LES FONTES. — BRONZE, PLOMB, ZINC, ETC
La fonte de cuivre est rarement employée toute seule; elle est le plus souvent alliée à un autre métal qui la rend plus ductile, moins cassante, et en modifie un
peu Ua couleur. L*étain est Talliage le plus communément mis en œuvre; mais parfois le plomb, le zinc, le fer, Targent même, font partie de la composition, qui prend alors le nom générique de bronze.
D'après Pline, la composition du bronze qui servait aux statues était ainsi dosée ; cuivre 99, étain 6, plomb 5. De nos jours, la composition du bronze des canons est à peu pr^s celle-ci : cuivre 100, étain 10; et celle des cloches : cuivre 78, étain 22. Quant au bronze des statues et des médailles, il varie un peu, suivant la destination de l'objet, le goût du fondeur, et les ressources pécuniaires dont on dispose. Quelquefois le cuivre est presque pur, d'autres fois il est allié au zinc dans la proportion de 3 à 2 ; quelquefois encore les fondeurs font usage de mitraille pendante; ce sont les vieux bronzes, les rebuts et les débris d'anciens objets en cuivre. On obtient souvent ainsi une coulée d'une grande finesse ; mais la composition est incertaine. En résumé, l'alliage qui paraît sastifaire le mieux, à la fonte, à la couleur, à la pureté et à la înalléabilité, se compose à peu près ainsi : cuivre 82, zinc 14, étain 3, plomb 1. Mais, je le répète, il n'y a pas de règle bien fixe pour le dosage,, il n'y a pas grand inconvénient à choisir celui-ci plutôt que celui-là, lorsq^ue l'opération 'delà fonte est convenablement surveillée.
De même que pour la fonte de fer, le bronze se coule dans des moules en sable. Ce sable doit être
REPRODUCTION MÉTALLIQUE DES ŒUVRES- D'aRT. 129
choisi avec soin, et exeippt de calcaire ou de sels métalliques ; seulement, comme le bronze est d*un grain plus fin que la fonte, on termine davantage le raoule en le frottant à la main et lui donnant quasi le poli ; puis, lorsque ce polissage est terminé, on le recouvre d'une poussière impalpable de talc ou de poussière de charbon, afin d'empêcher l'adhérence du sable et du métal en fusion.
Si les pièces à produire sont d'une très-grande dimension ou d'une dépouille difficile , on les partage en plusieurs morceaux qui s'ajustent après coup. Cet ajustage peut se faire facilement et permet d'éviter la fonte d'un seul jet, opération aléatoire, tant pour le remplissage complet des vides que pour la distribution régulière des alliages mis en évolution lors de la période de refroidissement. Lorsque les objets à reproduire ont de petites dimensions ou doivent être tirés à un grand nombre d'exemplaires, on se sert pour la fonte de coquilles ou moules métalliques, et, pour donner à ces moules toute la finesse désirable, ils sont le plus souvent exécutés sur des épreuves en cuivre préalablement ciselées. C'est ainsi que se fondent les parties ornementales, les candélabres, chapiteaux, bases, pièces d'orfèvrerie, et lorsque le moule /ui-même est réparé et ciselé à nouveau, on obtient des bronzes d'une grande pureté et d'une parfaite exécution.
Je dois mentionner aussi un système de fonte fort
employé jadis, et abandonné maintensint : le moulage à cire perdue. Le modèle exécuté par Tartiste était armé à l'intérieur afin de lui permettre de résister à la pression du métal ; puis, ce travail fait, le sculpteur revenait sur son œuvre et la recouvrait d'une couche de cire égale à l'épaisseur que l'on voulait donner au bronzCi C'est cette couche qui recevait le modelé définitif, le modèle intérieur ne devant être considéré que comme le noyau. Le tout était ensuite enveloppé d'un moule fortement armé et entouré de feu; la cire fondait peu à peu, sortait en bas par des ouvertures ménagées à cet effet, et laissait libre l'intervalle placé entre le noyau et le moule. On ne peut nier qu'avec ce noyau l'épaisseur de la fonte ne fût plus égale ; mais, ce qui arrivait parfois, si l'opération ne réussissait pas, le travail était perdu, et il fallait que l'artiste recommençât son œuvre. 11 n'y a pas à craindre cela avec le moulage ordinaire ; si la fonte est manquée, au moins le modèle reste^ et la coulée peut se refaire sans qu'il soit besoin de produire un nouveau modèle. Lorsque le bronze est sorti du moule, de même que pour la fonte, il est livré aux ébarbeurs et aux ciseleurs, et de ces derniers dépendent souvent le caractère et l'aspect définitif de la pièce. Il faut plus que de l'habileté pour être un bon ciseleur ; il faut aussi le sentiment de la nature, une grande précision, une justesse de coup d'œil, et surtout il faut vouloir ne pas trop faire et savoir s'arrêter à point. Mieux vaut
un bronze un peu rugueux, mais qui conserve la touche du maître, qu'un bronze poli sans accent et sans fermeté.
