‹ À travers les déserts de la Tartarie et les neiges du Thibet [microform]Chapitre 31 sur 114 · SI · texte numérisé non relu

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tainemeent qui n'en font usage que par ostentation, et pour acquérir le frivole renom de faire de grosses dépenses.

La Corée produit du jin-seng, on le nomme Kao-li-seng; mais il est d'une qualité bien inférieure à celui qu'on recueille en Mantchourie.

Le second trésor de la Tartarie orientale est la peau de zibeline; elle coûte aux chasseurs des dangers et des fatigues incroyables : aussi est-elle d'un prix excessif, et destinée au seul usage des princes et des grands dignitaires de l'empire. Il n'en est pas ainsi de l'herbe de Oula ; ce troisième trésor de la Mantchourie est au contraire à la portée des plus pauvres. Le Oula est une espèce de chaussure faite avec du cuir de bœuf ; quand on la garnit d'une certaine qualité d'herbe qui croît seulement en Mantchourie, et qu'on nomme herbe de oula (oula-tsao), on éprouve aux pieds une chaleur douce et bienfaisante, même pendant le temps des plus grands froids. Cette herbe de oula se vend à vil prix; et c'est, sans contredit, par ce motif qu'elle mérite véritablement le nom qu'on lui a donné. Pendant que les deux autres trésors vont entretenir l'orgueil et le luxe des grands, celui-ci réchauffe les pieds du pauvre et du voyageur auxquels l'indigence interdit les bottes fourrées et les chaussures élégantes.

Comme nous l'avons dit plus haut, les Tartares Mantchous ont presque totalement abdiqué leurs mœurs pour adopter celles des Chinois; cependant, au milieu de cette transformation de leur caractère primitif, ils ont toujours conservé une grande prédilection pour la chasse, les courses à cheval et le tir à l'arc. Dans tous les temps, ils ont attaché une importance étonnante à ces divers exercices; et pour s'en convaincre, il n'est besoin que de parcourir un dictionnaire de la langue mantchoue. Tout ce qui a rapport à ces exercices est exprimé par des mots propres, et sans qu'on ait jamais besoin d'avoir recours à des circonlocutions. Il y a des noms particuliers, non seulement pour les différentes couleurs du cheval, pour son âge et ses qualités, mais encore pour tous ses mouvements. Il en est de même pour tout ce qui regarde la chasse et le tir à l'arc.

Les Mantchous d'aujourd'hui sont encore d'excellents archers. On parle surtout beaucoup de l'habileté de ceux qui appartiennent à la tribu des Scions. Dans toutes les stations militaires, l'exercice de l'arc se fait à des jours réglés en présence des mandarins et du peuple. Trois mannequins en paille, de la hauteur d'un homme, sont disposés en ligne droite à vingt ou trente pas l'un de l'autre ; le cavalier se place sur une ligne parallèle, distante de la première d'environ une quinzaine de pas; son arc est bandé et la flèche prête a partir. Dès que le signal est donné, il pousse son cheval au grand galop, et décoche une flèche sur le premier but; sans s'arrêter, il retire une seconde

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flèche du carquois, bande l'arc de nouveau, et lance la flèche contre le second mannequin; puis il fait de même sur le troisième mannequin. Pendant ce temps le cheval va toujours ventre à terre, suivant la ligne tracée, de sorte qu'il faut se tenir ferme sur les étriers, et manœuvrer avec assez de promptitude pour ne pas se trouver trop éloigné du but qu'on veut frapper. Du premier mannequin au second, l'archer a beau se hâter pour prendre sa flèche du carquois et bander l'arc ; il dépasse ordinairement le but, et est obligé de tirer un peu en arrière; au troisième coup, il doit décocher la flèche tout à fait derrière lui, à la manière des Parthes. Pour être réputé bon archer, il faut

Dans la partie méridionale on cultive le riz. (P. 99.)

ficher une flèche dans chaque mannequin. « Savoir décocher une flèche, dit un auteur mantchou, est la première et la plus importante science d'un Tartare; quoique la chose paraisse facile, les succès sont pourtant très rares. Combien qui s'exercent jour et nuit ! combien qui dorment l'arc entre les bras ! et cependant où sont ceux qui se sont rendus fameux ? Les noms proclamés dans les concours sont-ils nombreux? Ayez le corps droit et ferme, évitez les postures vicieuses ; que vos épaules soient d'une immobilité inébranlable. . . Enfin fixez chaque flèche dans son but, et vous pourrez vous réputer habile. »

Le lendemain de notre arrivée à la ville militaire de Kou-Kou-Hote, nous

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en partîmes pour nous rendre à la ville marchande. Nous étions péniblement affectés de nous être trouvés au sein d une ville mantchoue, et de n'avoir entendu parler constamment que la langue chinoise. Nous ne pouvions nous faire à l'idée d'un peuple apostat de sa nationalité, d'un peuple conquérant que rien ne distingue plus du peuple conquis, si ce n'est peut-être un peu moins d'industrie, et un peu plus de vanité. Quand un lama thibétain promit au chef tartare la conquête de la Chine et lui prédit qu'il serait bientôt assis sur le trône de Pékin, il lui eût parlé plus vrai s'il lui eût dit que son peuple tout entier, avec ses mœurs, son langage et son pays, allait s'engouffrer pour jamais" dans l'empire chinois!

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