‹ A travers les États-Unis de lA̓tlantique au PacifiqueChapitre 13 sur 31 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

— Pas mal', et i^tMis? Je voudrais vcnr le présîd(»il.

— G^est bien facile. Entrez. »

Et sans que j'eusse aucime letftTe,sai»s autre forme de procès, je fus introduit dans une grande salle où les évéques, les ap6tres, les docteurs de la loi attendaient leur tour d'audience.

CSomme j'arrivais de loin on me fit passer le preHder. Le pape assis dans un rocking-chair, me reçut avec beaucoup de politesse, il répondit avec bienveillaBce à toutes mes questions, et quand je l'interrogeai sur la polygamie et les diffieulté» de la faire accepter par l'Union, il me dit qu'il aurait là-dessus^ quand le momeot serait venu, une inepiraticm de TB^ prit^Saint qui lui indiquerait ce qu'il aurait h. faire.

Brigham Young est né avec le siècle. 11 est encore vert el xigourenx. i'œil est vif, le» front haut, les ehe-

veux sont cendrés, relevés en toupet sur la léte, Is^ barbe est rasée, sauf sur les joues et le dessous du menton, qui est orné du collier.La lèvre est serrée, l'attitude calme, silencieuse, et tout indique dans cette physionomie le sang-froid, la retenue, la finesse, l'obstination, rhabileté diplomatique. Ce n'est pas un homme ordinaire que celui qui, conducteur de peuple dans le sens le plus absolu du mot, a pu installer ainsi au milieu du désert, il y a vingt-huit ans, une population novice, et chaque année augmenter cette population d'un nouvel essaim, faire cultiver le désert, et là où il n'y avait que du sel, faire pousser toutes les graminées, tous les arbres fruitiers d'Europe. En même temps que cette population, venue des plus bas-fonds des cités du nord de l'Europe, était ainsi maintenue, disciplinée, pliée au travail, assouplie aux formules de la religion naissante, il fallait résister aux emportements, souvent aux attaques armées des gentils, des colons fédéraux, et à toutes les exigences de l'Union. L'éloignement, il est vrai, favorisait la résistance, mais patientait le Gouvernement de Washington, et sur ce point Brigham Young a été, de l'aveu de tous, incomparable.

La ville, qu'il a fondée est une ville modèle. Elle est divisée, comme toutes les villes américaines récentes, en carrés, par des lignes qui se coupent à angle droit à la façon de celles d'un damier. Chaque carré forme un quartier ou Ward, et à la tête de chacun d'eux est un évéque. Dans chacun il y a aussi une école. Tout cela est admirablement administré. Les soins de l'église n'empêchent pas d'ailleurs le pape de vaquer aux

soins de ses propres, affaires. Il a gagné une grande fortune en faisant payer la dlme aux fidèles, en cultivant d'immenses espaces, en élevant des fabriques, des manufactures, des moulins à blé sur divers points du territoire d'Utah. Il a établi une banque, des magasins coopératifs dans la ville du Lac-Salé, si bien qu'il a, dit-on, plusieurs millions de piastres déposés à la Banque de Londres ; mais c'est sans doute une fable. On peut être un chef d'Etat très-habile, fondateur de religion par surcroît, sans pour cela voler le prochain et s'enrichir à ses dépens.

Quand les mormons quittèrent Nauvoo dans TlUinois, où le prophète Joseph Smith, créateurdu mormonisme, avait établi Téglise naissante, ce fut Brigham Young qui conduisit Fexpédition sainte du Missouri au Lac- Salé. On peut dire qu'il fut le Moïse de ce grand exode, et que, plus heureux que le prophète juif il vit la terre promise. Les mormons jalousés de tous, avaient été partout poursuivis et traqués, et le prophète Smith avait été mis à mort par la foule ameutée. Il fallait ce martyre et les souffrances que l'église des Saints allait traverser pour consolider la nouvelle religion.

Rappelons-nous au milieu de quels périls de tous genres fut accompli le long et pénible voyage ? C'était la première fois qu'une caravane de voyageurs se mettait en route à travers les grandes plaines. Il fallut incessamment disputer le passage aux Peaux-Rouges. Les femmes, les enfants, les vieillards avaient peine à suivre. Plusieurs restèrent en chemin, exténués, mourants. On manquait de bétes de trait, de charrettes. Quelques infirmes furent traînés dans desbrouettes tout

98 A. TRAyER& LES tTATS-UNI$

le loQg de la rouira Oiat avait eiDfKNEii une barrifue d'eau-de-vî^, unique cordial pour raniioer les malades. Dies gens de la caravane ayant voulu y toucher, Bvig* ham Young les noenaça de son revolver, a Gesk la preloièire et la seule fois, que j'ai vu notre président ea colère, )» dUait un mormon qui fol téoioiade cet kaicid^nt.

