le Pape qui l’a nouée et a travaillé le plus efficacement à la consolider, ne pouvant voir avec indifférence « une combinaison politique qui assure à la franc-maçonnerie la possession matérielle et violente de Rome (1). »
Léon XIII s’appuie toujours sur la France. Il n’a cessé de voir en elle, malgré ses égarements passagers, la grande nation catholique, celle qui a été et qui doit redevenir le soldat du Christ. On se rappelle que sa première bénédiction après son avènement a été pour elle. La voyant menacée par une coalition d’ennemis qui sont aussi les siens et qui veulent surtout détruire en elle le boulevard de l’Eglise et de la Papauté, il devait travailler à la faire sortir d’un isolement si dangereux. La force des choses et des intérêts réciproques poussaient la Russie et la France l’une vers l’autre. Mais le tsar Alexandre III avait des répugnances à s’allier avec des gouvernants opportunistes ou radicaux qui avaient passé leur vie à fomenter la Révolution européenne. Léon XIII a fait tomber ses préventions en lui donnant l’exemple et en lui inspirant confiance dans la vraie France qui est toujours là sous un déguisement passager.
Grâce à l’alliance russe, la France a pu poursuivre sa réorganisation et ses armements et se préparer aux luttes à venir.
Les gouvernements de France et de Russie, alliés au Pape contre une ligue que soutient et dirige la juiverie maçonnique, constituent un groupement qu’on pourrait déjà appeler la ligue catholique. Pour que son action ait son efficacité, il faut que la politique intérieure de chacune des puissances qui en fait partie soit d’accord avec sa politique extérieure. — Aussi bien du côté de la Russie que de celui de la France, la Provi-
(i) Article de ïOsservatore Romano, du 1er juillet 1891.
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dence a manifestement travaillé dans ce sens en ces derniers temps.
Si la Russie ne reconnaît pas encore la suprématie religieuse de Rome, on ne peut nier qu’un sensible rapprochement ne se soit opéré et qu’il n’y §it quelque chose de changé dans les dispositions du peuple russe vis-à-vis du Pape. On ne peut nier que le tsar Alexandre III n’ait répondu aux avances pacificatrices de Léon XIII. Le rétablissement à Rome de la légation russe supprimée depuis le fâcheux incident du comte de Meyendorff (1867) est un témoignage de ses sentiments bienveillants, et la mission du prince Lobanoff ne parle pas moins haut.
Et puis, à côté des tendances officielles et gouvernementales, il y a les courants populaires. Les peuples slaves se sentent aujourd’hui attirés vers Rome. Les fêtes pour le centenaire des saints Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves, l’ont révélé avec éclat.
Deux hommes personnifient cette disposition des esprits, Mgr Strossmayer, le grand évêque de Diakowo en Croatie, et M. Wladimir Solowiev, l’illustre publiciste russe.
Solowievdans son travail : Vidée russe, a établi qu’un grand rôle est réservé à la Russie au sein de l’unité dont Rome est le centre si la Russie veut répondre à sa vocation providentielle.
Sans doute, la politique du tsar Alexandre III n’a pas été la mise en œuvre des idées professées par Solowiev. Mais elle s’est dirigée selon l’intérêt russe qui veut que la diplomatie du tsar s'allie eu dehors aux forces catholiques et les ménage au dedans.
Ç'a été de sa part un trait de génie, sinon une illumination de la Providence de voir dans le juif le véritable ennemi, dans le juif qui a su s’emparer à son profit de 1^ direction de la Révolution dans le monde entier au moyen de la franc-maçonnerie, qui commandite la triple-alliance et qui, si l’on n’y mettait bon ordre, ferait pénétrer en Russie le travail de dissolution et de décomposition qui prépara les désastres de
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l’Autriche en 1866 et ceux de la France en 1870. Alexandre III a compris que l’entreprise Bismarck Bleichrœder et Cie, quelle qu’en soit aujourd’hui la raison sociale, existe toujours pour l’asservissement et la spoliation des peuples, et sa diplomatie a encouragé partout l’antisémitisme, y trouvant son véritable point d’appui.
Le gouvernement français, longtemps du moins, n’a pas eu cette clairvoyance ni cette sagesse. Comment l’attendre de valets de juifs et de francs-maçons comme l’étaient nos gouvernants? Pouvaient-ils être sincères dans leurs démonstrations d’amitié à l’égard de la Russie? Ils étaient les complices de' ceux qu’ils voulaient paraître combattre. On les a vus s’acharner à démoraliser le pays, à tuer son âme et à détruire toutes ses forces vives (commerce, agriculture, finances etc...) La Providence a travaillé avec le Pape à délivrer la France du joug de ces malfaiteurs et à faire disparaître cette cause de faiblesse pour la ligue dont Léon XIII est le chef. Elle a opéré sur ceux qui ont tyrannisé si longtemps notre malheureux pays comme sur les gouvernements de la triple-alliance.
