‹ A travers les États-Unis de lA̓tlantique au PacifiqueChapitre 14 sur 31 · L EGLISE DES SAINTS · texte numérisé non relu

L EGLISE DES SAINTS

Ite prophète Joseph Smith. — Le livre de MoriroD. —Premières persécutions^ premières prédications.— 'Martyrs da prophète* — Exqde au Lac-Salé. — Or^ganisation du territoire d*(Jtah. — Extension de TEglise mormonne en Europe et sur le globe. — Les livres sacrés. Le Credo des Saints. Un cQmmuniant sans le savoir. — Un sermon de Kimball et de firigham Young. — Les notables de TEgUse. — Les Anges exterminateurs.

Ou ne s*aUend pas à ce que je fasse de la théogonie des Saints une étude approfondie. Celle-ci a déjà été faite par d'autres sans grand profit pour la science des religions, et sans qu'on puisse y comprendre grandechose. La religion nouvelle tient à la fois du judaïsme, du mahométisme et du protestantisme. Tout cela est roéié de pratiques plus ou moins baroques, de croyances plus ou moins mystérieuses. Il vaut mieux refaire ici à grands traits, d'après des documents authentiques que je tien&de l'archiviste et apôtre G. Smith, l'historique du mormonnisme, et dire comment est née peu à peu rSglisedes Saints.

Chacun sait que le prophète Joseph Smith, un de ces illuminés comme il y en a tant aux États-Unis, ce pays ou la liberté de conscience ne connaît presque pas de limites, se mit un jour en tête de découvrir sous terre « la Bible de Nephi, écrite par Mormon en égyptien réformé » (22 septembre 1827).

Ce fut un ange qui révéla à Smith l'endroit où étaient cachées les nouvelles tables de la loi, gravées sur des lames d'argent. A côté il y avait, dit-on, une paire de lunettes, qui permettait de lire ce langage inconnu.

Smith était un pauvre fils de fermier, né en 1805 dans rÉtat de New- York, et c'est dans le comté de Se-, neca que Fange envoyé de Dieu lui apparut dès Tannée 1823. Il fit part à son entourage de sa vision, de ses révélations.

En 1830, Téglise de Jésus-Christ des Saints du dernier jour {the church of Jésus-Chtist oflatter day Saint») était définitivement constituée. Joseph Smith, reconnu prophète, baptisa par immersion ses premiers adhérents. Ceux-ci, au nombre d'une demi -douzaine, furent les premiers apôtres. Parmi eux se trouvait le frère aîné de Smith, Hyrum, et leur père, qui fut plus tard proclamé patriarche de l'église des Saints.

Bientôt on imprima le livre de Mormon, et l'on se livra à une active propagande dans les États de New- York, de Pensylvanie, d'Ohio, de la Nouvelle-Angleterre et jusque dans les provinces britanniques de l'Amérique du Nord. A Independence (Missouri) on fonda un journal pour faire connaître la révélation de Dieu, on commença à prêcher, et comme aux États- Unis les affaires mondaines vont toujours de pair avec

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la religion, les néophytes, transformés en colons, établirent dans rOhio et le Missouri des magasins, des fermes, des moulins. La nouvelle église prospéra si bien, qu'elle fît des jaloux et qu'on se mit à l'attaquer. Le grand prêtre Smith, qui s'était appelé « l'envoyé de Dieu, le successeur de Moïse, le croyant, le révélateur, le traducteur, le prophète », fut irréligieusement arraché une nuit de son lit par la foule ameutée contre lui, enduit de goudron et de plumes (un supplice qui a été de tout temps dans le goût de la populace américaine) et cruellement battu. On tenta même de lui faire avaler de l'eau-forte. Ceci se passait dans l'Ohio, en 1828. Désormais les persécutions ne s'arrêtèrent plus. On brûla, on pilla, on détruisit partout les établissements des mormons, on traîna les Saints devant les tribunaux, qui furent bien forcés de les acquitter, mais n'eurent jamais le courage de condamner leurs persécuteurs.

Cependant l'Église des Saints continuait à progresser. En 1835, furent ordonnés les douze apôtres et les soixante-dix anciens.

En 1837, Hébert Kimball, Orson Hyde, cinq autres misfdonnaires partis d'Amérique sans un sou vaillant, voyageant à la grâce de Dieu comme jadis les apôtres du Christ, prêchèrent pour la première fois le nouvel évangile en Angleterre, et firent bien vite un millier d'adhérents.