Il est assez rare de laisser au bronze la couleur qu'il a au sortir du moule; le plus souvent on donne à la pièce fondue soit la couleur du bronze antique, soit la couleur du bronze florentin, soit une couleur participant de l'un et de l'autre. C'est au moyen d'une solution acidulée composée en général d'ammoniaque, de sel marin et d'azotate de cuivre, que l'on change la teinte primordiale du bronze fondu, et qu'on lui donne cette teinte verte ou bistrée que le temps oxyde chaque jour, et qui chaque jour devient plus belle.
L'œuvre du fondeur est terminée, il ne reste plus qu'à admirer l'œuvre de l'artiste, œuvre qui ne perdra rien dans sa transformation, car le bronze est sans contredit la matière qui convient le mieux à la reproduction métallique ; la durée, la finesse, la fidélité de répreuve, la facilité de la ciselure, tout s'y trouve réuni, tout en indique l'usage ; malheureusement le prix relativement élevé du bronze est souvent un obstacle à son emploi, et cette considération de dépense peut amener à renoncer à un moyen de reproduction aussi parfait. Cet inconvénient, relatif au prix de revient, ne touche pas au côté artistique, mais seulement au côté pratique, et s'il limite l'emploi du bronze, il en laisse intactes toutes les qualités.
Il n'y a à reprocher à ce métal que deux légers défauts, qui sont de peu d'importance, maïs que néanmoins je dois signaler. Le premier est la question du poids ; car, bien que le bronze puisse avoir une épaisseur moindre que la fonle de plomb ou la fonte de fer, cette épaisseur est pourtant plus grande que celle nécessitée par la galvanoplastie on le repoussé, et il peut se trouver certains cas où la pesanteur soit un obstacle et où il faille abandonner le bronze pour recourir à un procédé plus léger. Mais cela se présente bien rarement, et si le poids n'amenait à la dépense, on pourrait considérer cette constatation comme à peu près insignifiante. L'autre petit défaut que Ton pourrait reprocher au bronze, c'est que, lorsqu'il est exposé à l'air et soumis à l'action des pluies, celles-ci détachent de sa surface des parcelles de métal cristallisées, qui se mêlent avec l'eau et se déposent en traînées ou bavures sur les socles en pierre ou en marbre, supportant les pièces. Cet effet est parfois très-prononcé, et chacun a pu le remarquer à l'arc de triomphe du Carrousel, aux statues de Henri lY et du maréchal Ney.
Il est cependant possible de remédier parfois à ce petit inconvénient, en ménageant les écoulements des eaux de telle sorte qu'ils puissent avoir lieu sans lécher les surfaces. Cela fait, il n'y a plus rien à reprocher au bronze, qui doit être reconnu pour le métal par excellence lorsqu'il s'agit de reproduire de grandes œuvres artistiques.
Le plomb fondu a été jadis fort employé. Le moyen âge et la 'renaissance ont usé de ce procédé, qui était encore en vigueur au siècle passé et qui, aujourd'hui, est à peu près abandonné, du moins pour la statuaire. Cependant on s'en sert parfois pour diverses pièces ornementales, et comme, en résumé, il présente certains avantages décoratifs, il peut se faire qu'un jour oul'autre il soit employé de nouveau. Le plomb provient de France, d'Angleterre, d'Allemagne, de Belgique ; mais celui qui provient d'Espagne est surtout le plus réputé ; il arrive en France à l'état de saumon et peut dès lors être employé immédiatement pour la fonte.
