‹ A travers les États-Unis de lA̓tlantique au PacifiqueChapitre 4 sur 31 · LE NEBRA8KA ET LE WYOMING · texte numérisé non relu

LE NEBRA8KA ET LE WYOMING

Départ de Washington. — Pittsburg. — Les chemins de fer américains. — Le marché aux grains de Chicago. — L'enregistrement et la délivrance des bagages. — Omaha,Le dimanche. — Les Peaux-Rouges du Nébraska. — Mouvements des Indiens. — Fausse alerte. — Buffet de Laramie. ~ Les pionniers du Wyoming. ^ Le col d*Evans et le chemin de fer du Pacifique.

« ... Ainsi vous voulez m'accompagner ?

— Pourquoi pas ?

— Le voyage est de treize cents lieues, *Ia diligence du désert est mauvaise et verse volontiers.

— Nous verserons.

— Nous pouvons rencontrer des Indiens. ,

— Je porterai ma carabine et mon revolver.

— Donc vous êtes décidé ?

— Absolument.

— Eh bien partons ! »

Ce petit colloque avait lieu à Washington, à la fin

2 \:{ • '•> TliAt*R? LES ÉTATS-UNIS

(}« âi(Ûàil)âtiTât::ljB68, .enCrâTaut^ur de ces lignes et l'un des attachés à fa légaliou de France aux Etats- Unis, M. le vicomte d'Aulan.

Je revenais d'une série de voyages à travers les Etats atlantiques de TUnion et le Canada. J'avais reçu à Paris, quelques mois auparavant, une double mission des ministres du commerce et de l'instruction publique, et c'était pour achever de répondre à cet honorable mai^dat que je préparais une dernière et grande excursion à travers le continent américain. Je fis part des avantages et des inconvénients de ce lointain trajet au compagnon que je connaissais déjà et qui me demandait de venir avec moi jusqu'en Californie, et nous nous mtmes résolument en route le i*' septembre au soir.

Le plaisant trajet qu'un trajet de nuit en Amérique I de Washington nous partîmes pour Baltimore, de Baltimore pour Philadelphie et Pittsburg. A Baltimore, nous perdîmes une partie de nos bagages, tant les correspondances de trains sont mal établies aux Etats- Unis ; mais, en revanche, nous eûmes un bon lit pour passer la nuit. Sur les chemins de fer américains, moyennant un faible supplément d'un dollar (cinq francs de notre monnaie), on a une couchette pour dormir. On peut aussi, sans trop de frais, prendre place d$ins un wagon-salon. Le lendemain, on trouve de Teau, des brosses, des peignes, tout ce qu'il faut pour la toilette, etc. Puissent un jour les compagnies ^de chemins de fer françaises, imiter en ce qu'elles ont de bon les compagnies américaines !

. Vingt-quatre heures après notre départ de Washing-

LE NEBKASKA ET LE "^YOHING 3

ton, nous étions à Pittsburg, le Manchester et le Birmingham des Etats-Unis. La fumée des hauts-fourneaux, forges, fonderies de fer, verreries, distilleries de pétrole, usines à cuivre, y voile l'atmosphère, et tout autour de la ville sont exploitées des mines de charbon. Ce lieu n'était qu'une station militaire, il y a un siècle. Il appartenait alors aux Français sous le nom de Port-Duquesne. Il était sur la limite qui séparait le Canada et la Louisiane, ou les colonies françaises du Mississipi, des grands lacs et du Saint Laurent, d'avec les colonies anglaises, qui depuis sont devenues les Etats-Unis de l'Amérique du Nord. Depuis lors aussi Port-Duquesne a changé son nom contre celui de Pittsburg, le nom du marin français contre celui du ministre anglais, et ce qui est mieux, il est devenu une ville industrielle florissante, de pauvre poste de traitants et de soldats qu'il était jadis. Les terres aux environs sont très-fertiles, et Pittsburg est au confluent des rivières MonougahelaetAUeghany qui forme en ce point l'Ohio, l'Ohio au lit profond et aux rives gracieuses, que les Français avaient nommé la Belle-Rivière. C'est dans la vallée du hautAUeghany que se trouve le pays du pétrole, cette curieuse région de l'huile, qui depuis quinze ans a vu s'édifier et se défaire de si étonnantes fortunes. Quelle impulsion donnent au commerce intérieur tous ces grands cours d'eau américains I Des navires partis de la Nouvelle-Orléans peuvent venir par le Mississipi et l'Ohio jusqu'à Pittsburg, sans transbordement. La longueur totale du trajet est de 2,000 milles, c'est-à-dire égale à la distance de Marseille à Alexandrie. Nous ne descendîmes pas à Pittsburg. Je m'y étais

arrêté un an auparavant en revenant du Grand-Ouest * , plus récemment dans mon voyage en Pensylvaifie, et j'en avais visité toutes. les merveilles industrielles. G*e8t la ville des barons de lahouille, de fer, du pétrole. Les environs sont parsemés de gracieuse»- villas.; mais la ville elle-même, malgré ses beaux ponts suspendus, ses vastes hôtels, ses grands édifices, est triste, noire et fumeuse comipe une ville anglaise. On doit y prendre le spleen, et bien que la haute société, autant que j'en ai pu juger, y soit tout aussi aimable qu'à New-York, Philadelphie, Baltimore ou Boston, le peuple y est de mœurs très-grossières. On voit que les mines et les usines régnent ici en maltresses, et les habitudes se ressentent du rude labeur de chaque jour.

Il n'y avait encore que vingt-quatre heiires que nous étions en route. Au petit jour, nous avions salué les montagnes pensylvaniennes, cl^uvertes de chênes, de hêtres, et plus haut de pins et de sapins. La locomotive remorquait haletante, essoufQée, le train sur les hautes pentes, et bientôt il &vait fallu lui jdonner un renfort. Avant la construction du chemin de fer Central Pacifie de Californie, et des chemins de fer de Gênes à Turin et du Sœmmering en Europe (Trieste à Vienne), le chemin de fer de Philadelphie-PittsAurg était cité pour la hnrdiesse de ses rampes. Tandis que nos ingénieurs officiels s'en tenaient encore en France aux pentes théoriques de quelques millièmes, ici Ton avait hardiment abordé les inclinaisons de vingt-cinq millièmes, soit deux et demi pour cent et au delà. Rien de plus curieux que

1 Voir le Grand-Ouest ei les États-Unis, ParÎB, Charpentier,

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