‹ À travers les déserts de la Tartarie et les neiges du Thibet [microform]Chapitre 91 sur 114 · chapitre jjciâtéiiic · texte numérisé non relu

chapitre jjciâtéiiic

« Yak'poré, C'est bien.

— Témou chu, Demeure en paix, lui répondîmes-nous; et après lui avoir tiré la langue, nous sortîmes tout enchantés de nous être mis en règle avec la police. Nous circulâmes dès lors dans les rues de Lha-Ssa d'un pas plus ferme, plus assuré, et sans tenir aucun compte des propos qui bourdonnaient incessamment à nos oreilles. La position légale que nous venions de nous faire nous relevait à nos propres yeux, et remontait notre courage. Quel bonheur de nous trouver enfin sur une terre hospitalière, et de pouvoir respirer franchement

Après avoir vécu et voyagé si longtemps en Chine. (P. 395.)

un air libre, après avoir vécu et voyagé si longtemps en Chine, toujours dans la contrainte, toujours en dehors des lois, toujours préoccupés des moyens de tricher le gouvernement de Sa Majesté impériale !

La sorte d'indifférence avec laquelle notre déclaration fut reçue par l'autorité thibétaine ne nous étonna nullement. D'après les informations que nous avions déjà prises sur la manière d'être des étrangers à Lha-Ssa, nous étions convaincus qu'il ne nous ferait aucune difficulté. Les Thibétains ne professent pas, à l'égard des autres peuples, ces principes d'exclusion qui font le carac-

J)OiiViciiir<ji de lionage.

se mit à nous appeler Azaras blancs. La dénomination était très pittoresque, et nous plaisait assez : cependant nous ne voulûmes pas l'adopter, sans prendre, par avance, quelques infonntit ions. 2s uu.s demandâmes donc ce qu'on entendait par Az.-ii'a blanc... Il nous fut répondu que les Azaras étaient les plus fervents adorateurs de Bouddha qu'on connût; c[u'ils composaient une grande tribu de l'Inde, et qu'ils faisaient souvent, par (iévotion. le pèlerinage de Lha-Ssa. On ajouta que, puisque nous n'étions ra Tliibétain.s. ni Katchi, ni Péboun, ni Tartares, ni Cliinois, nous devions certainement êtie Azai as. îî y avait seulement à cela un petit embarras; c'e.st cjue les Azaras qui avaient paru avant nous à Lha-Ssa avaient la iig!iic> iKiire. On jnjiit donc dû. jiour résoudre la difîiculté, nous appeler Azaras blancs. Nous rendîmes encore^ iionunage à la vérité, et nous déclarâmes que nous n'étions Azaras d'aucune façon, ni blancs, ni noirs.

Tous ces doutes sur le lieu de notre tsrigine furent d'abord assez amusants; mais ils devinrent bientôt graves et sérieux. Des osj)rits mal tournés allèrent s'imaginer que nous ne pouvions être que Kusses ou Anglais; on Unit même assez généralement par nous honoi'er de cette dernière qualification. On disait, sans trop se gêner, crae nous étions des Pélins de Calcutta, que nous étions venus pour exaiiiiner les forces du Thibet. dresser des carres de géographie et chercher les moyens de oous emparer du pays. Tout préjugé na.tional à part, il était très fâcheux pour nous qu'on nous prit pour des sujets de Sa Majesté Britannique. Un i);;reil quiproquo iie pouvait que nous rendre ti'ès impopulai res, et peut-être eût lijii par nous faire écarteler: car les T]ii])étains se soni mis dans la tête (fue les Anglais sont un peuple envahisseur et dont il f;îut se

Pour couper court à tous les bavariirigtv-^ (mù cireui;iienî sur notre compte, nous prîmes la résolution de nous co"! former à un règlement en vigueur à Lha-Ssa, et qui prescrit à tous les étra.ngers qui veulent séjourner dans la ville, pendant quelque temps, d'aller se présenter iiux autorités. Xous allâmes donc trouver le chef de la police, et nous lui déclarâmes que nous étions du cie! d'occident, d'un grand royaume api^elé la France, et que nous étions venus dans le Thibet pour y prêclier la religion chrétienne dont nous étions ministres. Le personnage à qui nous fîmes cette déclaration fn.t sec et impassible connue un bureaucrate. Iltira flegmatiquementsonj)oinçon de barn]x)u de derrièi'e l'oreille, et se mit à écrire, sans réflexion aucune, ce que nous \inions de lui dire. Il se contenta de répéter deux ou trois fois entre les dents les mots France et reli gion chrétienne, comme un homme qui ne sait pas trop de quoi on veut lui ]")arler. Quand il eut achevé d'écrire, il essuya à ses che\eu,x son poinçon encore imbibé d'encre, et le réinstalla derrière l'oreille droite en nous disant :

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« Yak foré, C'est hien.

