CHAPITRE IX
Les œuvres artistiques, ornements oustatues, peuvent se produire ou se reproduire en employant diverses matières; les bois, les pierres, les marbres, les ivoires ou les métaux, sont tour à tour mis en usage, soit suivant la destination de l'œuvre, soit suivant sa composition générale, et dans tous les cas la matière employée n'est pas indifférente à l'effet produit; mais je réserve pour l'instant cette question du choix et ne m'occuperai que de la reproduction métallique, afin de compléter ce que j'ai dit sur l'emploi des métaux en architecture.
Les œuvres d'art peuvent se reproduire en métal au moyen de trois procédés principaux. Ce sont : la fonte, la galvanoplastie et le repoussage. Chacun de ces procédés a des avantages et des inconvénients, et il ne doit pas être indifférent à l'architecte, non plus qu'au statuaire ou à l'ornementiste, d'étudier ces divers moyens d'exécution, cette étude pouvant le guider
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dans le choix qu'il aurait à faire du système reproducteur.
Les fontes comprennent : la fonte de fer, la fonte de cuivre et d'alliage constituant le bronze, puis la fonte de plomb, de zinc et de divers autres métaux.
La fonte de fer le plus communément mise en œuvre pour les moulages artistiques provient d'Angleterre ou du Berry ; elle est traitée dans les hauts fourneaux, tantôt par le charbon de terre, tantôt par le charbon de bois, et elle est employée en première ou en seconde fusion. Celte seconde fusion est produite par la refonte des saumons de première fusion, et elle a sur celle-ci un avantage très-marqué. En effet, cette seconde opération permet non-seulement divers mélanges, lesquels ont pour résultat de produire une fonte de qualité commandée, ce qui n'est pas toujours facile d'obtenir directement de la première coulée, mais encore elle donne au métal une plus grande pureté en le débarrassant des crasses qui se trouvent toujours en assez grande quantité dans la fusion première.
C'est au Kioyen d'un sable très-fin que se font les moules destinés à recevoir la fonte; ces moules s'établissent soit dans le sol même, qui sert alors d'armature naturelle, soit au-dessus du sol dans des espèces de caisses ou châssis, armés solidement. Le noyau est placé dans l'intérieur du moule, et l'intervalle qui sépare ce moule et ce noyau sera l'épaisseur que devra
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avoir le métal fondu. On comprend de quelle importance est la régularisation de ces deux pièces, car si l'une ou l'autre vient à dévier, le métal se répandra inégalement, des épaisseur trop grandes seront d'un côté, des épaisseurs insuffisantes «eront de l'autre, et, à part cette mauvaise coulée, les refroidissements et les retraits se faisant irrégulièrement, la fonte sera d'une médiocre venue et pourra môme se fendiller et se rompre. Au surplus, cette question du refroidissement et de la déformation des pièces doit toujours être surveillée activement, et c'est au fondeur à composer le noyau de manière à répartir également le métal.
Lorsque les pièces sont d'une grande dimension ou d'une forme très-contournée, on est souvent obligé de les fondre en plusieurs morceaux qui se rassemblent et s'ajustent après coup. Pour les fontes d'art, cette division est regrettable, les ajustements se font mal, et ils sont plus sujets à s'oxyder que le reste de la pièce.
Lorsque le métal est sorti du moule, il est livré aux ^harbeurs qui, au moyen de la lime et du burin, enlèvent d'abord les coulées, puis ensuite les ébarbures. L'opération de la fonte est terminée, il reste maintenant à juger de son effet.
La fonte de fer était, il n'y a pas longtemps, à peu près impuissante à donner de bons résultats; les arêtes étaient lourdes et émoussées, les contours empâtés, les coutures nombreuses, le grain irrégulier et les déformations fréquenles. Tous ces graves inconvénients
devaient, dès lors, empêcher de considérer la fonte de fer comme un auxiliaire artistique, et elle ne pouvail être employée que dans la fabrication de grossiers objets. Mais, depuis une vingtaine d'années, la fusion du fer a fait des progrès considérables, les grands industriels qui dirigent nos usines ont trouvé des procédés qui permettent de faire, soit en première, soit en seconde fusion, des pièces de fonte d'une belle venue, d'un grain égal et suivant fidèlement les formes du moule. Ce progrès réalisé, il est pernlis actuellement d'employer la fonte pour beaucoup d'ouvrages qui exigent du soin, du fini et de la netteté. Au surplus, la fonte douce se prête assez facilement à la ciselure et au réparage et peut acquérir, au moyen de ces travaux de retouche, la perfection du bronze le plus soigné.
