‹ A travers les arts, causeries et mélanges: causeries et mélangesChapitre 1 sur 38 · LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET · texte numérisé non relu

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BOULEVARD SAIIIT-6ERHAIN, !f* 77

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M. LE COMTE DE CARDAILLilC

DIRECTEUR DES BAIIlfEKTS CIVILS

Mon cher aiU|

Je vous dédie ce livre qui vous rappellera nos conversations sur les arts. En lisant ces quelques pages, vous y retrouverez, je crois, plus d'une idée qui nous est commune; en lisant cette dédicace, vous y trouverez, je Tespère, un témoignage de ma gratitude et de mon affection.

Charles GARNIER.

Lorsqu un écrivain improvisé se décide à réunir eu volume les pages qu'il a composées pendant ses moments de loisir, ou bien les articles qu'il a publiés incidemment dans quelque recueil hospitalier, il ne manque guère de demander au public pardon de la liberté grande qu'il prend de lui soumettre ses œuvres. Le plus souvent il invoque en guise d'excuse l'opinion de ses amis ; ce sont eux qui, par leurs obsessions, l'ont contraint à faire cette publication ; ce sont eux qui, par leurs pressantes sollicitations, l'ont conduit à trancher du littérateur. Le plus souvent cette explication banale n'a rien de véridique; personne, sauf peut-être quelques complaisants, personne n'a donné à cet écrivain d'occasion le conseil sur lequel il s'appuie, et qui est bien le moyen le plus commode de faire de la modestie orgueilleuse. Dans tous les cas, que l'excuse soit vraie ou fausse, que m'importe la cause ! c'est le résultat seul qui m'intéresse.

Voilà ce que je me disais chaque fois que je lisais les petites préfaces de ces écrivains d'une timidité si audacieuse,

et je me promettais bien, si quelque jour j'étais tenté de débuter dans la môme carrière, de livrer mon volume au public sânij èxplicatâonâ, Bau^ considérants, sans préfaces ni introductions ; je ïnè prbnaettais, de lui dire seulement : Voicflejiyièj'iae^y'ju^ tnqttidftez pas de ce qui l'a motivé, prenez, lisez, et jugez. Mais point; au moment de réunir tous mes chapitres, et de les assembler sous une même couverture, je me sens aussi entraîné à les présenter au lecteur, et à lui dire qui sont ces nouveaux venus.

il sont de différentes provenances, les uns ont déjà été publiés en articles dans le Moniteur, à propos de T Exposition universelle ; les autres ont paru dans diverses revues oa journaux, et les derniers enfin sont encore inédits, et ont été faits afin de compléter à peu près le petit cours de théories artistiques, qui est en somme le but de cet ouvrage.

Puisque je ne puis plus invoquer le prétexte de pressions amicales, m'encourageant à soumettre mes idées au public, il faut bien que j'avoue que cette pensée, tout ambitieuse qu'elle est, m'est complètement personnelle. Je n'étais pas fâché de voir l'effet que feraient toutes mes broutilles, quand elles seraient réunies en fagot. Puis je me plaisais à croire que la conviction qui me dirigeait dans mes discussions serait assez forte pour convaincre aussi quelques lecteurs, et cette idée de faire des prosélytes n'était pas sans quelques charmes ; lout cela me disposait assez à faire ma publication ; elle fut enfin résolue, lorsque je m'aperçus qu'elle avait aussi, et surtout, un but fort utile.

C'était encore à moi que cette utilité devait profiter, et je commis de nouveau le péché d'égoïsme : j'étais certain

que mes principes formulés et affirmés me serviraient de critérium ; je dogmatisais d'un côté, je pratiquais de l'autre, et je verrais bien ainsi si j'étais conséquent dans mes actes et dans mes paroles : c'était à peu près pour moi un examen de conscience, et je m'y livre sincèrement en analysant tout ce que je crois. Puisse ce credo ne jamais se changer en mea culpa!

Lorsque je fis les comptes rendus de l'Exposition universelle, je considérais ce travail un peu comme un prétexte ; je ne voulais pas faire le métier ingrat de cicérone ; je voulais surtout étudier l'art en lui-même : c'est là seulement ce qui m'avait engagé à accepter ma fonction ; cependant les théories ne pouvaient pas toujours se coudre bout à bout, il fallait bien s'occuper de l'Exposition, et quelques appréciations sur les objets exposés étaient, de ^pé ou de force introduites dans le corps des articles.

Aujourd'hui que je n'ai plus le même but, et que la des- -cription des œuvres qui ne sont plus sous les yeux n'aurait presque plus d'intérêt, j'ai pu supprimer tout ce qui ne se rattachait pas complètement à mon sujet général ; néanmoins, j'ai cru devoir garder tout ce qui avait trait aux dessins exposés ; la variété des compositions et des envois amenant à la variété des impressions et des discussions, permet une certaine liberté d'allures à l'expression de quelques théories, qui peuvent plutôt se formuler que se développer ; au reste, une vingtaine de page au plus contiennent encore ces courtes digressions sur les œuvres spéciales et elles seront bien vite parcourues.

A ces divers chapitres, qui forment la première partie de ce volume, j'ai ajouté, en guise de complément une

deuxième partie composée d'articles divers, mais qui tous ont tin rapport plus ou moins intime avec les questions artistiques. Il m'a semblé qu'ils pouvaient trouver place dans ce volume. Malgré le manque de liaison qu'ils paraissent avoir entre eux, une idée générale peut, je croîs, s'en dégager. Si les grains de mon chapelet sont un peu mêlés, le lecteur pourra couper le fil et les arranger à sa guise.

Enfin, tel qu'il est, je signe ce livre avec bonne foi et conviction ; il va sans doute passer à peu près inaperçu aujourd'hui; mais il se peut qu'un exemplaire s'égare et se conserve ainsi quelque temps encore. Je me réjouis de penser qu'alors il pourra tomber sous les yeux de quelque collectionneur curieux, ou de quelque architecte érudit qui sera peut-être enchanté de retrouver les idées d'un artiste militant sur les arts de son époque.

Cette espérance me donnerait beau jeu pour affecter le dédain sur l'accueil qu'on fera à ce livre ; mais je la garde pour dernière ressource, en craignant bien que mes paroles ne se fassent pas entendre plus tard, si dès aujourd'hui je parle dans le désert.

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