Mot tartare-mongol qui signifie lion
2. Les Tartares appellent argol la fiente des animaux, lorsqu'elle est desséchée et propre au chauffage.
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nues fagots de branches sèches. Bientôt la cuisine est en train. Dès que l'eau de notre chaudière entre en ébullition, nous y précipitons quelques paquets de kouamien, pâte préparée d'avance et tirée en fil à peu près à la façon du vermicelle. En guise d'assaisonnement, nous y ajoutons quelques rognures d'une assez belle tranche de lard, dont nous avaient fait hommage les chrétiens de Yan-Pa-Eul. A peine le ragoût est-il soupçonné cuit à point, chacun exhibe son écuelle de bois, et la remplit de kouamien. C'est immangeable ! Nous nous regardons en riant, mais au fond du cœur un peu contrariés, car nous mourons de faim. Les fabricants de kouamien le salent ordinairement, pour le rendre incorruptible et pouvoir le conserver longtemps en magasin. Le nôtre était horriblement salé. Une seconde expérience n'est guère plus heureuse que la première, et nous voilà contraints de renoncer au potage. Mais Samdadchiemba dont l'estomac était accoutumé et aguerri à toute sorte de cuisine, se précipite avec héroïsme sur la chaudière. Pour nous, dans ce contre-temps, nous recourons au sec et au froid, comme disent les Chinois. Nous prenons quelques petits pains dans le sac des provisions et, nous dirigeant vers la forêt de l'empereur, nous cherchons à assaisonner au moins notre repas d'ime agréable promenade.
La Providence nous fit rencontrer une espèce de cerise sauvage au goût très agréable et une toute petite pomme, rouge ponceau, d'une saveur aigrelette, dont on fait une compote succulente.
La forêt impériale s'étend à plus de cent lieues du nord au midi, et près de quatre-vingts de l'est à l'ouest. L'empereur Khan-Hi, dans une de ses expéditions en Mongolie, la détermina pour le lieu de ses chasses. Il s'y rendait tous les ans ; et les empereurs qui lui ont succédé ont toujours suivi son exemple jusqu'à Kia-King, qui, durant une partie de chasse, fut frappé de la foudre à Ge-ho-Eul. Malgré la peine d'exil perpétuel portée contre quiconque, dans cette forêt, sera surpris les armes à la main, elle est continuellement encombrée de braconniers et de bûcherons. Des gardiens sont partout distribués de distance en distance ; mais ils semblent n'être là que pour avoir le monopole de la vente du bois et du gibier. Ils favorisent le vol de tout leur pouvoir, à condition qu'on leur en laissera la plus grosse part. Les braconniers sont surtout innombrables depuis la quatrième lune jusqu'à la septième. A cette époque, le bois des cerfs pousse de nouveaux rameaux qui contiennent une espèce de sang a moitié coagulé. C'est ce qu'on appelle Lou-joung dans le pays. Ces nouvelles pousses de bois de cerf jouent un grand rôle dans la médecine chinoise, et sont a cause de cela d'un prix exorbitant. Un Lou-joung se vend jusqu'à cent cinquante onces d'argent. Bonne aubaine pour les braconniers !
Les cerfs et les chevreuils se promènent dans cet immense parc par troupeaux innombrables. Les tigres, les sangliers, les ours, les panthères et les
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loups n'y sont guère moins nombreux. Malheur aux bûcherons et aux chasseurs qui s'aventurent seuls ou en petit nombre dans les labyrinthes de la forêt; ils disparaissent, sans que jamais on puisse découvrir les moindres vestiges de leurs corps.
La crainte de rencontrer quelqu'une de ces bêtes féroces nous empêcha de prolonger notre promenade. La nuit d'ailleurs approchait, et nous nous hâtâmes de regagner notre tente.
Notre premier sommeil dans le désert fut assez paisible. A peine le jour commençait à blanchir, que nous étions debout. Une poignée de farine d'avoine détrempée dans du thé bouillant nous sert de déjeuner et, après avoir chargé nos chameaux, nous nous remettons en marche. Nous étions toujours sur le plateau de la Bonne montagne. Bientôt nous nous trouvons en présence du grand oho, au pied duquel les Tartares viennent adorer l'esprit de la montagne. Ce monument n'est autre chose qu'un énorme tas de pierres amoncelées sans ordre. A la base est une grande urne de granit dans laquelle on brûle de l'encens. Le sommet est couronné d'un grand nombre de branches desséchées, fixées au hasard parmi les pierres. Au-dessus de ces branches sont suspendus des ossements et des banderoles, chamarrés de sentences thibétaines ou mongoles. Les dévots qui passent devant l'obo ne se contentent pas de faire des prostrations et de brûler des parfums, ils jettent encore de l'argent en assez grande quantité sur ce tas de pierres. Les Chinois qui suivent cette route ne manquent pas non plus de s'arrêter devant l'obo; mais, après quelques génuflexions, ils ont soin de recueillir les offrandes que les Mongols ont eu la bonhomie d'y déposer.