Ainsi que le bronze, le plomb permet une grande finesse de contours ; il se prête facilement à toutes les. reproductions, et il n'est pas exempt d'une certaine solidité ; de plus, sa teinte grisâtre n'est pas sans Charme, et lorsque le temps l'a un peu adoucie, elle prend une tonalité très-harmonieuse. Ce métal étant aussi bien moins cher que le bronze, il peut être mis en œuvre là où l'économie est exigée. On voit par cette énumératioa des qualités du plomb quel peut en être l'usage, et l'on peut se rendre compte de l'effet qu'il produit en examinant les magnifiques groupes du parc de Versailles, L'Allemagne possède aussi un grand nombre de fontaines ornées de figures fondues en celte matière, et qui toutes, indépendamment de leur mérite artistique, ont un aspect ferme et puissant, une couleur charmante et une conservation presque parfaite.
Mais si le plomb a ses qualités réelles, il a aussi quelques inconvénients qu'il importe de connaître : ' ainsi le poids relatif des pièces est considérable, nonseulement parce que le plomb a une grande densité, mais parce qu'il est nécessaire de lui donner une épaisseur assez considérable, quelquefois 2 centimètres ; cette épaisseur est exigée par la propension du plomb à s'affaisser sur lui-même, propension qui est souvent sollicitée par sa facile dilatation lors des changements de température. Ainsi au dôme des Invalides, où les motifs sont d'assez petite dimension et ont une épaisseur moyenne de 15 millimètres, cet affaissement a été assez considérable pour amener à refaire en entier les ornements ainsi déformés ; on peut pallier cet inconvénient en diminuant un peu l'épaisseur du plomb fondu et en le garnissant intérieurement d'un enduit ou crépi de soudure d'étain. L'épaisseur totale est tout au plus alors celle qu'aurait eue le plomb tout seul; mais la résistance est bien plus grande, et l'affaiblissement n'est plus à craindre.
Le zinc est tiré de deux minerais : la blinde et la calamine ; l'un est un sulfure et l'autre un carbonate de zinc. Les mines les plus renommées sont celles de la Silésie et de la Vieille-Montagne ; celles des autres provenances sont de qualités inférieures.
Comme pour la fonte et le bronze, le zinc fondu se coule dans des moules en sable, lorsque les pièces sont grandes ou peu nombreuses. Quand elles doivent se
reproduire en grande quantité, elles se coulent dans des raoules en fonte ou en cuivre. De môme encore que la fonte et le bronze, le zinc peut se ciseler ; mais on rencontre dans ce travail de certaines difficultés provenant de la nature du grain métallique.
La principale qualité du zinc fondu, c'est son extrême bon marché relativement aux autres métaux; puis ensuite vient sa légèreté, car il peut se soutenir facilement de lui-môme sans une grande épaisseur ; puis, enfin, il peut épouser toutes les formes du moule et acquérir une certaine finesse. Lors donc qu'on ne demande pas autre chose aux ornements que Ton veut employer, le zinc a sa place toute marquée; aussi, dans les travaux ordinaires, oîi la question du prix joue le principal rôle, on a souvent recours au zinc, soit estampé, soit fondu. Mais il ne doit plus en être de même lorsque Ton recherche la beauté et la durée, choses que le zinc est impuissant à donner. Comme beauté, le zinc est en effet d'un aspect désagréable ; il n'a pas le gris chaud du plomb, mais un ton froid et aigre, qui se salit par le temps, mais qui ne gagne pas pour cela en couleur. Le zinc, il est vrai, peut se bronzer et recevoir la patine verte ou brune ; mais, insensiblement, cette patine, qui ne fait pas corps avec le métal, s'use aux endroits saillants et met à nu le vilain ton blanchâtre du zinc; cependant, lorsque les pièces doivent être placées dans l'intérieur des édifices, lorsqu'elles ne sont pas exposées à des chocs
OU à des frottements, la patine résiste encore assez longtemps, et l'on a un faux bronze qui peut simuler le bronze véritable. Mais, en somme, une matière n'a réellement une valeur complète que lorsqu'elle peut être employée au dehors comme au dedans. G'est ce que le zinc est impuissant à réaliser. A l'extérieur, il s'oxyde avec facilité ; il se pique, se ronge, et au bout d'un temps plus ou moins long il devient hors d'usage. Cela n'a pas grand inconvénient pour les travaux usuels : on change le métal et tout est dit ; mais il n'en est pas de môme pour les travaux artistiques : perdu le métal, perdue l'œuvre. Il faut donc laisser le zinc à l'industrie, mais le redouter lorsque l'art est en question.
