CHAPITRE IL
Restauration de Tolon-Noop. — Aspect de la ville. — Grandes fonderies de cloches et d'idoles. — Entretiens avec les Lamas de Tolon-Noor. — Campement. — Thé en brique. — Rencontre de la reine Mourg-evan. — Attrait des Mongols pour les pèlerinages. — Violente tempête. — Guerre des Anglais contre la Chine, racontée par un chef Mongol. — Les huit bannières du Tehakar. — Troupeaux de l'Empereur. — Forme et ameublement des tentes. — Mœurs primitives et bizarres coutumes des Tartares. — Campement aux trois lacs. — Apparitions nocturnes. — Samdadchiemba raconte les aventures de sa jeunesse. — Écureuils gris de la Tartarie. — Arrivée à Chaborté.
OTRE entrée dans la ville de Tolon-Noor fut fatigante et pleine de perplexités; car nous ne savions où aller mettre pied à terre. Nous errâmes longtemps comme dans un labyrinthe, en suivant des rues étroites, tortueuses, où nos chameaux avaient peine à se frayer un passage au milieu d'un perpétuel encombrement. Enfin, après bien des allées et venues, nous trouvâmes une auberge.
Décharger nos chameaux, entasser notre bagage dans la petite chambre qu'on nous avait donnée, acheter de l'herbe et la distribuer aux animaux, tout cela se fit sans, prendre haleine. Le chef d'hôtellerie vint, selon l'usage, nous remettre un cadenas; après avoir cadenassé la porte de notre chambre, nous allâmes, sans perdre de temps, dîner en ville; car nous étions affamés. Nous ne fûmes pas longtemps à découvrir un drapeau triangulaire, flottant devant une maison : c'était un restaurant. Nous y entrâmes, et un long corridor nous conduisit dans une salle spacieuse, où étaient distribuées avec ordre et sjonétrie de nombreuses petites tables. Nous nous assîmes et aussitôt on vint placer une théière devant chacun de nous ; c'est le prélude obligé de tous les repas. Il faut boire beaucoup, et boire toujours bouillant, avant de prendre la moindre chose. Pendant qu'on est ainsi occupé à se gonfler de thé, on reçoit la visite de l'intendant de la table. C'est ordinairement un personnage aux manières élégantes, et doué d'une prodigieuse volubilité de langue; il connaît du reste tous les pays et les affaires de tout le monde. Il finit cependant par vous demander l'ordre du service; à mesure qu'on énonce les plats qu'on désire, il en répète les noms en chantant, afin d'en donner connaissance au gouverneur de la marmite.
On est servi avec une admirable promptitude; mais, avant de commencer le repas, l'étiquette exige qu'on se lève et qu'on aille inviter à la ronde tous les convives qui se trouvent dans la salle.
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J)Outieniré be liDuaoe.
(( Venez, venez tous ensemble, leur crie-t-on en les conviant du geste, venez boire un petit verre de vin et manger un peu de riz.
— Merci, merci, répond l'assemblée, venez plutôt vous asseoir à notre table, c'est nous qui vous invitons. »
Après cette formule cérémonieuse, on a manifesté son honneur, comme on dit dans le pays, et on peut prendre son repas en homme de qualité.
Aussitôt qu'on se lève pour partir, l'intendant de la table paraît; pendant qu'on traverse la salle, il chante de nouveau la nomenclature des mets qu'on a demandés, et termine en proclamant la dépense totale, d'une voix haute et intelligible. On passe ensuite au bureau, et on verse à la caisse la somme désignée. En général, les restaurateurs chinois sont aussi habiles que ceux d'Europe pour exciter la vanité des convives, et pousser à la consommation des vivres.
Deux motifs nous avaient engagés à diriger d'abord notre marche vers Tolon-Noor. En premier lieu, nous avions à y faire quelques achats pour compléter nos ustensiles de voyage. De plus, il nous paraissait nécessaire de nous mettre en rapport avec les lamas du pays, et de prendre des renseignements sur les points les plus importants de la Tartarie.
Les petites provisions que nous avions à faire nous fournirent l'occasion de parcourir les divers quartiers de la ville.
