chapitre (quatrième
sors littéraires qu'ils avaient rencontrés dans ces pays lointains, ils ne cessaient de répandre en même temps les lumières du christianisme parmi ces peuples idolâtres, dont la religion n'est qu'un monstrueux assemblage de doctrines et de pratiques empruntées à Lao-Tseu, à Confucius, et à Boudha.
On sait que, dans les premiers temps de la dynastie actuelle, les Missionnaires s'étaient acquis par leurs talents un grand crédit à la cour ; ils accompagnaient toujours les empereurs dans les longs et fréquents voyages qu'ils faisaient à cette époque dans les terres de leur ancien empire. Ces zélés prédicateurs de l'Evangile ne manquaient jamais de profiter de la protection et de l'influence dont ils jouissaient pour répandre partout sur leur route la semence de la vraie doctrine. Telle fut la première origine de l'introduction du christianisme en Mantchourie. On ne compta d'abord que peu de néophytes ; mais leur nombre augmenta sensiblement dans la suite, par les migrations des Chinois, où se trouvaient toujours quelques familles chrétiennes.
La Mantchourie est bornée au nord par la Sibérie, au midi par le golfe Phou-Hai et la Corée, à l'orient par la mer du Japon, et à l'occident par la Daurie russe et la Mongolie.
Moukden, en chinois Chen-Yan, est la ville la plus importante et doit être considérée comme la seconde capitale de l'empire chinois. L'empereur y a un palais et des tribunaux sur le modèle de ceux de Pékin. C'est une grande et belle ville, entourée de remparts massifs et élevés; les rues sont larges, régulières, moins sales et moins tumultueuses que celles de Pékin. Un grand quartier est uniquement habité par les princes de la ceinture jaune, c'est-àdire par les membres de la famille impériale. Ils sont sous la surveillance d'un grand mandarin, qui est chargé d'examiner leur conduite, et de corriger leurs abus. Il a droit de prononcer contre eux un jugement sans appel.
Après Moukden, les villes les plus renommées sont Ghirin, entourée de hautes palissades en pieux, et Ningouta, berceau de la famille impériale régnante. Lao-Yan, Kai-Tcheou et Kin-Tcheou sont remarquables par le grand commerce que la proximité de la mer y entretient.
La Mantchourie, arrosée d'un grand nombre de fleuves et de rivières, est un pays naturellement fertile. Depuis que la culture est entre les mains des Chinois, le sol s'est enrichi d'un grand nombre de produits venus de l'intérieur. Dans la partie méridionale, on cultive avec succès le riz sec, ou qui n'a pas besoin d'inondations, et le riz impérial découvert par l'empereur Khang- Hi. Ces deux espèces de riz prospéreraient certainement en France. On y fait aussi d'abondantes récoltes de petit millet, de millet des Indes (Holcus Sorghum) dont on distille une excellente eau-de-vie, de sésame, de lin, de chanvre, et de tabac, le meilleur de tout l'empire chinois.
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On cultive surtout, dans cette région, le cotonnier à tige herbacée ; il fournit du coton avec une abondance extraordinaire. Un Meou, ou quinze pieds carrés environ, en donne ordinairement jusqu'à mille kilos. Les fruits du cotonnier croissent en forme de gousse ou de coque et atteignent la grosseur d'une noix. Cette coque s'ouvre à mesure qu'elle mûrit, se divise en trois parties, et met à nu trois ou quatre petites houppes de coton, qui contiennent les graines. Pour séparer la graine, on se sert d'une espèce d'arc bien tendu, dont on fait vibrer la corde sur les petites pelotes de coton ; après avoir réservé les semences pour l'année suivante, le restant des graines est employé à faire une huile que l'on pourrait comparer pour sa qualité à celle du lin. La partie haute de la Mantchourie est trop froide pour permettre la culture du cotonnier; mais elle en est dédommagée par ses abondantes récoltes de blé.
Outre ces productions, qui sont communes à la Chine, la Mantchourie en possède trois qui lui sont particulières. — L'orient de la barrière de pieux, dit un proverbe, produit trois trésors : ce sont le jin-seng, la peau de zibeline et l'herbe de Oula.
La première de ces productions est connue depuis longtemps en Europe; c'est peut-être la branche de commerce la plus considérable de la Mantchourie, et il n'est pas de petite pharmacie, en Chine, oii on n'en trouve au moins quelques racines.
La racine du jin-seng est pivotante fusi forme et très raboteuse; rarement elle atteint la grosseur du petit doigt ; et sa longueur varie de deux à trois pouces. Quand elle a subi la préparation convenable, elle est d'un blanc transparent, quelquefois légèrement coloré de rouge ou de jaune. Rien ne nous a paru mieux ressembler à cette racine que les petits rameaux de stalactites.
Les Chinois disent des merveilles du jin-seng; quoiqu'il y ait beaucoup à rabattre sur les étonnantes propriétés qu'on lui attribue, on ne peut s'empêcher d'avouer que c'est un tonique qui agit avec succès sur l'organisation des Chinois. Les vieillards et les personnes faibles s'en servent pour combattre leur état d'atonie et de prostration. Les médecins chinois disent assez communément que l'usage du jin-seng, à cause de la grande chaleur qu'il excite dans le sang, serait plus nuisible qu'utile aux Européens, qui jouissent d'euxmêmes d'un tempérament très chaud. Quoi qu'il en soit de ce spécifique si prôné par les Chinois, et quelquefois si ridiculisé par les Européens, il est d'une cherté étonnante : une once se vend jusqu'à dix ou quinze taels d'argent. Ceux qui ont eu occasion d'étudier le caractère des Chinois ne feront pas dif&culté de penser que cette cherté même ne contribue pas peu à donner tant de célébrité au jin-seng. Les riches et les mandarins ne l'estiment tant, peutêtre, que parce qu'il n'est pas à la portée du pauvre. Il en est beaucoup cer-