Je citerai seulement pour mémoire le bronze d'aluminium> Tor et l'argent. Ces métaux, qui supportent parfaitement la fonte et donnent des résultats excellents, ne sont employés que pour de petits objets qui se rattachent à l'orfèvrerie ; au surplus, comme on peut dorer ou argenter tous les autres métaux, on obtient sur ceux-ci l'effet de l'or ou de l'argent, sans qu'il soit besoin d'y consacrer une somme considérable ; la valeur vénale de l'objet est sans doute moins grande, mais la valeur artistique n'a rien à y perdre.
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GALVANOPLASTIE
Les procédés de fabrication et Thistorique de la galvanoplastie sont maintenant connus de tout le mpnde; c'est une des applications de Télectricité qui rentre plus dans le domaine de la physique que dans celui de rarchitecture, et je dois me borner à dire seulement quelques mots de remploi de ce moyen de reproduction artistique.
Appliquée dans le principe à des objets de petite dimension, peu à peu la galvanoplastie s'est attaquée aux objets plus grands, et dès aujourd'hui elle peut reproduire n'importe quel modèle, quelles qu'en soient la forme et la grandeur. Deux établissements dont l'industrie s'honore, l'usine métallurgique d'Auteuil, dirigée par M. Oudry, et l'usine de la rue de Bondy, dirigée par MM. Ghristofle et H. Bouillet, ont fait et font chaque jour des travaux galvaniques qui montrent la puissance de ce procédé, et, lorsque l'on visite ces deux grands établissements, on est émerveillé de leurs productions. En voyant ces hauts reliefs, ces statues ronde-bosse, d'une exécution si parfaite et d'une fidélité de reproduction si grande, on prévoit que bientôt, dans le plus grand nombre des cas, la galvanoplastie remplacera le bronze ; non pas
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cependant qu'elle lui soit supérieure quant à la durée et à la finesse du travail, mais bien parce que, Veïïet en étant aussi complet, le prix de revient en est bien moins élevé.
Le bon marché relatif ne tient pas à la matière elle-même, puisque le cuivre est employé dans les deux procédés, mais il tient à ce que la matière mise en œuvre est bien moins considérable dans l'un que dans l'autre; il est effectivement difficile de donner aux statues en bronze une épaisseur de moins de huit millimètres, non parce que cette épaisseur est nécessaire pour la solidité, mais parce qu'avec une épaisseur moindre le bronze se figerait dans la coulée, et qu'au surplus, à moins de prendre le moulage à cire perdue, il serait fort difficile de faire un noyau qui s'approchât très-près du moule. Avec le galvano, au contraire, il peut être permis de ne donner aux pièces que l'épaisseur voulue. Pour les grands groupes de rOpéra exécutés par MM. Christofle et Oudry, et qui ont une hauteur de sept mètres, le cuivre déposé n'aura que trois ou quatre millimètres ; il en eût fallu au moins douze, si ces groupes avaient été coulés en bronze. L'économie de matière amène donc l'économie de dépense. On peut aussi, pour diminuer encore l'épaisseur galvanique, employer le procédé appliqué par la maison Christofle, procédé de galvanoplastie massive^ et qui consiste à doubler d'étain la couche de cuivre, de manière à lui donner la résistance voulue.
Au surplus, pour les grandes pièces il est souvent préférable de se servir d'armatures intérieures en fer forgé ; ces armatures, qui peuvent avoir toute la solidité désirable, servent à soutenir la pièce galvanique, qui, sans cette adjonction, eût été trop faible pour résister soit à son poids propre, soit à la pression du vent, soit aux chocs qui pourraient l'atteindre.
