‹ À travers les déserts de la Tartarie et les neiges du Thibet [microform]Chapitre 17 sur 114 · chapitre ùeupème · texte numérisé non relu

chapitre ùeupème

La tente mongole affecte la forme cylindrique, depuis le sol jusqu'à mihauteur d'homme. Sur ce cylindre, de huit à dix pieds de diamètre, est ajusté un cône tronqué, qui représente assez bien le chapeau d'un quinquet. La charpente de la tente se compose, pour la partie inférieure, d'un treillis fait avec des barreaux croisés les uns sur les autres, de manière à pouvoir se resserrer et s'étendre comme un filet. Des barres de bois partent de la circonférence conique et vont se réunir au sommet, à peu près comme les baguettes d'un parapluie. Cette charpente est ensuite enveloppée d'un ou de plusieurs épais tapis de laine grossièrement foulée. La porte est basse, étroite, mais pourtant elle a deux battants; une traverse de bois assez élevée en forme le seuil, de sorte que, pour entrer, il faut en même temps lever le pied et baisser la tête. Outre la porte, il y a une autre ouverture pratiquée au-dessus du cône, par cil s'échappe la fumée du foyer. Un morceau de feutre peut la fermer à volonté, au moyen d'une corde dont l'extrémité est attachée sur le devant de la porte.

L'intérieur de la tente est comme divisé en deux parties : le côté gauche, en entrant, est réservé aux hommes; c'est là que doivent se rendre les étrangers. Un homme qui passerait par le côté droit commettrait plus qu'une grossière inconvenance. La droite est occupée par les femmes : c'est là que se trouvent réunis tous les ustensiles du ménage : une grande urne en terre cuite pour conserver la provision d'eau; des troncs d'arbres de diverses grosseurs creusés en forme de seau, et destinés à renfermer le laitage, suivant les diverses transformations qu'on lui fait subir. Au centre est un large trépied planté dans la terre, et toujours prêt à recevoir une grande marmite mobile, que l'on place et retire à volonté. Cette marmite est en fer et a la forme d'une cloche. Derrière le foyer, et face à la porte, est une espèce de canapé, meuble le plus bizarre que nous ayons rencontré chez les Tartares. Aux deux extrémités sont deux oreillers terminés à leur bout par des plaques de cuivre doré et habilement ciselé. Il n'existe peut-être pas une seule tente où on ne trouve ce petit lit, qui paraît être un meuble de nécessité absolue ; mais, chose étrange et inexplicable! durant notre long voyage nous n'en avons jamais vu un seul qui parût fabriqué de fraîche date. Nous avons eu occasion de visiter des familles mongoles où tout portait l'empreinte de l'aisance, de l'opulence même; mais toujours ce singulier canapé nous a paru une chose guenilleuse et d'une vétusté inexprimable. Quoique ce meuble s'en aille toujours en lambeaux, il dure pourtant toujours et ne cesse de se transmettre de générations en générations. Dans les villes où se fait le commerce tartare, on a beau parcourir les magasins, les friperies et les dépôts de Mont-de-Piété, on ne rencontre jamais de ces meubles, ni vieux ni neufs.

A côté du canapé, vers le quartier des hommes, on place ordinairement une

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petite armoire carrée, où sont renfermées les mille et une bagatelles qui servent à enjoliver le costume de ce peuple simple et enfant. Cette armoire tient aussi lieu d'autel à une petite idole de Bouddha : cette divinité, en bois ou en cuivre doré, est ordinairement accroupie, les jambes croisées, et emmaillottée jusqu'au cou d'une écharpe de vieux taffetas jaune. Neuf vases en cuivre, de la grosseur et de la forme de nos petits verres à liqueur, sont symétriquement alignés devant Bouddha : c'est dans ces petits calices que les Tartares font journellement à leur idole des offrandes d'eau, de lait, de beurre et de farine ; enfin quelques livres thibétains enveloppés de soie jaune complètent l'ornement de la petite pagode. Ceux dont la tête est rasée et qui gardent \e célibat ont seuls le privilège de toucher à ces recueils de prières ; un homme noir commettrait un sacrilège s'il s'avisait d'y porter ses mains profanes.

De nombreuses cornes à bouc, fixées à la charpente de la tente, complètent l'ameublement des habitations mongoles : c'est là que sont suspendus des quartiers de viande de bœuf ou de mouton, des vessies remplies de beurre, des flèches, des arcs et un fusil à mèche; car il n'est presque pas de famille tartare qui ne possède au moins une arme à feu.

L'odeur qu'on respire dans les tentes mongoles est rebutante et presque insupportable, quand on n'y est pas accoutumé. Cette odeur, forte, et capable quelquefois de faire bondir le coeur, provient de la graisse et du beurre dont sont imprégnés les habits et les objets à l'usage des Tartares. A cause de cette saleté habituelle, ils ont été nommés Tsao-Ta-Dze (Tartares puants) par les Chinois, qui eux-mêmes ne sont pas inodores, ni très scrupuleux en fait de propreté.

Les soins de la famille et du ménage reposent entièrement sur la femme; elle doit traire les vaches, préparer le laitage, aller puiser l'eau quelquefois à une distance éloignée, ramasser les argols, les faire sécher, et puis les entasser autour de la tente. La confection des habits, le tannage des pelleteries, le foulage des laines, tout lui est abandonné ; elle est seulement aidée par ses enfants, quand ils sont encore jeunes.

Les occupations des hommes consistent uniquement à diriger les troupeaux dans les bons pâturages, et ce soin leur est plutôt un plaisir qu'une peine, accoutumés qu'ils sont dès leur enfance à monter à cheval. Ils ne se donnent de la fatigue que lorsqu'ils sont obligés de poursuivre des animaux échappés. Alors ils se mettent au grand galop sur la piste; ils volent plutôt qu'ils ne courent, tantôt sur le sommet des montagnes, tantôt dans de profonds ravins, jusqu'à ce qu'ils aient ramené au troupeau la bête qui s'était enfuie. Ils vont quelquefois à la chasse; mais dans cet exercice ils ont plutôt en vue l'intérêt que le plaisir ; ils ne s'arment du fusil ou de l'arc que pour tuer des chevreuils, des

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