CALIFORNIE
])E retour à Ogden, nous quit-
tâmes la ligne de /’Usuon Pa-
cufique, pour entrer dans les wagons
du Pacifique Central, qui devait nous porter jusqu'à San-Francisco.
Après avoir suivi de nouveau les
| bords du Lac-Salé et joui de points
de vue magnifiques sur la plaine, nous arrivons en deux heures à Promontory-
Point (Territoire de l’'Utah). Ce lieu, qui est à 1,582 mètres au-dessus du
niveau de l'océan et à environ 1,300 kilomètres de San-Francisco, est celui F 2 É 67
LE NOUVEL' ÆL=DO0OKADO;
où s'effectua, le 10 mai 1869, la jonction des deux lignes, ou, pour mieux dire, des deux sections de la grande ligne qui relie aujourd’hui sans interruption l'Atlantique au Pacifique. Ce fut une intéressante cérémonie que celle de la. pose des derniers rails. Un millier de personnes seulement, mais qui représentaient toutes les classes de la société américaine, y assistèrent. On avait laissé, entre les deux extrémités des lignes, un espace libre de quatre à cinq mètres. Deux escouades d'ouvriers, graves, silencieux, vêtus de leurs. plus beaux habits, s’avancèrent pour combler cette lacune. Dans l’espace de quelques minutes, les rails furent en place: ïl ne restait plus qu'à les fixer. Les délégués du Névada et de l’Arizona offrirent chacun un boulon d'argent, les Californiens deux en or massif. Ces boulons devaient être enfoncés par les présidents des deux chemins de fer dans une traverse en bois de laurier, à l’aide d’un marteau d'argent. Au moment même où ils s'avançaient pour s'acquitter de leur tâche, toutes les grandes villes de l'Union, San-Francisco, New-York, Chicago, recevaient la dépêche suivante: “Les préparatifs sont terminés—-Découvrez-vous—Nous allons prier. ? Quelques secondes après, grâce à d'ingénieuses dispositions, les fils télégraphiques, répétant chaque coup du marteau d’argent, apprirent à tous les Etats de l’Union que la grande œuvre nationale était achevée.
Après la station de Promontory-Point, le chemin de fer s'engage dans ce quon appelle le Grand désert. C'est encore le bassin de l’'Utah qui, je l'ai dit dans le chapitre précédent, est probablement le lit desséché d’une vaste mer intérieure. Des flaques d'une eau amère et salée se voient de loin en loin. C’est une région complètement désolée. La surface du sol est couverte d'efflorescences salines. Des nuages d’une poussière âcre et irritante épaississent l'air ; les particules corrosives, s’attachant à la peau, vous ressentez aux yeux, aux narines, aux lèvres une douleur cuisante. Grâce à la vapeur, ce désagrément n’est pas de longue durée; mais on se demande quelles ne durent pas être les souffrances des premiers émigrants, obligés de se frayer laborieusement un passage à travers ces mornes solitudes, sans même être assurés de trouver quelques gouttes d’eau potable pour rafraichir leur gosier brûlant.
Enfin on quitte cet affreux désert, et l’on traverse de fertiles plaines arrosées par l'umboldt, large rivière qui, après un cours de 400 kilomètres, s'enfonce brusquement dans le sable et ne reparaît plus. L'on entre alors dans l'Etat de Névada, ce pays de l'argent, comme la Californie est le pays de l'or. Jusqu'en 1849, l’un et l’autre de ces Etats, qui aujourd’hui sont au nombre des régions les plus riches et les plus actives du globe, n'étaient habités que par des Indiens nomades et par quelques colons espagnols. Les mines de la Californie furent découvertes les premières, et alors y accourut, comme on sait, une foule d'émigrants de toutes les parties du monde. D'abord, on se contenta de chercher l'or dans les placers, c’est-à-dire presque
à la surface du sol. Les terrains d’alluvion furent bouleversés, les lits des
— — —— rires
MINESCD'OR DE LANCALIFORNIE,
ruisseaux examinés avec soin, les dépôts de sable au fond des ravins ou des fossés, lavés et passés au crible: de la sorte, on obtint de l'or en pépites ou en paillettes.
Mais les placers furent vite DOPS®e et quoique tout le sol de la Californie soit aurifère, cependant le précieux métal ne se trouve en quantité suffisante pour défrayer le mineur qu’en certaines localités. Il devint dès lors indispensable de remplacer les procédés élémentaires auxquels on s'était borné jusque là par l'exploitation régulière et scientifique de gisements importants. De là, des travaux d'art fort coûteux. Des puits durent être creusés, des tunnels percés, d’ingénieuses machines employées pour broyer le