On voit donc les grands avantages économiques que présente la galvanoplastie, et c'est cette considération qui depuis ces derniers temps a influé sur l'emploi de ce procédé, qui prend chaque jour une nou- .velle extension. Je dois cependant y signaler deux petits inconvénients qui peuvent se produire. Lorsque les pièces ont des dimensions exceptionnelles ou des ombres très-contournées, il n'est pas encore possible de les faire venir d'un seul coup ; il faut diviser le modèle en plusieurs parties et ajuster après coup ces divers fragments. Cet ajustage se fait au moyen de la soudure renforcée de pattes et de goupilles ; et, bien que ce travail puisse dans le cuivre s'exécuter avec précision, il n'y en a pas moins là des solutions de continuité qui, si bien masquées qu'elles soient, peuvent, un jour ou l'autre, reparaître à la vue. L'autre inconvénient que l'on pourrait craindre, c'est que le cuivre déposé étant un peu moins dense que le cuivre fondu ou le cuivre martelé, il serait possible. que les pores, étant un peu moins serrés, donnassent plus de prise à l'action de l'air et des sels, et que les surfaces
UO A TRAVERS LES ARTS
se détériorassent plus promptement. Mais rien, je crois, ne fait encore prévoir cette désorganisation extérieure; c'est seulement une légère crainte que j'exprime et que l'avenir dissipera sans doute. Lorsque j'aurai dit que la galvanoplastie peut se réparer et se ciseler tout comme le bronze, et que, comme lui, elle peut recevoir diverses patines colorées, j'aurai, je pense, indiqué suffisamment les ressources que Tart décoratif peut retirer de son emploi.
MÉTAUX BEPOUSSÉS
Tous les métaux à peu près indistinctement peuvent subir l'action du repoussage et du martelage ; mais je dois laisser de côté les métaux précieux qui, comme l'or et l'argent, ne se rattachent pas à la grande décoration, ou les métaux plus rebelles au maillet, tels que le fer, qui, à part les estampages des tôles, a rarement un emploi pratique. Je ne m'occuperai donc que du repoussage des autres métaux qui se prêtent facilement à l'emboutissage et sont. fréquemment mis en œuvre pour ce genre de travail, c'est-à-dire le cuivre, le plomb et le zinc.
Le cuivre le plus communément employé provient du Chili, de la, Russie, de l'Angleterre, de l'Espagne
OU de la Suède. Mais le meilleur métal est celui qui nous vient de Bolivie. On le prend à l'état de sable mélangé d'une partie de silice, et on l'envoie en France, en sacs pesant 23 kilogrammes. Arrivé à destination, ce sable est placé dans des fours à réverbère dans lesquels on introduit une certaine quantité de chaux et de silicate de fer : les silices et les chaux se détachent du cuivre, celui-ci se fond et s'affine, puis se coule en plaques qui sont ensuite placées sous le laminoir.
Le cuivre ainsi laminé en planches, dont les épaisseurs varient depuis i millimètre jusqu'à 3 millimètres, est employé à la fabrication des ornements ou des statues, et l'on choisit les épaisseurs en raison du plus ou moins de relief des objets à exécuter et de la résistance qu'ils doivent avoir. C'est alors que commence le travail du marteleur.
Plusieurs procédés peuvent être employés, suivant la destination des pièces. Le premier consiste à garnir de cuivre des motifs préalablement exécutés en bois. Ce travail doit se faire sur place; c'est une espèce de moulage en cuivre : on bat le métal au moyen de marteaux sur le tas ou l'enclume, et on le présente maintes fois sur le noyau ligneux, jusqu'à ce qu'il en épouse la forme; puis, au moyen d'outils en bois, on complète et on parfait l'enveloppement. C'est ainsi que vient d'être exécuté par MM. Monduit et Béchet le travail de restauration de l'embase de la flèche des Invalides. Ce
travail est d'une main-d'œuvre fort dispendieuse, en raison des irrégularités du noyau qu'on est forcé d'épouser ; il est de plus onéreux comme construction première, puisqu'il entraîne une double dépense par la double exécution des motifs, d'abord en bois, puis en cuivre.
MaisTinconvénientleplus grand est que, lorsque le métal est directement appliqué sur le bois, celui-ci étant privé d'air s'échauffe et ne tarde pas à tomber en poussière. Cette détérioration est aidée par la chaleur que communiqué le cuivre. Si tou'c se bornait là, si le cuivre restait fixe à l'extérieur, il n'y aurait pas grand mal, sauf la dépense inutile faite pour la forme; mais cette forme qui soutenait quelques parties de la construction ou de l'ornementation étant détruite, la construction se disloque et l'ornementation se déplace. Aux Invalides, il était grand temps que l'on songeât à restaurer la lanterne du dôme, car les colonnes recouvertes de cuivre étaient quasi en poussière, et un accident devenait imminent. La restauration a au surplus été faite fort sagement ; on a conservé entre les nouveaux bois et le cuivre un certain isolement, et des trous ont été pratiqués dans l'enveloppe métallique," afin délaisser l'air entrer librement jusqu'au noyau.
