‹ À travers les déserts de la Tartarie et les neiges du Thibet [microform]Chapitre 89 sur 114 · chapitre ^eisicme · texte numérisé non relu

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ces. Pour tout le reste, ils travaillent mal ou médiocrement, et les grossiers produits de leurs arts et métiers ne méritent pas d'être mentionnés. Leurs productions agricoles n'offrent non plus rien de remarquable. Le Thibet, presque entièrement recouvert de montagnes, et sillonné de torrents impétueux, fournit à ses habitants peu de terres cultivables. Il n'y a guère que les vallées qu'on puisse ensemencer avec quelque espérance d'avoir une moisson à recueillir. Les Thibétains cultivent peu le froment, et encore moins le riz. La principale récolte est en Tsing-Kou, ou orge noire, dont on fait le tsamba, base alimentaire de toute la population thibétaine, riche ou pauvre. La ville de Lha-Ssa est abondamment approvisionnée de moutons, de chevaux et de boeufs grognants. On y vend aussi d'excellents poissons frais, et de la viande de porc dont le goût est exquis. Mais, le plus souvent, tout cela est très cher et hors de la portée du bas peuple. En somme, les Thibétains vivent très mal. D'ordinaire, leurs repas se composent uniquement de thé beurré et de tsamba, qu'on pétrit grossièrement avec les doigts. Les plus riches suivent le même régime ; et c'est vraiment pitié de les voir manipuler une nourriture si misérable dans une écuelle qui a coûté quelquefois cent onces d'argent. La viande, quand on en a, se mange hors des repas; c'est une affaire de pure fantaisie. Cela se pratique à peu près comme ailleurs on mange, par gourmandise, des fruits ou quelque légère pâtisserie. On sert ordinairement deux plats, l'un de viande bouillie et l'autre de viande crue; les Thibétains dévorent l'une et l'autre avec un égal appétit, sans qu'il soit besoin qu'aucun genre d'assaisonnement leur vienne en aide. Ils ont pourtant le bon esprit de ne pas manger sans boire. Ils remplissent de temps en temps leur écuelle chérie d'une liqueur aigrelette faite avec de l'orge fermentée, et dont le goût est assez agréable.

Le Thibet, si pauvre en produits agricoles et manufacturés, est riche en métaux au delà de tout ce qu'on peut imaginer; l'or et l'argent s'y recueillent avec une si grande facilité que les simples bergers eux-mêmes connaissent l'art de purifier ces métaux précieux. On les voit quelquefois au fond des ravins, ou aux anfractuosités des montagnes, accroupis à côté d'un feu d'argols de chèvres, et s'amusant à purifier dans des creusets la poudre d'or qu'ils ont recueillie çà et là, en faisant paître leurs troupeaux. Il résulte de cette grande abondance de métaux que les espèces sont de peu de valeur et, par suite, les denrées se maintiennent toujours à un prix très élevé. Le système monétaire des Thibétains ne se compose que de pièces d'argent; elles sont un peu plus grandes, mais moins épaisses que nos pièces d'un franc. D'un côté, elles portent des inscriptions en caractères thibétains, farsis ou indiens; de l'autre, elles ont une couronne composée de huit petites fleurs rondes. Pour la facilité du commerce, on fractionne ces pièces de monnaie, de telle sorte que le nombre

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