JOSEPH SMITH
écoles primaires ; et j'ai trouvé dans cette lecture un certain intérêt.
Qu'était-ce, à tout prendre, que ce Joseph Smitli, Te prophète, le voyant [the seer), comme ils l'appellent? un illumine ou un imposteur? Protablement un mélange de l'un et de l'autre, comme il arrive souvent chez les fondateurs de religions. Je ne puis m'empêcher cependant de trouver un certain accent (le sincérité dans le récit qu'il a laissé des perplexités cruelïes où la diversité des croyances et les luttes ardentes des sectes religieuses avaient plongé ses premières années :
« J'avais à peine quinze ans, dit-il dans ce récit, et déjà le spectacle de toutes ces controverses tïiéologiques avait tourné mon esprit vers des ritiéditalions sérieuses et qui me causaient parfois un gi^and malaise. Mais, si profondes que fussent mes réflexions et parfois mes angoisses, cependant je me tenais soigneusement à part de toutes les sectes religieuses, tout en assistant à leurs réunions aussi souvent que cela m'était possible. Je me sentais plutôt une certaine inclination vers les méthodistes (-1 un certain désir de me joindre à eux. Mais si grande était la confusion entre les différentes sectes, et si âpres leurs contestations, qu'il était impossible à quelqu'un d^aussi jeune que moi, possédant' aussi' peu d'expérience des hommes et des choses, d'en arriver à aucune conclusion précise et de discerner le vrai du faux. Les presbytériens étaient acharnés
contre les baptistes et les méthodistes et s'efforçaient de démontrer, en appelant à leur aide tous les arguments de la raison et aussi ceux de la sophistique, que ceux-ci étaient dans le faux. Mais, d'un autre côté, les méthodistes n'étaient pas moins prononcés contre les presbytériens et les baptistes, et ils ne mettaient pas moins d'ardeur à proclamer qu'eux seuls étaient dans le vrai et que les autres se trompaient. Au milieu de cette guerre de mots et de ce désordre d'idées, je me disais souvent à moi-même : « Que faut-il faire ? de quel côté est la » vérité? de quel côté est l'erreur? Et, si la vérité » est quelque part, de quel côté est-elle et com- » ment ferai-je pour la reconnaître? »
Joseph Smith en était arrivé à ce douloureux état d'esprit qu'a connu, de notre temps, plus d'une jeune intelligence lorsqu'il eut ses premières visions et ses premières apparitions des anges de Dieu. Ici, encore, je ne serais pas étonné qu'il ne crût sincèrement à ces apparitions dont il n'a cessé d'affirmer la réalité, en dépit des persécutions que ces affirmations lui attirèrent dès le début. Il ne serait pas le premier visionnaire qui aurait été ainsi dupe de lui-même. Quant à la prétendue découverte qu'il aurait faite, sur l'indication d'un ange^ de livres ou plutôt de tables de pierre couvertes de caractères mystérieux qu'il aurait reçu le don de traduire à l'aide de deux verres magiques, urim et thwnm, je ne pousse pas la crédulité jusqu'à croire encore à