On a renoncé aujourd'hui à cette application vicieuse. Le cuivre martelé est maintenu par des soudures et des armatures, et le noyau est supprimé. L'économie est ainsi plus grande et la durée plus longue.
Lorsque Ton n'a à produire qu'une ou deux pièces semblables, le cuivre est martelé directement sur le tas etrenclume, mais ce travail se fait à râtelier, ce qui en facilite la perfection et le rend bien plus rapide. C'est à l'atelier et en embputissant, en retreignant le cuivre que MM. Monduit et Béchet ont exécuté la grande statue du Vercingélorix de M. Millet, et les couronnements des coupoles du nouvel Opéra, travail le plus considérable qui ait été fait en repoussé jusqu'à ce jour.
Lorsque Ton a un grand nombre de pièces à exécuter sur le môme modèle, il est plus expéditif et plus économiqrie de fondre des matrices en fonte, et c'est alors sur ces empreintes que l'on martèlera le cuivre ; ce travail d'emboutissage et de retreinte se fait principalement au moyen d'outils en bois dur, sur lesquels on frappe avec le maillet ; ces repoussoirs en bois sont dirigés de façon à étirer la matière sur les parties planes, afin de la ramener et de fournir du métal aux saillies de l'objet ^^e l'on exécute. Pour arriver à avoir assezde ce métal, l'ouvrier doit avoir grand soin de couper le cuivre d'une grandeur bien supérieure à celle de la surface que présente le motif, afin de ne pas avoir à prendre ses reliefs au détriment de l'épaisseur de la matière, mais bien sur la surface même du cuivre qu'il attirera suivant son besoin.
Lorsque les pièces sont de grande dimension, on les fait par parties et on les réunit après coup au moyen
de soudures et d'armatures en fer, sur lesquelles s'agrafe le cuivre au moyen de gaînes disposées à cet effet.
J'ai cherché à indiquer les procédés principaux de la fabrication du cuivre martelé, il ne me reste plus qu'à dire quelques mots du résultat.
Ce système est moins coûteux que le bronze, il est un peu plus coûteux que la galvanoplastie lorsque les pièces sont compliquées, mais il est moins cher lorsque les pièces sont simples. Ainsi, quanta ce qui touche la dépense, on peut, en moyenne, l'assimiler au galvano; en ce qui touche la durée, le cuivre martelé étant très-dense et très-résistant, on pourrait la considérer comme illimitée si les soudures ne devaient se détériorer plus facilement que les fragments des pièces. C'est, au surplus, l'inconvénient que Ton peut reprocher à bien des moyens de reproduction métallique ; mais il ne faut pas cependant exagérer cet inconvénieiit;une soudure bien faite, bien doublée, doit résister longtemps, et l'on peut, au reste, la renouveler si elle périclite. Quant à l'efTet général, il est évident que le repoussé n'est pas aussi fidèle que le fondu ou le galvano, et que pour les pièces réellement artistiques cette considération a son importance ; mais pour les parties ornementales, la main de l'ouvrier, qui se sent dans le travail, n'est pas sans charme et sans accent; il y a là une certaine liberté d'exécution qui donne de la variété, tout en conservant l'as-
pect général, et, ce qui peut être défaut, lorsque là pureté de la forme est nécessaire au beau, est'plulôt qualité lorsque Tensemble doit surtout frapper les yeux.
Lorsque le plomb est à Tétat de saumon, on le fond dans le fourneau à réverbère, puis on le coule en plaque sur le sable, ou bien on le lamine suivant l'emploi auquel il est destiné. Pour Tornementation, on se sert de préférence du plomb laminé, comme étant plus régulier et plus doux à travailler que le plomb coulé ; tandis que ce dernier, offrant une plus grande résistance et étant moins susceptible à la dilatation, est employé de préférence pour les chenaux, couvertures, terrasses, etc.
, Le plomb employé pour le repoussé a une épaisseur moyenne de 2 à 3 millimètres ; et il est rare que Ton dépasse une épaisseur de 4 millimètres.
