ROUTE PAR TRIESTE ET LES ILES IONIENNES
1" Classe.
2« Classe.
3« Classe.
De Paris à Venise. . 1 50 fr. 80 c .
116 fr. 50 c
90 fr.
Distance : 1080 kilomètres, en 52 heures.
!'• Classe.
2« Classe.
DeVeni^àTrieste. 17 fr.
15 fr.
Distance : 66 milles, en 7 heures.
l'« Classe, j
2* Classe.
3e Classe.
De Trieste au Pirée. 2 1 5 fr. )
162 fr. 50 c.
117 fr. 50 c
GUIDE DU JEUNE ARCHITECTE EN GRÈCE. 241 Distance de Trîeste à :
Ancône
Brindisi
Corfou
Céphalonie.
Zante
Patras .
Lutpaki . . . .
Kalamaki..
Pirée
132 milles
en
16 heures.
en
en
en
en
en
en
10 kilom.
en
25 milles
en
Le poids des bagages auquel on a droit est de 65 kilogr. en première classe, 25 kilogr. en seconde et 18 kilogr. en troisième
Résumé du voyage de Paris au Pirée.
Route pak Malte :
Distance réduite en kilomètres, — 3240 kilomètres.
Prix moyen : 400 fr.
Temps employé, — 7 jours 2 heures.
Route par l'Adriatique :
Distance réduite en kilomètres, — 2760 kilomètres
Prix moyen : 280 fr.
Temps employé, — 7 jours (1).
Les faux frais augmentent notablement ces sommes qui représentent seulement le prix du transport, et, ces faux frais étant plus considérables dans la seconde route que dans la première, les dépenses sont presque équilibrées.
Quant à la durée du voyage, c'est seulement le
(1) Tous ces services se sont modifiés et se modifient encore chaque jour ; mais, malgré les changements survenus dans les prix de pas<:age et la direction des paquebots, j'ai conservé ces itinéraires périmés qui serviront au moins de points de départ pour en tracer de nouveaux.
2i2 A TRAVERS LES ARTS.
temps du trajet direct qui est indiqué, sans compter les arrêts à chaque station. Le temps employé pour tous ces arrêts varie entre deux et trois jours, selon les saisons et l'organisation du service.
Voici quelques renseignements sur la valeur des monnaies. Pour l'Italie, je me borne à vous dire que Targent français a cours dans toutes les provinces, et que les anciennes monnaies sont aujourd'hui retirées de la circulation; vous n'aurez donc sur ce point aucune difficulté. Quant à la Grèce, en voici le change, qui est à la fois très-simple et très-compliqué; très-simple, en ce qu'il n'y a que deux monnaies indigènes en Grèce ; très-compliqué, parce que l'on s'y sert d'une foule de pièces de tous pays : piastres d'Espagne, thalers, ducats, écus de cinq francs, écus de la république de Bolivar, etc.
Toutes ces pièces, d'une valeur moyenne de cinq francs et appelées communément thalariy n'ont point de règles bien fixes quant au change. Les deux monnaies grecques en circulation sont le lepton et la drachme composée de cent lepta, La drachme vaut 90 centimes de France ; le sou grec, composé de cinq lepta, vaut donc quatre centimes et demi. Quant aux pièces d'or de vingt francs frappées à l'effigie du roi Othon, et aux pièces d'argent de cinq drachmes, elles ont toutes passé à l'étranger (i).
(1) Depuis que ces lignes sont écrites, une convention monétaire n été passée avec la Grèce, et les pièces nouvelles ont actuellement
Les seules mesures dont vous aurez peut-être occasion de vous servir sont la pique onpichi qui équivaut à un mètre, et le stade qui représente un kilomètre. Pour les poids, la drachme équivaut à un gramme, et Toque, poids turc très-usité, à 1250 grammes. Enfin, pour les mesures de capacité, la litra du pays est notre litre, et Toque équivaut à un litre et un tiers.
Reprenons le cours de notre voyage.
Vous vous êtes décidé pour Tune ou l'autre route, et je vous suppose arrivé à Syra par la voie de Malte, ou à Lutraki par la voie de Trieste.
A Syra, le bateau vous quitte et continue sa course vers Gonstantinople^ laissant à un autre bateau le soin de vous conduire au Pirée.
A Lutraki, le paquebot donne de la proue vers Tisthme de Corinthe, que vous traversez en voiture pour retrouver à Kalamaki le bateau autrichien.