L'année suivante, comme on craignait l'ingérence victorieuse des mormons dans des élections qui allaient .avoir lieu dans le Missouri, les Saints en grand nombre furent massacrés par le peuple, les autres chassés, dépouillés de leurs biens, sans que le gouvernement fédé-

rai, saisi de ces crimes, se décidât à les punir. Ce fut alors que les mormons, pour se soustraire aux attaques des Missouriens, et conduit par leur Président Joseph SmitK, vinrent fonder Nauvoo dans lillinois.

Mais, pas plus dans TlUinois que dans le Missouri, les persécutions ne s'arrêtèrent, et la populace remuante et factieuse de ces États lointains persista à ne voir dans les adhérents de l'église nouvelle que des opposants politiques qu'il fallait Craquer à tout prix. Joseph Smith fut encore emprisonné.

Cependant on jetait les fondements du temple, on créait une université, une imprimerie, une librairie, une association industrielle, on nommait un conseil municipal, on établissait une fabrique de poteries, on construisait un hôtel. Des milliers de Saints accouraient de tous les points des États-Unis et d'Angleterre, et Nauvoo devenait une ville importante.

Les persécutions reprirent leurs cours en 1843, à propos de nouvelles élections dans lesquelles on redoutait toujours TinQuence du parti mormon. Joseph Smith fut de nouveau arrêté et emprisonné à Carthage. Le 25 juin 1844, il était massacré dans sa prison avec son frère, par la populace en fureur.

Le long martyre et le supplice du prophète consolidèrent l'église des Saints : désormais elle était fondée et à l'abri des attaques des hommes. Le président Brigham Young, encore aujourd'hui pape de l'Église mormonne, fut élu à l'unanimité pour succéder à Joseph Smith. Le temple de Nauvoo fut continué, et la ville prospéra de rechef. Le nouveau pape ne chercha pas à tirer vengeance du meurtre du prophète, mais mon-

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trant un pistûlet à six coups : c Si quelqu'un, dit-il, essaie de porter la main sur moi, je le lue sur place ». Les antimormons se tinrent pour avertis ; mais les persécutions contre les Saints continuèrent et prirent une telle gravité que les mormons, au nombre de quinze cents, résolurent d'abandonner l'illinois comme ils l'avaient déjà fait pour le Missouri. Ils arrivèrent ainsi en juillet 1846 à Gouncil-BlufTs dans Tlowa, sur la rive droite du Missouri, vis-à-vis le lieu où a été bâtie Omaha. Ils venaient de faire trois cents milles dans un pays alors inconnu, semé de cours d'eau et de forêts.

Ce fut sur ces entrefaites que le capitaine Allen, de l'armée fédérale, agissant en vertu des ordres qu'il avait reçus du président des États-Unis, leur enleva cinq cents hommes, qu'il enrôla comme volontaires pour la guerre du Meifique. Les autres mormons restèrent, sur les bords du Missouri où ils prirent leurs quartiers d'hiver, et eurent beaucoup à souffrir du froid, et de la faim. Il y avait là quantité de vieillards, de femmes, d'enfants, de malades, d'infirmes.

Pendant ce temps, la populace de l'illinois bombardait, saccageait Nauvoo, massacrait ceux qui étaient restés, et mettait le feu au Temple, « modèle de l'architecture mormpnne. »

Au printemps de 1847, le grand exode commença.

Brlgham Young avec cent quarante-trois pionniers, partit pour Textiéme Ouest, en quête d'un territoire à coloniser. « Conduit, dit-il, par le Tout-Puissant, car aucun de nous ne connaissait le pays, nous arrivâmes le 24 juillet * au Lac-Salé, après avoir parcouru quatre

1 Cette daté est depuis restée un grand anniversaire pour les

cents milles d*un sentier de trappeurs, et ouvert un chemin nouveau sur six cent cinquante milles. Le pays ne produisait qu*un maigre gazon, à peine haut de quatre à cinq pouces, et le sol était couvert de myriades de sauterelles, qui servaient de nourriture aux Indiens. »

Pendant l'automne de 4 847, arrivèrent sept cents charrettes chargées d'immigrants avec toute leur famille. Brigham Young repartit pour chercher les autres, qui vinrent Tautomne suivant sur mille charrettes. On a lu ailleurs au milieu de quelles souffrances ces grandes marches avaient eu lieu.