C'était en 1847. Les froids furent précoces et terribles. La traversée des Montagnes- Rocheuses, et des mooJts Wahsatch fut uoie véritable déroutet eoauBEie une retraite de Roussie. Déjè k long du ehenaôn on avait manqué d'eau et d'herbe pour le bétail. Que de mornKMis tombèrent dans la n^e pour ne plus se relever I Eofitt au bout de plusieurs mois, on aperçut, du haut des montagnes» le Lae-Salé et dan» la plaine un petit ruisseau qui se jetait dans le lac. C'était la Mev-*!iforiie et le Jourdain du nouveau peuple de Dieu ; ainsi furent-ife baptisés par les mormons^ qui se nommaient eux-mêmes les Saints du dernier j&ur. Près de là on résolut de jeter les fondements de la Nouvelle-Sion, pour célébrer le grand millemum qui allait enfin apparaitire, rauix>re des derniers mille ans prédits par VApœalypaev

Tout ee qu'on connaissail de ce pays, c'est ce qu'en avaient dit quelques explorateurs^ entre autres le général Fremont, qui était passé par là quelques temps auparavant. Tout ce qu'on savait de ee territoire désert et qui semblait n'appartenir alors ni à TAngleterre, ni au Mexique, ni aux Etats-Unis maîtree des anei^oâ droits de la France dans ces parages, c'est qu'il n'y poussait que du sel. Le trajf^eur Bridger, celui même qui a donné soa nom à l'un des postes où nous nous sommes arrêtés dans notre voyage vers l'Utah, i^v^it dit aux

LA VHiLB ^U fiRAND-LAG-8ALÉ M

teorttons qa*ii leiir doncieFait un boisseaad'or par cha* que boisseau de blé ou de maïs qu^ils récolteratettt dans ee pays sauvage^ Bridger, lui, •chassait, faisait la troque AVec lesIndieHS-et de planter ^a«i que ce^t ne «e soniciaat aMu&einent. Les Saints iaissèreAt dire, et c'est pwrmUlions dlïeetolitres que V(m compta bientôt les récoltes 0K)raK>naes. Nous ne crawRfts si Sridgct a payé son pari ; mais il eût troavé pe»t^tre asses d'or pour le faire, car la Galifoniîe Tenait d'être annexée à rUnîon (1848) cA avec elle les champs tiiépaisables du précieux métaL Par mie «orte de busard étrange, <ce M, un n>oniion, Marshall, qui découvrit ta première pépite sur la rivière Américaine, à la scierie an colonKel, depuis général Siitter. f -ai taoevilé ailleurs cornaient eut lieu cette étonnante •déecmyeil» qui ailait remuer 4e rnoode^

Ce n*6^ pas saatemfent anx alentours de la ville du Lac-Salé et le long du Jouirdain que les mormons ont plasité les attires fNritiers et les céréales. I^ns toutes les vuUées Brrosées, au noni et «u sud du territoire, partouA oà la terre peut recevoir la semence et la faire fructifier, lésion est venau, et la fertilité du sol a bien vite récowpencpé ses efforts. Dans èe sud deTUtah, on a planté le cdton, le 'mùner, et ^taibli des mamifactu res pour files* les pn^deux textiles ; dans le centre, on a semé ie «chanvre, le lin, dont on m tissé également les fibres et pressé les gvaises poor len extraire l'huile. S«r la plupart des cours d'eau, on a établi des scieries de bois, des moulins à farine. Sur d'uutres parties phn arides, <m a élevé des moutras dont on a tissé la laine.

1 Voytt.la VU toutt^aihe. "Ptai», HaobMfe, 1807.

Les apôtres se sont tous enrichis dans ces opération)^ agricoles et industrielles.

Les richesses souterraines ont été mises à profit. Le charbon, le minerai de fer ont été exploités. On a fondu le minerai sur les lieux mêmes. Tout récemment, des mines d'argent très riches ont même été découvertes non loin du Lac-Salé, et Tune d'elle, la mine Emma, a fait assez de bruit pour attirer les capitalistes de Londres. Ils y ont même été quelque peu échaudés, trompés par des assertions mensongères; mais à cela le prophète répond que c'est la faute des gentils, car il a recommandé aux Saints de ne donner aucune suite à l'exploitation des mines d'or au d'argent.

Ces rudes travailleurs ont l'intuition de tout, ne reculent devant aucune besogne. Les mormons ont été les plus habiles entrepreneurs du chemin de fer du Pa ciflque. Le pape et l'un de ses fils, l'aîné, celui qu'on appelle, par opposition à son père, Brigham Young junior le même que nous avions déjà vu à Paris lors de l'exposition universelle de 1867, où il fut délégué du territoire d'Utah, ont soumissionné plusieurs centaines de milles du railroad interocéanique. Us ont tout fait : les terrassements, les ponts, la pose de la voie. Us y ont gagné beaucoup d'argent, et eux, que l'on croyait rebelles à l'établissement d'un chemin de fer transcontinental, parce qu'il amènerait une irruption des gentils, ont vu, au contraire, cette œuvre de très-bon œil. Ne permet-elle pas aux fidèles, convertis en Europe, d'arriver plus promptement, de donner plus rapidement de leurs nouvelles et de celles de la sainte église ?