Or donc, dans Tun ou l'autre cas, et sur Tun ou Tautre bateau, vous verrez arriver une dizaine d'Hellènes mis avec magnificence ; ils s'approcheront de vous avec une grande politesse. A la richesse de leur costume, gardez-vous de les prendre pour des princes; mais voyez en eux de simples domestiques de place qui vous assailliront de toute part, à grand renfort de cris
la valeur des pièces françaises. Cependant il est présuraable que les anciennes monnaies sont toujours en circulation dans la plus grande partie du royaume, et ces renseignements peuvent encoreôtre utiles ; j'ai donc cru devoir les laisser.
et de gestes, si vous ne prenez vite un parti. Aussi je vous engage àjeter promptement votre dévolusur celui qui vous paraîtra le plus honnête ou le plus intelligent; alors vous serez sa propriété, et les autres vous laisseront en paix. Si vous saviez bien la langue, et que vous fussiez fixé sur le choix d'un hô^tel, vous pourriez vous passer de leur service ; mais étant étranger aux usages du pays, le mieux à faire est de se mettre sous la tutelle d'un de ces protecteurs-servants ; il vous en coûtera une dizaine de francs, moyennant quoi vous arriverez à Athènes sans ennuis et sans tracas : ce domestique se chargera de vos bagages, les fera transporter du bateau à la barque, de la barque au port, puis à la voiture et ensuite à Athènes, enfin il les fera passer sans visite à la douane, moyennant quelques lepta. C'est aussi lui qui paie le voiturier et se charge de tous les pourboires. Peut-être dépensera-t-il cinq francs sur les dix que vous lui aurez donnés, mais seul vous en eussiez dépensé quinze, et vous auriez été fort embarrassé.
Cependant l'heure du départ, est venue ; le bateau quitte l'isthme de Corinthe, passe entre les îles d'Égine et de Salamiae, et bientôt l'Acropole d'Athènes, éclairée par les rayons du soleil sur son déclin, vous apparaît dans sa grandiose majesté. Découvrez-vous devant les ruines splendides des monuments athéniens I Sans doute, vous avez vu bien des tableaux, bien des dessins de l'Acropole, mais que tout cela est
loin de la vérité! Plaine de rAUique, rocher de Minerve, Parlhénon, mon cœur bat encore à votre souvenir I C'est en vous voyant que j'ai compris la puissance magique de l'art et la majesté de Tarchitecture antique. Est-ce votre beauté seule, est-ce là nature, rharmonie de vos noms, ou le souvenir de tant de siècles glorieux qui émeut ainsi?... Je ne sais; mais c'est la seule fois que, trouvant réalisés Jes rêves chéris de ma jeunesse, j'ai senti que l'esprit seul n'était pas touché en moi : c'était bien Pâme et le cœur, car les larmes s'échappèrent de mes yeux.
Cependant, vous voici au Pirée ; les formalités de la douane sont remplies, et votre voiture, traversant le Céphise, vous conduit à Athènes, en passant au pied du temple de Thésée et de l'immortel rocher de la citadelle antique (1). Vous arrivez à Athènes vers le soir ; profitez de la nuit pour vous reposer des fatigues du voyage ; mais, le lendemain matin, courez à l'Acropole, sans livres, sans instruments, sans crayons; allez seulement voir, sentir, admirer. Je ne veux ni ne puis vous décrire toutes les beautés amassées sur ce pittoresque rocher, je vous laisse à vos impressions : l'aspect de ces monuments grandira votre esprit et votre enthousiasme ; vous arriverez à vous dire que de tous les arts l'architecture est le plus beau, le plus fort, celui qui parle le plus à l'âme, qui développe les plus grandes idées. Dans ce dix-neuvième siècle, le peintre
(1) On fait aujourd'hui cette route en chemin de fer.
et le statuaire sont peut-être plus favorisés que nous ; ils peuvent se livrer à leur art sans craindre que l'industrie ou le goût de l'époque ne leur impose une barrière infranchissable ; mais aux siècles passés du beau hellénique, l'architecture enveloppait tout, s'assimilait tout, et la peinture et la sculpture, au lieu de s'isoler, concouraient à la splendeur de l'édifice.
Asseyez-vous, mon ami, sur le seuil du Parthénon ou au bas des Propylées, et vous y ressentirez l'attraction qu'on éprouve sur le bord de la mer; vous resterez des heures entières à voir et à revoir les mômes colonnes, à admirer la pureté des lignes, à caresser du regard les courbes gracieuses des lobes et des volutes. La grandeur imposante du Parthénon etdes Propylées, l'élégance du temple de la Victoire Aptère et de l'É. rechthéion feront naître en vous les plus douces et les plus nobles émotions. Ah ! si nous tous, architectes modernes,nous avions toujours sous les yeux un pareil spectacle, nous imposerions silence aux idées mesquines de notre temps pour faire pré valoir la grandeur et lasimplicité des compositions antiques. Non pas que je pense, mon cherami,quenousconstruirionsdes temples grecs; loin, bien loin de là ; seulement, l'architecture ne se mesurerait plus au mètre, les moulures ne seraient plus cotées par l'implacable voirie, les idées s'élargiraient, et notre siècle, en développant la noblesse de l'art, laisserait de côté les moyens indignes, pour produire sur de larges conceptions des édifices admirés de
tous, et glorieux pour la nation qui les aurait élevés.
Je vous laisse dans Athènes visiter en liberté tous les monuments qui s'y trouvent; à la fin de cette lettre je vous parlerai de ces monuments et de ceux de la Morée, et je vous indiquerai les études qui vous seront utiles; pour l-instant je vous conseille, afin d'aider vos recherches, de consulter le beau livre de M. Beulé sur l'Acropole d'Athènes, livre non-seulement d'un archéologue, mais d'un artiste. Puis, quand vous aurez admiré, dessiné et mesuré tous les monuments qui vous intéresseront le plus, vous penserez à votre voyage dans le Péloponnèse. Il vous montrera des édifices d'un goût certainement moins pur que ceux d'Athènes, mais qui, cependant, portent avec eux leur enseignement. Vous serez ainsi mis à môme de comparer, à votre retour dans la ville de Minerve, les proportions, les détails et Tefi'et de ces monuments avec ceux de l'Acropole.