A Farrivée, de nouveaux déboires attendaient les immigrants. Les sauterelles avaient mangé les récoltes, et étaient devenues si abondantes « que le Très-Haut, dit encore Brigham Yôung, dut envoyer une nuée d'oiseaux pour les manger, sans cela les sauterelles auraient tout dévoré. » On pouvait demander à Brigham si Dieu, qui prend tant soin des mormons, au lieu d'envoyer les oiseaux manger les sauterelles, n'aurait pas mieux fait de ne point envoyer tout d'abord celles-ci ? Malgré les prières des Saints, il ne les envoie même que trop souvent en Utah, et il me souvient qu'en 1868 les sauterelles furent si . abondantes que presque toute la récolte fruitière, qui forme une des richesses de ce territoire, en fut atteinte et perdue.

mormons, et ce joar-là on aime à faire des processions parlantes, où défilent des escouades de vingt-quatre pères et mères âgés, Tiugt-quatre jeunes filles et garçons ; on y tire des salves d*artillerie et de mousqueterie qui procèdent par vingt-quatre coups, etc.

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On sait que ce fut un mormon, Marshall» qui découvrit Tor le premier, en 1848, sur un affluent du Sacramento, en Californie. Marshall faisait précisément partie du bataillon mormon envoyé dans le Mexique, et retournait alors vers ses coreligionnaires de 1 Ulah en prenant la voie du Pacifique.

A partir de 1848, les mormons, nous l'avons dit, n ont pas cessé de prospérer. Le territoire d'Utah a été constitué en 1851, et Brigham Young en a été reconnu gouverneur par un acte du pouvoir fédéral.

En 1857, la guerre éclata avec les États-Unis, qui refusaient de recevoir le territoire au nombre des États américains, bien qu'il dépassât le nombre de trente mille habitants exigé pour cela. Aujourd'hui les mêmes difficultés persistent, provenant toujours de la même cause : l'institution de la polygamie. Sans cela le pays serait depuis longtemps un État, c'est-à-dire qu'il aurait le pouvoir de se gouverner par ses lois propres, et d'envoyer à Washington deux sénateurs et un nombre de députés proportionné à sa population. Ce territoire, au contraire, est toujours considéré comme en tutelle, et ne peut envoyer qu'un délégué à Washington. En outre, il n'a pas de constitution fédérale, ne peut pas faire de lois, etc.

Ce n'est pas seulement en Utah que les Saints ont grandi et prospéré. L'Église entretient environ une centaine de missionnaires en Europe, et autant en Asie, en Afrique et dans les îles de l'océan Pacifique, non compris tous les mormons déjà répandus sur toute la surface des États-Unis, et qui font chacun de leur côté une très-active propagande.

Outre les journaux qu'ils publient dans la ville du Lac-Salé, et qui traitent tous de choses religieuses et des nouvelles de l'Église indépendamment des nouvelles courantes, les mormons ont aussi un journal à Saint- Louis (Missouri), un à New-York, un à Liverpool, un à Swansea (Pays de Galles). Ce dernier est publié en gallois. Ils en publient un en danois à Copenhague. M. Stenhouse en a longtemps rédigé un en Suisse, en langue française, et nous avons même eu à Paris un moment (en 1851-52) un journal mormon : VÉtoik du Désert^ qui n'a eu que douze numéros.

Les mormons n'ont pas gardé bonne souvenance des actes du gouvernement français à leur égard. On a supprimé leur journal, on a traqué leurs missionnaires. En 1867, ils n'ont pu faire des conférences à Paris, à l'époque de l'Exposition universelle. Le fils du Président me le rappelait amèrement ; a J'ai dit à votre ministre de l'intérieur, qui m'a empêché de prendre la parole en public, que s'il venait en Utah, nous le laisserions prêcher dans notre temple et prêcher contre nous, et qu'il était fâcheux que nous ne fussions pas payés de réciprocité par son gouvernement. » Je répondis à Brigham-Junior, que le ministre impérial n'avait pas été plus accueillant pour lui que pour tous les Français. « Sous Napoléon III, la liberté de la parole n'a jamais été pratiquée, lui dis-je, et du reste, eût-elle été admise pour vous, vous n'auriez convaincu personne, et fait aucun prosélyte. Les Français ne croient plus à rien. Ils ne veulent pas même être Saints. Consolez-vous, h

En Suède, en Norwège, en Allemagne même, Iqs

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mormons ont ea à mààr des persécatMmB ccrmiae en

France ; mais Tessor de l'Église n'en a été que plus grand, et ces pays comptent aujourd'hui avec l'Angleterre parmi les meilleurs pourvoyeurs du mormonnisme.