— Témoa chu, ])emeure en paix, lui rcpoiidînies-nous; et après lui avoir tiré la langue, nous sortîmes tout eiichantcs de nous être mis en règle avec la police. Nous circulâmes dès lors dans les rues (ie Llia-Ssa, d"un pas plus fo'me, plus assure, et sans tenir aaicun. compte des propos qui hourdonruiient incessamment à nos oreilles. T.a position légale que nous venions de nous t'aii-e nous relevait à nos propres yeux, et renumtait noti'c courage. Quel bonlieur de nous trouver enfin sn.r une terre hospitalière, et de pouvoir respii-er franchement

Après avoir vécu, et voyagé si longtemps en Chine. (!'. 'A'',.}

un ail' libre, après avoir vécu et voyagé si longtemps en Chine, toujours dans la contrainte, toujours en dehors des lois, toujours préoccupés des moyens de tricher le gouvernement de Sa ?daiesté imp/érialc!

La sorte d'indifférence avec laquelle notre déclaration fut reçue par l'autorité thibétaine n.e nous étonna nullement. DV.prcs les informations que nous avions déjà prises sur la manière d'être des étrangers à Lha-Ssa, nous étions convaincus cpi'il ne nous ferait aucune difficulté. Les Th.ibétains ne professent !)as, à l'égard des antres [peuples, ces principes d'exclusion qui font le carac-

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^auhenir^ îïe tiopagc.

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tère distinctif de la nation chinoise : tout le monde est admis à Lha-Ssa; chacun peut aller et venir, se livrer au commerce et à l'industrie, sans que personne s'avise d'apporter la moindre entrave à sa liberté. Si l'entrée du Thibet est interdite aux Chinois, il faut attribuer cette prohibition au gouvernement de Pékin, qui, pour se montrer conséquent dans sa politique étroite et soupçonneuse, empêche lui-même ses sujets de pénétrer chez les peuples voisins.

Nous avons déjà parlé des nombreuses et frappantes analogies qui existent entre les rites lamaïques et le culte catholique. Eome et Lha-Ssa, le Pape et le Talé-lama ' pourraient encore nous fournir des rapprochements pleins d'intérêt. Le gouvernement thibétain, étant purement lamaïque, paraît, en quelque sorte, être calqué sur le gouvernement ecclésiastique des Etats pontificaux ^. Le ïalé-lama est le chef politique et religieux de toutes les contrées du Thibet ; c'est dans ses mains que réside toute puissance législative, executive et administrative. Le droit coutumier et certains règlements, laissés par Tsong-Kaba, servent à le diriger dans l'exercice de son immense autorité. Quand le Talé-lama meurt, ou pour parler le langage des Bouddhistes, quand il transmigre, on élit un enfant qui doit continuer la personnification indestructible du Bouddhavivant : cette élection se fait par la grande assemblée des lamas-Houtouktou, dont la dignité sacerdotale n'est inférieure qu'à celle du Talé-lama. Plus bas, nous entrerons dans quelques détails sur la forme et les règles de cette singulière élection. Comme le Talé-lama est non seulement le souverain politique et religieux des Thibétains, mais encore leur Dieu visible, on comprend qu'il ne pourrait, sans compromettre gravement sa divinité, descendre des hauteurs de son sanctuaire, et se mêler à tout propos des choses humaines. Il s'est donc réservé les affaires de majeure importance, se contentant de régner beaucoup et de gouverner très peu. Au reste l'exercice de son autorité dépend uniquement de son goût et de son bon plaisir. Il n'y a ni charte ni constitution pour contrôler sa manière de faire.

Après le Talé-lama, que les Thibétains nomment aussi quelquefois Kian- Ngan-Remboutchi (souverain trésor), vient le Nomekhan ou empereur spirituel. Les Chinois lui donnent le nom de Tsan-Wang, roi du Thibet. Ce personnage est nommé par le Talé-lama, et doit être toujours choisi parmi la classe des lamas-C hâterons ^ . Il conserve son poste pendant toute sa vie, et ne peut être renversé que par un coup d'Etat. Toutes les affaires du gouvernement dépendent du Nomekhan et de quatre ministres nommés Kalons. Les Kalons sont choisis

1. Dalaé-Lama est >ine très mauvaise transcription, c'est Talé-lama qu'on doit prononcer. Le mot mongol talé veut dire mer, et a été donné au grand Lama du Thibet, parce que ce personnage est censé être une mer de sagesse et de puissance.

2. Ne pas perdre de vue que ces pages ont été écrites avant 1860.

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