Avant de partir pour ce voyage, je vous engage à faire quelques excursions aux environs d'Athènes, à Képhisia, à Daphnée, à Sunium, et surtout à Êgine, Vous y trouverez une étude intéressante, et peut-être même, si vous y passez plusieurs heures, pourrez-vous trouver quelques traces de couleurs non constatées et qui aideraient à compléter la restauration de ce temple, si curieux sous le rapport de la polychromie.
Pour faire cette excursion, que je vous engage à faire en compagnie, vous prendrez une barque au Pirée , et
VOUS pourrez emporter quelques provisions, car la traversée, qui ne dure ordinairement que deux ou trois heures, peut durer une journée entière si les vents et les courants sont contraires. Arrivé à la ville d*Égine, après avoir visité les ruines du temple de Vénus, vous irez, soit ^ pied soit à cheval, jusqu'au temple de Jupiter Panhellénien, situé à trois lieues de là. Vous trouverez facilement des chevaux que chaque laboureur vous offrira ; seulement, faites votre prix d'avance et ne donnez pas plus de deux francs par cheval pour l'aller et le retour. Si vous voulez rester peu de temps au temple, vous reviendrez coucher à la ville ; si, au contraire, vous y restez un jour ou deux, vous trouverez à trente-cinq minutes de marche du mont Panhellénien une petite cabane qui vous ouvrira ses portes. C'est là que j'avais trouvé un abri lors de mon séjour dans l'île, bien heureux quand le ciel était pur, mais bien triste quand la pluie me confinait dans cette pauvre demeure, seul et avec le regret de ne pouvoir travailler.
Excursion dans le Péloponkèse. — Mais revenons à notre voyage du Péloponnèse. Voici les conditions dans lesquelles il faut l'effectuer :
D'abord, il faut, autant que possible, ne pas faire ce voyage seul ; vous trouverez probablement à l'École d'Athènes soit un architecte de l'École de Rome, soit un jeune archéologue tout disposé à vous accompagner ; dans tous les cas, vous rencontrerez sans doute
quelque artiste qui ne demandera pas mieux que d'avoir un compagnon de route. Cette société non-seulement vous sera agréable, mais contribuera aussi à vous faire économiser beaucoup d'argent, car il n'en coûte guère plus de voyager deux ou trois que de voyager seul.
Si, parmi les membres de votre caravane, il y en a un qui sache la langue du pays (et les élèves de l'École d'Athènes la connaissent tous), cela vous épargnera un drogman importun qui vous coûterait quinze ou vingt francs par jour. Quant à la route à suivre, les agoyates, c'est-à-dire ceux qui louent les chevaux et les conduisent, connaissent assez le chemin pour que vous vous passiez de guide. Du reste, je vous tracerai votre itinéraire de telle sorte que vous n'ayez pas à vous tromper, et, dans les cas douteux, vous trouverez toujours dans chaque village un habitant tout prêt à vous conduire d'un lieu à un autre.
Si l'agoyate qui nous a conduits exerce encore, prenez-le tout de suite. Vous trouverez dans Leftéri le plus honnête homme de la Grèce ; de plus, il sait quelques mots d'italien et de français, et, à l'aide des mots grecs que vous aurez appris, vous pourrez vous comprendre. Comme souvent il a fait ce voyage, il vous épargnera bien des petits ennuis et des erreurs. A soa défaut, informez-vous à l'hôtel, ou plutôt à l'École d'Athènes, de celui que vous devrez choisir.
Je suppose que vous êtes trois en voyage. Il faut
230 A TRAVERS LES ARTSc
trois chevaux pour vous et deuxpour porter les bagages. Si vous n'êtes que deux, il ne faudra supprimer qu'un cheval, et si vous êtes quatre, six suffiront au besoin. Quant aux agoyates, qui seront trois probablement, ils iront à pied ou grimperont par occasion sur un des chevaux de bagage. Le prix de leur service, compris dans la location des chevaux, est de cinq à six francs par jour quand les chevaux marchent, et de moitié moins quand ils ne marchent pas. Pour cette légère rétribution, vos agoyates vous sont tout dévoués; ils se chargent d'apprêter vos repas et vos lits, de renouveler les provisions, de trouver le gîte le plus convenable et de vous rendre tous les services qui peuvent concourir à votre bien-être. Si vous êtes content d'eux, comme je n'en doute pas, vous leur donnerez une petite gratification à votre retour.