Je reçus un matin, à l'hôtel Townsend, la visite du

fils de Brigham Young. Il suppléait alors son père sur les travaux du chemin de fer. Il m'expliqua ce qu'il faisait, ses projets, son entreprise. « Voilà tout le capital que nous avons apporté avec nous, me dit-il, en me montrant ses larges mains. Si nous avons gagné un peu d'argent, si même nous sommes devenus riches, nous ne le devons qu'à cela, b Et il se prit à regretter que ses occupatious, alors trop pressantes, l'empêchassent de me prendre dans sa voiture et de me faire parcourir les environs de la ville et une partie des travaux de la voie ferrée. Je ne l'ai plus revu depuis,mais j'ai gardé, de lui comme de son père, le meilleur souvenir.

La ville du Lac-Salé, avec ses quartiers et ses maisons entourés d'arbres, avec ses larges rues qu'arrose et rafraîchit une eau courante, limpide et pure, descendue des montagnes, est une des plus jolies villes de l'Union. Chaque maison est isolée, et forme comme un cottage qui se perd au milieu de la verdure et des fleurs. Autour de chaque demeure il y a un verger, un jardin potager, puis des arbres d'ornement et des fleurs. Le pommier, le prunier,rabricotier, le pêcher donnent des fruits très-savoureux et renommés dans tout l'Ouest.

Le style de ces cottages rappelle celui des maisons suisses. Le bois y est employé de préférence à la pierre. C'est seulement dans les principales rues de la ville, les rues marchandes, où les maisons se touchent, que la pierre de taille et la brique ont été mises en usage, concurremment avec le bois. Quelques-unes de ces maisons, banques, entrepôts de marchandises, bureaux de voitures, station de la diligence Overland, sont d'un heureux stjT^e, au moins pour la façade, et la pierre de grès

rosé, <ïui y a été employée, y prend des foniies architecturales élégantes. Cette pierre est assez tendre, se laisse bien tailler, résiste à la gelée et à toutes les inflaences atmosphériques. C'est une curiosité déplus que présente la capitale des mormons d'avoir des tûaisons de pierre, car en bien des villes de TOnion, surtout dans rOtiiefSt, on n'emploie que le bois ou la brique.

La ville un Lac-Salé possède quelques monuments. En premier lieu citons la Présidence^ où sont la Porte de l'Aigle, la maison du Lion, et le Bee-Hwe ou Ruche d'abeilles, où est d'une part le gynécée des femmes du pape, d'autre part l'école pour ses nombreux enfants, les premières au nombre d'une vingtaine, les seconds d'une soixantaino, si l'on m'a dit vrai. Le bureau de la dîme et'celui du télégraphe présidentiel sont à côté, et ixn^ cela est entouré de la haute eft longue muraille dont il a déjà été parlé.

La présidence n'est pas le plus important édifice de la capitale mormonne. Il faut citer avant tout le Tabernacle, immense «onstroctîon en chaipente, de forme ovoïde, recouverte d'un dôme en plâtre et entourée tout autour, sur les côtés, de piliers en maçonnerie blanchis à la chaux. On dirait d'un œuf gigantesque coupé sur un plan méridien, et renversé. Sous cette coque étrange peuvent tenir jusqu'à dix mille personnes, les grands jours de festival, quand les fidèles accourut de tous les points du territoire d'Utah. En temps ordinaire, le dimanche, on y ^^ompte jusqu'à trois mille personnes.

Sur une estrade est Taute], orné des chandeliers à sept inranches : c*^st ià qu'on c^cie* En avant est la

LA VILLE mj aRAND-UbG-8AXiÉ 83

ebaire où Ton prêche, et où le pape et les apdtree fouit entendre ces sermons familiers dont les mormons sont si friands ; vers le fond, Torgue, tout en bois de cèdre da pays, tuyaux, soufflets, ete ., et qui était encore en coQstruction quand je visitai ce saiat lieu. Une série de bancs de bois, avec un couloir aur le milieu, occupent le reste de la nef^ Suivant la mode protestante, à laquelle les mormons sont restés fidèles, il n*y a nulle part d'imagea ni d'ornements, et les murs, blanchis à la chaux comme les piliers du dehors, comme la coque extériieure^ sont d'une uudité désespérante.

YoUà pour le Tabernacle ou temple actuel. Quant au temple futur, il sera tOut en granit des monts Wahsatch et de style gothique ; mais les fondations en sortent à peine de terre, et de 1848 à aujourd'hui, la construction n'a guère avancé. Elle était entourée, lors de ma, visite, d'une palissade, qui peu à peu allait se pourrissant, et l'herbe poussait au milieu des piliers, élevés seulement de queli|ues mètres* Çà et là, sur le sol, des blocs de granit, quelques-uns taillés, d'autres à peine prép«j*és; nuUepartun ouvrier. U est probable que les choses soat restées dans le même état, et que, comme la cathédirale de Cologne et Notre-Dame de Paris, l'église métropolitaine mormonne mettra bien des siècles à s'achever, si jamais elle s'achève.