Tolon-Noor n'est qu'une vaste agglomération de maisons laides et mal distribuées. Au milieu de ses rues étroites et tortueuses, on ne voit que bourbiers et cloaques. Pendant que les piétons marchent des deux côtés, à la file les uns des autres, sur un périlleux trottoir, les charrettes, les caravanes de chameaux et de mulets se traînent péniblement dans une boue noire, puante et profonde. Il arrive assez souvent que les voitures versent; et alors il serait difficile d'exprimer le désordre et l'encombrement qui se produisent. Les animaux meurent étouffés dans la boue ; les marchandises se perdent, ou tombent entre les mains des filous qui accourent en foule augmenter la confusion.
Malgré le peu d'agréments que présente Tolon-Noor, malgré la stérilité de ses environs, l'extrême rigueur de l'hiver et les chaleurs étouffantes de l'été, la population de cette ville est immense, et le commerce y est prodigieux. Les marchandises russes y descendent par la route de Kiakta; les Tartares y conduisent incessamment de nombreux troupeaux de bœufs, de chameaux et de chevaux ; à leur retour, ils emportent du tabac, des toiles et du thé en briques. Ce perpétuel va-et-vient d'étrangers donne à la population un aspect vivant et animé. Les colporteurs courent dans les rues offrir aux passants les objets de leur petit commerce; les marchands, du fond de leurs boutiques, appellent et agacent les acheteurs par des paroles flatteuses et courtoises; les lamas, aux habits éclatants de rouge et de jaune, cherchent à se faire admirer par leur
Côapîtïc beupème.
adresse à conduire a/ galop, dans des passages difficiles, des chevaux fougueux et indomptés.
Les commerçants de la province du Chan-Si sont en majorité dans la ville de Tolon-Noor ; mais il en est peu qui s'y établissent d'une manière définitive. Après quelques années, quand leur coffre- fort est suffisamment rempli, ils s'en retournent dans leur pays. Sur cette vaste place de commerce, les Chinois finissent toujours par faire fortune, et les Tartares par se ruiner. Tolon-Noor est comme une monstrueuse pompe pneumatique, qui réussit merveilleusement à faire le vide dans les bourses mongoles.
Les magnifiques statues en fer et en airain qui sortent des grandes fonderies de Tolon-Noor sont renommées, non seulement dans toute la Tartarie, mais encore dans les contrées les plus reculées du Thibet. Ses immenses ateliers envoient dans tous les pays soumis au culte de Bouddha des idoles, des cloches, et divers vases usités dans les cérémonies bouddhiques. Les petites statues sont d'une seule pièce, mais les grandes sont coulées par parties, qui sont ensuite soudées ensemble. Pendant que nous étions à Tolon-Noor, nous vîmes partir pour le Thibet un convoi vraiment colossal : c'était une énorme statue de Bouddha, chargée par pièces sur quatre-vingt-quatre chameaux. Un prince du royaume de Oudchou-Mourdchin, allant en pèlerinage à Lha-Ssa, devait en faire hommage au Talé-Lama.
Nous profitâmes de notre passage à Tolon-Noor pour faire exécuter un Christ sur un magnifique modèle en bronze, venu de France. On l'avait si bien réussi qu'il était assez difficile de pouvoir distinguer la copie du modèle. Ces ouvriers chinois travaillent promptement, à bon marché, mais surtout avec une étonnante complaisance; ils sont loin d'avoir l'amour-propre et l'entêtement de certains artistes d'Europe. Toujours ils se conforment au goût de leurs pratiques, et font aisément le sacrifice de leurs propres idées. Ils font d'abord leur ouvrage en pâte; si on ne le trouve pas à sa fantaisie, ils recommencent jusqu'à ce qu'on leur permette de travailler au moule.