L'Italie, pas plus que la France, n'a prêté aux prédications mormonnes une oreille attentive ou confiante, rpJspagne encore moins ; mais aux îles Sandwich un succès surprenant a été atteint, et plus de cinq cents personnes ont été une fois baptisées. Les mormons ont fondé à Hoiiolulu un. joucnal en langue hawaïnne, et avaient converti, dit-on, le feu roi Kamébameha luimême. C'est vers les Sandwich qu'ils songent à se retirer, si jamais il leur faut abandonner l'Amérique. Il paraît que les Kanaques ont un goût très-prononcé pour la religion des Saints, car aux îles Taïti le même succès eût été obtenu, sans l'opposition du gouvernement français, qui n'a pas plus ad mis les mormons dans ses colonies les plus lointaines que dans la métropole.

En Australie, les mormons ont diverses succursales et un journal. Dans l'Inde anglaise, également. Leur journal s'y publie â Madras; mais ils font peu de prosélytes eu égard à l'état d'abjection et d'ignorance dans lequel vivent les Hindous.

Partout où l'on rencontre des colonies anglaises, on trouve des missionnaires mormons. Au Gap, à Malte, à Gilbraltar, et jusque dans la Mer-Noire, au milieu de l'armée et de la flotte britanniques, pendant la guerre de Crimée, ont apparu ces infatigables évangélistes.

Les livres sacrés des mormons sont en petit nombre. Citons tout d'abord le Livre de Mormons^ la bible des Saints. Il a été traduit en français, en allemand, en

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italien, en gallois, en danois, en hawien, elç. C'est le code londamental de la religion mormonnique. H a été écrit par Joseph Smith, ou plutôt, s'il faut en croire le prophète, par Mormon lui-même (un prophètejuif imaginé par les Saints) sur les tables de Nephi (?) et seulement traduit par Joseph Smith. C'est un récit plus ou moins incompréhensible où se mêlent les révélations, les miracles, les apparitions et autres choses non moins surnaturelles.

Il y a encore le Livre de doûlrine, publié par J. Smith, d'après les révélatiom de Dieu ; puis une Introduction à la foi et à la doctrine^ du missionnaire Parley Pratt, et un Abrégé de la foi et des doctrines, résumé de la Bible mosaïque, du livre de Mormon, du livre de doctrine, et publié par Franklin Richard, un des douze apôtres ; enfin un choix d'Hymnes sacrées et de chants spirituels, la plupart composés par la poétesse Élisa Snow.

Tous ces livres ont été publiés à Londres ou à Liverpool, dans les années 1854 et 1857. Au Lac-Salé, on les trouve chez le libraire Savage, qui les a mis généreusement à ma disposition. La doctrine mormonne m'y apparut si obscure, si embrouillée, si pleine de banalités, qu'on me pardonnera, je Tespère, de ne pas entrer plus avant dans les arcanes de cette religion étrange. €eux que la question intéresse pourront lire là-dessus le livre d'un de nos plus savants confrères, M. J. Remy, qui a eu la patience de se faire l'historien impartial de la théogonie mormonne *. Parmi les dessins qui accompagnent ce livre, à plus d'un titre curieux et qui ût

^ Voyage au pays des mormons^ Paris, Dentu, 1861.

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sensation quand il parut, il y a un modèle des tables de Nephi, écrites avec les caractères hiératiques des mormons, ce qu'ils appellent l'égyptien réformé.

