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dollars et le poids quil. pèse à la balance.”* Tout ce qui atteint des
dimensions hors ligne émeut la fierté nationale. Les opérations financières les plus équivoques sont jugées avec indulgence, pourvu qu’elles soient colossales. Avoir soutenu la guerre la plus sanglante et contracté la dette la plus lourde des temps modernes, est pour l'Américain un sujet d’orgueil. De là, ce langage pompeux, boursouflé, ce ton un peu fanfaron qu'on remarque souvent chez lui. Un citoyen de Chicago me disait: “Notre ville est la plus grosse merveille du globe. Nous avons remué ciel et terre pour la bâtir. Le plus 9705 incendie qui ait jamais eu lieu nous l’a dévorée, mais nous l’avons reconstruite plus belle que jamais. C’est la seule ville du monde qui puisse se vanter d'être bâtie sur un sol littéralement couvert d'hypothèques.”
Cet amour pour le gigantesque fait songer, malgré soi, à l'enfance de l’art, à l’époque égyptienne surtout, alors que, le volume étant le symbole des qualités morales, le héros était toujours représenté sous la forme d’un colosse, tandis que les personnages d'un ordre inférieur n'étaient que des pygmées, lui arrivant à peine à la cheville.
Une autre conséquence, d’une tout autre nature, de l’étendue territoriale de l'Amérique du Nord, c’est l’incomparable variété de ses produits. Presque tous les climats se rencontrent dans l'Union. Le territoire nouvellement acquis d’Alaska”? s'étend jusqu’à l'océan Arctique, tandis que l'extrémité méridionale de la Floride est voisine des tropiques. Chaque zone a ses productions particulières, ses cultures indigènes. La récolte de glace dans les États du nord rivalise, en importance et en valeur, avec les moissons de riz des deux Carolines. Les plantureux vergers de la Nouvelle- Angleterre abondent en pommes, en poires, en cerises et autres fruits de nos régions tempérées. Dans les États du centre, le pêcher réussit à la perfection, tandis que, sur les bords du golfe du Mexique, mûrissent sous un ciel de feu les oranges, les bananes et autres fruits des tropiques. Le sud approvisionne le monde entier de coton, le centre de tabac, la Californie et le Névada de leurs richesses métalliques. Les vignobles de l’ouest menacent de remplacer avantageusement, sur les marchés américains, les vins de France et d'Espagne. Assurément, il n’y a rien là que de parfaitement naturel: il suffit, pour le comprendre, de jeter un coup d'œil sur la carte et dé remarquer les degrés de latitude et de longitude que couvrent les États-Unis: cependant, cette merveilleuse richesse, cette inépuisable variété de produits, cause à l'étranger autant de surprise que d'admiration.
Malgré son caractère imposant, la nature américaine, prise dans son ensemble, n'est pas exempte, il faut le dire, d’une certaine monotonie. Très souvent, au contraire, elle est plate et uniforme: on peut voyager
1 L. Simonin, De Washington à San-Francisco; Tour du monde, année 1874, 1* semestre. 2 Presqu'île très longue qui, jusqu'à ces dernières années, faisait partie de l'Amérique russe. Il s’y fait un grand commerce de pelleteries.—ÆVofe du Traducteur. DE
PREMIERES. IMPRESSIONS
pendant des jours entiers aux États-Unis sans rencontrer un seul point de vue qui se fixe dans la mémoire. Mais à cette uniformité il y a de nombreuses et remarquables exceptions. La Nouvelle-Angleterre, avec ses gracieuses collines, ses riantes vallées, ses bois, ses ruisseaux, ses verts pâturages, ses lacs étincelants, le tout dominé par la chaîne des Montagnes