Le théâtre a eu plus de chance que la cathédrale. La façade seule n'est pas finie, mais l'intérieur est entièrement terminé et du plus gracieux effet. On dirait le théâtre coquet d'une de nosbonnes préfectures deFrance. Il y a place pour dix-huit cents personnes. On y représente des vaudeyil],es et des drames modernes, la plu-

part iraduîls du français. Très-souvent on y joue aussi des drames de Shakespeare.

Ayant eu occasion d'assister à de nombreuses représentations sur les principaux théâtres de l'Union, je dois dire que j'ai rarement vu un théâtre où les pièces fussent mieux jouées, où le public fût plus attentif, de tenue plus convenable. Ici, aucune de ces pièces nationales grossières, comme on en voit jouer tant à New- York, à Boston, à Pittsburg, où apparaissent des hommes ivres, tirant sur la scène des coups de revolver. De telles œuvres ne seraient point acceptées du public mormon, non plus que les traductions de quelquesuns de nos plus méchants opéras-bouffes parisiens, qui ont fait la joie de New-York et de San-Prancisco.

J'eus le plaisir devoir au théâtre du Lac-Salé une jeune et charmante actrice, miss Alexander. Elle avait joué si bien un rôle d'ingénue, que je l'invitai, en manière de plaisanterie, à venir à Paris, où certainement elle serait engagée sur un de nos principaux théâtres. Elle refusa poliment, et me dit avec beaucoup d'esprit qu'elle amait mieux être la première en Utah que la seconde en France. Elle rééditait le mot de Jules César, peut-être sciemment.

Miss Alexander n'est pas mariée, et ce fait paraîtra sans doute surprenant dans un pays où les hommes ont la faculté de prendre plusieurs femmes. BrighamYoung la tient en grande affection, et disait d'un des apôtres, qui se flattait de faire des miracles et avait inutilement voulu épouser la jeune actrice, qu'il n'y avait rien d'impossible pour lui, sauf de faire la conquête d'Alexandre.

Brigham, comme autrefois Lincoln, aime à plaisanter, et plaisante quelquefois finement.

La fréquentation du théâtre est entrée dans les mœui^ mormonnes, et TEglise n'y voit pas de mal. Le pape a même tenu à ce que le théâtre fût achevé avant le Tabernacle, parce que, dit-il, a qui s'amuse prie. » Il a sa loge d'honneur, et souvent il assiste aux représentations accompagné de quelques-unes de ses femmes. Le peuple Tacclame, et il applaudit aux morceaux bien joués avec autant de bonne grâce que le commun des spectateurs. Tout se passe ici en famille, et de la façon la plus paternelle du monde.

Quand on a cité, avec le Tabernacle et le théâtre, rhôiel de ville ou Ctty-Hall^ où est aussi le tribunal ou cour de justice, on a épuisé la liste des principaux édifices publics de la capitale de TUtah. Ces monuments sont peu nombreux, et quelques-uns inachevés ; mais la ville est jeune, et le jour viendra où elle aura autant de beaux édifices que les premières villes de TUnion. Elle est dans une situation exceptionnelle, au cœur de l'Amérique, à peu près à moitié chemin de Missouri au Sacramento, presque à égale distance des frontières nord et sud des États-Unis. C'est une des principales étapes du railway interocéanique. Elle est déjà un grand entrepôt de marchandises de toute sorte, et verra s'accroître de jour en jour son importance.

En 1868 elle comptait quinze mille habitants. Nul doute que le nombre n'en ait fort augmenté depuis. Elle possède plusieurs journaux, presque tous rédigés par des mormons. La vie y est calme, pure. II y a peu de buvettes, peu de cafés. On n'y rencontre aucun

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homme ivre. Les Saints vivent tous en bonne intalUgence, et si Tordre est quelquefois troublé, c'est seulement par les gentils. On ne iM^lérait du reste aucune femme de mauvaise vie.eucun scandale public.

Les quelques jouvs que aous passantes dans, cette bonne ville furent des mieux employés. Le pbotograpbe Savage» son associé le peintre Qttinger, s'étaient pris, d'amitié pour nous, ainsi que le colonel, Hay, sur- JAtendajit d,es affaires indiennesY que suppléait quelquefois ViAterprète Dimick Huntington. L'interprète, le peintre et le photographe étaient de fidèles mormons, le colonel un pur gentil. En les fréquentant alternativenveat, nous arrivâmes à comiaitre le fort et le faible de la doctrine des Saints, et à nous faire une idée nette de la situation de TUtaU. Nous avions aussi la ressource de nos propres impressions, en allant ça et là â^ l'aven* tnre, puis nos visites aux différents dignitaires de l'église mormonne, le pape, les apôtres, les évéques, les elders ou anciens, tous très-facilenxent accessibles, et toujours prêts à nous fournir les renseignements que nous pouvions leur demander. L'archiviste et historien de VÉgUse, l'ap6tre Smith, fut surtout très-obligeant pour nous.