Dans un document que m*a remis rhistorien officiel de Téglise mormcmne, George Smith, cousin de Joseph, je trouve un résumé des croyances du prophète, qui sont devenues Tacte de foi de TÉglise. J'en donne ici la traduction littércde :

« Nous croyons, dit J. Smith, en Dieu, le père éternel, et son fils Jésus-Christ, et le Saint-Esprit ;

«Nous croyons que tous les hommes seront punis, pour leurs péchés mais non pour la désobéissance d'Adam ;

« Nous croyons que, par suite de Texpiation du Christ, tous les hommes peuvent être sauvés en obéissant aux lois et commandements de l'Évangile ;

<x Nous croyons que ces commandements sont :

a i^ La foi en Jésus*Ghrist ;

« 2^ Le repentir ;

« 3° Le baptême par immersion pour la rémission des péchés;

« 4<' Llmposition des mains pour la réception du Saint-Esprit ;

« Nous croyons qu'un homme peut être appelé par Dieu, au moyen du don de prophétie, et au moyen de l'imposition des mains par ceux qui en ont reçu l'autorité, à prêcher l'Évangile et en faire exécuterles commandements ;

« Nous croyons à la même organisation que celle qui existait dans la primitive Église, à savoir : les apôtres, les prophètes, les pasteurs, les prédicateurs, les évangélistes ;

« Nous croyons au don des langues, de prophétie, de révélation, de vision, de guérison, d'interprétation des langues ;

« Nous croyons que la Bible est la parole de Dieu, autant qu'elle est traduite correctement ; nous croyons aussi que le livre de Mormon est la parole de Dieu ;

« Nous croyons tout ce que Dieu a révélé, tout ce qu'il révèle aujourd'hui, et nous croyons qu'il révélera encore de grandes et importantes choses appartenant au royaume de Dieu ;

« Nous croyons littéralement au rassemblement d'Israël et à la l'estauration des dix tribus, et que Sion sera rebâtie sur ce continent, que le Christ régnera en personne sur la terre, que la terre sera renouvelée et recevra sa gloire paradisiaque ;

« Nous réclamons le privilège d'adorer le Dieu toutpuissant suivant les inspirations de notre conscience, et nous reconnaissons le même droit àtousleshommes ; laissez-les adorer Dieu comme ils Tentendent ;

« Nous croyons qu'il faut obéir aux rois, présidents, gouvernants et magistrats ; obéir à la loi, l'honorer, la défendre ;

« Nous croyons qu'il faut être honnête, franc, chaste, bienveillant, vertueux, faire du bien àtousleshommes ; nous pouvons dire véritablement que nous suivons le précepte de Paul : « Nous croyons toutes choses, nous espérons toutes choses;» nous avons endurébeaucoup et nous espérons être capable d'endurer tout. S'ily a quelque chose de vertueux, d'aimable, de bon, de respectable, nous le recherchons. »

Ce credo est signé de Joseph Smith, et il s'arrête là»

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Aussi rhistorien de FÉglise s'empresse-t-il d'ajouter :

« Et nous croyons aussi au mariage à la façon patriarcale. »

Et il finit en disant :

c Le progrès sans exemple de ce peuple, en dépit de tant d'oppositions et de persécutions, et dans un pays si sauvage, montre clairement que le pouvoir du Tout- Puissant s'exerce d'une façon miraculeuse pour répandre sa lumière de vérité et convertir toutes les nations. »

Si les mormons n'avaient d'autres doctrines que celles indiquées dans le credo de J. Smith, ils ne formeraient qu'une secte de plus au milieu du nombre incommensurable de sectes protestantes qui existent en Amérique. Talleyrand disait déjà de son temps qu'il n'avait rencontré aux États-Unis « qu'un seul plat et trente-deux religions. » Depuis, la cuisine américaine est loin de s'être améliorée, mais les religions se sont développées outre mesure, et pour trente-deux qu'en comptait Talleyrand à la fin du siècle dernier, on en compterait aujourd'hui une centaine. Les épiscopaliens, les bresbytériens, lesbaptistes, les anabaptistes, les luthériens, les calvinistes, les méthodistes, les unitariens, les congrégationnalistes, les quakers, les moraves, ne forment qu'une fraction des églises américaines. Il y a aussi les shakers ou trembleurs, les free-lovers ou partisans dé l'amour libre, et tant d'autres. Au-dessus de tous, les mormons, que la persécution, le martyre, leur grand exode, et enfin la polygamie ont rendus en tous lieux populaires. Ils sont aujourd'hui au nombre de plus de deux cent cinquante mille, moitié en Utab,

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moitié sur toute la surface du globe, et quand on leur objecte ce petit nombre, ils répondent, avec un certain orgueil, que les di3ciples du Christ étaient loin d'être aussi nombreux, vingt-cinq ans après la mort de leur maître.