On sait comment ont fini la plupart de ces hommes néfastes. Gambetta, Paul Bert, Grévy, Ferry, et Clemenceau et tant d’autres frappés de mort soudaine ou déshonorés, tués moralement...
C’est Léon XIII qui a donné le branle au mouvement, et qui a préparé cette union. Qu’on se rappelle le toast du cardinal Lavigerie, la lettre du cardinal Rampolla à l’évêque de Mende, et l’Encyclique du 5 février 1892.
En combattant le mouvement, la franc-maçonnerie achèvera de le faire aboutir. Pour avoir une armée elle est obligée de faire alliance avec le socialisme révolutionnaire. Si elle triomphe, son triomphe épouvantera le monde et elle en sera la premièrè victime; ce sera la péripétie que suivra de près le véritable dénouement.
Vis-à-vis de l’état-major de l’armée du mal, c’est-à-dire de la maçonnerie corrompant les masses et déchaînant leurs con-
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voitises pour rétablir son règne, l’armée du bien se trouvera en mesure.
Et c’est l’Eglise et son chef qui l’auront recrutée, armée, organisée, en allant au peuple, en regagnant sa confiance et en lui faisant accepter pour la guérison de ses plaies le baume évangélique, ce baume sauveur dont naguère la Revue des Deux-Mondes elle-même reconnaissait l’efficacité.
Il appartenait au Pape qui a écrit l’Encyclique De Conditione Opipcum de faire aboutir ainsi heureusement, et avec cet àpropos, le grand mouvement catholique de notre siècle.
En préparant ainsi la réorganisation pacifique de la société dans la justice et la charité, Léon XIII nous a remis en selle. Nous lui devrons l’union et la force nécessaires pour faire face au péril intérieur, et, par suite, au péril extérieur.
Un des plus puissants facteurs qui assurent la victoire nous manquait encore. C’était la confiance en nous-mêmes et la foi en nos destinées. Notre moral avait besoin d’être relevé. Léon XIII y a aussi pourvu en dressant devant nos yeux, avec l’auréole au front, celle qui est une des plus pures personnifications de notre patrie et de sa mission sainte et généreuse.
Berlin fêtait à grand bruit Guillaume et Bismarck réconciliés (?) (janvier 1894). Léon XIII a répondu à ces fanfares provocatrices en déclarant Jeanne d’Arc vénérable. Tous les cœurs français en ont reçu une puissante et fortifiante commotion.
D’autres circonstances ont encore contribué à réveiller chez nous les sentiments généreux et patriotiques et à ranimer en même temps le sens chrétien : la mort de Mac-Mahon, rappelant son héroïque vie et ses funérailles religieuses au milieu des fêtes russes; la mort et les funérailles du président Carnot et toutes les émotions produites parce tragique événement.
Depuis lors, frappée dans la personne de Carnot, la francmaçonnerie agonise. En disant la franc-maçonnerie, nous avons dit par là même la juiverie; la franc-maçonnerie n’étant que la juiverie transformée et prolongée, et les loges formant les tentacules de la pieuvre qui nous enlace et nous dévore.
Cette captivité de Babylone qui pèse depuis trop longtemps sur nous.et sur les peuples chrétiens touche, nous l’espérons, à sa fin !
Sans doute, l’énorme puissance de la franc-maçonnerie juive que soutiennent tant de complicités et de ramifications ne cédera pas sans combat. On sait tous les ressorts dont elle dispose pour agir au dehors et au dedans et sur les gouvernements et sur les masses révolutionnaires. Tous les meneurs socialistes lui appartiennent. Bien des symptômes annoncent qu’elle prépare un terrible retour offensif.
Gejtte crise que nous voyons venir consommera sa ruine en mêihe temps que la confusion de ses doctrines et assurera, nous en sommes convaincus, l’achèvement de l’œuvre de Léon XIII. Violente pourra devenir l’épreuve, mais comme nous l’avons dif, ce ne sera qu’une péripétie, le véritable dénouement suivra.