Quant aux bagages, voici ce qu'il faut emporter: vos instruments et environ le quart de votre provision générale de papier et de fournitures de bureau, quelques canifs de rechange, car vous courez risque d'en perdre en route, puis de la vaisselle, trois ou quatre assiettes par personne,un couvert en étain ou en fer pour chacun, plusieurs casseroles, cuillers à pot, bouilloires, plats, etc., vos matelas de voyage, larges de cinquante centimètres et épais de dix, des couvertures, une paire de draps pour chaque lit, et je vous conseille, ce qui m'a réussi, de coudre ces draps ensemble pour en former un sac, dans lequel on n'a qu'à se îçlisser le soir ;
un petit traversin et un petit oreiller : vos agoyates ou le maître d*hôtel se chargeront de Tachât de ces objets qui coûteront, pour chaque voyageur, de 80 à 100 francs. Comme provisions de bouche, emportez un sac de pommes de terre, du riz en assez grande quantité ; c'est le fond du repas, si vous manquez en route de volaille ou de mouton ; du café, du sucre, une ou deux bouteilles de rhum ou de cognac, si vous ne vous êtes pas habitué au raki des Grecs. Emportez aussi une tasse ou gobelet pour boire, deux ou trois chemises, autant de paires de chaussettes et de mouchoirs, et un pantalon de rechange. Prenez votre vêtement léger, votre paletot par-dessus et nouez votre grand manteau au pommeau de la selle; vous vous servirez de ces trois vêtements de manière à contre-balancer les changements de la température ; c'est le moyen le plus certain pour éviter les fièvres : vous ferez bien cependant de vous munir d'une petite provision de quinine dosée conveaablement et d'un flacon de magnésie. N'oubliez pas f otre sacoche, qu'elle ne vous quitte pas ; qu'elle contienne vos instruments et surtout vos cartes, que vous devrez consulter souvent. Puis, la pique du paysagiste k la main, partez gaiement pour votre voyage, surveillez vos chevaux pendant deux ou trois jours, car ils sont d'abord pleins de feu et s'emportent aisément ; plus tard vous n'en aurez rien à craindre ; ils seront habitués au grand air, fatigués par les nombreuses escalades qu'ils auront faites, et affaiblis par l'insuffi-
Î52 A TRAVERS LES ARTS
sance de nourriture que leur offre Therbe des champs, leur unique ressource pendant ces expéditions.
Avant de partir, tracez bien votre itinéraire, fixez les heures des repos et surtout celles du coucher ; disposez votre marche de manière à arriver toujours le soir dans un village ou dans un khani, et tâchez d'être endormi au plus tard à neuf heures, afin d'être sur pied entre trois et quatre heures le lendemain malin.
Voici l'itinéraire que je vous conseille de suivre; vous le ferez facilement en un mois, et je crois qu'il vous fera voir les monuments les plus intéressants de la Morée.
Les D que j'ai placés après les noms de pays indiquent la halte du déjeuner, les G marquent les endroits où vous dînerez et où vous coucherez ; quant aux distances, vous pourrez compter une moyenne de quatre à cinq heures de marche entre chaque station; vos plus courtes journées seront de sept heures, vos plus longues de onze.
Athènes — Daphnée — Eleusis (D) — Mégare (G) — Kineta (D)— Kalamaki (G)— Corinthe (DG)— Némée (D) Mycènes — - khan de Kervaty (G) — Tirynthe (D) — Argos (G) — marais de Lerne — fleuve Taunus (D) — monastère de Loukou (G) — Hagios-Petros (D) — Arakova (G) — khan de Wourlia — pont de l'Eurotas (D) — Sparte (G D) — Langada de Parorr — Mistra (C) — sources de l'Eurotas (D) — Léondari (C) — Isari (D) — — Kakoletri (C) — Bassae (D) — Tragoye — Phigalie (C)
GUIDE DU JEUNE ARCfllTECTE EN GRÈCE. 253
—bords de la Neda (D) — khan deBouxi(C) — Cacovada — tour des Gardes (D) — Agolinitza (C) — bac de TAlphée — Olympie (D) — khan de Miraka (C) — khan d'Aianî (D) — gué de TÉrymandre — gué du Ladon — fzarni — Kaliani (C) — bords du Ladon (D) — Tré- 10V2L (C) — plaines du Styx (D) — Kalavrita — couvent du Mégaspillo (C) — Rhani (D) — golfe de Corinthe — Zacolitika (C) — Khani — (D) Corinthe (C) — Kalaœaki (D) — le Pirée — Athènes.
Je vais vous indiquer les monuments à voir dans chaque localité, et essayer àe vous dire les études que vous pourrez y faire»
Pour quelques-uns de ces monuments, il vous suffira de les voir avec soin ou d'en faire une vue qui vous aidera à fixer vos souvenirs : pour d'autres, plusieurs heures seront nécessaires à Tétude des diverses parties ; pour d'autres encore il faudrait, si le temps ne vous presse pas trop; y rester plusieurs jours pour y faire un travail utile et sérieux.
Commençons d'abord par Athènes.
C'est là surtout que vous devrez mesurer les monuments : c'est là qu'ils sont les plus complets, les plus purs, et que vous trouverez le plus de facilités pour vous faire aider dans votre travail. Passons donc en revue les édifices de la cité antique : l'Acropole fixera la première vos regards, et c'est là, je pense, que vous travaillerez le plus longtemps. Ne pensez pas, cependant, que vos études puissent apporter de
nouveaux faits à Tart ou à l'archéologie. Tous ces monuments ont déjà été l'objet de grandes études et de restaurations dessinées du plus grand mérite.
