‹ À travers les déserts de la Tartarie et les neiges du Thibet [microform]Chapitre 92 sur 114 · Le chaberon est une sorte de moine · texte numérisé non relu

Le chaberon est une sorte de moine

CtapitrE «ïEisicniE.

par le Talé-lama, sur une liste de candidats formée par le Nomekhan : ils n'appartiennent pas à la tribu sacerdotale, et peuvent être mariés ; la durée de leur pouvoir est illimitée. Quand ils se rendent indignes de leurs fonctions, le Nomekhan adresse un rapport au Talé-lama, qui les casse s'il le juge opportun. Les fonctionnaires subalternes sont choisis par les Kalons, et appartiennent le plus souvent à la classe des lamas. ^ /

Les provinces sont divisées en plusieurs principautés, qui sont gouvernées par des lamas-Houtouktou. Ces espèces de petits souverains ecclésiastiques reçoivent leur investiture du Talé-lama, et reconnaissent son autorité suzeraine. En général, ils ont l'humeur guerroyante, et se livrent souvent, entre voisins, des combats à outrance, et toujours accompagnés de pillage et d'incendie.

Le plus puissant de ces lamas souverains est le Bandchan-Remboutchi, il réside à Djachi-Loumbo \ capitale du Thibet ultérieur. Cette ville est située au sud de Lha-Ssa, et n'en est éloignée que de huit journées de marche. La célébrité du Bandchan actuel est prodigieuse; ses partisans prétendent que sa puissance spirituelle est aussi grande que celle du Talé-lama, et que le sanctuaire de Djachi-Loumbo ne le cède pas en sainteté à celui du Bouddha-La. On admet pourtant généralement que la puissance temporelle du Talé-lama est supérieure à celle du Bandchan-Remboutchi. Une grande rivalité risque de se déclarer, tôt ou tard, entre Lha-Ssa et Djachi-Loumbo, et de jeter les Thibétains dans de funestes divisions.

Le Bandchan-Remboutchi actuel est âgé d'une soixantaine d'années; il est, dit-on, d'une belle et majestueuse taille, et d'une vigueur étonnante pour son âge déjà avancé. Ce singulier personnage se dit d'origine indienne; il y a déjà quelques milliers d'années que sa première incarnation eut lieu dans le célèbre pays des Azaras. Les physionomistes, qui dès notre arrivée à Lha-Ssa nous prenaient pour des Azaras blancs, ne manquèrent pas de nous engager vivement à faire un voyage de dévotion à Djachi-Loumbo, nous assurant qu'en notre qualité de compatriotes du Bandchan-Remboutchi, nous en serions très bien reçus. Les lamas érudits, qui s'occupent des généalogies bouddhiques, expliquent comme quoi le Bandchan, après de nombreuses et merveilleuses incarnations dans l'Indoustan, a fini par apparaître dans le Thibet ultérieur, et par fixer sa résidence à Djachi-Loumbo. Quoi qu'il en soit de sa biographie, à laquelle, fort heureusement, nous sommes dispensés d'ajouter foi, il est certain que cet habile lama a su se donner une vogue vraiment étonnante. Les Thibétains, les Tartares et autres Bouddhistes ne l'appellent jamais que le grand saint, et ne prononcent son nom qu'en joignant les mains et en levant

Page 1