Les Saintes et les Sain^U. — Le journaliste Steobouse. — Ck>a^ ment on se marie. — Le photographe Savage. L'hôtelier Townsend. -7 Les mœurs patriarcales. — La loi céleste. — Un cas pendable. Les épouses spirituelles. — Saint Pierre et saint Paul. — Le mariage. — Pas de jalousie. — Soumission absolue. — Opinion d'im apothicaire. — - Où se recrutent les mormons. — Ari:iyée d*un convoi de néophytes. — Prédominance des naissances féminines.

La seule chose qui nous manqua, pen^AJnt toute la durée de notre séjour daus la ville du Lac-Salé, fut la fréquentation des femmes mormonnes. On ne nous présenta qu à très-peu d'entre elles, soit qu'elles fussent fort laides pour la plupart, ou que, arrivées très-pauvres d'Europe, elles fussent moins bien élevées que ne le sont en général les femmes de l'Union. Peut-être aussi y avait-il là un peu de cette jalousie qui prend tous les polygames (voyez les Turcs, les Persans, les Chinois), et qui leur fait reléguer au fond d'un gyné^

cée, loin des regards profanes, le troupeau féminin qu*ils se sont adjugé.

Notre enquête fut néanmoins aussi complète que possible et faite sans parti-pris. La conclusion qui en résulta est favorable aux mormons, et nous conservâmes de cette population honnête, douce, travailleuse, la meilleure impression. La pluralité des femmes mise à part, les mormons sont assurément parmi tous les Américains les gens les plus moraux ; ce sont aussi les plus polis, et ceux dont la fréquentation est la plus agréable. Il y a parmi eux des hommes très-instruits : Orson Pratt, un des apôtres, le mathématicien et l'astronome de rutah, qui assiste le pape comme une sorte de ministre de Tinstruction publique ; Stenhouse, un journaliste fort habile, dans un pays qui compte déjà tant de bons journalistes. Il est venu en Europe, a prêché le mormonisme en Suisse, parle le français très-correctement. Il m'offrit gracieusement les colonnes de son journal pour y rendre compte de mes fouilles que je fis exécuter, comme il sera dit tout à l'heure, au tumulus du Lac-Salé ' .

Stenhouse nous avait promis de nous présenter à ses deux femmes, mais il oublia toujours de le faire. Elles ne vivaient pas ensemble, non par jalousie, au moins à ce qu'il prétendait, mais pour mieux élever leurs enfants. Use préparait à en prendre bientôt une troisième. « Ce n'est pas moi qui la choisirai, nous dit-il, mais une de mes femmes. Nous prenons généralement celles

* M. SteDhoQse a depuis été expulsé par le pape avec une de ses femmes, après avoir été battu et iosulté par les Saiuts. On a vu plus haut comment l'un et l'autre se sont vengés.

LA POLYOAMIE 69

qu'elles nous indiquent, et qui ont quelque talent particulier qui manque aux premières. Celle-ci fait mieux les confitures, et vous savez si les conserves de fruits du Lac-Salé sont renommées ; celle-là repasse mieux ou raccommode mieux le linge, la troisième fait mieux la cuisine et ainsi des autres. La maison arrive de la sorte à se compléter. Le pape du reste ne nous permettrait pas d'épouser une nouvelle femme si nous n'avions pas les moyens de la nourrir. C'est ici comme en Turquie, il faut pouvoir entretenir les femmes que l'on prend ; c'est pourquoi nous n'en avons pas davantage. »

Partout les mêmes observations nous furent faites au sujet de la polygamie. Savage, qui avait besoin d'une seconde femme pour son atelier de photographie, sa librairie, sa papeterie, était allé la prendre parmi les é migrants récemment arrivés du Pays de Galles. Nous la vîmes travailler dans l'atelier de l'artiste. Elle était d'apparence douce, fort gracieuse, de traits réguliers, même jolie ; c'est une des personnes des plus agréables que j'aie rencontrées dans l'Utah, et l'on s'en serait fort bien accommodé dans tout pays.

Notre hôte Townsend avait trois femmes, fort gentilles, très-attentives à nous servir à table, nous présentant les meilleurs plats, et n'ayant jamais qu'une parole aimable ou le plus gracieux sourire à nous adresser. Elles se rendaient le soir d«ns un gynécée commun, dont les fenêtres donnaient sur notre jardin. Elles regardaient curieusement par les persiennes en tr ouvertes, et souvent on les entendait rire de grand cœur. Pour des recluses soumises au pouvoir d'un mari jaloux, elles ne semblaient pas trop malheureuses, et

josUfiaieni ce mot d'une d'une mormonoe à Isupielle on . demandait comment elle supportait la polygamie: a Plus nous sommes, plus nous rions. »

Le mari d^ ces tFois dames était déjà âgé. 6^b cheveux avaient blasjchi et ses traits rappelai^ojt ceux de Bri^am Young, mais avec moins, de Suesse. U paraissait même très-£atigué. La figure était usée> Tceil a£Paibli,, la paupière tombante, la parole lente,, voilée.