C'est donc pour vous seul que vous devrez faire ces études; mais c'est encore un but noble et précieux que celui de tâcher d'agrandir son talent ; on gagné en estime de soi-même, et l'on augmente le nombre de ces architectes consciencieux qui repoussant de tout leur pouvoir l'envahissement de l'industrie sur l'art, veulent conserver à la France sa suprématie actuelle, et empêcher l'architecture de tomber enlre les mains d'indignes ou d'indifférents.
Si vous avez plus tard le temps de mesurer complètement un édifice antique et le désir d'en faire une restauration, je vous indiquerai quelques monuments de la Morée, intéressants sous bien des rapports ; maintenant restez à Athènes, et ne mesurez que des détails tout en vous pénétrant bien de ^ensemble de la composition. En premier lieu, le Parthénon : faites le relevé exact de l'ordre complet; remarquez bien les inclinaisons des colonnes, leurs proportions, leur galbe, et cherchez à vous rendre compte de l'effet des courbes. Remarquez aussi la perfection avec laquelle ce temple est exécuté 4 soyez certain que cette perfection même est une condition du beau, et qu'il n'y a rien à négliger pour arriver à un grand résultat.
Aux Propylées, mesurez le chapiteau ionique sous toutes ses faces; c'est peut-être le plus bel exemple
qui existe de cet ordre. Ce chapiteau est d'une grande simplicité et d'une exquise pureté de forme; l'étude vous en sera facile, car plusieurs fragments presque intacts sont maintenant placés sur le sol même.
Prenez aussi quelques détails de l'Érecthéion, par exemple la console et le chambranle de la grande porte, et vous aurez fait, je crois, une besogne assez considérable et qui pourra résumer les différents principes des formes architecturales grecques.
Quant aux autres monuments delà ville, vous pourrez encore y étudier divers détails qui paraîtraient encore fort beaux s'ils n'avaient contre eux l'écrasante supériorité des monuments acropolitains. Voici seulement l'énoncé de ces édifices les plus importants :
Le temple de la Victoire Aptère dans l'Acropole, — le monument choragique de Lysicrate, dont l'architrave et la frise, d'un seul morceau, sont couronnés par un fleuron remarcjuable ; — le monument de Trasilius, la Tour des Vents d'Andronicus de Cyrreste, les restes du PoBcile suivant les uns, du Panthéon d'Adrien suivant les autres ; le temple de Thésée, monument d'une belle époque, d'une grande conservation, et le seul exemple grec qui garde encore en place les soffites et les caissons du portique avec quelques restes des couleurs qui les ornaient. Dans l'intérieur de ce temple, servant de musée, vous trouverez aussi de remarquables fragments : — les sièges de marbre, sur la colline de l'Aréopage ; — le théâtre d'Hérode Atticus,
SOUS les murs de l'Acropole; — le monument de Philopapus, construit par Trajan, sur la colline de Musée ; — la tribune de Démosthène, sur le Pnyx ; — les colonnes gigantesques du temple de Jupiter Olympien, dont les constructions différentes ont duré près de six siècles ; — Tare d'Adrien et de Thésée avec sa double inscription ; — un petit temple sur Tllissus, et les ruines du grand Stade.
Voilà, à peu près, le résumé des monuments plus ou moins bien conservés que vous trouverez 4 Athènes, et qui vous offriront tous, à divers degrés, des études intéressantes. Nous allons maintenant suivre notre route de la Morée et noter en passant tous les édifices antiques qu'il sera nécessaire de visiter.
D'Athènes à Eleusis vous trouverez sur le chemin quelques ruines de voies sacrées, de tombeaux et de substructions antiques. — Vous pourrez en passant jeter un coup d*œil sur le monastère de Daphnée, construction byzantine très pittoresque. Après avoir côtoyé la baied'ÉIeusis, si bien dessinée par l'île de Salamine, on arrive à la ville de Cérès : les Propylées, le temple de Cérès, celui de Diane, quelques ruines de portiques attireront votre attention ; seulement je ne crois pas qu'il vous soit nécessaire d'en mesurer les fragments : une visite scrupuleuse vous suffira. Continuez alors votre chemin vers Mégare, qui n'aura d'intérêt pour vous que par son aspect pittoresque, les costumes de ses habitants et sa mer admirable. Après avoir passé les
roches Scironiennes, par un chemin fort abrupt, vous être reposé à Kinela et à Kalamaki, vous partirez pour Corinthe, oîi peut-être vous pourrez rester quelques jours. Vous trouverez d'abord sur votre route des ruines très-intéressantes de quelques tumulus, de théâtre, d'acropole et de grandes murailles d'une belle exécution. Je vous conseille d'étudier à Corinthe le temple de Minerve Calilinis, dont sept colonnes restent encore debout. Ce n'est pas qu'il soit d'une grande pureté^ ni d'une grande beauté, mais il est de fondation très-ancienne et montre le principe de l'architecture grecque' à sa naissance. Si vous ne jugez pas convenable de le mesurer, faites-en au moins une vue, car les ruines se groupent à merveille et s'harmonisent parfaitement avec la couleur dont le temps les a chargées.