Durant notre séjour à Tolon-Noor, nous eûmes souvent occasion de visiter les lamaseries, et de nous mettre en rapport avec les prêtres du bouddhisme. Les lamas nous parurent peu instruits. En général, leur symbolisme n'est guère plus épuré que les croyances du vulgaire. Leur doctrine est toujours indécise et flottante au milieu d'un vaste panthéisme dont ils ne peuvent se rendre compte. Quand nous leur demandions quelque chose de net et de positif, ils étaient dans un embarras extrême, et se rejetaient les uns sur les autres. Les disciples nous disaient que leurs maîtres savaient tout ; les maîtres invoquaient la toute-science des grands lamas ; les grands lamas eux-mêmes se regardaient comme des ignorants à côté des saints de certaines lamaseries fameuses. Toute-
^oiiheiuré ùt hopage.
fois, disciples et maîtres, grands et petits lamas, tous s'accordaient à dire que la doctrine venait de l'Occident; ils étaient unanimes sur ce point. Plus vous avancerez vers l'Occident, nous disaient-ils, plus la doctrine se manifestera pure et lumineuse. Quand nous leur avions fait l'exposé des vérités chrétiennes, ils ne discutaient jamais ; ils se contentaient de dire avec calme : « Nous autres, nous n'avons pas là toutes les prières. Les lamas de l'Occident vous expliqueront tout, vous rendront compte de tout ; nous avons foi aux traditions venues de l'Occident. »
Au reste, ces paroles ne sont que la confirmation d'un fait qu'il est aisé de remarquer sur tous les points de la Tartarie. Il n'est pas une seule lamaserie de quelque importance dont le grand lama ou supérieur ne soit un homme venu du Thibet. Un lama quelconque, qui a fait un voyage à Lha-Ssa, est assuré d'obtenir à son retour la confiance de tous les Tartares. Il est regardé comme un homme supérieur, comme un voyant aux yeux duquel ont été dévoilés tous les mystères des vies passées et futures, au sein même de Véternel sanctuaire, et dans la terre des esprits.
Après avoir mûrement réfléchi sur tous les renseignements que nous avions obtenus des lamas, il fut décidé que nous dirigerions notre marche vers l'Occident. Le 1" octobre, nous partîmes de Tolon-Noor ; et ce ne fut pas sans peine que nous parvînmes à traverser cette misérable ville. Nos chameaux ne pouvaient avancer à travers ces bourbiers que par soubresauts et en trébuchant. Les charges chancelaient, branlaient sans cesse ; à chaque pas, nous tremblions de voir nos pauvres bêtes perdre l'équilibre et aller rouler dans la boue. Nous étions heureux quand nous pouvions rencontrer une place un peu sèche pour faire accroupir les chameaux, et sangler de nouveau notre bagage. Samdadchiemba enrageait; il allait et venait sans proférer une parole, se contentant de manifester son dépit en se mordant les lèvres.
A l'extrémité de la ville, vers la partie occidentale, nous n'avions plus de cloaques à traverser; mais nous tombions dans un autre embarras. Devant nous, point de route tracée, pas le moindre sentier ; c'était une longue et interminable chaîne de petites collines, d'un sable fin et mouvant, sur lequel nous ne pouvions marcher qu'avec beaucoup de peine et de fatigue. Au milieu de ces sablières, nous étions écrasés par une chaleur étouffante. Nos bêtes de charge étaient fumantes de sueur, et nous-mêmes nous étions dévorés par une soif ardente ; mais c'était en vain que nous cherchions autour de nous quelques gouttes d'eau pour nous rafraîchir.
Il était déjà tard, et nous commencions à cjraindre de ne pouvoir rencontrer un endroit propice pour dresser notre tente. Le terrain se raffermit pourtant peu à peu, et nous pûmes découvrir enfin quelques traces de végétation.
Cj^apitce beit^tème.
Bientôt les sables diminuèrent, et le sol devint de plus en plus beau et verdoyant. Nous aperçûmes sur notre gauche, non loin de nous, l'ouverture d'une gorge. M. Gabet pressa sa chamelle et courut au galop examiner ce poste. Il reparut bientôt sur le sommet d'une colline et nous fit signe de la main. Nous nous dirigeâmes vers lui ; la Providence lui avait fait rencontrer un assez bon gîte. Un petit étang dont les eaux étaient à moitié cachées par des joncs épais et des plantes marécageuses, quelques broussailles disséminées çà et là sur les coteaux,
C'était une reine du pays des Khalkhas, qui se rendait en pèlerinage â la lamaserie
des Cinq-Tours. (P. 37.)
c était tout ce qu'il nous fallait. Altérés, affamés, fatigués comme nous l'étions, nous ne pouvions ambitionner rien de mieux.
