‹ A travers les États-Unis de lA̓tlantique au PacifiqueChapitre 5 sur 31 · LE NEBRASKA ET LE WTOBUNO · texte numérisé non relu

LE NEBRASKA ET LE WTOBUNO

l'aspect du train s'avançant péniblement sur ces espèces 46 montagnes russes, surtout quand on le regarde de la balustrade extérieure qui règne à Favant et à Tarrière de chaque voiture.

La liberté qu*on laisse ici à chacun est grande, et chaque voyageur peut à son gré se tenir sur cette balustrade, passer d*une voiture à Taiiitre, se pencher en dehors du train, le tout à ses risques et périls. Chacun doit se protéger lui-môme, et TEtat et les compagnies ont bien autre chose à faire qu'à vous gêner dans vos mouvements. Souvent les trains en marche traversent les villes sur le parcours, en longeant les rue^ et les places, et la cloche mise eu branle à toute voiee par la locomotive avertit seule ks- passants. Dans les gares, dans les trains, on entre, on sort, on va, oh vient à volonté. Il n*est pas défendu, comme chez nouq^^ aux parents ,et aux amis d'accompagner les partants jusqu'à la portière des voitures, et de rester ainsi jusqu'à la dernière heure avec ceux que la vapeur va bientôt emporter. Au demeurant, tout le monde s'en trouve bien, les voyageurs tout les premiers : les chemias de fer ne sont-îls pas surtout fait pour eux ?

' Encore douze heures de trajet et nous voici à Chicago, la Reine de l'Ouest, assise sur le lac Michigan, qu'un incendie a récemment détruite sur le tiers de son étendue (qptobre 1871), et qui a été si vite reconstruite. Comme le phénix, les villes américaines reMissent d& leurs cendres, plus riches et QJius belles. Celle-ci est destinée à devenir en peu de temps une des plus grandes métropoles du monde commercial. C'est déjà le premier marché de grains et de viandes du monde en-

tier. Qui n'en connaît aujourd'hui, ne fût-ce que par ouï dire, les principales curiosités, les immenses boucheries et ateliers de salaisons, le long tunnel sous le lac, les belles avenues, le parc à bestiaux, les élévateurs ou vastes greniers mécaniques ?

Nous visitâmes cette merveilleuse ville assistés d'un aimable cicérone, M. Carrey, vice-consul de France. Il ne manqua pas de nous conduire à la Bourse. Là se tient le marché aux grains, et se publie chaque jour, à midi, le prix courant des céréales sur les principales places du globe, notamment celles de Londres. Par suite de la différence des longitudes et du temps que met la dépêche à venir, il est précisément midi à Chicago au moment où Ton proclame le cours qu'avaient les céréales à Londres à l'heure de midi du môme jour. Tout le monde fait silence, un commis, monte sur une estrade, et crie les chiffres à haute voix. Immédiatement la foule se dissipe, et d'un millier de personnes qui encombraient la vaste salle, il ne reste plus que de rares promeneurs, la plupart des étrangers, qu'y attire la curiosité. Par terre sont des échantillons de farine roulés en boule, pétris avec la main, des grains épars de blé, de maïs, d'orge, d'avoine et de seigle; sur de^ tables, dans.de petits casiers, des échantillons de céréales. L'Ohio, rillinois, l'Indiana, le Wisconsin, le Missouri, le Michigan, les divers Etats agricoles de l'Ouest, envoient ici toutes leurs récoltes. Ces échantillons ont servi aux transactions de la matinée. Les courtiers, les marchands, les minotiers sont déjà partis pour donner ou prendre des ordres. Le cours de Londres est connu, il n'y a pas de Usmps à [perdrai

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Nous passâmes deux jours à Chicago. Nous y étions logés au Sherman-house^ un des plus vastes caravansérails de rOuest, qui développe sur quatre rues ses immenses façades à cinq étages. Nos malles, restées en route à Baltimore, nous avaient rejoints. C'est encore un agrément des chemins de ^fer américains que si les bagages s*y détournent quelquefois de leur destination, jamais ils ne s'y perdent. On passe à la poignée de votre valise, sac de nuit ou autre, une courroie de cuir qui porte une plaque en laiton où sont inscrits un numéro et l'indication de la voie ferrée que vous prenez. On vous remet une plaque analogue. Cela s'appelle un checky ni plus ni moins qu'un bon à payer. On dit alors que votre bagage est choqué, et vous pouvez aller ainsi au bout du monde, un an ou deux durant, s'il vous plaît. On vous rend vos colis à destination, sur présentation des fameuses plaques. Les hôtels ont adopté ce système pour la conservation des malles qu'on leur laisse en dépôt. J'ai ainsi abandonné à New- York mes bagages pendant six mois. Au retour je lésai retrouvés intacts ; seuls, quelques cancrelats ou blattes avaient réussi à pénétrer dans l'intérieur, et s'étaient sans façon installés au milieu des vêtements.

Sur les chemins de fer américains, les chèques pour bagages ont un autre avantage. On les remet, si on le désire, au moment d'arriver, à une personne qui parcourt le train, et qui vous donne en retour un récépissé à souche. Vous payez une somme fixée, tant par colis, et moyennant ce, on vous livre vos malles à l'hôtel. Gela vous dégage de tous les ennuis de l'attente, si glands sur tous nos chemins de Cpr français. Ce que

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Ton a de mieux à faire en Amérique, c^est de se conformer à cette méthode, car les compagnies d'expretSy comme on appelle celles qui se chargent des bagages, sont en bonne odeur auprès des employés des raîlroads et les premières servies. Si, par méfiance ou pour une autre raison, vous ne donnez pas votre chèque à Texpress, vous êtes exposé à attendre bien longtemps la délîvrancede votre bagage.

De Chicago nous nous rendîmes à Omaha sur le Missouri. La durée de ce nouveau trajet était de vingt-quatre heures ; c'était bien peu en vue de ce qui nous attendait

Le lendemain de notre arrivée, un dimanche, 5 septembre, le chemin de fer du Pacifique, que nous allions-prendre désormais jusqu'au delà des Montagnesrocheuses, chômait, comme il est d'usage en Amérique, pour fêter le jour du sabbat. Heureusement que le gé« néral Augur, commandant la division militaire de la Plate, et que j'avais déjà eu l'heureuse chance de rencontrer dans mes voyages, était en résidence à Omaha. Ce fut pour nous un précieux cicérone et un agréable compagnon. Le dimanche en Amérique est non moins pesant qu'en Angleterre, et il faut plaindre le pauvre étranger qui erre seul ce jour-là par les rues. Tout est fermé, tout est silencieux et désert. On ne rencontre partout que visages tristes et allongés, quand on en rencontre, et s'il se fait un peu de . bruit, ce n'est certes pas au dehors. Jl est des villes impies, comme New- York, où Ton entend par moments le son du piano, vaguement, comme à la sourdine ; ma|^ il en est d'autres où ce serait péché mortel de faire ce jour-là de la

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