A la suite de l’affaire du traître Dreyfus et des scandales de nouveaux Panamas, voyant la lumière se faire sur leurs hontes et leurs menées perfides, les hommes de ténèbres tentent une partie suprême. La nomination de Brisson à la présidence de la Chambre et leurs efforts pour le faire président de la République sont le commencement de la revanche qu’ils veulent prendre contre la France honnête. Leur campagne va continuer contre le nouveau président. Puisse-t-il être mieux trempé pour la lutte que son prédécesseur. Il semble disposé aux concessions. S’il s’engage dans cette voie douloureuse, il est perdu lui aussi. Mais n’importe, il se trouvera bien quelqu’un à la fin pour relever le gant. Le conflit est dans l’air — il faudra qu’il éclate. — Ah ! si nous avions un Garcia Moreno!...
... Nul doute que les fils de la veuve c}u dehors et du dedans ne viennent à la rescousse. Et nous savons que les complicités extérieures ne leur font pas plus défaut que les intérieures. On peut le voir par l’attitude de l’Italie entre autres.
La lutte, et elle est peut-être prochaine, sera terrible.
Saint Jean semble l’avoir décrite dans ce passage de son apocalypse
QUE SERA LE DENOUEMENT
... « Et je vis les cieux ouverts et voici qu'apparut un cheval blanc. Et celui qui le mon tait s’appelait le fidèle et ['infaillible... r ... « Et je vis la Bête, et les rois de la terre, et leurs armées rassemblées pour livrer bataille à celui qui était monté sur le cheval blanc et à son armée...
... « Et la Bête fût prise...
... Et tous ceux qui combattaient pour elle périrent frappés du glaive de celui que était sur le cheval blanc, du glaive sortant de sa bouche. Et les oiseaux se rassasièrent de leur chair... » 11 nous semble qu’il s’agit bien là de la Papauté représentée aujourd'hui par Léon XI II.
La Papauté triomphera et avec elle la France chrétienne. La Révolution ayant achevé de montrer par ce dernier effort ce qu’elle est dans son fond et qu’elle n’est propre qu’à détruire, tous les peuples désabusés se tourneront enfin vers la sainte montagne d’où leur vient la lumière. Tous marcheront sous la houlette du successeur de Pierre. Il n’y aura plus, suivant la prédiction de sainte Catherine de Sienne, qu’un seul troupeau et un seul pasteur.
De ce prochain triomphe nous avons déjà comme une image anticipée dans les spectacles dont Rome est depuis quelque temps le théâtre. On y vient de la part de tous les peuples et de tous les rois admirer la sagesse du nouveau Salomon et solliciter ses oracles comme au temps delà reine de Saba. Aujourd’hui le représentant extraordinaire du tsar de toutes les Russies est aux pieds du Saint-Père, où il vient apporter les hommages de son maître. Hier c’étaient les patriarches Grecs, Arméniens, Chaldéens, qui négociaient l’union des Églises orientales, c’était le coryphée de la littérature et de la science françaises, libre-penseuses, lé directeur de la Revue des Deux-Mondes reconnaissant l’insuffisance des sciences humaines, séparées de la théologie, et la nécessité de leur réconciliation avec celle qui a été et qui doit redevenir leur reine... demain ce sera le cardinal Vaughan venant traiter de la réunion de l’Église anglicane.
C’est le prélude de l’ère nouvelle, que nous nous sommes
permis d’appeler par avance l’ère du Sacré-Cœur, d'une ère où les institutions et les arts redeviendront chrétiens et où sera ainsi consommée l’œuvre du grand pontife dont nous avons • dit qu’il aura été sur le trône de saint Pierre une fidèle image de son divin maître, de Celui qui est la splendeur de la lumière éternelle et le miroir sans tache de la majesté de Dieu... qui tend à ses fins avec force et dispose tout avec douceur.
Au temps du roi Salomon, depuis Dan jusqu’à Bersabée, chacun vivait en paix sous sa vigne et sous son figuier. Dans le nouvel édifice social élevé par Léon XIII, les peuples goûteront une heureuse et florissante paix. Puissent-ils savoir en jouir longtemps (1) !
(l) Je donne ici intégralement un travail qui, tronqué et réduit, a été ajouté comme conclusion à la seconde édition de mon livre, le Grand Combat contemporain. Je le donne tel qu’il a paru dans Y Univers des 24 et 25 juillet 1896. Si, pourtant, contrairement à mes prévisions optimistes, l’épreuve se perpétue pour les catholiques, nous continuerons de la subir sans nous scandaliser, ni murmurer contre la Providence. Nous savons qu’il doit venir pn temps où il n’y aura plus de triomphes terrestres à espérer pour les chrétiens. Sommes-nous arrivés à cette période où l’ anti-christianisme doit régner sur la terre? Si oui, nous attendrons, en souffrant et en combattant, le grand et suprême avènement, sachant qu’il ne saurait plus être éloigné.