GRAND DÉSERT, UTAH
minerai. Les orpailleurs, qui pour la plupart avaient dépensé leur pécule aussi rapidement qu'ils l'avaient acquis, ne purént prendre part à ces entreprises. Les capitalistes se présentèrent alors, et de grandes compagnies industrielles furent créées. Quelquefois un certain nombre de mineurs s’associaient entre eux pour effectuer en commun ce qu'ils n'auraient pu faire seuls. Peu à peu, la vie vagabonde du chercheur d’or fit place à des habitudes laborieuses et sédentaires. Les esprits aventureux allèrent plus loin, rêvant à de nouveaux placers. Sur ces entrefaites, le bruit se répandit que des mines d'argent, d’une richesse inouïe, venaient d’être découvertes dans le Névada; et aussitôt’ le flot des émigrants se porta vers ce nouvel El-
Dorado. Mais ce qui avait eu lieu en Californie s’est renouvelé dans le
rer — a
LE NOTDWEEEL EL -"DORADO
Névada : les placers sont déjà presque épuisés, et le pays est actuellement couvert d'usines florissantes, de magnifiques établissements industriels. Les mines argentifères de l'Etat de Névada sont, à elles seules, plus riches que toutes celles que l'Espagne exploitait autrefois dans le Nouveau-Monde. Les usines les plus importantes sont celles dont lzrgima-City est le centre, et qu'on a construites en vue de l'exploitation du fameux filon Cowstock, au pied du mont Davidson. Les puits et les galeries souterraines s'étendent sur un espace de huit ou dix kilomètres On*mancité "une mine ndontle rendement est évalué à un million de dollars par mois (5,420,000 francs). Quand les puits nécessaires pour atteindre la veine étaient en construction, c'est à peine si les actions de la compagnie trouvaient des acheteurs: maintenant elles ont une valeur presque fabuleuse. Voici comment un publiciste distingué raconte sa visite à l’une des grandes exploitations du Névada :
‘“ À la porte, une file de mules mexicaines attendent le précieux minerai, qu'elles vont transporter au moulin ou atelier de broyage, situé plus bas dans la vallée: là, d'énormes pilons mécaniques l’auront bientôt réduit en poussière. Sous un hangar, des ouvriers empilent des fragments de roche de toutes couleurs, bleus ou noirs, verts ou rouges. Ils les cassent et les trient, mettant les plus beaux morceaux à part, et le reste dans de grands sacs: les premiers seront fondus tels quels, les seconds passeront par le moulin. Il.y a une fortune princière dans ce tas de minerai, où un œil inexpérimenté ne verrait qu'un monceau de cailloux, bons, tout au plus, pour construire un mur ou macadamiser une route. Au-dessus de l’un des puits, je vois une grande banne de bois, une corde et un grossier cabestan. C’est au moyen de ce simple appareil que toutes ces richesses viennent d'être hissées à la surface du sol. J’'entre dans la banne, et descends au fond de la mine. En y arrivant, j'éprouve une réelle déception. Figurez-vous une salle longue et étroite, aux murailles rugueuses et sombres, où travaillent quelques ouvriers armés de pics et de coins, et rien de plus Mais, en promenant mes regards autour de moi, je ne tarde pas à découvrir que le précieux minerai est partout; dans les parois qui m'environnent, dans le roc qui s'étend au-dessus de ma tête, dans celui sur lequel je marche. Ce fragment donnera $s dollars par livre, me dit-on; celui-là 7, celui-là 8; et celui-ci, qui s’aplatira comme du plomb sous le laminoir, 10 pour le moins. On me dit aussi que tous ces éclats de roche, épars devant moi dans cette sombre caverne, représentent une valeur d’un million de dollars. En quittant la mine, je ne suis plus désappointé; je suis, au contraire, émerveillé et confondu.””
Le produit total des mines d'or et d'argent dans les Etats de l'Ouest
1 L. Simonin, Far- West américain, ouvrage déjà cité. ‘ : ? Extrait de l'Overland Monthly, journal littéraire qui se publie à San-Francisco. Cette intéressante Revue
a été créée en 1868, par un ancien mineur, auteur de romans très appréciés aux Etats-Unis.— Vos du Traducteur. 7°