Après avoir visité auprès de la ville moderne un amphithéâtre romain creusé dans le roc et quelques ruines turques ou romaines, gravissez les 573^ mètres qui conduisent au sommet de l'Acro-Corinthe. Les * portes qui y donnent accès sont de construction antique ; mais ce n'est ni pour ces portes, ni pour les ruines et les fortifications turques dont le sommte est hérissé," ni pour l'église de Saint-Paul, ni pour la fontaine de Pégase que je vous conseille de faire cette ascension : c'est pour la vue admirable qui s'offrira à vos yeux du haut de ce rocher. En général, les panoramas se ressemblent tous un peu; mais la position
258 k TRAVERS LES ARTS.
exceptionnelle de rAcro-Corinthe vaut certainement la petite fatigue que cause Tascension : la vue des deux mers^ les montagnes de la Phocide et de la Béotie, les monts du Parnasse et de l'Hélicon chers à la jeunesse, tout concourt à vous impressionner grandement,et le beau, sous quelque forme qu'il se présente, développe en nous Tamour et le respect de l'art De Corinthe à Némée, après avoir fait halte un instant au khan de Courtessa, vous arriverez par un sentier tortueux au grand amphithéâtre de montagnes, au milieu duquel s'élève le temple de Jupiter Néméen. Trois colonnes seulement restent encore debout; les autres gisent à terre; mais les assises inférieures des murs du naos, et les gradins sur lesquels • il était bâti, subsistent encore. L'architecture de ce temple est peut-être un peu grêle; c'e^t l'opposé du temple de Corinthe : celui-ci marque le commencement de Tart grec ; celui-là indique les approches de la décadence. Ce monument est un de ceux que vous pourriez choisir pour faire un travail complet ; seulement, pour cela, il faudrait sans doute quitter votre caravane, à moins qu'elle ne fût composée que d'architectes. De Némée on va à Mycèue, qui vous fournit une curieuse étape. Ce n'est pas par le détail que brillent les monuments de cette antique cité, mais bien par leur construction gigantesque 6t leurs ruines imposantes. Yous trouverez là des vestiges qui datent de près de trois mille ans et qui montrent, sinon
un goût parfait, au moins de puissants moyens d'exécution. La citadelle est encore à peu près intacte ; vous y verrez la fameuse porte des Lions, une autre porte avec un linteau non sculpté, et vous regarderez avec étonnement l'immense épaisseur des murs d'en* ceinte. Après la citadelle, le tombeau d'Agamemnon ou trésor d'Atrée attirera votre attention. Vous remarquerez les trous existant sur le linteau de la porte, et qui servaient jadis à sceller les ornements de bronze; le plus intéressant sera l'étude de la voûte^ en forme d'œuf, qui couvre le tombeau. Faute de connaître la stéréotomie, les Grecs de ce temps avaient adopté un procédé : au lieu de former cette voûte au moyen de voussoirs, ils l'ont composée d'assises placées en encorbellement les unes au-dessus des autres, de manière à couvrir graduellement l'espace intérieur. Vous remarquerez aussi les énormes dimensions du linteau de la porte, qui montre la puissance des moyens connus dès cette époque pour remuer les pesants fardeaux. Voici ces dimensions ; longueur 8",i5, largeur 6°,50, épaisseur i",22, poids approximatif 140,000 kilogrammes. Après avoir jeté un dernier regard sur ces murs cyclopéens, vous vous dirigez vers Tyrinthe, en passant par le khan de Kervati.
Vous retrouverez encore à Tyrinthe les murs cyclopéens; seulement ceux-ci sont d'une construction encore plus primitive que ceux de Mycène *, les blocs
de pierre dont ils sont composés sont plus grands, plus bruts et posés avec encore moins de symétrie. Vous n'aurez donc qu'à parcourir ces ruines, en vous reportant aux temps héroïques. Les ruines d'Argos, où vous arrivez bientôt, sont aussi plutôt du domaine de l'archéologue que de celui de l'architecte ; cependant, vous pourrez remarquer la disposition de deux théâtres taillés dans le roc, et parcourir quelques ruines romaines.
Vous avez maintenant une assez longue route à faire sans trouver de ruines imposantes; le pays même, pendant cette partie du voyage, est aride et monotone. Quand vous aurez passé les marais de Lerne, le fleuve Tanus^ le monastère de Loukou, dont la petite église ne mangue pas d'intérêt, quand vous aurez monté les 1300 mètres qui conduisent au village d'Hagios-Petros, et les 2000 mètres du plateau d'Arakova, vous n'aurez, avant d'arriver à Sparte, qu'à regarder le pays qui devient là plus riche et plus pittoresque, et à traverser le pont presque ruiné de l'Eurotas. Cependant, à Sparte même, c'est encore la nature qui l'emportera sur les ruines; car si le théâtre, assez bien conservé et dont je vous engage à examiner les gradins, si quelques ruines de bains romains, le prétendu tombeau de Léonidas et quelques déb^vsde sarcophages attirent votre attention, le Taygète et sa masse imposante détournera plus d'une fois vos regards de tous ces vestiges pour les appeler sur
GUIDE DU JEUNE ARCHITECTE EN GRÈCE. 26t
ses cimes neigeuses, ses pins noirâtres et ses lignes gigantesques.