A peine les chameaux furent-ils accroupis que chacun de nous s'empressa d'aller puiser quelques gorgées d'eau entre les joncs du marais ; l'eau était assez fraîche, mais elle saisissait violemment le nez par une forte odeur hydrosulfurique.
Je me souvins d'en. avoir bu de semblable dans les Pyrénées, dans la bonne ville d'Ax, et d'en avoir vu vendre dans les pharmacies de France.
J)ûubcnirs te Uoiiaijc.
fois, disciples et maîtres, grands et petits lamas, tous s'accordaient à dire que la doctrine venait de l'Occident; ils étaient unanimes sur ce point. Plus vous avancerez vers l'Occident, nous disaient-ils, plus la doctrine se manifestera pure et lumineuse. Quand nous leur avions l'ait l'exposé des vérités chrétiennes, ils ne discutaient jamais; ils se contentaient de dire avec calme: « Nous autres, nous n'avons pas là toutes les prières. Les lamas de l'Occident vous expliqueront tout, vous rendront compte de tout: nous avons foi aux traditions venues de l'Occident. »
Au reste, ces paroles ne sont que la confirmation diin fait qu'il est aisé de remarquer sur tous les points de la Ti.rLarie. I! n'est ])as une seule lamaserie de quelque importance dont le «ïrand lama ou suj)érienr ne soit un homme venu du Thibet. Un lama quelconque, qui a fait un voyage à I>lia-Ssa, est assuré d'obtenir à son retour la confiance de tous les Tartares. Il est regarde comme un homme supérieui'. connue un voyant aux yeux duquel ont été dévoilés tous les mystères des vies passées et futures, au sein même de Vi'tcrnel snnctiiaire. et dans la terre des esprits.
Après avoir mûrement réfléchi sur tous les renseignements que nous avions obtenus des lamas, il fut décidé que nous dirigerions notre marche vers l'Occident. Le 1" octobre, nous partîmes de Tolon-Noor; et ce ne fut pas sans peine que nous parvînmes à traverser cette misérable \ ille. Nos chameaux ne pouvaient avancer à travers ces bourbiers que par soubresauts et en trébuchant. Les charges chancelaient, branlaient sans cesse; à chaque pas. nous tremblions de voir nos pauvres bêtes perdre l'équilibre et aller rouler dans la boue. Nous étions heureux quand nous pouvions rencontrer une ]ilace un peu sèche ])our faire accroupir les chameaux, et sangler de nouveau notre bagage. Samdadchiemba enrageait; il allait et veiiait s;!ns proférer une parole, se contentant de manifester son dépit en se mordant les lè\res.
A l'extrémité de la ville, vers h\ ivnlio occidentale, nous n'avions })lus de cloaques à traverser; mais nous tonibion-^ dans un autre eniba.rras. Devant nous, point de route tracée, pas le moindre sentier; c'était unelongu.eet interminable chaîne de petites collines, d'un sable fin et mouvant, sur lequel nous ne pouvions marcher qu'avec beaucoup de peine et de fatigue. Au milieu de ces sablières, nous étions écrasés par une chaleur étouffante. Nos bêtes de charge étaient fumantes de sueur, et nous-mêmes nous étions déx'orés par une soif ardente ; mais c'était en vain que nous cherchions autour de nous quelques gouttes d'eau pour nous rafraîchir.
Tl était déjà tard, et nous conmiencions à craindre de ne pouvoir rencontrer un endroit propice pour dresser notre tente. Le terrain se raffermit pourtant ]ieu à peu, et nous pûmes découvrir enfin quehiues traces de végétation.
(Chapitre i3euj:ièmc.