Je ne voudrais pas entrer ici trop profondéixient dm& les arcanes de Tinstitution polygamique^ U est dtes oho^ ses sur lesquelles il ne faut pas trop a|>puy^. A éco4ir ter les mormons» la polygamie est d'instituticHL divine, et ils citent là-dessua les anciens patriarches. Ils entendent donc revenir aux mœurs patriarcales, et imiter lea premiers Israélites, comme si le monde pouvait renapater à sa source. Leurs doctrines religieuses ont du reste beaucoup d'analogie avec les doctrines hébraïques. Us croient à un dieu matériel,, à des anges ou séraphins ornés d'ailes et ayant aussi un corps comme le nôtre»

La polygamie n'a pas été instituée dès le début. Le prophète Joseph Smith, fondateur de la religion movmonne, n'en a parlé ni dans ses livres, ni isw ses prédications. C'est le pape actuel, Brîgham Young, qui a rendu pour la première fois publique a la révélation de la loi céleste sur le mariage. » Ce grand fait eut Ueu le 29 août 1852. Jusque-là les mormons s'étaient coa« tentés d'une seule femme. Les parents et quelques-uns des premiers disciples de Joseph Smith ont môme ré* sisté jusqu'ici à l'institution de la polygamie, et occasionné dans l'église mormonne^. sous le nom de JoséphiteSf un schisme qui a failli devenir un moment

LA POLYGAMIE It

trèd-séneux. Si, eomme il «si {N^obable, ^«vant les poorstrites incessantes du gouvernemeiit fédéral, qui { eontinaaî«nt encore et s'étaient même renauvelées plasTlves «n I87i, la po^lygamie est uq jour aty^He chez les saints, le parti 4es losépfhftes triompliiera sur celui de Brigham Young, le<ïuel «eu! représente actaellement Tortlhodoxic.

Brigham, qui eeft nn grand politique, plus remarqua*ble «acdre comnïe fondateur d'empire que comme cferf de religion, a t-il eu fidée, en institoacnt la polygamie, d'appeler à !ni les fidèles par cet appât grossier, et et peupler plus Rapidement le territoire des Saints en donnant à eeuxKîi plusieurs femmes ? On comprend qn'îi ne s'e^ jamais expliqué c^sdrement là-nlessus. il fant tou*tefois reconnaftre que si la polygamie existe ehes les mormons, on n'y voit point ce qu'une dffttie mor^ mowne appdait nn jour la polyandrie, et qn'elie reproc!hast amèrement aux nations eurepée«ines. il n'y a nofn plus dans i'Utah ancun enfanft a^andonné,auoan dei désordres de tnoeurs si -communs aiQears. Tout le monde se marie, toutes les ^Hes trouvent à se caser, méine sans dot. Tontes les femimes semhient heureuses, H^ dèles à leur époux, tous les enfants ont bonne mine, et la polygamie n'est nullement ici « un cas pendable. »

Gomme dans toute société, les hommes se «ont ftyit la meflleure part. Le pape et les apdtres sont tous polygames et pères de nombreux enfknis. EnOtah oomia^ en Turquie, on mesure l'importance d'un homme an nombre de femmes qu'il peut entretenir. -On vant tant de femmes, comme pai1:out ailleurs, aux États-Unis ou en Anglcfterre, on vaut tant de miitions.

Nous avons dit que le pape Brigham avait seize femmes. Les apôtres ont tous de huit à quatre femmes chacun. Les évéques deux ou trois, les simples fidèles une ou deux, quelquefois pas du tout. Le nombre des célibataires en Utah est plus grand qu'on ne croit.

Le pape a trouvé bon de s*unir aussi, mais idéalement, à ce qu*il nomme « des épouses spirituelles. » 11 est lié à elles en esprit, non de chair. Sans doute ce sont les plus vieilles, les plus laides, des dévotes qui le poursuivent de leurs obsessions. Elles sont, comme on dit, scellés au pape, et le retrouveront dans un monde meilleur, plus disposé à consommer Tunion charnelle. La poétesse Élisa Snow, qui a composé une partie des hymnes qu'on chante dans Téglise mormonne, est scellée au pape de cette façon, et on ne l'appelle jamais que madem'oiselle et non madame Élisa.

On prête à Brigham Young, dont nous avons rappelé Vkumourj un raisonnement bien original pour défendre la pluralité des femmes : « Ou le mariage est bon, ou il est mauvais, disait-il un jour qu*un gentil le'poussait jusque dans ses derniers retranchements à propos de la polygamie ; or il est bon, puisque tout le monde à peu près se marie; mais de ce qui est bon, on ne saurait trop prendre, donc il est bien de se marier avec plusieurs femmes à la fois.