Mais si la fonte peut maintenant se prêter à toutes les combinaisons de la reproduction artistique, elle doit le plus souvent être mise en usage lorsque les ressources sont bornées, lorsque l'argent fait défaut, lorsqu'enfîn la question d'art est un peu soumise à la question d'économie. Son prix de revient est en effet du tiers, voire môme du quart, de celui du bronze ; aussi dans les constructions usuelles, lorsqu'une grande perfection n'est pas indispensable, cet emploi est nettement indiqué ; les grilles, les panneaux, les balcons, les chenaux, etc., tout cela peut être en fer fondu, et l'effet produit sera excellent. Il semblerait
dès lors que la fonte, ayant bon aspect et coûtant bon marché, devrait être d'un usage fréquent, presque constant même, et il en serait peut-être ainsi si cette matière n'était sujette à un grave inconvénient. Je veux parler de l'oxydation. La fonte, en effet, exposée à l'eau ou à Tair humide, se couvre bien vile d'une couche de rouille qui en détruit la couleur, en altère les contours et en corrompt la substance. Quelques jours seulement d'exposition en plein air, quelques instants d'exposition à la pluiç, le phénomène se produit, et la combinaison du fer et de l'oxygène devenant continuelle, la pièce s'attaque et devient informe. 11 est donc nécessaire de remédier à un état de choses aussi fâcheux et de chercher à garantir la foute du contact de l'air humide.
Plusieurs moyens se présentent à cet effet. Le plus simple et le plus anciennement employé, c'est de recouvrir les pièces de deux ou trois couches de peinture appliquées avec soin, en donnant à cette peinture le ton qui convient le mieux à la destination de l'objet. Ce moyeu, le plus expéditif et le moins coûteux, a l'inconvénient non-seulement d'empÀter un peu les contours, mais surtout d'avoir une durée limitée. Après dix ou quinze ans d'exposition au plein air, la peinture est détériorée, et il faut la refaire, soit en grattant les premières couches, ce qui peut compromettre la finesse du métal, soit en recouvrant ces premières couches, ce qui lot ou tard amène à un
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empâtement appréciable. De plus, lorsque la peinture est loin des yeux, il peut bien être possible de lui donner un aspect métallique ; mais, lorsque Tobjet est près de la vue, il devient plus difficile de se faire illusion SUT sa nature. Mais, malgré les défauts que je viens de signaler, comme on peut repeindre plusieurs fois les pièces et leur redonner alors leur couleur primitive, ce moyen expéditif est sufflsant pour un grand nombre de cas, et donne un résultat qui peut être souvent utilisé.