C'est dans le Tabernacle, on Ta dit, qu'ont lieu les cérémonies de l'Église mormonne. Là, le dimanche, le matin et l'après-midi, se rendent pieusement les fidèles. Les chefs de l'Église sont sur une estrade, la foule nom breuse des Saints se tient dans le milieu de l'édifice, sur des bancs. Les femmes viennent avec tous leurs enfants, sans plus de gène, et les moutards et les poupons mêlent leur vacarme au bruit de l'orgue et des canti^ ques ou à la voix du prédicateur, sans que personne y prenne garde : c'est comme en France dans le bambinat et le pouponat de l'honnête familistère de Guise (Oise). On reste là des heures entières. On prêche, on chante, on lit à haute voix la Bible de Nephi, écrite par Mormon, le prophète imaginaire inventé par Joseph Smith. L'après-midi, on communie.

Or, un dimanche après midi, nous étions allés, moH camarade et moi, assister aux offices que nous avions déjà fréquentés le matin. A un certain moment, on fit circuler dans la salle une grande burette en métal blanc, de la forme de celles qu'on voit aux États-Unis dans toutes les maisons, dans tous les hôtels, pleines d'eau glacée, été comme hiver, et où chacun boit quand il a soif.

On faisait promener ce vase, et chacun y buvait à même. Je crus à une précaution polie des évéques officiants qui rafraîchissaient la foule i»euse, car il faisait

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très-chaud. Je bus comme les autres, et passai à mon voisin de gauche le calice que j'avais reçu de mon voisin de droite. Cependant, remarquant que tout le monde buvait, je me dis qu'il était impossible que tout le monde eût également soif, et alors, me tournant vers celui qui m'avait tendu le vase :

« Quelle cérémonie accomplit-on en ce moment ?

— La cène ; c'est notre communion.

— Et il suffit déboire pour communier?

— Sans doute ; nous communions sous l'espèce de Teau.

— Ainsi, j'ai communié ?

— Vous l'avez dit.

— Et que fait de moi la communion ?

— Un commencement de mormon ; il ne vous reste plus qu'à recevoir le baptême.

— Et après?

— Qu'à épouser plusieurs femmes pour être un Saint accompli.

— Parfait ; mais la polygamie est dans mon pays un cas pendable ; à chaque pays sa loi. Locm régit aetum^ comme dit l'adage juridique des Romains.

— Dans ce cas, restez ici, c'est ce qu'il y a de mieux à faire. »

Et le Saint se remit à lire la Bible de Nephi, qu'il n*avait fermée un moment que pour me donner la réplique, tandis que je me prenais à réfléchir que je pouvais me dire un peu mormon, comme ce médecin de New-York qui avait fait, mettre sur sa porte : « Un tel, officier de santé, bientôt docteur. »

Il est d'usage que le Président, assisté de ses deux

conseillers et des douze apôtres, des évéques et des anciens, soit présent aux offices du dimanche. S'il n'y parait pas, c'est qu'il est en tournée pastorale. Il y prêche ou est suppléé par quelqu'un des orateurs en renom. On permet aussi quelquefois à des prédicateurs gentils de se faire entendre et de poser des objections aux apôtres. Ils jouent ainsi le rôle d*avocats du diable^ en si grand renom dans certaines églises de France, où Ton n'a trouvé que ce moyen, pendant Tété, pour empêcher les fidèles dé dormir au sermon.

11 y a quelques années, le conseiller Hébert Kimball s'était rendu célèbre par ses prédications familières dans le Tabernacle du Lac-Salé. II y parlait de tout, de ses femmes, de sa maison, de ses enfants, de son jardin, et volontiers il prenait les gentils à partie : » Si les gentils ont besoin de pommes, je leur en donnerai, dit-il un jour; s'ils ont besoin d'argent, je leur en prêterai ; mais s'ils demandent à voir mes femmes, je leur fermerai la porte au nez, parce qu'à peine de retour dans leurs Etats, ils feront mille cancans : madame Virginie Kimball par-ci, madame Amélie Kimball par-là, ce que je ne veux point *. »

Le président Brigham prêche d'une façon plus sérieuse. Il aborde volontiers le sujet de la polyga* mie :

« Je défie que Ton me prouve par la Bible que je n'ai pas le droit de prendre autant d'épouses qu'il me convient, s'écriait-il un jour : Salomon a bien eu mille femmes. »

1 Ce charmant prédicateur a laissé enmourapt (juillet 1868) treize femmes et cinquanle-quatre eofants.

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