Fort différent en cela de saint Pierre est le Président du Lac-Salé. On prétend que le grand apôtre ouvre volontiers la porte du ciel à ceux qui ont été mariés une fois parce qu'ils ont fait, dit- il, leur purgatoire sur terre, mais qu'il la ferme au nez de ceux qui ont convolé en secondes noces : « vous n*étes pas dignes de

venir chez nous^ après une telle marque d'insanité. » Saint Paul partageait un peu sur le mariage les idées de saint Pierre, lui qui a dit : « Mariez-vous, vous ferez bien ; ne vous mariez pas, vous ferez mieux. »

Une chose surprend, c'est qu'au milieu de tout ce monde féminin, la jalousie ne naisse pas, une jalousie atroce, inexorable. Pour qui connaît le cœur de la femme et combien peu elle aime le partage en amour (et en cela elle a raison), le fait peut paraître surprenant. La foi explique ce phénomène psychologique, comme bien d'autres. « Nos femmes ne sont pas jalouses, » vous disent à chaque instant les Saints, et les apparences semblent leur donner raison, j'ai là-dessus entendu longuement un Français qui est venu se perdre en Morraonie, un homme d'esprit, lettré, ancien professeur dans un lycée de France. 11 était associé avec un mormon bien connu à Paris, M. Bertrand, propriétaire d'une belle ferme à Tooele, près du Lac-Salé. «Je n'ai encore qu'une femme, mais quand il faudra en prendre une autre, mû disait-il comme tout à Theure Stenhouse, ma femme sera la première à m'indiquer mon choix. J'attendrai jusque-là, je ne suis pas pressé. »

Je le mis sur la question religieuse. Il me fît sa profession de foi. Il croyait sincèrement à la doctrine mormonnique, à la révélation, aux miracles, et tous les autres croient comme lui, et sont soumis aveuglément au pape et à tout ce qu'il ordonne. 11 n'y a pas de religion sans cela. C'est le dévouement, la soumission, l'abnégation, la croyance absolue qui font la foi. Des hommes comme Orson Pratt, le gouverneur Hooper, délégué de TUlah en 1868 au congrès de Washington,

le seul mormon influent qui n*ait encore qu'une femme, sont entièrement soumis à toutes les volontés de Brigham Young. Sur un signe du pape, ils laisseraient tout, leur école, leur journal, leurs fonctions, leur maison, leurs femmes, leurs enfants, pour aller prêcher la religion des Saints au bout du monde, au milieu des plus grands dangers, ou de traverses de toute sorte. Il n'y a qu'en Angleterre, en Ecosse, dans le pays de Galles, en Irlande et dans quelques contrées du Nord de l'Europe, que le mormonnisme fait des adeptes sérieux ; partout ailleurs on gagne plus de horions et de pommes cuites que de succès et d'honneurs à s'en faire l'apôtre ; et cependant nul missionnaire ne refuse de marcher sur un signe du Président.

Cette soumission absolue que les mormons accordent au chef de leur Eglise, les femmes l'accordent à leur mari. Des gens qui n'ont pas bien vu comment fonctionnait la polygamie mprmonne ont écrit que les femmes des Saints étaient jalouses, malheureuses, que leur vie n'était que martyre, incessantes querelles avec leurs compagnes, qu'elles cherchaient à fuir et s'échappaient au camp Douglas, préférant être les maîtresses des officiers fédéraux et même des soldats que les épouses des mormons. Il n'y a là que mensonges. Je suis allé un jour rendre visite au général qui commande ce poste. Nous avons causé :

«Gomment vont les bonnes fortunes, général on dit que vos officiers font la cour aux dames du lac et les enlèvent à leur mari.

— Nullenjent, nous n'en avons pas vu une seule au camp depuis un an que je suis ici. »

Ainsi tous les mormons, hommes ou femmes, ont accepté les yeux fermés leur nouvelle situation, les exigences de la doctrine nouvelle, et prêtent aux moindres volontés du pape la soumission la plus complète. On peut leur appliquer la formule des Jésuites Perinde ac cadaoer, ils n*ont plus de volonté propre, ils obéissent comme un cadavre. C'est là ce qui fait le désespoir des gentils de TUtah. Eux qui sont restés républicains, fidèles aux lois de rUnion, eux qui ne comprennent que la liberté individuelle, les droits absolus du citoyen, le selfgovernment en un mot, c'est-à-dire le moins de gouvernement possible, ils ne peuvent comprendre cette obéissance passive aux volontés, aux caprices d'un seul homme. « Ils obéissent à un dictateur, vos mormons, me disait un jour un pharmacien du Lac-Salé avec lequel je causais des Saints, et pour des républicains comme nous, qui obéit à un homme est un esclave. » Pour sûr les Saints ne doivent guère aller chercher leurs remèdes chez cet homme, ils auraient trop peur qu'il ne confonde le sel d'Ëp^om avec la mort aux rats.