Dans toutes les contrées de la Tartarie on rencontre fréquemment de ces monuments informes; toutes les montagnes en sont couronnées, et les Mongols en font l'objet de fréquents pèlerinages. Ces obo nous rappelaient involontairement ces lieux élevés, dont parle la Bible, et où les Juifs portaient souvent leurs adorations, contre la défense des prophètes.
Vers midi le terrain commença à s'incliner. Nous descendons par une pente rapide dans une vallée profonde, où se trouve une petite station mongole. Nous passons sans nous y arrêter, et nous allons dresser notre tente sur les bords d'un étang. Nous étions dans le royaume de Gechekten, pays coupé de collines, et arrosé par de nombreux ruisseaux. Les pâturages et le bois de chauffage s'y rencontrent partout en abondance. Mais les voleurs désolent incessamment ces malheureuses contrées. Les Chinois les ont envahies depuis longtemps, et en ont fait l'asile de tous les malfaiteurs. Habitant de Gechekten est synonyme d'homme sans foi ni loi, qui ne recule devant aucun crime. On dirait que, dans ce pays, la nature a vu avec regret les hommes empiéter sur ses droits. Partout
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où la charrue a passé, le terrain est devenu triste, aride et sablonneux. On n'y récolte que de l'avoine, dont les habitants se nourrissent habituellement. Il n'y a qu'une seule ville de commerce, appelée en mongol Altan-Somé (temple d'or). C'était d'abord une grande lamaserie qui contenait près de deux mille lamas. Peu à peu les Chinois s'y sont transportés, pour trafiquer avec les ïartares. /
Le soleil venait de se coucher, et nous étions occupés dans l'intérieur de la tente à faire bouillir notre thé, lorsque Arsalan nous avertit par ses aboiements de la venue d'un étranger. Bientôt nous entendons le trot d'un cheval, et un cavalier paraît à la porte. — Salut! nous crie le Tartare, en portant ses deux mains jointes au front. Invité à boire une tasse de thé, il attache son cheval à un clou de la tente, et vient prendre place autour du foyer.
« Seigneurs lamas, nous dit-il aussitôt qu'il fut assis, sous quelle partie du ciel êtes- vous nés?
■ — Nous sommes du ciel d'occident. Et toi, quelle est ta patrie?
— Ma pauvre iourte ^ est vers le nord, au fond de cette grande vallée qui est à notre droite.
— Ton pays de Gechekten est un beau pays. »
Le Mongol secoue la tête avec tristesse, et ne répond pas.
« Frère, ajoutons-nous, après un moment de silence, la terre des herbes est encore très étendue dans le royaume de Gechekten. Ne vaudrait-il pas mieux ensemencer vos prairies? Que faites-vous de ces pays incultes? de belles moissons ne sont-elles pas préférables à ces herbes? »
Il nous répond avec un ton de conviction profonde : <( Les Mongols sont faits pour vivre sous la tente et faire paître les troupeaux. Tant que cet usage s'est conservé dans notre royaume de Gechekten, nous avons été riches et heureux. Maintenant, depuis que les Mongols se sont mis à cultiver la terre et à bâtir des maisons, ils sont devenus pauvres. Les Kitat (Chinois) ont envahi le pays. Troupeaux, terres, maisons, tout a passé entre leurs mains. Il nous reste encore quelques prairies ; c'est là que vivent sous la tente ceux des Mongols qui n'ont pas été forcés par la misère à émigrer dans d'autres contrées.
— Puisque les Chinois sont si funestes, pourquoi les avez-vous laissés pénétrer dans votre pays?
— Cette parole est une vérité ; mais vous ne l'ignorez pas. Seigneurs lamas, les Mongols sont simples; ils ont le cœur faible. Nous avons eu pitié de ces méchants Kitat, qui sont venus en pleurant nous demander l'aumône. On leur a laissé cultiver, par compassion, quelque peu de terre. Les Mongols ont in-