De môme que pour le cuivre, le plomb peut s'appliquer sur des membrures, moules ou motifs préalablement exécutés en bois. Ce travail se fait en battant sur place, au moyen du maillet et des outils en bois dur. Cette exécution est facile, le plomb cédant aisément et épousant volontiers toutes les formes ; mais il y a là aussi, comme pour le cuivre, l'inconvénient d'une exécution première qui est une cause de dépense. Cependant, lorsqu'il s'agit de motifs très-simples, comme par exemple de mouluresj^ la dépense primitive n'étant pas considérable, et le revêtement
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en plomb se faisant avec économie, la dépense totale n'est pas augmentée. Mais si la question d'économie n'a pas grande importance dans ce procédé, il en est une autre qui n'est pas sans valeur : c'est celle de la conservation de l'œuvre. Or le plomb appliqué directement sur le chêne se détériore très- vite, et se réduit en blanc de céruse. Cet inconvénient, provenant de l'emploi du bois de chêne, peut être supprimé en employant le sapin ; mais la durée du bois est moins assurée, et le plomb ne s'y bat pas très-bien, les arêtes éprouvant des détériorations inévitables par suite du peu de résistance que le sapin offre sous le coup de maillet.
Il est bien préférable pour le plus grand nombre de cas de battre le plomb tout seul ; on peut le soutenir soit par des armatures, soit surtout par un crépi en soudure, que l'on applique à l'intérieur, et qui résiste parfaitement à l'affaissement naturel du métal; on évite ainsi la façon première du noyau et la détérioration consécutive du plomb. Lorsque l'on n'a à battre qu'une seule pièce, on fait comme pour le cuivre un repoussé qui n'est que la mise au point du modèle; ce travail s'exécute au moyen de maillets et d'outils en bois dur; lorsqu'au contraire il y a à produire une certaine quantité de pièces semblables, on fond des moules en métal qui servent de matrices, et dans lesquels on bat le plomb avec les mêmes instruments, et en faisant un travail raisonné de retreinte et d'em-
boutissage, on arrive facilement à garnir complètement le moule et à façonner la pièce.
Les avantages du plomb martelé sont que dans certains cas sa couleur grise s'harmonise avec les teintes des toitures, et qu'ayant le même aspect que le plomb fondu, il est bien plus léger et bien plus résistant que celui-ci par suite du battage qui en resserre considérablement les pores. Il est aussi meilleur marché que la galvanoplastie et le cuivre repoussé ; mais la différence de prix qu'il offre avec ces systèmes n'est pas assez importante pour en faire décider l'emploi, si cet emploi n'est pas indiqué par la question de couleur ou de goût.
Le zinc ne se repousse ni ne se martèle comme le cuivre ou le plomb; il s'estampe simplement dans des creux en fonte, en fer ou en acier. C'est après l'avoir chauffé à environ 100 degrés que le travail de l'estampage se fait ; sans cela le zinc casserait par endroits et les saillies seraient détachées du reste de la pièce. Il est important que les matières aient une dépouille facile, sinon on ne pourrait retirer l'objet ; cette condition de dépouille est un grand obstacle à la composition de l'ornement, qui ne peut dès lors avoir ni fermeté ni accent.
Le zinn estampé n'a pour lui que son bon marché, c'est ce qui fait qu'il est fort employé dans le commerce; mais, dès qu'il s'agit d'art ou même de durée , il doit être tout à fait rejeté. En effet, son aspect est
maigre et mince^ sa couleur est désagréable et la condition de dépouille dont je viens de parlerenlimite les propriétés' reproductives. Il n'est guère mieux servi pour la durée; Testampage, se faisant brutalement, déchire les fibres et les pores au lieu de les resserrer, et Toxydation à laquelle il est sujBt lui assigne une durée très-limitée, Topération du chauffage Taltère entièrement, de sorte que de tout cela il ne reste que son bas prix de revient et sa grande légèreté, qui peuvent en faire excuser l'emploi.
On a bien essayé de le recouvrir de lames de plomb très-minces, comme cela a été fait au Diorama; mais au bout de quelques années on a trouvé les d.eux métaux, l'un réduit en blanc de zinc, l'autre en blanc de céruse, et la petite économie que l'on avait cru faire sur le plomb seul a été bien mal entendue, puisque, après peu de temps, il a fallu remplacer entièrement le motif.
Tels sont les principales propriétés des métaux appliqués à la reproduction des œuvres artistiques. J'ai eu l'occasion de me servir de chacun de ces métaux; j'ai pu constater par moi-même leurs avantages et leurs inconvénients, et il m'a paru que l'étude que j'ai pu en faire ne serait pas sans intérêt pour ceux qui auront à la faire à leur tour.