Après avoir passé quelques jours à Sparte, vous partirez pour Mistra oîi, à défaut de constructions antiques, vous trouverez plusieurs églises abandonnées et plusieurs monuments du moyen âge. Je vous recommande surtout une petite église byzantine, San Salvator, je crois, placée presque au haut du rocher sur lequel s'échelonne la ville déserte; l'intérieur en est bien conservé, et Textérieur, malgré le porche détruit, a une grande originalité.
De Mistra à Léondari, le pays est superbe et la végétation parfois splendide ; vous y rencontrerez une des sources de l'Eurotas, puis, après être passé seulement à Isari et à Kakoletri, vous vous dirigerez vers Bassae, dont le temple mérite toute votre attention.
Ce temple, dédié à Apollon Épicurius, est une des ruines les plus complètes de la Grèce ; tout le portique extérieur, les assises inférieures du naos et plusieurs des colonnes qui le décoraient soht encore en place ; elles ojit seulement éprouvé une légère oscillation. Il fut, dit-on, construit par Iclinus, Tarchitecte du Parthénon, et accuse par ses détails toute la pureté du beau temps de Fart grec. Indépendamment de Tordre dorique extérieur, que je vous conseille de mesurer, vous pourrez porter vos études sur Tordre ionique qui décorait le naos. Ces colonnes, engagées sur des es-
pèces de contre-farts saillants offrent une particularité remarquable, et les bases de ces colonnes montrent, par l'assemblage de leurs moulures, une disposition bien différente de celle des autres bases grecques. Vous trouverez là aussi quelques fragments d'un chapiteau ionique, et un fragment de chapiteau corinthien qui a donné lieu à bien des controverses. En somme, ce temple, construit en pierre calcaire d'un grain très-serré, est d'une très-belle exécution et vous offrira par son ensemble et par ses détails une étude fort utile et du plus grand intérêt. Si, comme je le crois, vous passez plusieurs jours à mesurer ce temple, vous pourrez demeurer au petit village de Tragoye, situé à trois quarts de lieue de là.
De Bassae, votre itinéraire vous mène à Phigalie, oh vous ne trouverez que les ruines d'une ancienne muraille, fort remarquable au point de vue de l'archéologie et de l'histoire, et très-peu au point de vue de l'art. Lorsque vous aurez visité cette enceinte et les belles cascades de la Néda, qui procurent un peu de fraîcheur au milieu de ce climat brûlant, vous suivrez les bords de celte rivière jusqu'au khan de Bouzi, oîi vous trouverez un refuge pendant la nuit. La route du lendemain, sauf les murailles de Samicum, qu'on aperçoit à droite sur la hauteur, n'offre de curieux que son pittoresque, ses magnifiques bois de pins, ses dunes, ses étangs salés et la vue de la mer.
Après un court séjour à Agoîinitza, vousirez à Olym-
GUIDE pu JEUNE AilCHITECTE EN GRÈCE. 263
pîe en passant le bac de TAlphée. Vous trouverez à Olympie le sujet d'un travail encore à peu près inédit, sauf la belle restauration de M. Blouët ; mais les dimensions de l'ouvrage sur la Morée ayant forcé M.Blouët à réduire Téchelle de ses dessins, ils peuvent encore laisser le désir de faire une restauration du temple de Jupiter Olympien sur une plus grande échelle. Les ruines de ce temple ne sont, du. reste, pas suffisantes par elles-mêmes pour motiver une restauration complète de l'édifice, surtout pour la partie décorative ; mais, le texte de Pausanias aidant, les gigantesques fragments qu'on trouve encore en place peuvent servir de base à un travail sinon complet, du moins fort intéressant. Vous trouverez, en outre, autour du temple, quelques vestiges de constructions romaines en briques.
Olympie étant le dernier endroit oîi vous trouverez des ruines considérables, vous n'aurez à voir, pour votre retour, qu'un beau pays, des villages curieux et des ruines de peu d'importance. Suivez donc l'itinéraire que je vous ai tracé, et je laisse à votre enthousiasme le soiii d'admirer la belle nature que vous rencontrerez à chaque pas, par le chemin qui ramène à Gorinthe et de là à Athènes,
Peut-être aurez-vous négligé dans votre voyage quelques antiques cités, comme Sicyone et Épidaure; mais je crois que vous auriez eu plus de fatigue que de profit en vous détournant de votre chemin pour voir
des ruines beaucoup moins remarquables que toutes celles dont je vous ai parlé.
Renseignements supplémentaires. — Pour compléter les renseignements que je vous ai donnés, je vous adresse encore quelques observations.
Parlons d'abord des gendarmes. Passez-vous-en trèî souvent, défiez-vous-en toujours. Cependant, comme il peut se faire que pendant votre voyage une bande de pillards dévaste le pays, il vaut mieux en ce cas, pour éviter le pire mal, tomber dans le moindre. Procurez-vous donc à Athènes un ordre pour requérir les gendarmes lorsque vous le jugerez à propos.