Les enfants nés des mariages mormons sont généralement élevés par la mère qui les a eus. Beaucoup de mères habitent séparément ; mais d'autres fois elles sont toutes ensemble. Le mari demeure quelquefois avec elles, quelquefois seul. On dit que le plus grand calme, un calme véritablement évangélique, règne dans ces maisons féminines. De querelles de jalousie, il n'y en a point ou très-peu. A en juger par les apparences, le fait semble absolument vrai. Il faut le mettre, encore

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une foiB, au compte de ces phénomènes surprenants qu'opère la croyance religieuse*

Les enfants des Saints portent le nom du père : mais comme le père peut épouser simultanément les deux sœurs (ce qui se faisait du reste autrefois aux premiers temps du judaïsme), comme on a même vu des pères épouser leur propre fille (ce qui ne s*est fait, je crois, nulle part, malgré l'exemple de Noé), on se figure quel désordre doit présenter Tétat civil des mormons. Il faudrait créer des noms nouveaux de parenté pour une promiscuité pareille.

Jetons un voile sur ces horreurs. Il fallait en dire un mot pour montrer tout le côté fâcheux de la doctrine et des pratiques des Saints. La polîgamîe est chose antinaturelle. 11 n'y a pas plus d'hommes que de femmes dans le monde, et l'union des êtres doit procéder par couples distincts. « Vous ferez un seul esprit et une même chair, » dit l'Evangile, en parlant de Thomme et de la femme mariés, et nulle part aucune société civilisée, réellement digne de ce nom, n'a consacré la polygamie. Autant que possible le mariage doit être fondé sur l'amour, et l'amour ne veut pas de partage. Si, comme tout semble le démontrer, la polygamie n'entraîne aucun désordre matériel dans TUtah, ce cas est une exception. Il faut avouer aussi que bien de femmes de l'Utah, qui n'auraient pas trouvé de mari ailleurs, sont très-heureuses d'en trouver là.

Nous l'avons dit, c'est dans les plus pauvres contrées du nord de l'Europe, dans le Pays de Galles, l'Irlande, l'Ecosse, le Uornouailles, en Suède, en Norwège, en Danemark, dans quelques Etats allemands, au milieu

LA POLYGAMIE lt

de populations naïves, crédules, travailleuses, peu aisées, que se recrutent principalement les néophytes mormons. Chaque année il part, de Liverpool principalement, de nombreux essaims de plusieurs milliers de néophytes, conduits par un missionnaire. Ils arrivent à New-York, et de là «ont dirigés sur le Missouri, puis sur les Montagnes-Rocheuses et le Lac-Salé. Naguère on venait à pied du Missouri à travers les grandes plaines ; aujourd'hui on prend lechemin de fer du Pacifique. Le voyage est moins pittoresque, mais beaucoup plus court, beaucoup moins fatigant.

J'ai vu arriver en 1868 un de ces convois de mormons. Les charrettes, les bœufs de la caravane, les hommes, les femmes furent parqués dans une des cours de la maison présidentielle. Tout ce monde était hâlé par le soleil, couvert de poussière, vêtu d'habils qu't>n n'avait pas changés depuis plusieurs semaines. On prit le nom de chacun des arrivants ; on leur indiqua leur destination. Celui-ci devait entrer dans un magasin de la ville, cet autre chez un fermier, un troisième reçut un lot de terre à cultiver, et ainsi des autres. Le convoi était depuis longtemps annoncé. On avait déjà catéchisé, baptisé chacun. En quelques heures la cour fut vidée. Il faut plus de temps, quand une troupe en marche arrive dans une ville pour envoyer les soldats chez l'habitant, qu'il n'en fallut à l'apôtre chargé de recevoir les néophytes pour indiquer à chacun le chemin qu'il'avait à suivre et la destination qu'il allait recevoir.

Les mormons sont aujourd'hui au noml^re de cent vinçt-cinq mille dans l'Utah, et il arrive souvent de

W À ThAVBRS LES ÉTATS-UNIS

nouvelles recrues; la France et tous les pays latins n'ont guère de représentants en Mormonnie, trois ou quatre au plus. Nous sommes devenus trop sceptiques pour croire à aucune religion, et nous sommes trop casaniers et trop bien chez nous pour émigrer si loin un peu à Taveuglée, Nous bornons notre ambition à ne pas perdre de vue le clocher de notre village. Lés races anglo-saxonne et germanique, les races protestantes en un mot, sont les meilleures pourvoyeuses du mormonnisme.

Il arrive toutes les années en Utah beaucoup plus d'hommes que de femmes, et cela se conçoit. Ce fait ne saurait être une objection contre la polygamie, car on a remarqué, en Utah comme dans tous les pays de l'Orient où la polygamie existe, qu'il naît beaucoup plus d'enfants du sexe féminin que d'enfants du sexe masculin. Montesquieu avait déjà fait pour la Turquie une observation analogue. On dirait qu'il y a là une sorte d'effet physiologique, et que Thomme, étant affaibli pas l'abus des plaisirs charnels, l'élément féminin prédomine. Nous ne voulons pas faire intervenir ici la nature, comme quelques-uns le veulent, et prétendre que la Providence, dans son immuable bonté, a soin de faire naître plus de femmes que d'hommes dans les pays polygamiques, afin de maintenir l'institution. La Providence s'occupe bien des affaires de ce monde, mais sa sollicitude ne va pas jusque-là.

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