LA SAINTE CHAPELLE DE PARIS
Allemagne et en Italie. Les principaux chefs-d’œuvre de cette architecture sont : les cathédrales de Reims, de Chartes, de Strasbourg, Notre-Dame de Paris, et la Sainte-Chapelle à Paris.
L'église gothique à inspir! à Châteaubriand les réflexions suivantes :
“ On ne peut entrer dans une église gothique sans éprouver une sorte de
frissonnement et nn sentiment vague de divinité. On se trouve tout à coup reporté À ces temps où les cénobites, après avoir médité dans les bois de leurs monastères, se venaient prosterner à l’autel, et chanter les louanges du Seigneur dans le calme et le silence de la nuit. L'ancienne France semble revivre : on croit voir en costumes singuliers, ce peuple si différent de ce qu’il est aujourd’hui: on se rappelle et les révolutions de ce peuple, et ses travaux et ses arts. Plus ces temps sont éloignés de nous, plus ils nous paraissent magiques, plus ils nous remplissent de ces pensées qui finissent toujours par une réflexion sur le néant de l’homme et la rapidité de la vie.
“ L'ordre gothique, au milieu de ses proportions barbares, a toutefois une beauté particulière.
“ Les forêts ont été les premiers temples de la divinité, et les hommes ont pris dans les forêts la première idée de l'architecture, Cet art a donc dû varier selon les climats. Les Grecs ont tourné l’élégante colonne corinthienne avec le modèle du palmier. Les énormes piliers du vieux style égyptien représentent le sycomore, le fignier oriental, le bananier et la plupart des arbres gigantesques de l'Afrique et de l'Asie.
“ Les forêts des Gaules ont passé. à leur tour dans les temples de nos pères, nos bois de chêne ont ainsi maintenu leur origine sacrée, Ces voûtes ciselées en feuillages, ces jambages, qui appuient les murs et finissent brusquement comme les trones brisés, la fraîcheur des voûtes, les ténèbres du sanctuaire, les ailes obscures, les passages secrets, les portes abaissées, tout retrace les labyrinthes des bois dans l’église gothique ; tout en fait sentir la religieuse horreur, les mystères et la divinité. Les deux tours hautaines plantées à l'entrée de l'édifice surmontent les ormes et les ifs du cimetière, et font un effet pittoresque sur l’azur du ciel. Tantôt le jour naissant illumine leurs têtes jumelles, tantôt elles paraissent couronnées d’un chapiteau de nuages, ou grossies dans une atmosphère vaporeuse. Les oiseaux eux-mêmes semblent s'y méprendre et les adopter pour les arbres de leurs forêts; des corneilles voltigent autour de leurs faîtes et se perchent sur leurs galeries. Mais tout à coup des rumeurs confuses s'échappent de la cime de ces tours et en chassent les oiseaux effrayés. L'architecte chrétien, non content de bâtir des forêts, a voulu, pour ainsi dire, en imiter les murmures, et au moyen de l'orgue et du bronze suspendu il a attaché au temple gothique jusqu’au bruit des vents et des tonnerres, qui roule dans la profondeur des bois. Les siècles, évoqués par ces sons religieux, font sortir leurs autiques voix du sein des pierres, et soupirent dans 1 vaste basilique : le sanctuaire mugit comme l’antre de Sibylle ; et, tandis que l’airain se balance avec fracas sur votre tête, les souterrains voûtés de la mort se taisent profondément sous vos pieds (1) ”?.
(1) Chateaubriand, Génie du Christianisme. e
Un autre écrivain français de grande renommée, Théophile Gautier, qui, certes, ne péchait certainement pas par excès de dévotion, a rendu le beau témoignage que voiei en faveur de l’art catholique. Il s’agit du dôme de Milan : (1)
“ Quand on regarde le dôme de la place, le premier effet est éblouissant : la blancheur du marbre tranchant sur le bleu du ciel vous frappe tout d’abord. Le dôme est une des rares églises gothiques de l’Italie, mais ce gothique ne ressemble guère au nôtre, c’est un gothique plein d’élégance, de g'âce et d'éclat. La délicatesse dans l’énormité et la blancheur lui donnent l'air d’un glacier avec ses mille aiguilles, ou d’une gigantesque concrétion de stalactites.
‘ Le dessin de la façade est des plus simples : c’est un angle aigu comme le pignon d’une maison ordinaire, et bordé d’une dentelle de marbre, portant sur un mu percé de cinq portes et de huit fenêtres, avec figures d’anges, de saints et de patriarches. Par derrière jaillissent, en innombrables fusées, comme les tuyaux d’une grotte basaltique, des forêts de clochetons, de minarets, d’aiguilles en marbre blanc, et la flèche centrale, qui semble une congélation cristallisée en l’air, s’élance dans l’azur à une hauteur effroyable. L’'intérieur de l’église est d’une simplicité majestueuse et noble. Des rangées de colonnes couplées y forment cinq nefs, Au centre de la croix, une ouverture entourée d’une balustrade permet au regard de plonger dans la chapelle cryptique. De chaque côté du chœur s'élèvent deux magnifiques chaires soutenues par de superbes figures de bronze et plaquées de bas-reliefs d’argent dont la matière fait la moindre valeur.
‘“ L’impression générale est simple et religieuse ; une lumière douce invite au recueillement : les grands pilliers montent jusqu’à la voûte avec un jet plein d’élan et de foi : aucun détail apparent ne vient détruire la majesté de l’ensemble. Point de surcharge, point d’empâtement de luxe : les lignes se suivent d’un bout à l’autre, et le dessin de l’édifice se comprend d’un seul coup d'œil ”?.
Nous avons tenu à citer au long l'opinion de Châteaubriand et de Gautier afin de mieux fixer le goût de nos compatriotes sur l’art chrétien.