‹ À travers les déserts de la Tartarie et les neiges du Thibet [microform]Chapitre 93 sur 114 · Djachi-Loumbo signifie Montagnes des Oracles · texte numérisé non relu

Djachi-Loumbo signifie Montagnes des Oracles

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les yeux au ciel; ils prétendent que sa science est universelle; il sait parler, disent-ils, toutes les langues de l'univers, sans les avoir jamais étudiées, et peut converser avec les pèlerins de toutes les parties du monde. Les Tartares ont une foi si vigoureuse en sa puissance qu'ils l'invoquent continuellement. Dans les dangers, dans les afflictions, dans toutes les affaires pénibles et ardues, ils ont toujours à la bouche le nom magique du Bokte (saint).

Les pèlerins qui se rendent dans le Thibet ne manquent jamais de visiter Djachi-Loumbo, d'aller se prosterner aux pieds du saint par excellence, et de lui présenter leurs offrandes. On ne saurait se faire une idée des sommes énormes que les caravanes tartares lui apportent annuellement. En retour des lingots d'or et d'argent qu'il enferme dans ses coffres, le Bandchan fait distribuer à ses adorateurs des lambeaux de ses vieux habits, des chiffons de papier où sont imprimées des sentences en mongol ou en thibétain, des statuettes en terre cuite, et des pilules rouges d'une infaillible efiicacité contre toute espèce de maladies. Les pèlerins reçoivent avec vénération toutes ces niaiseries, et les déposent religieusement dans un sachet qu'ils portent toujours suspendu à leur cou.

Ceux qui font le pèlerinage de Djachi-Loumbo, séculiers ou lamas, hommes ou femmes, tout le monde se fait enrôler dans la confrérie des Kélans, instituée par le Bandchan-Remboutchi. Presque tous les Bouddhistes aspirent au bonheur de devenir membres de cette association, qui pourra fort bien un jour faire naître dans la Haute- Asie quelque grave événement.

Le Bandchan-Remboutchi se prépare, dit-on, avec ardeur à une grande révolution dont il doit être l'âme. Quoique déjà avancé en âge, il se livre souvent à des exercices militaires ; tous les instants de la journée qui ne sont pas absorbés par ses hautes fonctions de Bouddha-vivant, il les utilise en se familiarisant avec son futur métier de généralissime des Kélans. On prétend qu'il lance très bien une flèche, et qu'il se sert avec habileté de la lance et du fusil à mèche. Il nourrit de grands troupeaux de chevaux pour sa future cavalerie, et des meutes de chiens énormes, qui, joignant une force prodigieuse à une intelligence supérieure, devront jouer un rôle important dans la grande armée des Kélans.

Un résultat actuel et immédiat de la confrérie des Kélans, c'est de donner aux Bandchan-Remboutchi une importance qui paraît porter peu à peu atteinte à la suprématie du Talé-lama. Ce résultat est d'autant plus facile à obtenir que le souverain de Lha-Ssa est un enfant de neuf ans, et que ses trois prédécesseurs ont expiré de mort violente avant d'atteindre leur majorité, fixée par les lois à vingt ans. Le Bandchan-Remboutchi, qui paraît être un homme habile et ambitieux, n'aura pas manqué, sans doute, d'utiliser cette période de

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