Bientôt les sables diminuèrent, et le sol devint de plus en plus beau et verd(n^ant. Nous aperçûmes sur notre gauche, non loin de nous, l'ouverture d'une gorge. M. Gabet pressa sa chamelle et courut au galop examiner ce poste. Il rejoarut bientôt sur le sommet d'une colline et nous Ht signe de la main. Nous nous diri- "eâmes vers lui : la Providence lui avait fait rencontrer un assez bon gîte. Un petit étang dont les eaux étaient à moitié cachées par des joncs épais et des plantes marécageuses, quelques broussailles disséminées çà et là sur les coteaux.
C'était une reine du pays des Khalkhas. qui se rendait en pèlerinage à la lamaserie
des Cinq-Tours, (r 37.)
cétait tout ce qu'il nous fallait. Altérés, affamés, fatigués comme nous l'étions, nous ne pouvions ambitionner rien de mieux.
A peine les chameaux furent-ils accroupis que chacun de nous s'empressa daller puiser quelques gorgées d'eau entre les joncs du marais; l'eau était assez fraîche, mais elle saisissait violennnent le nez par une forte odeur hydrosuif urique.
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^ouhemi:^ bc hopage.
Après nous être suffisamment désaltérés, les forces revinrent petit à petit. Nous pûmes alors dresser la tente, et nous mettre avec énergie chacun à son ouvrage. M. Gabet alla faire quelques petits fagots parmi les charmilles; Samdadchiemba ramassait des argols dans le pan de sa robe, et M. Hue, assis à l'entrée de la tente, essayait de s'initier à l'art culinaire, en vidant une poule dont Arsalan convoitait les entrailles d'un œil avide et attentif. Nous voulions au moins une fois, à travers les déserts, nous donner le luxe d'un petit festin; nous voulions, par patriotisme, régaler notre Dchiahour d'un mets conditionné d'après les règles du Cuisinier français. La volaille fut donc artistement dépecée et plongée au fond de notre grande chaudière. Quelques racines de sinapis confites dans de l'eau salée, des oignons, une gousse d'ail et un piment rouge complétèrent l'assaisonnement. Bientôt le tout fut mis sans peine en ébullition ; car ce jour-là nous étions riches en combustible. Samdadchiemba, après avoir plongé sa main dans la marmite, en retira un fragment de volaille dont il fit l'inspection : il annonça aux convives que l'heure était venue : la marmite fut aussitôt retirée de dessus le trépied, et placée sur le gazon. Nous nous assîmes tout auprès, de manière à pouvoir la toucher de nos genoux, et chacun des convives, armé de deux bâtonnets, s'efforça de saisir les morceaux qui flottaient à la surface d'un abondant liquide.
Quand le repas fut achevé, nous remerciâmes le bon Dieu du festin qu'il nous avait servi dans le désert, et Samdadchiemba alla rincer le chaudron sur les bords de l'étang. Pour compléter la fête, nous fîmes bouillir le thé mongol. Le thé dont usent les Tartares mongols n'est pas préparé de la même manière que celui qui est consommé par les Chinois. Ces derniers, comme on sait, se servent, en général, des feuilles les plus petites et les plus tendres, qu'ils font simplement infuser dans l'eau bouillante, de manière à lui donner une teinte dorée. Les feuilles grossières, auxquelles se trouvent mêlées les branches les plus déliées, sont pressées et coagulées ensemble dans un moule, où elles prennent la forme et l'épaisseur des briques qui sont en usage dans la maçonnerie. Ainsi préparé, on le livre au commerce sous le nom de thé tartare, parce qu'il est presque exclusivement employé par ce peuple, si on en excepte toutefois les Russes, qui en font- une grande consommation. Quand les Tartares veulent faire le thé, ils cassent un morceau de leur brique, le pulvérisent, et le font bouillir dans leur marmite, jusqu'à ce que l'eau devienne rougeâtre. Ils y jettent alors une poignée de sel, et l'ébullition recommence. Dès que le liquide est presque noir, on ajoute une écuelle de lait, puis on décante dans une grande urne cette boisson qui fait les délices des Tartares. Samdadchiemba en était enthousiaste ; pour nous, nous en buvions par nécessité, et faute de mieux.
Le lendemain, après avoir roulé notre tente, nous nous éloignâmes de cet