Deux autres systèmes garantissant la fonte peuvent aussi être mis en usage ; ils datent à peine de quelques années et sont dus à rintelligente initiative de M. Oudry. Le premier consiste à recouvrir d'une coucbe de cuivre les objets à préserver, et cette couche, dont répaisseur varie de un ou deux millimètres, préserve non-seulement la fonte, mais lui donne l'aspect d'un bronze rouge particulier, qui peut recevoir la patine des bronzes ordinaires. Plusieurs industriels avaient déjà recouvert la fonte par le cuivre en se servant, ainsi que M. Oudry, de la galvanoplastie ; mais les deux métaux juxtaposés dégageaient une certaine somme d'électricité qui les détériorait. M. Oudry, renonçant à ce procédé, au moyen d'une application à lui particulière, interpose entre les deux métaux une couche préservatrice qui retire toute cause de détérioration. C'est par ce nouveau système que sont recouverts les candélabres en bronze de la ville de
Paris, les fontaines de la place de la Concorde, la fontaine Louvois et d'autres monuments en fonte de notre ville. Ce procédé donc, qui transforme pour ainsi dire la fonte en bronze et qui coûte moins que le bronze lui-même, paraîtrait devoir être souvent employé et résoudre la question du beau et du bon marché; mais il n'en est pas toujours ainsi, car quelques inconvénients viennent à se produire dans la pratique. Ainsi, si minime que soit l'épaisseur de la couche de cuivre, lorsque les ornements sont rapprochés les uns des autres, lorsque les finesses sont fréquentes et les effets très-opposés, elle empâte toujours forcément le modèle et supprime une partie de la délicatesse des formes. Lorsque les pièces ont de grandes dimensions, cet empâtement n*est guère à redouter, mais on peut le craindre lorsque les pièces deviennent petites et les refouillements rapprochés. Un autre inconvénient qui parfois se produit dans le cuivrage de la fonte et qui, celui-là, peut être plus gravé, c'est qu'en certains cas l'adhérence n'est pas complète. Cet effet se produit soit lorsque le dépôt se fait inégalement, ce qui arrive lorsque le temps est trop chargé d'électricité, soit lorsque ce dépôt se fait trop promptement, lorsque le cuivre est cuit ; 'alors dans ce cas, si un choc vient à atteindre la fonte recouverte, il peut arriver que le cuivre soit déchiré ; il se fait un accroc à la pièce qui s'enlève alors par lambeaux, et laisse la fonte à nu. Cette considération et celle de
Tempâtement peuvent donner à réfléchir lorsqu'il s'agit d'employer ce procédé; mais, en résumé, comme dans le plus grand nombre des cas la fabrication est régulière, que Tépaisseur du cuivre peut se constater par la pesée, que Ton peut exécuter le modèle en tenant compte de l'épaisseur du cuivrage, et que beaucoup de pièces ne doivent pas être exposées à des chocs violents, on voit encore qu'il y a de grands avantages à l'emploi de la fonte cuivrée, et pour ma part je n'ai pas hésité à m'en servir lorsque la sécurité était garantie par l'emplacement et la destination des pièces métalliques.
Cependant, bien que la fonte cuivrée soit moins coûteuse que le bronze, M. Oudry a cherché à remplacer ce système par un autre encore moins dispendieux. Au moyen d'une huile spéciale inventée par lui, M. Oudry recouvre la pièce de fonte d'une couche de poussière de cuivre impalpable, obtenue par l'électricité ; cette couche, d'une épaisseur quasi inappréciable, n'en constitue pas moins une surface continue de cuivre qui peut prendre l'aspect du bronze ; c'est, si je puis ainsi dire, un bronze infinitésimal, mais c'est un bronze réel. Il va sans dire cependant que celle peinture cuivrante ne peut résister indéfiniment à l'action de l'air, et qu'il faut la renouveler tous les dix ou quinze ans, plus souvent peut-être ; mais pendant les premières années au moins elle donne une illusion si parfaite, qu'il est souvent impossible de distinguer
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le bronze vrai de la fonte peinte par ce procédé. Ou peut se rendre compte de cet intéressant résultat par les nombreux spécimens qu'en a déjà faits M. Oudry, et Ton doit féliciter cet intelligent industriel d'avoir découvert un système curieux, utile, souvent pratique, parfois économique, et toujours bon lorsqu'il s'applique à des pièces devant rester à l'intérieur des édifices. Enfin le dernier moyen qui peut s'employer pour garantir la fonte, c'est la dorure. Ce procédé, qui s'applique sur cette matière tout comme il s'applique sur les autres métaux, n'a que des avantages, et son emploi ne peut être borné que par les convenances arcbitecturales et décoratives. 11 faut dire cependant que la dorure a aussi à l'air une durée assez limitée ; mais elle suffit vingt ou trente ans à son office, et peut se renouveler après sa destruction sans nuire aux finesses des formes et sans causer d'empâtements sensibles. C'est donc un moyen précieux à employer pour garantir les fontes lorsque les ors devront faire partie de la décoration d'un édifice.