Quant aux habitants (je ne parle pas de la haute société), soyez avec eux plutôt brusque que poli, surtout avec ceux qui voudront vous rendre quelques services : vous gagnerez en considération à leurs yeux, vous serez mieux servi, et si quelqu'un de ceux-ci poussait la curiosité jusqu'à venir s'asseoir dans vos assiettes quand vous mangez, pour peu que cela vous déplaise, prenez-le doucement par les épaules et mettez-le à la porte ; il sortira le sourire sur les lèvres, enchanté d'avoir eu des rapports intimes avec un effendi.
Que cela ne vous empêche point, à l'occasion, d'être généreux avec ces pauvres diables ; ils mènent une misérable vie dans leur beau pays, et quelques lepta dont vous leur ferez l'aumône pourront leur servir pour acheter une couverture pour l'hiver.
Cependant, ne montrez pas trop votre argent, et
chaque fois que vous aurez une dépense à faire, que le thalari avec lequel vous la payerez paraisse être votre dernier. Il ne faut tenter personne. Je vous engage, au reste, à n'emporter avec vous, en partant d'Athènes, que la moitié de la somme nécessaire à votre voyage ; pourTautre moitié, procurez-vous une traite sur Sparte, Nauplie ou Agolinitza. .
Vous pourrez aussi, si Toccasion s'en présente, vous munir de lettres pour les notables habitants de plusieurs des villes où vous passerez. Je vous engage à laisser ces lettres dans votre portefeuille, si vous n'éprouvez aucune difficulté dans votre voyage : c'est une simple mesure de précaution. Quant aux autres lettres que vous aurez pu avoir à Paris pour Athènes, je vous conseille la même discrétion ; les visites vous feraient perdre un temps précieux et ne vous serviraient pas à grand'chose. Les seules lettres qui vous seraient peut-être nécessaires, votre titre de Français et d'artiste pourra les remplacer. C'est auprès du ministre de France à Athènes, auprès des élèves de l'École française et du conservateur des antiquités, qu'elles vous seront utiles. Le ministre de France vous facilitera les permissions ; les élèves de l'École d'Athènes vous donneront beaucoup d'utiles renseignements et peut-être feront partie de votre caravane; quant au conservateur, il vous donnera sur les monuments antiques tous les détails qui pourront vous intéresser, et aussi ses conseils éclairés sur la valeur des
antiquités et des médailles que vous voudriez acheter.
Lorsqile vous voyagerez dans le Péloponnèse, vous n'aurez guère le choix des heures que vous voudrez consacrer au travail ; elles seront soumises à votre itinéraire et à vos stations. A Athènes, au contraire, il vous sera loisible de choisir ces heures : je vous conseille celles du matin jusqu'à midi pour mesurer sur place ; le reste de votre journée pourra être employé à remettre au net le relevé de la matinée. Il est d'une grande utilité de faire cette mise au net tandis qu'on est encore sur les lieux : il y a toujours des oublis auxquels on peut alors remédier. Je vous parle de ces heures de travail en supposant que vous serez à Athènes pendant les mois de chai eur. Autre époque,autresheures.
Je ne vous engage pas à mesurer les grandes dimensions au moyen de la roulette. Cet instrument, trop hygrométrique, est insuffisant pour mesurer une architecture d'une exécution aussi parfaite que l'architecture grecque. Faites-vous plutôt de grandes règles en chêne^ de deux ou trois mètres de long, que vous diviserez vous-môme, etservez-vous pourlesplans,si cesrèglesne vous suffisent pas, d'une chaîne d'arpenteur bien contrôlée. Je vous engage aussi à ne pas prendre les courbes des moulures au moyen de cire ou de lames de plomb ; ce procédé expéditif est moins exact et met moins dans l'esprit la forme des moulures que si on les relève avec le niveau, le fil à plomb et la roulette divisée.
Pour bien travailler, il faut se bien porter. Voici,
les seules règles que j'aie à vous donner : évitez les insolations, et pour cela ne vous exposez jamais la tête nue au soleil. Quand vous avez chaud, ne vous découvrez pas et ne descendez pas dans les fouilles ; en somme , évitez par tous les moyens les brusques Changements de température : les résultats en sont pernicieux en Grèce.
Quand vous aurez visité TAttique et la Morée, avant de revenir en France, si vous avez encore cinq cents francs à dépenser et un mois devant vous, faites une excursion à Gonstantinople. Outre le beau pays que vous verrez les costumes pittoresques de Smyrne et de Stamboul, vous trouverez encore un grand nombre de mosquées d'une architecture élégante et gracieuse qui vous impressionneront par leur masse et vous charmei^ont par leurs détails. ^
Partez donc, mon cher ami, parlez pour cette belle Grèce dont je garde toujours un si religieux souvenir; soyez-y heureux comme je Taî été. Suivez, si bon vous semble, les conseils que je vous donne avec tant de plaisir et qui me reportent au beau temps des voyages; mais suivez surtout votre propre sentiment et laissezvous aller à vos impressions.
Rapportez beaucoup de dessins ; plus tard ils vous délasseront des ennuis des affaires ; et si le courant in* dustriel menaçait un jour de vous emporter, vous puiseriez dans ces souvenirs Tamour et le respect de Tart, des traditions et de la belle architecture.